Volontariat à Madagascar: allier engagement religieux et VSI

Les missions de VSI sont au service de l'intérêt général sans distinction, mais cela n'empêche pas de choisir de donner à sa mission une dimension spirituelle. C'est le cas de Lucile, partie en VSI avec les Missions Etrangères de Paris.

Un article de Lucille Caron, Chargée de mission VSI


Lucile s’est engagée en décembre 2019 pour une mission de VSI avec La Guilde et les Missions Etrangères de Paris (MEP). Les MEP sont une association confessionnelle catholique tricentenaire qui, depuis 15 ans, envoie des jeunes laïcs pour des missions de volontariat allant de 3 mois à 2 ans, alliant le service, la relation à Dieu et la rencontre de l’Église dans le monde.

Une trentaine de missions de 1 à 2 ans sont portées conjointement avec La Guilde chaque année, sur des postes aconfessionnels d’intérêt général, en Asie et à Madagascar.

Après de longues réflexions et plusieurs rencontres avec les MEP, c’est dans ce dernier pays que Lucile s’est engagée et effectue encore sa mission. Entre besoin de changements professionnels et acte de foi, elle nous raconte sa mission et sa découverte de l’Île Rouge.

Qu’est-ce qui a motivé ton départ en VSI auprès des MEP ?

L’idée de m’engager comme volontaire est présente depuis longtemps dans ma tête. J’ai d’ailleurs vu plusieurs de mes amis partir en mission et cela procurait toujours une petite pointe d’envie au fond de moi. Mais je l’ai repoussée, car mes expériences professionnelles se sont enchaînées, je ne me sentais pas prête à quitter mon quotidien et mes attaches personnelles.

Néanmoins je me lassais, j’avais l’impression d’entrer dans une routine, dans un contexte où la seule manière d’évoluer était de re-négocier mon salaire, alors que j’avais surtout envie de diversifier mes tâches et les sujets sur lesquels je travaillais.

En parallèle de mon travail, j’étais très engagée dans le mouvement des Scouts et guides de France. J’y passais mes week-ends et beaucoup de mes soirées. Là, j’avais l’impression d’avoir de vraies et belles relations avec les gens, non faussées par une reconnaissance d’un bon travail par un bon salaire.

J’ai eu envie le temps d’une année d’être, tous les jours de la semaine, la personne que j’étais le week-end aux scouts. En tant que chrétienne, j’ai eu également envie de donner une année au Seigneur et aux personnes vers lesquelles Il m’enverrait.

Lorsque l’idée de partir pour une mission de volontariat a commencé à prendre forme dans ma tête, j’en ai parlé avec un prêtre dont je suis proche et je lui ai demandé conseil. C’est lui qui m’a parlé des Mission Etrangères de Paris. Aux MEP, on ne choisit ni sa mission, ni son pays. On les reçoit et on peut les accepter ou les refuser et ne pas partir. Après plusieurs entretiens qui ont confirmé mon projet, la chargée de mission m’a appelé pour me donner ma destination et mon poste.

En octobre, j’ai eu une semaine de formation aux MEP avec 26 autres futurs volontaires. C’était très riche : beaucoup de temps de prière pour nous apprendre à revenir à l’essentiel lorsque la mission sera difficile, des cours théoriques, des ateliers, des mises en pratique et de beaux moments de fraternité avec les autres volontaires ! Pendant cette semaine, j’ai été convaincue et j’ai donc décidé de m’engager pour 1 an. En décembre, je me suis envolée pour Madagascar avec une mission d’architecte auprès du diocèse de Port-Bergé, situé dans le nord-ouest du pays.

Ta mission a été perturbée par le coronavirus, peux-tu nous en parler ?

Nous sommes 2 volontaires à travailler sur les nouvelles constructions du diocèse, à destination des habitants de la région : Emmanuel, qui est ingénieur, et moi-même, nous partageons le travail en fonction de nos compétences.

Cette organisation bien réglée n’a duré que quelques mois et tout a été bouleversé avec l’arrivée du coronavirus dans le pays. Avec le confinement, les chantiers ne se sont pas arrêtés mais il a été plus difficile, voire impossible de s’y rendre. Mes missions ont donc évolué.

De plus, au début de ma mission nous étions 4 volontaires MEP à Port-Bergé, et c’était une vraie joie d’être si nombreux dans cette ville de brousse, assez excentrée dans le pays.  Malheureusement, lors de l’annonce du confinement, les MEP nous ont demandé de choisir : rester à Madagascar ou être rapatrié. Sachant que le confinement y serait sans doute difficile, et que certains d’entre nous seraient au chômage technique pendant une durée impossible à déterminer, beaucoup ont décidé de rentrer en France.

J’ai moi-même beaucoup douté, mais aujourd’hui je dois dire que je ne regrette rien, je ne me suis jamais sentie en insécurité, j’ai toujours pu donner de mon temps d’une manière ou d’une autre. Aujourd’hui, Emmanuel et moi sommes les 2 derniers volontaires MEP dans le pays.

Avec les 4 volontaires et le Père Francklin à Port-Bergé

Certains de tes objectifs à travers le VSI était d’avoir accès à de nouvelles compétences et responsabilités professionnelles en tant qu’architecte, et de trouver une façon de rapprocher ta carrière et tes aspirations personnelles. Qu’en est-il aujourd’hui ?

J’ai beaucoup appris au cours de cette première année.

L’autonomie. Avant de partir en mission, j’ai travaillé dans des grosses agences d’architecture où mes responsabilités étaient limitées et subordonnées à l’avis de mon supérieur. Dans ma mission d’architecte à Madagascar, je travaille avec un « prêtre bâtisseur » qui me présente les projets et me donne généralement un croquis comme point de départ. Néanmoins, l’intérêt d’avoir une architecte est de faire différemment de  ce qu’on a « toujours fait » et si celle-ci est têtue comme je le suis, elle ne manque pas de proposer de nouvelles idées et d’insister !

Enfin, j’ai accès à des projets d’envergure dont tout architecte rêve !

La patience. Si l’on en croit les guides touristiques, on apprend que Madagascar est le pays du « mora  mora » à traduire par « doucement ». C’est en réalité toute une façon de vivre, tranquillement et sans se prendre la tête. Alors, pour moi française, qui plus est parisienne, pour qui tout doit aller vite, tout temps doit être rentabilisé. Quand le métro a 2 minutes de retard, comment réagit-on ? On s’impatiente ! Dans le métro, que fait-on ? On lit pour ne pas perdre ce temps que l’on pense si précieux. On vient à Madagascar et là on voit les choses tout à fait différemment !

L’adaptabilité. En arrivant, j’ai dû m’adapter aux surprises « de base » du volontaire : il n’y a pas tout le temps d’eau et d’électricité, pas de machine à laver, il y a rarement un programme, s’il y en a un, on ne le respecte pas, on se laisse donc porter ! Cependant, ma « grande chance » en partant en volontariat en 2019-2020, c’est que je n’étais pas au bout de mes surprises ! Alors que je pensais avoir trouvé une forme d’équilibre dans ma mission, que je maîtrisais plus ou moins mes tâches, que je savourais les moments à 4 volontaires dans la même ville, le coronavirus a pointé le bout de son nez !

Mes capacités d’adaptabilité ont donc été fortement testées, j’avoue qu’il y a eu des moments difficiles, j’ai perdu mes colocs et donc le lieu où j’habitais, j’ai expérimenté 3 villes différentes, et j’ai dû trouver ma place dans chacune d’elles et faire évoluer ma mission… Mais je dirais que La Providence fait bien les choses et on m’a finalement permis d’expérimenter autre chose que mon métier !

L’humilité. Nous arrivons avec notre conception de la vie où tout travail mérite salaire, ou même où tout service mérite remerciement. Le Christ nous apprend pourtant à être à son image, « à être généreux, à donner sans compter, à travailler sans chercher le repos » (prière scoute). À Madagascar, je reçois pleinement sa leçon. Avec ma mission d’architecte, j’apprends l’humilité, j’apprends à travailler pour la gloire de Dieu et à me faire toute petite devant Sa volonté.


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