Festival Ecrans de l’aventure de Dijon : la bande-annonce et le programme

Du 15 au 18 octobre, Dijon devient la capitale de l'aventure avec le festival international du film d'aventure organisé par La Guilde.

Un article de La Guilde


L’aventure des Écrans devrait être conjuguée au pluriel : entre les équipées racontées dans les films projetés, l’acrobatique sélection du meilleur de la production documentaire, et la gageure de rassembler, dans la ville aux cent clochers, aventuriers, réalisateurs et écrivains, le festival est le fruit d’aventures toujours renouvelées.

Et pour sa 29e édition, l’année 2020 lui a posé le plus grand des défis : celui d’exister. Les Écrans de l’aventure seront donc particulièrement heureux de vous accueillir du 15 au 18 octobre à Dijon, pour quatre jours riches de rencontres.

18 films diffusés, dont 14 en compétition officielle, réunissant le meilleur de la production documentaire en matière de nature, d’exploration, d’alpinisme, de voile, de surf, d’escalade et même de Flyboard Air. Demandez le programme !


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020


Pour la première fois, il sera également possible de poursuivre le rêve en ligne jusqu’au 25 octobre, avec la majeure partie des films de la sélection officielle disponible en replay sur www.lesecransdelaventure.com.

La porte est ouverte, soyez les bienvenus.

Compte tenu du contexte actuel, le programme est susceptible de modifications.

Les Écrans de la Mer 2020

Le Festival du Film Voiles et Voiliers avec les Écrans de la Mer

Un article de Cléo Poussier-Cottel


La Guilde et Ouest France présentent le Festival du film Voiles et Voiliers avec les Écrans de la mer, aux Sables d’Olonne. Une première en France, organisée au coeur des festivités du départ du 9e Vendée Globe.

Les Écrans de la Mer se réjouissent de vous retrouver ainsi, aux Sables d’Olonne, dans le cadre de cette collaboration avec Ouest France et Voiles et Voiliers.


Programme et billetterie


L’édito de la lettre de l’été

Hors-série spécial Aventure

Un article de Tristan Savin


Lire la lettre dans son intégralité : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure

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Les articles proposés dans cette lettre spéciale Aventure ont un point commun – mieux : un axe cohérent, peut-être inconscient, en tous cas d’actualité. Qu’il s’agisse d’une équipée équestre dans les Monts Célestes, de navigation polaire, de ballon lancé dans les nuages ou de l’art des bois, il est toujours question de s’immerger dans un espace sauvage.

Parmi ces textes, une phrase a retenu toute mon attention : “Qui veut voyager loin s’adapte à la nature“, une déclinaison très actuelle du proverbe tiré d’une pièce de Racine. L’idée reste la même. C’est à l’homme de s’adapter à son environnement, trop souvent malmené, et non l’inverse. Ce n’est même pas une question de respect élémentaire, mais de bon sens. Voire même, par les temps qui courent, de survie – pour toutes les espèces, y compris la nôtre.

La catastrophe économique (donc sociale) entraînée par le confinement du monde au temps du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier un autre désastre en cours, également planétaire : la disparition progressive des écosystèmes, des forêts, des massifs coralliens, des glaciers. Sans parler des ouragans de plus en plus violents, des inondations, des incendies en Californie ou en Australie, de la désertification en Afrique…

Il y a heureusement des projets fous, capables de nous redonner de l’espoir. Comme celui de Vincent Farret d’Astiès : battre le record du monde de vol en ballon, mais sans polluer le ciel, grâce à l’énergie solaire et à l’étude des vents. Donc au génie humain, quand il prend en compte ces énergies trop longtemps négligées. Car, selon lui, “ce qui va nous permettre d’aller plus loin, c’est une meilleure connaissance de l’élément naturel.

Dans un autre texte instructif à (re)découvrir, Romain raconte avoir ressenti, dès l’enfance, “l’appel de la forêt“, comme naguère Jack London ou H.D. Thoreau, ou plus près de nous Sylvain Tesson. Pour atteindre le Cap Nord à pied, Romain bivouaquait sans réchaud, se nourrissant de pousses de sapins, de pissenlits, de farine d’écorce de bouleau… Preuve, s’il en est, que la nature à encore tant à nous offrir, à condition de la respecter.

Quant à Eric Brossier, qui présidera le jury des Ecrans de l’Aventure en octobre prochain, il mène une vie d’explorateur scientifique autour du cercle polaire, en famille, à bord du voilier Vagabond. Un travail minutieux, essentiel, qui permet à la communauté scientifique d’étudier au plus près les grands changements en cours dans nos océans.

On le sait grâce à des pionniers comme Paul-Emile Victor (président d’honneur de la Guilde de 1970 à 1995) ou ses amis Alain Bombard et Jacques-Yves Cousteau : l’écologie ne date pas d’aujourd’hui. Ce n’est pas une mode. Mais une nécessité, car nous sommes tous concernés. Explorateurs, aventuriers et grands voyageurs ont de tout temps été fascinés par les inexprimables beautés du monde sauvage. Ils ont ensuite compris l’impérieux besoin de témoigner, pour préserver et protéger ce bien commun à l’ensemble de l’humanité, sans lequel il n’y aurait plus de vie possible. Ni bien sûr d’esprit d’aventure, indissociable d’un amour fervent de la nature.

Tristan SAVIN
Grand reporter et écrivain voyageur, directeur de la revue Long Cours,
président du jury de la Toison d’or du livre d’aventure 2019.
À paraître le 9 septembre : Au milieu de nulle part… et d’ailleurs
(Arthaud Poche)


Les lettres de l’année :
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

Vagabond, la forme de l’eau

Depuis 20 ans, Eric Brossier et France Pinczon du Sel mènent le voilier polaire Vagabond à travers les « coins froids et éloignés » de la planète, dans une succession de navigations historiques, d'hivernages répétés et de missions scientifiques. Président des Ecrans de l'Aventure 2020, du 15 au 18 octobre à Dijon, Eric raconte une année particulière, entre vie de famille et pandémie mondiale. Avec, toujours, une passion intacte.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Eric est souvent sur le pont. Sur le pont pour faire avancer la science de terrain. Sur le pont du Vagabond, évidemment, son voilier polaire depuis 20 ans. Et sur le pont, comme beaucoup d’autres, pour s’occuper de leur petite famille avec France, son épouse. D’ailleurs, ce matin-là, France prend son petit-déjeuner en compagnie de Léonie, leur aînée. La cadette, Aurore, fait mentir son prénom et dort encore. Les deux filles ont respectivement 13 et 11 printemps. À moins qu’elles ne comptent en hivers, cette saison durant laquelle Léonie et Aurore alternent entre hivernages polaires (Eric Brossier et France Pinczon du Sel en chiffrent 12 à bord du Vagabond, depuis 1999) et retours dans leur pied-à-terre breton. Aujourd’hui, Eric a lui été réveillé un peu plus tôt par des « idées qui pétillaient ». En cause, les effets du Covid-19.

Eric Brossier, cavalier des glaces

La science des zones blanches

Même au mouillage dans la baie de Grise Fjord, le village inuit le plus au nord d’Amérique, dans le territoire canadien du Nunavut, la pandémie affecte les activités de l’équipage du Vagabond. Eric Brossier l’admet : il vit « une année très particulière ». Ce qui n’entraîne jamais qu’une réponse de plus à apporter, soit l’essence même de son travail. « J’aime l’approche scientifique pour comprendre notre planète, notre environnement, notre nature. Mais je voulais ne faire que du terrain, sans me retrouver coincé dans un labo ». De cette réflexion initiale est née l’idée du Vagabond comme base logistique et scientifique. Un double besoin personnel et collectif « dans ces coins froids et éloignés », là où les connaissances sont les plus maigres, là où « on se sent tout petit et en même temps privilégié d’y être ». Alors, chaque année, il accueille des missions pour hiverner sur la banquise ou pour se faufiler entre les « glaçons ». Sauf en 2020, donc : faute d’autorisations, le Vagabond n’a reçu personne cet été. Ce qui n’est pas pour autant synonyme de chômage technique pour son équipage.


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« Depuis toutes ces années, nos partenaires nous font confiance », reprend Eric. « On a reçu des caisses de matériel, des protocoles à suivre, et on bosse en famille ». Le programme estival est riche : plongées pour récolter des échantillons de coraline, « une algue qui forme une croute et raconte le climat passé de l’océan sur des dizaines d’années, une sorte d’archive climatique » ; prélèvements d’eaux à différentes profondeurs pour étudier les effets de la fonte des glaces, chargées de nutriments, sur la chaine marine ; relevés hydrographiques permettant de comprendre les interactions entre eaux arctiques et atlantiques ; cartographie marine à l’aide de sonars… Autant de relais précieux pour scientifiques et cartographes dans les zones blanches qui constituent le terrain de jeu de Vagabond, et le pain quotidien de son équipage. « Si les filles ne participaient pas, on aurait eu du mal à accepter la mission » salue leur père. « Mais on doit aussi tenir deux mois, ce sont des enfants, donc il faut du ludique, des vacances de temps en temps ».

Sous le Vagabond, un sonar multi-faisceaux

Une famille presque normale

A quoi ressemble un week-end de temps libre sur le Vagabond ? Il se prend à un rythme aléatoire, pour commencer : « c’est vraiment guidé par la météo : s’il fait mauvais, on ne peut pas travailler. On en profite pour faire du rattrapage, lire, écrire, écouter de la musique, regarder des films, faire la cuisine… Vraiment comme à la maison, quoi ». Et quand les corps et les esprits commandent une pause et que le ciel le permet, les Brossier accostent parfois pour aller marcher, cueillir des myrtilles, observer les animaux ou camper. Un vrai programme de monsieur et madame tout-le-monde – ou presque : « on dort quand même moins bien quand on n’a pas de chiens, parce qu’il y a des ours. Il faut dormir avec le fusil contre soi, ce n’est pas vraiment relaxant ! (rires) »


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Toute la dualité de la famille Brossier résumée dans un bivouac. D’un côté, un choix de vie extrême, inédit par sa persistance dans le temps ; de l’autre, une réflexion classique sur les orientations familiales et l’avenir des enfants comme des parents. À la question de savoir s’il connait d’autres exemples similaires au sien, le père accompagne sa réponse négative d’une comparaison à la fois surprenante et cohérente : « on a bien conscience qu’on a quelque chose d’atypique. Après, c’est un peu comme une vie d’agriculteur : tu vis et tu travailles en famille, dans ton coin, avec quelque chose de solitaire. Nous, c’est juste que notre maison est itinérante et nos régions moins connues » – et que le plancton des eaux arctiques a remplacé les fleurs des champs. Jusqu’à quand ?

Cette année, les Brossier ont décidé de ne pas prendre de programme hivernal pour permettre à leurs filles de passer une année scolaire complète en France. Une première pour Aurore et Léonie, respectivement en 6e et en 3e. Si, le père l’assure, rien n’est définitif et tout évolue en fonction des opportunités, reste que la tribu « a vraiment envie de prendre en compte le paramètre scolaire en priorité. » Avec l’expérience gagnée à bord de Vagabond et celles cumulées de l’Antarctique à l’Equateur, Eric ne s’interdit pas d’aller explorer d’autres domaines, d’autres approches. Du moins, « c’est la réflexion du moment, sachant que les années passent ! (rires) » L’autre sujet du moment est celui du lieu de la mission estivale 2021, déjà prévue : « avec les nouvelles règles d’accès, la base qui devait accueillir le bateau pour l’hiver ne peut plus le faire. Du coup on doit réfléchir au meilleur endroit pour le laisser, notamment en fonction de la prochaine mission. » Il faut faire vite : mi-septembre, Vagabond doit être à son site d’hivernage et les filles, rentrées à l’école.

France, Eric, Aurore et Léonie

Du terrain aux Ecrans, et inversement

Et puisque 2020 se devait d’être définitivement une année particulière pour les Vagabonds, leur capitaine sera pour la première fois président du jury aux Ecrans de l’Aventure, du 15 au 18 octobre à Dijon. Un rendez-vous loin d’être anecdotique pour Eric Brossier, qui a participé au festival sous toutes les casquettes, de bénévole à engagé en compétition en passant par membre du jury. « La présidence me touche beaucoup » dit-il. « Je connais La Guilde depuis que j’ai 18 ans, quand j’habitais en région parisienne. Je montais des projets pour les vacances et les archives de La Guilde, ses équipes et ses Bourses m’ont donné de jolis coups de pouce. » Surtout, après ces jeunes années, les Ecrans de l’Aventure ont posé plusieurs jalons dans la vie d’Eric : « à chaque fois, des rencontres ont abouti à quelque chose : un film, un livre, un projet… C’est vraiment un moment très important dans ma vie et celle de Vagabond ». Mieux, une édition des Ecrans fut même fondatrice.


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C’était en 1999. « Il y avait un direct avec un voilier russe qui sortait du passage du Nord-Est. Hubert de Chevigny, qui connaissait bien Vagabond parce qu’il avait navigué dessus, était là, ainsi que l’explorateur polaire Gérard Janichon et Jacques Lainé, le réalisateur ». Cette année-là, suite à un hivernage aux îles Kerguelen, Eric Brossier est sur le point de concrétiser son idée de base logistique et scientifique itinérante. Il vient tout juste de visiter Vagabond : « tout le monde m’a dit “vas-y, fonce, c’est un super bateau !” Et je l’ai acheté ». Quelques mois plus tard, France Pinczon du Sel embarquera comme équipière pour une mission polaire à bord du Vagabond. Une histoire est née.

Pour suivre les pérégrinations de la famille Brossier et de leur voilier polaire, direction le site vagabond.fr.

Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Quand on l’appelle, Romain répond joyeusement : « ça va tranquillement, je suis à mon campement ! » Il est à Inari, sur les rives du lac du même nom. Quelques jours plus tôt, il a atteint le Cap Nord après 1 400 kilomètres à pied. Il s’apprête désormais à construire une embarcation pour aller voguer sur le lac lapon, dans le nord de la Finlande. Avec quel objectif ? « Aucun, je veux juste apprécier le monde sauvage et la vie sur le radeau » balaye-t-il. Il est comme ça, Romain. Depuis neuf ans, il marche là où ses pas le portent. Aventurier de métier ? Pas son genre, même s’il aspire à réaliser un film documentaire sur son dernier voyage, entre randonnée hors pistes et rencontres d’hommes et de femmes vivant au cœur de la nature. Un profil à la fois commun – qui n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, le rêve d’aller se promener dans le vaste monde ? – et atypique – qui ose transformer le rêve en quotidien depuis près d’une décennie ? Mais aussi un exemple de la diversité des projets soutenus chaque année par La Guilde, via ses Bourses de l’Aventure : du professionnel Objectif Pôle Sud de Matthieu Tordeur (en 2018) au cavalier Stan & Co des sœurs Desprez (en 2019) en passant par le créatif et collectif Bato A Film (en 2017), le champ des possibles est immense, du moment qu’il soit semé de passion. Romain Vandycke, lui, a donné à sa dernière idée un titre évocateur : Brute et Sauvage. Un nom dont on ne sait s’il vaut pour la nature traversée, ou pour la sienne.


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La solitude du coureur des bois

Une chose est certaine : Romain ne craint pas la solitude. Au contraire, il la considère indispensable. « Il ne faut pas s’y enfermer, dit-il, mais il faut l’accepter ». Une solitude qui a une vertu en commun avec la marche : « une nécessaire simplicité d’être, une forme de dépouillement matériel, une obligation de se contenter de peu. » Dans son bagage d’inspirations, il sort les premiers livres de Sylvain Tesson, ceux de Nicolas Vannier, ou Into the Wild, de Jon Krakauer – dont le titre français n’est autre que Voyage au bout de la solitude. Mais surtout, il ressent l’appel de la forêt : « je sens comme un feu quand je regarde les montagnes, les forêts, je me sens attiré. Quand j’étais petit, je voulais construire des cabanes, j’avais un livre sur les hommes préhistoriques et leurs outils, j’adorais ça. » Alors, puisqu’il considère la nature comme « un refuge », Romain veut apprendre à vivre avec et grâce à elle. Mais de préférence en s’épargnant une fin à la Christopher McCandless.

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
Romain, bâton en main

Brute et Sauvage est donc le nom d’une aventure marquée du sceau du bushcraft, ou art de vivre dans les bois. Pendant plus de deux mois, Romain a tenté d’avancer avec ce que la nature offrait à mesure de ses pas. Sans rations calibrées ni réchaud, « le plus minimaliste possible », il avait pour projet de compléter une base de féculents avec des produits de la pêche ou de la cueillette. Résultat ? « Je crois que je suis un mauvais pêcheur ! » avoue-t-il en rigolant. Pour ce qui est des végétaux, l’expérience s’avère plus concluante. Jeunes pousses de sapins, orties, pissenlits, farine d’écorce de bouleau ou lichen viennent améliorer l’ordinaire. Il apprend également l’existence du chaga, « un champignon béni des Dieux ! », parasite du bouleau considéré comme médicinal et ajouté au thé du matin. Sans oublier, pour faire partir le feu sous la pluie, les allumes-feux faits main, avec des pommes de pins trempées dans la résine d’épicéa fondue. En résumé, Romain tente de faire sienne cette citation de Mors Kochanski, gourou canadien du bushcraft : The more you know, the less you have to carry – Plus ta connaissance est grande, moins ton sac est lourd.

Simple, basique

De là à être complètement autonome dans la nature, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Car Romain est conscient de ses limites : « l’imaginaire est fort et moi, j’ai beaucoup d’idées. Mais après, on arrive dans la réalité et c’est autre chose. Alors on fait des erreurs, on apprend. » Notamment que les sites internet, les vidéos de Jacob Karhu ou les guides Delachaux forment une base théorique utile, mais insuffisante. « J’ai appris à droite à gauche depuis plusieurs années, en parallèle de mes voyages. Là, je suis resté fidèle à mon objectif, même si je dois avouer que j’ai trouvé plus de nourriture dans les invendus que dans la nature. » Mais finalement, l’essentiel est ailleurs pour Romain : « un truc important dans cette marche, c’est que j’ai su modifier mes habitudes. Je me suis libéré. » Parti de Kautokeino, au nord des frontières de la Norvège avec la Suède et la Finlande, il a traversé la toundra hors des sentiers battus pour atteindre le cap Nord et « revenir à quelque chose de plus simple ».

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Car aux expéditions complexes et aux projets coûteux, Romain préfère la liberté d’une vie humble, faite de jobs saisonniers et de départs répétés. Le soutien de La Guilde – qui accorde le même crédit à la complexité et à la simplicité – l’a surpris autant qu’aidé. Financièrement, mais aussi pour préciser et partager sa vision des choses. Il y a dans celle-ci une farouche volonté d’indépendance de corps et d’esprit, une aspiration à l’auto-suffisance, une insatisfaction quant à la façon dont court le monde et une radicalité qui transpire dans chacun de ses choix. Comme celui du calendrier, par exemple : « en Suisse, les vendanges commencent le 15 septembre. J’ai un train qui part le 12 septembre de Umea, dans le centre de la Suède. Je vais y descendre en stop le 10 septembre, ce sera le maximum que je puisse faire, pour rester le plus longtemps possible ! » Et puis, après avoir cueilli les fruits cultivés, il sera déjà temps de se plonger à nouveau dans la nature brute et sauvage.


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L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Pour suivre les pérégrinations de Romain, rendez-vous sur son site internet.

Zephalto, l’élan vers la beauté

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Vincent Farret d’Astiès, 40 ans, a une formation d’ingénieur et une expérience de contrôleur aérien. Mais, attiré par le silence de la mer et celui des voiliers qui partent vers le grand large, il a souhaité vivre cette expérience dans les airs, avec un projet fou de ballon manœuvré à l’énergie solaire plutôt qu’au brûleur à gaz. De là est né son projet pionnier sur le plan scientifique, avec l’idée de battre le record du monde de vol en ballon détenu par Bertrand Piccard (19 jours 21 heures 47 minutes, en 1999), parrain de Zeph Exalto et membre du Comité d’Honneur de La Guilde. Un projet qui pourrait décoller cet été.

Administrateur de La Guilde depuis 2017, Vincent Farret d’Astiès incarne magnifiquement cette devise de La Guilde : « faire ce dont les autres rêvent ».

Vincent Rattez, délégué général de La Guilde


« À l’origine, il y a un élan vers la beauté. Je voulais naviguer dans le ciel comme on navigue en mer. Pouvoir caboter entre les nuages, voguer sous les étoiles. Larguer les amarres. Ce qui a provoqué ça, c’est la beauté du ciel, ses nuages comme des îles qui donnent envie d’aller de l’un à l’autre d’abord, puis de partir au long cours. »

« Un soir, j’ai regardé un couché de soleil et l’idée m’est venue. Ce n’était pas réfléchi, ce n’était pas dans le cadre d’une démarche technique pour voler indéfiniment. À partir de cet élan initial, la technique a suivi. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est lié au fait que j’étais contrôleur aérien. Ce n’est tout de même pas impossible, ça faisait quelques années que je regardais le ciel. (rires) Mais pourquoi à ce moment-là ? »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Plus que des inspirations, il y a des filiations d’adoption. Icare, c’est toujours un peu gênant car il est celui qui s’est brûlé les ailes mais, oui, le rêve est le même. Il pourrait y avoir du Jules Verne, avec ce côté ingénieurs français qui associent technique et aventure, et le ballon, très XIXe siècle. L’aviation, Louis Blériot et consorts, ce sont des avions : l’attrait pour l’air est indéniablement le même, mais nous sommes plus dans l’odyssée, dans le fait de larguer les amarres. Donc on se situerait plutôt dans la lignée d’un Joshua Slocum (premier navigateur à effectuer le tour du monde en solitaire, de 1895 à 1898, ndlr), avec un tour du monde un peu hors du temps. Il y a du céleste, mais aussi de la navigation, du voyage au long cours. C’est Icare avec ce qu’il faut d’Ulysse pour rentrer – il faut rester modeste ! (rires) »

« Il n’y a pas vraiment de labyrinthe à fuir. Ce qui est à fuir, ce sont les peurs – d’autres diraient la raison. Les peurs qui empêchent d’aller. Tout le reste, il faut l’accepter, l’affronter, le surmonter, le contourner… Fuir les peurs et l’abattement. Une fois qu’on dit qu’on n’a pas peur et qu’on ne lâchera pas, je ne vois pas grand chose qui puisse t’arrêter. »

« Qui veut voyager loin s’adapte à la nature, en somme. »

« J’étais contrôleur aérien, pilote de petits avions, et j’ai toujours un peu navigué. En termes de liberté, l’imaginaire est bercé par la voile. Il y a cette idée d’autonomie, d’absence de limites, et en même temps le fait d’être complètement tributaire, immergé dans l’élément naturel. Curieusement, c’est une liberté liée à un abandon. »

« D’où vient la sensation de plus grande liberté quand tu es dépendant du vent, que tu ne choisis pas où tu veux aller ? Dans un avion, une voiture ou un bateau à moteur, tu peux aller où tu veux, quand tu veux… tant que tu as du carburant. Tous les moyens motorisés sont limités. En voilier, ta seule limite sont tes vivres, ta condition humaine. Pour être le plus libre possible en tant qu’humain, il faut être dépendant de la nature, plutôt que de son carburant. »

« La même chose sur terre, ce serait de l’ordre du voyage à cheval. Est-ce que je dis ça parce que j’ai un imaginaire nourri par Kessel et d’autres ? Je ne sais pas. Mais le cheval se contente de brouter et de boire, il y a un côté non-violent dans ce voyage. »


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« Un ballon à gaz, rempli d’hélium, flotte dans l’air comme un bouchon sur l’eau. Traditionnellement, on jette du sable pour monter, on tire une soupape qui libère du gaz pour descendre (la montgolfière, remplie d’air chaud, fonctionne quant à elle avec un brûleur nécessitant du carburant, ndlr). Nous, on a un deuxième ballon en-dessous, rempli d’air. Ce ballon de volume fixe est sous pression. Quand on le remplit d’air, qu’on augmente la pression, la masse augmente et on peut descendre. Inversement, quand on le dégonfle, qu’on fait descendre la pression, la masse diminue et on remonte. Comprimer l’air demande de l’énergie via les compresseurs : c’est là qu’interviennent les panneaux solaires. »

« Concrètement, je vole grâce au soleil. C’est un peu plus complexe qu’un bateau à voile. Un panneau solaire, ce sont des cellules photovoltaïques, il y a de l’électrique derrière, c’est difficile à assembler avec peu de moyens. De ce côté-là, par rapport au voyage à cheval ou en voilier, c’est un peu moins pur. Pour aller vers la beauté, les moyens ne sont pas directs. »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Je ne pense pas tout de suite à des notions de bilan carbone. Mais naturellement, si tu esquisses un geste un peu total, alors tu ne veux pas polluer. Si tu laisses une grosse trace de fumée, ce n’est pas la même chose. Tu t’inscris mieux dans le paysage, dans sa beauté, sans l’altérer. L’esthétique n’est pas uniquement la photo – dans la photo, tu ne vois pas le temps passé – c’est aussi l’impact. La dimension écologique fait partie de cette esthétique, finalement. »

« L’élan premier et la réalisation montrent que c’est en s’adaptant qu’on va plus loin. Ça implique de changer d’état d’esprit, de manière d’aborder les choses. Si on décide de tout forcer sans arrêt, forcément, ça ne tiendra pas. Pour aller longtemps, sans fin, le seul moyen est de s’adapter à la nature. Qui veut voyager loin ménage sa monture et s’adapte à la nature, en somme. »

« Il y a un message, car le projet dit exactement cela : ce sont les facultés d’adaptation et le fait de mieux connaître la nature qui vont permettre ce vol. Nous voulons voler pendant trente jours, jusqu’à 8 000 mètres d’altitude. Ce n’est possible qu’en sachant bien comment agissent les vents en altitude, quelque chose qui était beaucoup moins connu il y a 20 ans. Ce qui va nous permettre d’aller plus loin, c’est donc une meilleure connaissance de l’élément naturel. »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Le rêve est maintenant un petit enfant de huit ans. J’ai quitté mon métier il y a cinq ans pour être à temps plein dessus. Tout ce temps, deux choses permettent de tenir. Il y a le défi humain : tu es avec d’autres personnes, tu formes une équipe, tu as envie d’aller au bout. Et puis, quand je lève les yeux au ciel et que je vois un nuage, ça fait des années que je lui dis : « j’arrive ! ». »

« La météo nous joue des tours, mais si le vol d’essai est réussi cet été, la fenêtre météo suivante peut être la bonne pour partir pour le vol record. Il faut prendre celle qui nous amène vers le nord de l’Europe, ce qui est assez courant, puis Arctique, Canada, Etats-Unis, et retour avec les vents qui viennent généralement de l’ouest. »

« On se sent assez sereins. Il y a toujours des détails techniques qui peuvent créer des surprises, comme dans toutes les expéditions. Mais que ce soit reporté d’un mois ou de six mois, je sais que je le ferai. Je pense que ça change vraiment quand on monte à bord pour s’envoler ; sinon, il n’y a pas de plus grande fébrilité. C’est quelque chose qui est attendu, préparé, et qui de toute façon aura lieu. »

Propos de Vincent Farret d’Astiès, recueillis par EC


Pour suivre le projet Zeph Endless Flight, rendez-vous sur www.zephalto.com

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Il y a une image romantique du voyage à cheval »

Quand deux sœurs partent traverser les Monts Célestes à cheval, elles en reviennent à trois. Léopoldine et Elise Desprez, lauréates des Bourses de l'Aventure 2019, éclairent ce tour de magie. Qui commence par un rêve.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Parmi les mille façons de parcourir le monde, vous avez choisi le cheval. Pourquoi ?

Elise : On a eu la chance de grandir avec des chevaux, depuis toutes petites ce genre de voyage au long cours nous trottait dans la tête. On en rêvait, jusqu’à cette espèce de fenêtre spatio-temporelle dans laquelle on était disponibles toutes les deux, l’année dernière. On s’est dit go !
Léopoldine : C’était vraiment un reste de gamines. Ça fait rêver, parce qu’il y a une image romantique du voyage à cheval. On idéalise un peu tout ça, c’est l’aventure pure et dure, les sacs sur les chevaux et on va se perdre dans la nature sauvage.
Elise : On rêvait aussi d’aller en Asie centrale parce qu’il y a encore des peuples nomades ou semi-nomades, des gens qui utilisent les chevaux dans leur quotidien. On avait envie d’utiliser le cheval comme trait d’union, avec cette idée d’aller rencontrer des peuples cavaliers et d’être vues d’abord comme cavalières.
Léopoldine : De manière générale, le voyage lent, prendre le temps de voir le monde, soit en marchant, soit à cheval, sur une longue durée, ça a toujours été quelque chose qui me bottait bien.

Il y a de la madeleine de Proust dans votre départ. D’autres inspirations, d’enfance ou plus actuelles, vous ont-elles poussées sur la piste ?

Léopoldine : Un des bouquins qui m’a vraiment fait rêver, c’est Les Cavaliers, de Joseph Kessel (entré dans La Pléiade en juin 2020, ndlr). Même si ce n’est pas trop le même coin, ça reste des noms magiques : la route de la soie, les peuples cavaliers… Ce bouquin a fait beaucoup pour moi.
Elise : Le trajet qu’a fait Sylvain Tesson avec Priscilla Telmon nous a forcément inspirées, ça a été notre livre de chevet avant de partir (La chevauchée des steppes, ndlr). Le hasard a fait qu’on a rencontré des personnes qui les avaient vus à l’époque de leur voyage ! Il y a aussi des gens comme Tim Cope et tous ceux qui ont voyagé dans cette région avant nous. Et des aventurières, comme Ella Maillart, une femme assez charismatique qui nous a beaucoup inspirées. La littérature nous a portées, nous a appris, tant pour se sortir de moments compliqués qu’au niveau technique.

« On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. »

Concrètement, comment passe-t-on du rêve à la réalité ou, pour reprendre une formule chère à La Guilde, comment faire ce dont les autres rêvent ?

Léopoldine : C’est parti d’une étincelle. Elise finissait un CDD au printemps. Lors du Noël précédent, on a lancé sur le ton de la blague « allez, on le fait ! » En se rapprochant de l’association des Cavaliers Au Long Cours pour potasser la faisabilité de l’idée, on a compris qu’il fallait juste le vouloir pour se lancer. J’ai demandé un congé sans soldes, et on a pris ce temps pour nous.
Elise : J’étais à Thonon, Léo à Nantes, ce n’était pas hyper évident pour la préparation du voyage. Un hasard a fait qu’on a eu deux contacts au Kirghizistan, donc on s’est dit « on prend cette base-là, on partira du Kirghizistan ». Et on a construit notre projet une fois sur place, dans les trois semaines avant de partir avec les chevaux. C’est un mélange d’un peu de préparation en amont, et de rencontres sur place.
Léopoldine : Ce sur quoi on a passé le plus de temps, finalement, ce sont les demandes de financement, dont les Bourses de l’Aventure de La Guilde. Elles nous ont aidées à définir notre projet, à lui donner un cadre, à affiner la région, le temps, la direction… C’était plus carré dans nos têtes même si, concrètement, tout s’est débloqué une fois au Kirghizistan.
Elise : On était intimement convaincues de certaines choses. On savait qu’on voulait partir à deux, entre frangines, sans guide. Des personnes nous disaient « attention, ça va être dangereux, l’Asie centrale ! » Mais tout le monde a des a priori, et beaucoup de personnes projettent leurs peurs. La phase de préparation nous a confortées dans l’idée qu’on pouvait y arriver. En se laissant le droit à l’erreur ! On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. Ça, c’était très important pour nous.

Qu’est-ce que cela implique, selon vous, de partir « entre frangines » ?

Léopoldine : Un des gros avantages d’être sœurs, c’est qu’il n’y a pas de gênes, pas de non-dits. Ça coule, c’est simple. Malgré toutes les galères qu’on a pu avoir, il n’y a pas eu une journée sans un fou rire.
Elise : Il n’y a aucune forme d’enjeu dans notre relation. On sera toujours sœurs, peu importe ce qu’il se passe, c’est très confortable. Et une espèce de feeling s’est produit : quand on sentait que l’une fatiguait, ça faisait naître une forme de regain en l’autre et hop, on prenait le relais. Une anecdote m’a marquée en tant que petite sœur. Quand on a perdu nos chevaux pour la première fois…
Léopoldine : La deuxième, on les avait déjà perdus avant le départ ! (rires)
Elise : (rires) On arrive dans la vallée de l’Ak-Say, à plus de 3 000 mètres d’altitude, une vallée déserte, absolument magnifique. Deuxième nuit, tempête, on se rend compte au petit matin qu’il ne reste plus qu’un cheval sur les trois. Et là, Léo ne me parle pas, elle selle le dernier cheval, prend son duvet, sa couverture de survie, et me dit « je reviens dans trois jours s’il le faut, je vais chercher les chevaux. Toi, tu ne bouges pas. » Je la vois disparaître à l’horizon et je reste à la tente, avec notre chien. On a aucun moyen de communiquer, et moi je prends conscience qu’on est séparées pour la première fois. On ne pouvait plus compter l’une sur l’autre.

« Il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité. »

Vous êtes donc séparées, sans moyen de communication, et vous avez perdu deux de vos trois chevaux… Et ensuite ??

Léopoldine : La journée et la cogitation m’ont faite rentrer à la tente. Je n’avais pas retrouvé les chevaux, tout un tas de questions se posaient, c’était bien d’être à deux pour en parler, pour se serrer les coudes. Et finalement, on a retrouvé les chevaux le surlendemain grâce aux bergers de la vallée. Ils connaissent la steppe comme leur poche, ils arrivent à repérer quand deux chevaux ne sont pas les leurs. Et surtout à les attraper, parce qu’ils étaient encore un peu sauvages !
Elise : Ça se finit bien, mais je t’en ai énormément voulu, parce qu’en plus de retrouver les chevaux, t’as eu le droit à un repas chaud avec les bergers, alors qu’on arrivait pas à se faire à manger ! (rires) Mais ça a été un immense soulagement. C’est reparti, on oublie tout, go, on y va.

La caravane est reformée. Comment se passe la cohabitation entre ses membres ?

Léopoldine : On a mis trois chevaux qui ne se connaissaient pas ensemble, ils ne nous connaissaient pas non plus, et un chien a décidé de nous suivre dès le début. On était six éléments, pas tous connectés entre eux, donc il y avait un manque de confiance. La nuit de la fuite des chevaux, un troupeau est venu se mêler, avec un étalon un peu nerveux, de la grêle, de l’orage… Et puis, avec le temps et les kilomètres, la caravane s’est soudée. Le matin, les chevaux nous saluaient d’un petit hennissement, ils se laissaient approcher facilement. Petit à petit, on fusionne, on ne fait plus qu’un.. Il y a quelque chose de très, très fort qui se crée, quelle que soit l’espèce.
Elise : Il y a une forme d’entraide qui se met en place et qui est assez difficile à expliquer. Par exemple, quand on est en train de franchir un col à 4 000, on sent un chanfrein dans notre dos, c’est un des chevaux qui nous pousse de la tête pour nous aider à monter – et cinq minutes plus tard, c’est le même qui va nous pousser dans le ravin parce qu’on n’avance pas assez vite. Ce n’est pas forcément toujours bienveillant ! (rires)

Un chien vous a suivi ? Ce n’était pas le vôtre?

Elise : Non, mais dès les premiers troupeaux sauvages, il a défendu nos chevaux, la caravane. Quand des bergers approchaient, il se mettait entre nous et eux. C’était assez incroyable de voir cette synergie qui s’est mise en place.
Léopoldine : Il a passé les frontières avec nous et puis, à la fin du voyage, je n’ai pas eu le courage de le laisser. Donc là, il est tranquillement avec moi, dans son panier, dans le salon !

Génial. Et le fait de partir entre filles, de conjuguer ce voyage au féminin, ça a été un sujet pour vous ?

Elise : Le fait d’être deux femmes nous a permis de rencontrer beaucoup plus facilement. Par exemple, quand on arrivait dans des yourtes sur les hauts plateaux, si les femmes étaient seules, elles nous autorisaient à rentrer dans la yourte. Dans ces moments-là, c’était plutôt en notre faveur.
Léopoldine : Ce qui est appréciable quand il y a des interactions avec des locaux, c’est qu’ils nous parlent à nous. Alors que s’il y a un homme, ils vont adresser la parole uniquement à l’homme, ce qui est hyper frustrant quand un des objectifs est de rencontrer des gens et d’être perçu comme un voyageur, pas comme un homme ou une femme.
Elise : Après, les gens voyaient d’abord les cavalières. Les chevaux étaient bien tenus, on parlait entre cavaliers, plutôt qu’en tant que femmes ou touristes.
Léopoldine : C’est un truc que j’aime bien mettre en avant : se dire qu’il n’y a pas de limites, hommes ou femmes, aucune raison de se mettre des barrières – parce que c’est souvent nous qui nous les mettons. Bien souvent, quand on voyage, on est d’abord vu comme un voyageur, quel qu’il soit. C’est un message porté par beaucoup de femmes qui voyagent. Ça reste rare de tomber sur des tarés, et c’est aussi rare en France qu’au milieu de la steppe kirghize. Il y a quand même peu de gens qui sont fous. Donc il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité.

« On naviguait complètement à vue, c’était formidable ! »

Un moment fort à retenir ?

Léopoldine : Durant la préparation à Bichkek, la gestion administrative a été un gros problème. On nous disait qu’il serait impossible de passer la frontière, en plus on s’est retrouvées avec ce chien pour lequel on n’avait aucun papier. Et en fait, à la frontière, c’est passé comme une lettre à la poste. Il y a eu une espèce d’allégresse de se retrouver propulsé côté kazakh tous les six – qui n’a pas duré parce qu’on s’est vite rendu compte qu’on ne savait pas où aller ! (rires)
Elise : On est quand même arrivées dans le pays sans carte, sans téléphone, sans GPS parce qu’on n’avait plus de panneaux solaires, sans argent, on ne parlait pas la langue, on ne savait pas où on allait… On naviguait complètement à vue, c’était formidable !


L’ensemble des carnets de voyage des soeurs Desprez est à retrouver sur le joli site STAN & Co.

Les animations aux Écrans de l’Aventure de Dijon 2016

En marge de la programmation des films

Un article de Cléo Poussier Cottel, Coordinatrice Programme Aventure


Si le Festival international du film d’aventure est avant tout un festival de films, il n’en demeure pas moins un moment convivial dans la grande tradition bourguignonne. À ce titre, le festival vous propose une série d’animations annexes qui viennent enrichir les contenus proposés par les films : rencontres, signatures de livres, animations, expositions…
Cette année, pour élargir les horizons, le festival vous propose :
DES STANDS
Stand Guilde Festival 2016La Guilde : située au centre du hall du cinéma Olympia, nos équipes seront ravies de vous accueillir pour faciliter votre séjour et pour vous donner tous les renseignements utiles sur les films, les invités, l’organisation et le déroulement du festival.
Espace presse : Corinne Husson (chargée des relations média) et son équipe se tiendront à la disposition des médias.
Stand Librairie Dijon 2016Librairie Gibert Joseph Dijon : dans le hall du cinéma Olympia, la librairie propose un large choix de livres sur l’aventure et en rapport direct avec les invités et les films du festival. De nombreuses dédicaces seront organisées sur ce stand.
DES BARS DE l’AVENTURE
Bar Aventure Festival 2016Animés par Olivier Mouchiquel (chroniqueur culture) et Sylvain Tesson (écrivain géographe), ces rencontres et débats autour des différents acteurs de l’aventure, du voyage et du documentaire sont des occasions d’interagir avec le public et, pour vous, d’échanger avec les invités du festival.
Ces rencontre se déroulent à La Grande Taverne (20-22 av. Maréchal Foch – Dijon) le jeudi 6 octobre à 17h15 et le vendredi 7 octobre à 17h45
ATELIERS VIDEO
Animation Dijon 2016 P.ThierryDans le cadre de la 25ème édition, nous mettons en place deux ateliers vidéo (le jeudi et le vendredi) animés par Patrick Thierry, coordinateur pédagogique prise de vue vidéo à Gobelins l’École de l’image, et co-auteur du MOOC « réaliser des vidéos pro avec un smartphone ». Participation gratuite mais réservations obligatoires (maximum 15 personnes par atelier) à l’adresse suivante : cléopoussiercottel@la-guilde.org
Deux ateliers au programme :
Jeudi 6 octobre de 15h00 à 16h15 : Raconter une histoire en vidéo c’est quoi ? Construction narrative, cadre, composition, découpage technique.
Vendredi 7 octobre de 15h00 à 16h15 : Jouer avec la lumière et réussir sa prise de son.
DEUX EXPOSITIONS PHOTOGRAPHIQUES
Animation Expos Dijon 2016« Ladakh-Zanskar, la rivière gelée » de Christian Bon (installée dans le hall du cinéma Olympia du 6 au 8 octobre) et « Mystérieuse Amazonie colombienne » de Maurice Thiney (installée 7 rue du Château à Dijon, chez photo Express, du 3 au 29 octobre).

Routards du ciel

Le nouveau livre du projet "Des ailes pour la science", labélisé "Projet pilote" par La Guilde

Un article de Clémentine Bacri et Adrien Normier


Livre Wings For Science

C’est le récit de notre première expédition. Il vous narrera la seconde partie de ce fantastique voyage et vous emmera, dans le cockpit et dans nos pas, à la rencontre de projets scientifiques plus inédits les uns que les autres : des pingouins australiens aux dragons de Komodo, des cités perdues aux volcans actifs, en passant par une arche de noé… Vous y retrouverez le même ton léger et heureux que notre premier livre “Un tour du monde pas comme les autres”, avec toujours des encarts rédigés par les chercheurs eux-mêmes, pour aller plus loin.
Et pour suivre nos plus récentes aventures au jours le jours, retrouver notre Newletter de juin 2016 ici.

 

Les lauréats des Bourses de l’Aventure 2016

5 projets retenus

Un article de Aventure


 

DES ALPES AU GROENLAND
Rudi Cottin et Marion Rousselle
8 juillet 2016 au 31 juillet 2017
Partir un an à pied, à vélo, à ski, à la voile et des cahiers sous les bras.
« Tous les deux passionnés de montagne, nous devions trouver un itinéraire logique et esthétique en partant du pas de notre porte : le Jura. Que rêver de plus pour deux montagnards que de réaliser une traversée des Alpes en gravissant les sommets qui leur tiennent à cœur et d’enchaîner avec les Pyrénées à ski ?
Expatriés actuellement à Gravelines, nous découvrons le milieu de la mer et l’idée d’une expédition mer-montagne germe comme une évidence : allons explorer le Groenland !
Nous effectuerons les transitions à bicyclette, rythmées par les visites d’école car Marion, institutrice, et Rudi formateur, passionnés par la pédagogie, désirent partager quelques jours de classe avec les écoliers européens. »
https://desalpesaugroenland.wordpress.com

 

LE GABON PAR LA PLAGE
à la recherche de ses vagues et à la rencontre de sa population
Ewen Le Goff, Aurélien Jacob et Ronan Gladu
Début juillet à fin septembre 2016.
Pour cette nouvelle aventure nous allons partir à la recherché de vagues et à la rencontre des populations reculées du Gabon. Pour cela nous utiliserons comme moyen de transport des Fat Bike qui nous permettront de passer par la plage, et ainsi être au plus près des vagues et de la faune sauvage.
www.lostintheswell.com

 

THE BAIKAL RACE
636 km de glace en char à glace
Dominique Bleichner, Élodie Arrault, Corinne Sabatier
20 février au 20 mars 2017
Pour cette expédition, Elodie Arrault et Dominique Bleichner tenteront pour la première fois, de traverser le lac Baïkal en plein hiver sur toute sa longueur, en char à glace, sans assistance et sans moyens motorisés.
L’hiver, l’épaisseur de la glace peut atteindre plus d’un mètre. Les difficultés pour une expédition de ce type sont liées à l’existence de failles pouvant atteindre plus d’un mètre ainsi que des amoncellements de blocs de glace. On les appelle les “torosses”. Ils peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur. Ces failles et les champs de torosses peuvent s’étendre sur plusieurs kilomètres… Il faudra parfois les longer pour trouver une issue.
Enfin, outre les températures moyennes de -15/-20° (pouvant atteindre -30°), la neige peut être un sérieux facteur de ralentissement. Le tiers supérieur du lac étant souvent recouvert de 30 à 40 cm de neige ce qui nécessitera de tirer le char à ski.

 

7 SUMMITS COMPANY
Armel Vrac, Thomas Prud’homme et Sylvain Bazin
13 mai au 5 juin 2016
La traversée des Alpes en grand. 7 pays, 7 sommets, 21 jours d’aventures. L’enchaînement des plus hauts sommets des 7 pays traversés par les Alpes en mobilité douce, vélo et alpinisme en semi autonomie. C’est aussi une rencontre avec des hommes et des femmes qui nous proposeront leur regard sur la montagne et son écosystème, qui nous présenteront des initiatives qui visent au maintien des équilibres naturels et qui proposent des approches douces de la montagne.
Avant, pendant, après, chacun pourra nous suivre pas à pas et sera invité à participer à l’aventure en nous soutenant, en nous encourageant, en exprimant son point de vue, ou, pourquoi pas, en nous rejoignant lors d’une étape.
www.7summitscompany.com

 

KAYAK EN TERRITOIRE SAUVAGE
Clément Lejealle et Alexandre Jacquet
Juillet à septembre 2016
Nous allons naviguer successivement sur un lac, une rivière et un océan, dans un voyage qui va nous amener à la rencontre de territoires aussi divers que celui du grizzli ou de la baleine. Cette nouvelle expédition doit nous laisser en complète autonomie pendant 50 jours en interaction permanente avec la nature qui fournira l’eau, la nourriture (pêche, cueillette), l’énergie (solaire), la chaleur (bois) et le décor de cette aventure « totale »
http://www.coureurdesbois.fr