Un mois de Nagalaqa, jour après jour

Le 28 juin s'élançait l'expédition Nagalaqa pour trois mois d'exploration au nord de l'archipel arctique canadien. Soutenue et reconnue projet-pilote par La Guilde, l'expédition menée par Sébastien Roubinet avec Eric André et Jimmy Hery livre chaque jour son carnet de bord. Compilation d'un mois de glaces, une aventure à suivre jusqu'à l'automne.

Un article de Aventure


Extraits tirés des publications de l’expédition Nagalaqa sur ses réseaux sociaux.

28 juin

Ça y est, on est partis ! Des conditions donc parfaites pour ce départ, les cours de voile peuvent commencer ! Deux heures plus loin, nous longeons déjà la glace, une première baleine nous rend visite : ça sent le bonheur ! Nous comptons bien partager notre quotidien, nos découvertes, et notre passion pour ces régions belles, sauvages et reculées.

30 juin

Depuis le départ, nous naviguons non-stop grâce à un formidable crack qui nous ouvre la route du nord, tout en alternant les quarts.

En 48h, nous avons déjà parcouru plus de 100 km sans effort, contemplatifs devant les glaces accueillantes et les nombreux animaux croisés… Trois ours, des phoques, des vols de canards eider, des baleines à bosse et des bélougas ont croisé notre route.

La vie est belle !

Crédits Nagalaqa

1er juillet

C’était trop beau ! Après un lever à 3 heures du matin pour profiter d’un bon vent portant sur environ 60 km, nous voilà dans les glaces et la bruine… Il faut cheminer pendant deux heures à travers des blocs flottants, des plaques, des lacs de fonte, des crêtes… Les combis sèches ont bien été rentabilisées aujourd’hui avec quelques baignades !

Journée marquée par la rencontre sur la glace d’un jeune ours, le quatrième depuis notre départ.

2 juillet

Nous sommes nous-même étonnés de la facilité et de la rapidité avec lesquelles Babouch’ty franchit les obstacles… Ce soir nous avons atteint une île au nord-ouest de l’île de Banks et pour finir la journée en beauté, nous avons aperçu deux caribous et deux chouettes harfang.

4 juillet

Le défilé ! Ce matin, ce sont des dizaines de bélougas qui nous réveillent autour du bateau ! Après 11 heures de navigation, nous nous installons sur la glace côtière en nous amarrant à terre, satisfaits de voir dériver la glace à grand train vers le sud alors que nous resterons sur place cette nuit. Un loup arctique, port altier et fourrure blanche fournie ! Il est venu à notre rencontre, depuis combien de temps nous observe-t-il ? Il prend un peu de distance, nous observe, et s’évanouit dans la brume.

Crédits Nagalaqa

6 juillet

Tapage nocturne… Hier soir, après la rude journée d’hier, tous les trois endormis, un ours curieux est venu se frotter au bateau… Nous naviguons vers le nord-est espérant tomber sur la faille que l’on voyait sur les photos satellite envoyées par Lise ; pas simple de les identifier avec le brouillard ou les mirages quasi constants. Mais enfin, nous l’avons trouvée ! Babouch’ty navigue sur l’eau. Nous venons de passer le 75 N ! Espérons que ça continue comme ça vers le nord.

8 juillet

Le début de la journée se fait sous la brume dans un dédale de pack flottant. Nous prenons le temps de nous arrêter régulièrement pour monter sur les blocs de glace et observer le terrain qui nous entoure, c’est là que nous apercevons un ours au loin devant nous. Pour sûr, nous attirons la curiosité de l’animal avec notre embarcation. Nous enchaînons alors les kilomètres jusqu’à l’île du Prince Patrick, l’un des endroits les plus austères que l’on ait vu, une île désolée sans vie apparente, paysage sombre et sans relief, seule une pierre échouée au milieu de nulle part.


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11 juillet

La glace sous toutes ses formes… Nous réussissons à avancer sur quelques kilomètres grâce à une bande d’eau libre le long des côtes. Chacun se positionne et prend son poste, une bonne coordination se créé au fil des glaces. En fin de journée, une plaque bien lisse nous permet d’abattre et d’avaler une plus grosse distance en quelques heures. Le soleil se montre enfin et nous découvrons encore plus les terres que nous longeons depuis quelques jours. Aujourd’hui : 24 km avec le vent de face, 98 % sur la glace dont 5 km de glisse au près sur une belle plaque lisse = 120 km en quatre jours, on est dans les temps !

14 juillet

Ces derniers jours ont été assez durs. En cause ? Vent de face, brouillard, pluie, passages difficiles… La glace devant nous est plutôt lisse, le vent est définitivement de face mais c’est toujours ça de pris. Ce rythme va durer un temps mais finalement le chaos de glace nous rattrape. A présent, il faut pousser fort, faire pivoter le bateau sur son point d’équilibre pour le faire retomber de l’autre côté, sortir les piolets et palans pour le hisser au-delà des crêtes de compression, parfois très hautes. Mais notre motivation ne faiblit pas, alimentée par le désir de s’imaginer encore un peu plus loin.

15 juillet

Un jour sur l’eau ou presque ! Ce matin nous mettons directement le bateau à l’eau, les morceaux de glace se font de plus en plus fréquents et denses, les bords de plus en plus serrés et même en tirant le bateau depuis la glace, il faut pousser, tirer, border, choquer ! Ça cogne de plus en plus mais notre confiance et notre volonté d’avancer ne nous abandonnent pas : rien ne nous arrête aujourd’hui. Ce soir, nous installons le camp sur la glace, au large des terres. A l’intérieur les visages chauffent, signe d’une journée intense mais fructueuse car nous sommes à moins de 100 km de l’île de Brock.

Crédits Nagalaqa

16 juillet

La journée a débuté sous un brouillard givrant et du vent de face. La glace se densifie, il faut slalomer entre les blocs, de plus en plus nombreux et gros. Seb essaie de comprendre où nous nous situons par rapport aux glaces. Seb aux manettes (voiles, safrans et itinéraire), Jimmy et Eric aux étraves pour pagayer, repousser les blocs, monter sur une plaque quand cela est nécessaire, ou essayer de guider Seb pour trouver un passage. Seb juge plus raisonnable de nous arrêter sur une belle plaque, avant que nous ne commettions une erreur par fatigue ou manque de concentration.

18 juillet

16 km, c’est la distance que nous avons parcourue en 2 jours, plus précisément en 19 heures ! il nous faut de nouveau tracter et pousser notre embarcation. Fort heureusement, le cheminement est un peu plus évident que la veille, moins chaotique, pas de grosses crêtes ni de blocs flottants, glissants et mouvants à franchir… L’île de Brock est encore à 59 km… Nous sommes des fourmis dans cet univers de glace, un pas après l’autre, avec notre bateau-traîneau ; chaque mètre de pris est un mètre gagné.

19 juillet

Nous sommes sur un gros tapis roulant mais à contre-sens, par moment, juste boire un thé c’est un retour en arrière de 50 m, une réparation 185 m, un pipi 3 mètres ! Le bateau est parfois malmené dans ce chaos et depuis quelques jours une fissure de 15 cm est apparue sur le dessus du flotteur tribord, à force de prendre de gros chocs frontaux. Nous avons dû nous arrêter 3 heures pour effectuer une réparation temporaire : l’attelle semble bien faire le travail, ça ne bouge plus du tout mais il faudra tout de même effectuer une réparation plus sérieuse quand les conditions seront meilleures.

Crédits Nagalaqa

20 juillet

Pas de vent, pas une ride à la surface de l’eau, du coup une sensation de chaud ! Pas la canicule, mais nous nous sommes tout de même retrouvés sans gant ni bonnet ! Nous prenons même le temps d’un thé sur le cockpit, en glissant au milieu des blocs épars, après de dures journées, nous savourons pleinement ! Nous avons avancé de 20 kilomètres aujourd’hui, croisé un ours au loin, le 7ème, quelques traces de pas, de plus en plus de phoques, d’oiseaux. Ce soir nous bivouaquons en bordure de plaque, à moins de 30 km de Brock, et réalisons nos prélèvements pour la science.

21 juillet

L’Arctique est imprévisible, elle réserve toujours des surprises, des mauvaises comme des bonnes. Aujourd’hui, elles sont bonnes ! Nous avons parcouru 32 km et dépassé un peu notre moyenne quotidienne, nous sommes dans les temps, pile sur le 78e parallèle et à hauteur de l’île de Brock ! Nous n’irons sans doute pas à terre, car les images satellites indiquent une belle voie d’eau au large qui pourrait nous permettre d’avancer de 50 km sur l’eau, on ne va pas gâcher ce plaisir !

23 juillet

Journée éreintante… Nos efforts et notre persévérance étaient nécessaires à chaque instant de la journée. 28 km aujourd’hui, dans des conditions pas évidentes, nous voilà à Borden, fourbus mais satisfaits ! Notre choix pour la suite, pour résumer : sur les glaces de terre nous n’allons pas assez vite, dans les cracks nous sommes plus rapides mais pouvons mettre des jours à en sortir (les abords chaotiques) et le large, on oublie !

Le choix se porte donc sur les cracks mais il faut savoir en sortir à temps.

Crédits Nagalaqa

24 juillet

Vacances au soleil… L’étendue d’eau près de laquelle nous nous sommes couchés hier n’a pas pris une ride ce matin. La musique si particulière de la glace, des plaques de banquise qui dérivent dans un paysage où tout semble figé, le soleil nous réchauffe, nous savourons cet instant. Décision du capitaine : presque un mois que nous sommes partis, nous avons besoin de repos. C’est le moment aussi de prendre du temps pour nous, chacun vaque à ses occupations. Heureux d’être là, et excités de ce qui nous attend !

28 juillet

Tenir le cap…Aujourd’hui cela fait un mois exactement que cette aventure a débuté.Nous avons passé la l’attitude du nord de l’ île de Borden et sommes maintenant dans la région canadienne du Nunavut.Le crack est toujours ouvert mais il part trop au nord, à 80° de notre route et la glace se densifie.Nous finissons donc par monter sur la glace pour tenter de faire une route plus directe, en tractant le bateau quelques heures… puis un beau crack se présente à nous à nouveau mais voilà que le vent tombe complètement, il faut continuer à tracter le bateau mais cette fois-ci depuis la rive de la banquise et à l’aide d’un bout.

Nous réaliserons environ 20 prélèvements d’ADN durant toute l’expédition. Cela consiste à filtrer de l’eau directement dans la mer pendant 20 minutes, de préférence en navigation à une vitesse de 2 nœuds. L’une des complexité est de ne pas mettre notre propre ADN partout, il faut travailler proprement dans des conditions pas souvent faciles et bien sûr tout désinfecter. Ces prélèvements d’ADN rendront compte de la faune (que nous ne verrons pas) de cette région de manière plus précise.

3 août

Bélouga curieux…

Ce matin, nous tirons le bateau jusqu’à une belle ligne d’eau ouverte jusqu’à l’île suivante, confirmée par les cartes des glaces. Nous profitons de la beauté de ces endroits et du calme lourd qui qui y règne comme si le temps s’était figé… toujours en silence, sans moteur, juste le bruit parfois de la voile qui faseye, des rames rentrant en contact avec l’eau, du rire de Seb… pour mieux entendre et écouter les souffles de bélugas reprenant leur respiration. Ces ouvertures d’eau libre au milieu des immensités gelées sont pour nous comme des oasis dans le désert ; nous y croisons des bélougas, des phoques et des traces d’ours récentes.

Crédits Nagalaqa

14 août

La nuit a été assez agitée, avec le vent fort de la pointe de l’île et l’entrée du détroit. Il fallait s’assurer que les deux piolets d’ancrage du bateau ne décrochent pas.

Quelques courts passages sur glace, et nous voilà rapidement sur l’eau au nord de l’île Axel Heiberg, un boulevard s’ouvre à nous jusqu’aux montagnes d’Ellesmere, de l’autre côté du détroit Nansen. La vue, d’un côté et de l’autre du détroit, est splendide : glaciers rutilants, calottes, névés, montagnes aux tons ocres, un monde brut de roches et de glaces mais également doux dans les formes baignées de soleil.

Séb nous enseigne à présent la navigation près du relief : les vents sont très changeants, en force comme en direction, les glaces dérivent vite, il faut rapidement changer de voilure… La vigilance s’impose. Il faut essayer d’anticiper, être rapide et efficace.

65 km plus loin, en majeure partie sur l’eau, nous installons le bivouac au pied des montagnes d’Ellesmere ! Une sacrée étape franchie, et de manière tellement inattendue et inespérée !

La suite, à suivre sur les réseaux de l’expédition Nagalaqa :


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