« Je n’avais jamais autant avancé »

La Guilde mène le projet TANDEM : un binôme de deux jeunes venus d’horizons sociaux et scolaires très différents, expatriés au service d’un même projet solidaire ou culturel. Une initiative à suivre chaque mois avec les volontaires, depuis le terrain. Cinquième épisode avec Sébastien, engagé auprès de L'Arche à Bruxelles.

Un article de Service civique


En septembre, au moment de te lancer dans ta mission de Service civique à Bruxelles, tu évoquais l’envie d’accomplir quelque chose d’utile. As-tu le sentiment de remplir cet objectif ?

Oui, je me sens nécessaire dans mon foyer de L’Arche. On est 12 dans la maison : sept personnes handicapées et cinq volontaires, plus trois salariés qui nous aident la journée. On fait les choses du quotidien, réveil, accompagnement pour le travail ou le centre de jour, cuisine… Et puis du relationnel, des jeux, parler des états d’âmes, résoudre des conflits – vivre, quoi. En me sentant utile pour le quotidien des personnes avec lesquelles j’habite, j’ai pris de la valeur envers moi-même.

Comment cela se traduit-il ?

Aujourd’hui, je suis dans l’entraide et je sens que je peux y chercher mon avenir. Avant, quand je me réveillais le matin, j’étais ennuyé. Maintenant je vois plein de possibilités pour remplir mes journées. Et puis il y a une forme de rééquilibrage du fait d’être en contact permanent avec les autres : paradoxalement, ça permet de se recentrer sur soi, de s’écouter.

Tu es sorti du sytème scolaire juste avant le bac. Quel est ton chemin jusqu’à cette mission de Service civique ?

Juste avant mes 18 ans, en Terminale S, je me suis hospitalisé pour une dépression. J’arrive à en parler aujourd’hui, mais je n’étais vraiment pas bien à l’époque. Je suis sorti du système scolaire, puis je suis allé voir la mission locale de ma ville, parce que j’en avais entendu parler comme d’une structure qui peut t’aider à trouver des solutions auxquelles on ne pense pas forcément. Ils m’ont dirigé vers l’Espace Césame, un centre de formation. Là, un partenariat a été monté avec La Guilde, pour permettre des départs à l’étranger en binôme.

Et te voilà embarqué dans le programme TANDEM. Sans hésitation ?

La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est que je ne pouvais pas le faire. J’avais trop d’attaches autour de moi. Mais quand j’ai remis en question ces attaches, alors j’ai pensé que je pouvais voir au-delà, j’ai réalisé que ça ne pouvait pas être un moins, mais forcément du plus. Je m’étais déjà renseigné sur le Service civique, et les retours n’étaient pas toujours incroyables : on s’attend à des choses et la routine peut en être éloignée. Mais l’aspect positif d’avoir essayé ressortait toujours. Donc j’ai finalement accepté la mission avec L’Arche proposée par La Guilde et l’Espace Césame.

La Guilde mène le projet TANDEM : un binôme de deux jeunes venus d’horizons sociaux et scolaires très différents, expatriés au service d’un même projet solidaire ou culturel. Une initiative à suivre chaque mois avec les volontaires, depuis le terrain. Cinquième épisode avec Sébastien, engagé auprès de L'Arche à Bruxelles.
À droite, Félicia et Sébastien avec les autres volontaires de L’Arche (crédits Facebook L’Arche Bruxelles)

On sent que ton binôme apporte une vraie plus-value à la mission.

Oui, clairement. Je m’entends très bien avec Félicia, ça compte beaucoup. Dès le début, on a senti qu’on n’était pas là pour se juger. Juste… on était là. Et puis à force de se côtoyer, on s’est rapprochés pour devenir vraiment des amis. On est très différents mais… comme on se rejoint sur quelques valeurs essentielles – être bienveillants, vouloir que les gens se sentent bien autour de nous –, en fait on est surtout complémentaires. Félicia, c’est la meilleure rencontre que j’ai faite cette année.

Tu considères ton engagement comme une étape dans ton processus de guérison ?

Le processus était engagé depuis un petit moment, mais je n’avais jamais autant avancé. Le côté changement de contexte fait se poser de nouvelles questions et alors les anciennes paraissent moins importantes. Quand ça fait un temps qu’on tournait sur les mêmes, ce renouvellement fait avancer plus vite. Et puis il y a un ensemble de choses qui s’assemblent bien au bon moment, la découverte du handicap, celle d’un monde professionnel intéressant, les personnes en tant que telles, qui sont uniques…

Et demain, as-tu une idée de la direction que tu souhaites suivre ?

D’abord, je compte rester trois mois de plus avec L’Arche pour aller jusqu’en septembre. Ensuite, il n’y a rien de concret à ce stade, mais j’aimerais travailler dans l’associatif. Pas forcément dans le handicap, ça peut être auprès d’autres problématiques. L’important est de commencer par se bouger, de faire quelque chose. Commencer, avancer, et puis voir ce qu’il se passe ensuite.

Propos recueillis par Eric Carpentier


À lire aussi


Pour aller plus loin


Actions ! La lettre de La Guilde

Merci de valider votre inscription via le mail de confirmation envoyé.
Nous gardons vos données privées.