5 histoires pour avancer

La lettre de l'été - juillet-août 2021

Un article de La Guilde


Quels sont les ressorts de l’action ? Voilà la question à laquelle tentent de répondre les histoires racontées ici. Des récits à hauteur d’hommes et de femmes – parfois à plus de 8000 mètres – qui ont en commun de mener des vies entières, faites de passions et d’engagements. Cela peut être issu d’un cheminement personnel ou bien d’une aventure collective ; cela peut être dirigé par un rêve intime ou exprimer une responsabilité sociale ; cela peut prendre toutes les formes, pourvu qu’il s’agisse d’accomplissement.

Du Kurdistan dans les pas du French doctor Tissot à Madagascar pour une vie placée sous le signe du volontariat, des extrémités gelées de la planète aux entrailles d’une ville déchirée par la guerre, le volontarisme humain s’exprime avec autant de force que de simplicité. Chacun de ces témoignages aspire, à sa façon, à indiquer la voie de l’action. Pour nous inspirer, et pouvoir à notre tour répandre ce souffle vital.


Le Docteur et les Écrans

Pendant 40 ans, le Docteur Frédéric Tissot s’est donné tout entier pour soigner les populations abîmées, au plus près du terrain. Aujourd’hui, il travaille à répandre l’ouverture à travers Les Écrans de la paix. L’occasion de s’interroger sur les rapports entre corps et esprit.

Soigner les lendemains.


À Mossoul, Fahad pour un nouveau récit

Le Book Forum de Mossoul est un exemple d’initiative culturelle visant à repenser dans sa profondeur une société ébranlée. Son co-fondateur, Fahad Sabah Mansoor Al-Gburi, raconte une aventure née dans les flammes.

Lire pour renaître.


Clémentine, grandir à Mada’

En 2015, Clémentine partait à Madagascar en tant que Volontaire de solidarité internationale au sein de l’association APDRA Pisciculture Paysanne. Elle avait signé pour 19 mois : sa mission aura finalement duré six ans. Histoire d’un coup de foudre.

Tout donner au présent.


« Aller explorer ses talents jusqu’au bout »

Explorateur polaire, pionnier de l’ULM, concepteur d’avions… Hubert de Chevingy a placé sa vie sous le sceau de l’action. Président pendant 15 ans et désormais Compagnon de La Guilde, l’homme se confie sur les ressorts de l’aventure, depuis la terre qui le fait vivre aujourd’hui.

Décoller en liberté.


Elisabeth Revol, sur un air de jouvence

Présidente du jury pour les 30 ans des Écrans de l’aventure, l’himalayiste Elisabeth Revol suit un parcours hors normes, fait de farouche indépendance, d’oxygène rare donc précieux, mais aussi de drames et de remises en question. Elle tente avec lucidité de comprendre les mobiles qui la poussent à l’action.

S’élever dans la passion.


Les Écrans de l’aventure sont en ligne

Alors qu’il s’apprête à fêter ses 30 éditions à Dijon (14-17 octobre), le festival des Écrans de l’aventure propose depuis le 1er juillet une sélection de films primés, accessibles gratuitement tout l’été. À la rentrée, cette offre sera enrichie d’une sélection exclusive pour les 30 ans des Écrans.

Explorer l’inspiration.


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À Mossoul, Fahad pour un nouveau récit

Le Book Forum de Mossoul est un exemple d'initiative culturelle visant à repenser dans sa profondeur une société ébranlée. Son co-fondateur, Fahad Sabah Mansoor Al-Gburi, raconte une histoire née dans les flammes.

Un article de La Guilde


Le 6 septembre 2017 restera un jour gravé dans le cœur de Fahad. Ses deux fils, des jumeaux, soufflent ce jour-là quatre bougies chacun. C’est leur premier anniversaire dans un Mossoul libéré du joug de l’autoproclamé État islamique deux mois plus tôt. Mais ce n’est pas tout. Ce 6 septembre, le cœur de l’ingénieur de 30 ans est pris dans un tourbillon : 3 000 personnes sont venues au premier festival littéraire organisé dans la ville irakienne. Des milliers de livres ont été distribués gratuitement. Et l’idée que la culture puisse contribuer à reconstruire la société mossouliote a été confortée. Elle ne restera pas sans suite. Alors, quatre ans plus tard, Fahad peut l’affirmer sans hésitation : ce 6 septembre 2017 a tout simplement changé sa vie.

Une graine entre les pages

Début 2014. Fraîchement diplômé en mécanique, Fahad Sabah Mansoor Al-Gburi a prévu de partir étudier aux Etats-Unis. Il a obtenu une bourse de l’Etat irakien, s’affaire aux milles préparatifs. Il adore ses études, travaille sur la publication d’un article dans un journal scientifique de renommée internationale. Et puis les soldats de Daech prennent sa ville. C’est le début de l’occupation. « Une période horrible. Nous ne pouvions pas fuir avec ma famille de peur des représailles. Il n’y avait pas d’emploi, pas d’éducation. Alors je lisais. Des publications scientifiques, mais aussi des livres d’histoire ou de société, comme Ali Al-Wardi, un grand écrivain irakien. Tout m’intéressait. Avec ma femme, on passait nos journées à lire et à en discuter. » Une période paradoxalement féconde, puisque Fahad publiera son article dans le Journal of Porous Media (Journal des Milieux Poreux, en VF). Surtout, se forger une idée : « si on veut reconstruire et ne pas revivre cette situation, nous devons absolument développer la conscience, l’esprit critique et l’ouverture aux autres, affirme-t-il. Nous devons déployer les capacités d’analyse de la société, de ses problèmes et des manières de les résoudre ».

La graine est plantée. Elle va germer dans les cendres d’un souvenir douloureux. « C’était un après-midi de décembre 2016, reprend Fahad. J’étais sur ma terrasse et je pleurais en voyant une colonne de fumée noire s’élever dans le ciel. » Car à l’origine du feu, il y a des livres : ceux de la bibliothèque de l’université de Mossoul, jadis riche de 700 000 volumes. En pleine bataille de Mossoul, Daech l’a incendiée. Un crève-cœur pour Fahad, qui a ciré les bancs de la bibliothèque pendant six ans. « Nous avons entendu dire qu’il restait 30 000 livres. Avec d’autres, nous avons aussitôt lancé une campagne pour les déplacer et les sauver, car les toits de l’université étaient détruits. Nous nous sommes mis au travail alors que la bataille n’était pas encore terminée dans l’ouest de la ville. Nous avons également lancé un appel aux dons pour récolter de nouveaux ouvrages. » Fahad ne le sait pas encore, mais une mécanique est lancée.

Des rencontres et des mots

Et c’est par des rencontres, comme souvent, que de nouvelles étapes sont franchies. La première a lieu lors de la campagne de réhabilitation des collections universitaires, avec l’éditeur bagdadi Sattar Muhsin. Un projet de festival littéraire émerge. « Une folie, relève Fahad. Nous étions à peine libérés, les gens souffraient des pertes, du manque de nourriture, de santé. On avait peur d’être pris pour des irréalistes. Mais pour nous, c’était évident : nous devions travailler sur le culturel pour faire évoluer les mentalités dans la société irakienne. » La folie devient réalité le 6 septembre 2017. Deux enfants ont quatre ans et 3 000 personnes viennent choisir des livres, distribués gratuitement parmi le surplus d’une campagne qui avait permis d’en récolter plus de 15 000 pour l’université, largement au-delà des espérances de ses initiateurs. Parmi les présents, un homme pour une nouvelle rencontre et un nouveau prolongement : Harith Yaseen Abdulqader.

« Harith travaillait pour une ONG, IHAO, qui avait donné des livres de médecine lors de la campagne. On a discuté et j’ai envoyé mon CV pour travailler avec eux – tu sais, à l’époque, les conditions économiques étaient difficiles. On a commencé à travailler ensemble avec Harith, parlant beaucoup de nos projets personnels. Lui voulait ouvrir un café. Je lui ai dis « OK, mais faisons quelque chose d’unique, avec une bibliothèque, un endroit où les gens pourraient lire, boire du café, discuter des livres, les présenter, les dédicacer… » » Les énergies se rassemblent et très rapidement, l’idée prend forme : 30 décembre 2017, le Book Forum ouvre dans l’une des plus larges artères du quartier animé de l’université de Mossoul.

« Comment te décrire cette journée… Il me faudrait beaucoup plus de mots que je n’en connais ! Tant de gens sont venus. J’ai senti que c’était pas important pour Mossoul, pas seulement pour Harith et moi. Cet endroit appartient à tout le monde. Beaucoup de jeunes écrivains évoquent le Book Forum comme leur maison. Ce jour-là, je me suis dit qu’un petit pas était fait pour tous ceux qui souhaitent voir Mossoul avec un regard différent. »

Le goût des autres

Rapidement, le Book Forum attire l’attention au-delà de Mossoul, au-delà même du pays. En France Hugues Dewavrin, alors vice-président de La Guilde, s’y rend dès 2018, accompagné de Cécile Massie et Amélie Banzet, chargées de mission. Ils proposent au Book Forum d’organiser des sessions de projections, en lien avec Les Écrans de la paix. Puis font venir Sylvain Tesson, président de La Guilde de 2011 à 2017. « Une session extraordinaire ! s’enthousiasme Fahad. Sylvain est venu parler de son voyage dans l’écriture, de la manière de l’utiliser comme relation au monde. Nombre d’écrivains sont venus, ils ont parlé pendant plus de trois heures, de littérature, de liberté, des sociétés françaises et irakiennes… » Et puis c’est au tour de Fahad et Harith de venir en France, à l’occasion du festival Le Goût des autres. Ils dressent des ponts entre Mossoul et Le Havre, libérée 70 ans plus tôt avec la bataille de Normandie. Rencontrent l’UNESCO. Mettent sur pied un nouveau festival culturel à Mossoul : « tout ça était organisé avec les équipes de La Guilde, qui nous soutenaient, nous poussaient à améliorer notre travail et nos compétences dans le domaine culturel. Vraiment, notre relation avec La Guilde est très forte ».


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Tout n’est évidemment pas rose. La pandémie est passée par là, rendant les équilibres financiers précaires. Une période que les équipes du Book Forum, en partenariat avec La Guilde, ont mise à profit pour organiser des distributions alimentaires aux familles les plus pauvres de Mossoul. Et demain ? Après avoir réouvert les portes du café, le Book Forum veut pousser ses murs et devenir une organisation de promotion de la culture et de l’éducation à travers tout le pays. Ce qui laisse une dernière question en suspens : quid de la formation de Fahad, brutalement interrompue en 2014 ? « En travaillant dans le domaine culturel, mes aspirations ont changé, note le jeune père de famille. J’ai le sentiment que mes responsabilités sociales se sont développées, je peux être davantage acteur de changement dans la société. Mais finalement, ce n’est pas si éloigné de ma formation d’ingénieur. Car les problèmes de la société, leurs mécanismes et la façon de les résoudre engagent une analyse en profondeur. C’est exactement ce que je faisais sur les transferts de masse en milieu poreux, par exemple. » Et si, finalement, la vocation de Fahad était inscrite dans son sujet d’études ?


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Hubert de Chevigny : « explorer ses talents jusqu’au bout »

Explorateur polaire, pionnier de l'ULM, concepteur d'avions... Hubert de Chevingy a placé sa vie sous le sceau de l'action. Président pendant 15 ans et désormais Compagnon de La Guilde, l'homme se confie sur les ressorts de l'aventure, depuis la terre qui le fait vivre aujourd'hui.

Un article de La Guilde


Que répondiez-vous quand on vous interrogeait sur votre métier ?

C’était le grand problème de mes enfants à l’école : ils mettaient toujours des choses différentes ! Quand je construisais mes avions d’exploration, je leur disais de mettre « armateur », parce que j’armais un avion comme autrefois un bateau pour la navigation. Ou ingénieur, tout simplement. Je m’en aperçois maintenant que je suis plus âgé : quand on discute avec des amis aux parcours plus classiques, pour eux j’étais un OVNI ! C’est comme ça, j’ai toujours été attiré par l’aérien, la troisième dimension…

Vous dites avoir toujours été attiré par l’aérien, pourtant vous avez une formation de forestier. C’est pour le moins ancré dans la terre…

J’ai fait des études de forestier pas tant par passion pour la forêt, mais pour le prétexte. Premier stage, Suède hivernale ; deuxième, Canada. J’étais aussi attiré par le Nord ! Et là, être déposé en hydravion a été une révélation. Quand on vous largue dans le Grand Nord avec une tente et des vivres pour un mois, qu’il faut marcher à la boussole pour faire des relevés, c’est déjà de l’exploration.

Par la suite, l’Arctique a été votre grande passion. Qu’est-ce qui vous y attire ?

Le fait que c’est un immense terrain de jeu ! Le Canada, c’est environ 4 500 km d’est en ouest, autant vers le nord, qui va jusqu’à 800 km du pôle. Il y a le terrain des Indiens, puis des Inuits, et enfin le High Arctic qui n’appartient à personne parce que ce sont des endroits où on ne vit pas, on survit. J’ai vite réalisé que pour évoluer dans ce décor, on dépend toujours des avions. C’est comme ça que je me suis mis à en construire. Quand j’y repense, je n’ai jamais croisé quelqu’un d’autre qui se baladait en avion privé en Arctique, et encore moins construit sur ses idées ! J’ai eu le privilège d’évoluer dans ces terrains de façon totalement libre, sans être tributaire des Twin Otters (avions bimoteurs, ndlr).

Pouvez-vous identifier un moment déclencheur dans votre parcours d’explorateur polaire ?

Au début des années 80, comme j’étais un pionnier de l’ULM, des journalistes sont venus me voir. J’avais eu un gros article de 7-8 pages dans le Figaro Magazine, et du coup un explorateur polaire, propriétaire de l’actuel Vagabond des Brossier, m’a contacté pour me dire qu’il avait besoin d’un poisson-pilote pour le guider à travers les glaces et qu’un ULM serait parfait. Ça me permet de monter ma première expédition vers le pôle Nord magnétique (Hubert de Chevigny est le premier pilote à avoir atteint le pôle Nord magnétique en ULM, en 1982, ndlr)


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C’est à partir de là que se forme l’idée de faire de votre passion un métier, voire une vie ?

J’avais déjà fait de l’ULM mon métier. Avant, on faisait de l’aile delta avec Bertrand Piccard. Et comme j’étais un pionnier de l’ULM, on a créé la première compagnie, qu’on a appelé la SARL ULM. C’est comme ça qu’ULM est devenu un nom générique en France. J’avais le choix entre traduire le nom anglais microlight, ou le nom américain ultra light motorized. J’ai choisi ultra léger motorisé, ça a donné ULM.

De là à multiplier les explorations en ULM, il y a un gouffre !

C’est que j’aimais conjuguer l’élément aérien et le goût de l’exploration dans les grands espaces. J’ai fait mon premier voyage touristique l’année dernière ! J’ai toujours voyagé pour des expéditions, des émissions de télé… En revenant du pôle Nord géographique avec Nicolas Hulot en 1987, il a lancé Ushuaïa. Notre petite notoriété lui a permis de passer de la radio à la télévision. D’un coup, il fallait faire une émission par semaine, avec beaucoup d’argent pour le faire.

En 1998, vous parliez de « vie facile » : ça correspond à cette période ?

Jusqu’à 1991 et la première guerre du Golfe, l’argent pour la communication ruisselait dans les entreprises, vraiment. Dès qu’un skipper avait fait une course, il créait une boîte d’incentive et des entreprises venaient à son bord faire des stages de motivation. C’était l’époque où tout le monde faisait du saut à l’élastique, parce que les DRH pensaient que c’était une bonne idée. Ils avaient plein d’argent pour développer ce genre de choses. Et nous, les sponsors faisaient la queue ! Et puis ça s’est arrêté brutalement, et j’ai lancé la conception de mes avions d’exploration polaire.

Que vous ont appris ces années d’exploration aérienne sur vous-même ?

Qu’en fait, ce qui intéressant, c’est d’aller explorer ses talents jusqu’au bout. On a chacun des talents et des défauts. Moi, l’un de mes talents est l’anticipation. J’ai piloté toutes sortes d’avions, hydravions, hélicoptères, j’ai pratiqué la plongée… mais sans jamais avoir une grande expérience. Parce que j’avais la faculté d’anticiper les choses, de voir où seraient les problèmes, les failles, les précautions à prendre, et là où on peut y aller. Je n’avais pas besoin d’être chevronné dans une discipline pour assurer. C’est prétentieux ce que je dis ! Mais c’est vraiment ça. Et l’exploration arctique, c’est ça aussi : vivre en milieu hostile en ayant anticipé tous les problèmes.

Avez-vous l’esprit de compétition ?

Ce n’est pas mon moteur. On me l’a reproché, ne pas courir après les médias, ne pas raconter la moindre petite expédition. Mais ce qui m’intéresse sur une expédition, ce n’est pas de l’exploiter, c’est de me pencher sur la prochaine. C’est une marche d’escalier qu’il faut monter, en mettant parfois au point certaines techniques qui permettent de réaliser des choses auxquelles personne n’a pensé. Mais ce n’est pas grave : moi, je l’ai pensé !


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À vous écouter, l’extraordinaire paraît normal…

Je me rends de plus en plus compte qu’au fond, il y a un ressort qui n’existe peut-être pas chez tout le monde. Ce n’est pas une recherche de l’extraordinaire, je ne me réveille pas un matin en me disant « tiens, qu’est-ce qui n’a jamais été fait ? » Je n’ai pas de problème d’ego.

Alors, quel est ce fameux ressort ?

C’est d’avoir une idée en tête et de ne pas pouvoir penser à autre chose avant de l’avoir réalisée. C’est assez étonnant, ça vous occupe tellement le cerveau qu’il n’y a plus de place pour rien d’autre. Alors quand on arrive à la fin d’une expédition, que ça fait deux, trois ans qu’on œuvre à la réaliser, il y a un grand vide. On se dit « tiens, tout ce qu’il y a d’important dans la vie, je l’ai mis de côté ». Il faut rebâtir. Ou repartir sur un nouveau projet. C’est souvent ce que j’ai fait.

Ça a impliqué des sacrifices sur le plan personnel ?

Valérie, mon épouse, était généralement en charge des camps de base. On a fait des enfants assez tard parce qu’on avait une vie de saltimbanques, on était tout le temps à droite, à gauche, et pas forcément ensemble. Quand on est arrivé au pôle Nord en 1987, on est rentré dans un Twin Otter. Notre radio faisait du bricolage à Resolute Bay et me dit « Hubert, j’ai Valérie, tu peux lui parler deux minutes ». Je l’appelle et je lui demande si elle veut m’épouser. Silence… « Valérie tu m’entends ? – Oui ! – Mais oui quoi ? – Oui oui je suis d’accord ! – OK ! » Et Gérard le radio nous dit que c’est terminé. Tout ça pour dire que j’avais tout mis de côté pendant deux ans et d’un coup, passée la ligne d’arrivée, qu’est-ce qu’il y a d’important dans ma vie ? Là c’était le mariage. Ce qui est drôle, c’est que j’ai parlé à travers la HF de l’avion, donc tous les pilotes dans un rayon de 3 000 km ont entendu. Quand on s’est posé six heures plus tard, tout le monde me félicitait. Mais pas pour le pôle, pour le mariage ! (rires) C’est des souvenirs, ça…

Vous avez été président de La Guilde pendant 15 ans. Que représente-t-elle pour vous ? Quelle est sa fonction ?

Sur le plan humain, je dois dire que je n’ai eu que des rencontres heureuses à La Guilde, des gens formidables. Notre rôle est de créer des conditions favorables pour que les jeunes puissent s’exprimer et s’épanouir, tant dans l’aventure que dans un humanitaire engagé. Un jour, des jeunes sont venus me voir. Ils me disent « on a des chiens de traineaux, on veut faire une expédition pour apporter des médicaments aux Inuits. – Attendez les gars, je ne veux pas vous décevoir, mais quand ils ne vont pas bien, les Inuits appellent l’avion sanitaire, il vient et les amène à Montréal. On n’est plus dans Tintin ! » Mais je leur demande d’où viennent leurs chiens. Ils me disent qu’ils viennent de la SPA et qu’ils les ont entrainés. En fait, ces jeunes avaient pris des chiens de banlieues pour en faire des seigneurs du Grand Nord. C’est ça l’idée ! C’était beau, généreux, démerdard, ça avait toutes les qualités d’une belle expédition. Et ils voulaient le maquiller en humanitaire mal placé. Voilà le genre de service que peut rendre La Guilde.

Aujourd’hui, vous êtes Compagnon de La Guilde. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je pense que c’est parti de cette idée que depuis plus de 50 ans, La Guilde a vu passer beaucoup de jeunes, certains ont eu des vies passionnantes, et il ne faut pas les perdre de vue. C’est une merveilleuse idée de réunir tous ces aventuriers et humanitaires qui sont des gens dispersés à droite à gauche et qui ne se croisent jamais, sinon à Dijon. Ce que je vois à travers ces Compagnons, c’est la volonté de dire qu’on a eu des vies atypiques, qui nous ont comblées, et qu’il faut transmettre cet état d’esprit.

Peut-on parler de retraite pour un explorateur ?

Je n’ai jamais construit une retraite ! Et je suis très heureux de continuer à travailler, parce que c’est socialement, intellectuellement et physiquement passionnant. Dans la propriété que nous avons acquise avec ma femme, où nous accueillons des gens du monde entier, je fais plus d’heures de tracteurs aujourd’hui que je n’ai jamais fait d’heures d’hélicoptère ou d’ULM. Et j’en suis très content !

Propos recueillis par Eric Carpentier


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Elisabeth Revol, sur un air de jouvence

Présidente du jury pour les 30 ans des Écrans de l'aventure, du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon, l'alpiniste Elisabeth Revol suit un parcours hors normes, fait de farouche indépendance, d'oxygène rare donc précieux, mais aussi de drames et de remises en question. Elle tente avec lucidité de comprendre les ressorts qui la poussent à l'action.

Un article de La Guilde


Janvier 2018 : en quelques heures, le nom d’Elisabeth Revol entre dans la lumière médiatique. La veille encore, seuls les initiés connaissaient ce petit gabarit aux grandes réalisations. Et puis il y eut ce SOS lancé dans la nuit pakistanaise, à 7 522 mètres d’altitude. Cet élan de générosité qui suivit, pour rassembler les fonds nécessaires à une opération de sauvetage. Et, partout, ces regards suspendus aux pentes du Nanga Parbat, colosse de 8 125 mètres, 9e sommet le plus haut du monde.

Tomasz Mackiewicz, Tomek, le compagnon de cordée, n’en redescendra pas : aveugle au sommet, diminué par de probables œdèmes, le Polonais repose désormais sur les flancs ensorcelants du « Roi des montagnes ». Elisabeth Revol, elle, sera secourue après trois nuits dehors, sans tente ni vivres. Deux ans plus tard, en racontant son histoire dans un livre (Vivre, aux éditions Arthaud), elle lève un voile sur ce qui peut pousser une femme de 1,56 m sur les plus hauts sommets de la planète, en suivant ses propres chemins et sans chercher la lumière. Une histoire qui commence par un poster.


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Elisabeth s’envole

« Tout d’un coup, écrit-elle, je me retrouve dans ma chambre d’enfant dans la maison de mes parents – elle somnole en réalité dans une crevasse à plus de 6 000 mètres, une chaussure en moins. Chaque soir mon regard se posait sur l’Everest, enfin sur le poster de la face sud-ouest au-dessus de mon lit. Dessous, il y avait un verset biblique :  »Je me couche et je m’endors en paix, car toi seul, ô Eternel, tu me donnes la sécurité dans ma demeure. » » Nous sommes dans la Drôme, les Revol vont à l’église chaque dimanche, quand ils ne sont pas en randonnée dans les massifs avoisinants. Et Elisabeth a déjà « cette fichue manie depuis toute petite : voir ce qu’il y a au-dessus ou derrière, des fois que la vue serait différente ! »

Mais à 16 ans, premier drame : sa mère est emportée par un cancer. Alors, pour se soigner, elle s’échappe. En pensant à un conseil laissé à sa maman par son grand-père : « si jamais tu as du chagrin, va dans la forêt et marche en ouvrant grand les yeux autour de toi. Car dans chaque arbre, dans chaque buisson, dans chaque animal, dans chaque fleur tu trouveras la présence et la puissance divine. Ainsi tu seras consolée et tu oublieras tes tourments. » Avec son père, son frère ou seule, Elisabeth marche, cours, pédale. Elle entame des études de STAPS, découvre l’escalade. Intègre une équipe de jeunes alpinistes. Et s’envole.

Direction la Bolivie pour sa première expédition avec son équipe. Seule au sommet des 5 400 mètres du Pequeño Alpamayo, c’est la révélation. Elle le raconte dans le podcast Vie d’aventure : « quand on décide seule d’y aller, qu’on se bouge en fait, parce qu’on a vraiment ça au fond de ses tripes… Quand je suis arrivé là-haut, j’étais dans un état émotionnel débordant. Je pleurais et je criais en même temps, je remerciais le ciel ! » Elisabeth Revol a choisi : sa vie empruntera les chemins de traverse s’il le faut, tant qu’ils conduisent à s’élever.

Dès lors, la sportive met tout en œuvre pour suivre ses aspirations. 2008, première femme à enchaîner trois 8 000 en style alpin (Broad Peak et Gasherbrum I & II, sans porteurs ni cordes fixes ni oxygène) ; 2009, l’Annapurna. Mais son compagnon de cordée, le Tchèque Martin Minarik, disparaît dans la descente. Deuxième drame. Il va la tenir éloignée des sommets himalayens pendant quatre ans. « Le poids était trop lourd ».

Respirer pour mieux souffler

Et puis elle y retourne. Parce que « ce sont les bouffées d’oxygène glanées en montagne qui détendent mon rapport quotidien au monde, écrit-elle dans Vivre. C’est mon point d’équilibre. La fuite du quotidien. La fuite du modèle social, de l’aménagement confortable et routinier d’une vie, qui limiterait trop mes aspirations physiques, spirituelles, mes désirs de liberté. » Sauf que la liberté à un prix, à nouveau payé au Nanga Parbat en janvier 2018. La médiatisation exceptionnelle de l’évènement compliquera encore le processus de réparation. Et le questionnement de poursuivre son chemin.

« Qui dit besoin dit dépendance. Je passe mon temps à dorer les chaînes qui me tiennent prisonnière de mes besoins d’altitude et d’évasion. (…) Mais comment trouver l’équilibre entre passion et raison ? Une passion trop forte emprisonne, une raison trop rigide prive d’élan, de liberté. (…) Comment revenir à ma quête intime ? »

À cette dernière question, le professeur de philosophie de l’art et d’esthétique Pierre-Henry Frangne, auteur de De l’alpinisme (Presses universitaires de Rennes), apporte un début de réponse, sur France Inter : « l’alpinisme a à voir avec l’enfance, avec cette capacité qu’a l’enfant de s’agripper, de monter aux arbres pour faire des cabanes. Dans l’alpinisme, il y a une part de jeu, inévitablement. Évidemment, je parle de l’alpinisme amateur ; quand on est professionnel, ce jeu devient très sérieux. »

Il faut jouer pour devenir sérieux, affirmait Aristote ; malgré les tempêtes, Elisabeth Revol semble toujours animée par la flamme de l’enfance. En 2019, la Drômoise a gravi trois nouveaux 8 000 : l’Everest, le Lhotse et le Manaslu. Ou comment ne jamais oublier les arbres au bord de sa Lozière natale.


Actions ! La lettre de La Guilde

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Clémentine, grandir à Mada’

En 2015, Clémentine partait à Madagascar en tant que Volontaire de solidarité internationale au sein de l'association APDRA Pisciculture Paysanne. Elle avait signé pour 19 mois : sa mission aura finalement duré six ans. Histoire d'un coup de foudre.

APDRA Clémentine M

Un article de La Guilde


Nous sommes en 2015 et tu t’envoles pour Madagascar. Quel est ton état d’esprit à ce moment-là ?

Quand je pars à Tamatave pour commencer mon VSI, je n’ai aucune idée de ce que je vais découvrir. Je ne dirais pas que j’avais tout à apprendre, mais presque. Les premières années, j’ai beaucoup aimé être en contact régulier avec les pisciculteurs, participer aux pêches. Cela m’a permis d’apprendre la langue malagasy et de me familiariser avec la vie rurale, ses difficultés et ses richesses. C’était pour moi indispensable, pour être à l’aise dans ma mission et dans mon nouveau pays d’accueil.

Et puis, année après année, tu prolonges ta mission… jusqu’à atteindre le maximum possible sous statut de VSI.

Au total je pense que j’ai signé neuf avenants à mon contrat initial ! Pour moi, ce sont autant de modifications qui témoignent de mon évolution durant ces six années. J’ai occupé trois positions différentes, au sein de trois projets menés par l’APDRA. J’ai également pu découvrir le pays en étant basée à Tamatave puis à Antsirabe, et en suivant des projets localisés dans six régions différentes. À la fin de ma mission de VSI, j’étais Responsable Chaîne de Valeur d’un projet de développement de la « rizipisciculture » sur les Hautes Terres de Madagascar. Ce projet vise à améliorer les revenus des exploitations agricoles familiales, mais également la consommation en poissons des ménages malagasy.

Au-delà de la mobilité géographique, tu connais donc une véritable évolution professionnelle dans ton volontariat.

Tous les ans, j’ai pu discuter avec mes référents de mon travail, de mes missions et de leurs évolutions potentielles. Nous avons ainsi identifié les compétences utiles que je voulais développer. J’ai pu me former en étant toujours accompagnée et ces évolutions m’ont énormément motivée. Au fil des années donc, j’ai commencé à être plus en lien avec la stratégie de développement des programmes de l’APDRA. J’ai pu étudier des notions passionnantes telles que les innovations paysannes, être associée à des réflexions très intéressantes sur l’amélioration des référentiels piscicoles que l’on propose aux paysans, et chaque année, multiplier mes compétences.

Il y a l’évolution professionnelle, et puis il y a la vie personnelle. À Madagascar, tu as construit les deux…

En effet ! Je suis tombée amoureuse à Madagascar et je suis devenue maman. J’y ai construit une famille ! Bien sûr, tout ceci est particulier à ma situation et ne veut pas dire que vivre loin de ma famille et de mes amis en France n’est pas difficile. Surtout aujourd’hui dans un contexte où il est devenu compliqué de voyager… C’est même très difficile parfois.

Madagascar est désormais un pays d’adoption pour toi ?

Madagascar est un pays passionnant, tant il est riche dans ses paysages, dans sa biodiversité, dans ses traditions et sa nourriture. Même si la vie des Malagasy est dure, et qu’il est important pour moi de toujours garder ces éléments en tête, le peuple malagasy participe à cette richesse. Je ne me lasse pas de découvrir Madagascar et le quotidien de ses habitants.

Clémentine avec une piscicultrice à l’époque des litchis en 2015 ©Clémentine M

Aujourd’hui, ton volontariat a pris fin et tu es salariée de l’association. Quel bilan peux-tu faire de ta mission ?

Quand je suis partie en tant que jeune ingénieure agronome diplômée, je n’avais que très peu d’expérience malgré mes stages, et peu de recul par rapport au secteur du développement agricole. Aujourd’hui je dirais que c’est un secteur qui n’est pas parfait, et c’est pour cela qu’il est important de bien se renseigner sur l’organisation dans laquelle on s’engage au départ. Par ailleurs, avec le VSI, j’ai appris à mettre en œuvre ces compétences au sein d’un projet de développement rural, et à comprendre les rouages et les enjeux du développement agricole. Ma mission de VSI m’a donc permis de grandir et de contribuer à mon échelle, tel le colibri, à la diversification des productions agricoles malagasy pour in fine, améliorer les conditions de vie des paysans.

Quels seraient les conseils que tu aurais aimé entendre au début de ta mission ? Y a-t-il eu des choses que tu aurais pu faire différemment ?  

Je pense que nous sommes bien accompagnés par La Guilde avant notre départ. La première année, je ne suis pas rentrée en France pendant 15 mois et avec le recul je vois combien cela a pu être difficile pour moi et ma famille. Il est important de garder le contact, de ne pas s’isoler dans sa mission et de retourner voir ses proches, si cela est possible. Un autre conseil pourrait être d’apprendre la langue du pays dans lequel vous vivez. Sans ça, trop de choses nous échappent. Le langage est le premier pas vers l’autre et c’est ce qui permet la meilleure intégration dans un nouveau pays. Je le conseille autant pour 12 mois de mission que pour 72 !

Propos recueillis par Lucille Caron, Chargée de mission VSI

Le dispositif VSI est ouvert jusqu’à six années dans la vie d’une personne. À La Guilde, si la durée moyenne des missions est de 21 mois, environ 5 % des volontaires effectuent des missions de cinq ou six ans consécutifs. Découvrez le dispositif.


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L’édito de la lettre de juin

Accompagner les élans

Un article de Vincent FARRET D'ASTIÈS, Président de La Guilde


Lire la lettre dans son intégralité : Accompagner les élans

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Quelle joie de pouvoir servir La Guilde et le nombre impressionnant de projets qu’elle porte : voilà le tout-premier sentiment de votre nouveau président. À cette joie se joignent l’admiration pour un demi-siècle d’activités aussi variées qu’édifiantes, et sans doute encore davantage la volonté de faire avancer avec vous au plus loin ce merveilleux voilier, puissant trois-mâts quand il le faut, agile goélette le plus souvent.

J’ai pour conviction que La Guilde est aujourd’hui éminemment utile à la société. Une véritable chape de modération et de « zéro risque » est venue s’exercer de manière particulièrement oppressante sur nos quotidiens et les premières victimes sont ceux qui, à chaque génération, ont tout simplement un besoin de respiration un peu plus développé. Ils peuvent être brillants, cancres, contemplatifs, fonceurs, ils abordent en tous cas les décennies à venir soit en boitant un petit peu dans un recoin de l’âme, soit en ayant franchement l’impression de ramper là où ils pourraient courir.

À ces personnes La Guilde se propose comme révélateur, comme soutien ou comme tremplin. Elle partage son expérience, elle appuie, elle facilite les circonstances qui permettent de réaliser un projet apparemment fou ou d’aller fraternellement apporter son aide sur un autre continent. Et les fruits, au-delà de ceux de l’action elle-même, sont des parcours marqués à vie par une généreuse liberté ; les Compagnons de La Guilde qui viennent d’être nommés à notre Assemblée Générale en sont de magnifiques exemples.

Pour mieux servir ceux qui veulent ainsi respirer, un défi majeur s’offre à nous : être toujours plus à l’écoute des élans de nos futurs volontaires et vivre pleinement l’aventure de la communication sur leur terrain. Quitte à nous retrouver parfois comme de nouveaux arrivants dans une contrée lointaine – quelle aubaine pour La Guilde !

Vincent FARRET D’ASTIÈS
Président de La Guilde

L’édito de la lettre de mai

Cultiver ses racines.

Un article de Vincent RATTEZ


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[ Culture_G ]

« Dans une démocratie, chaque génération est un nouveau peuple »* : la conviction presque bicentenaire d’Alexis de Tocqueville demeure à la fois une promesse et un défi. La promesse est intacte, et La Guilde entend y contribuer à sa mesure depuis 50 ans en soutenant des itinéraires de vie et des projets qu’elle se réjouit de voir grandir, mûrir et prospérer.

Le défi est toutefois d’une ampleur inédite, et pas seulement parce que chancellent les démocraties. La puissance de feu des réseaux sociaux et de l’internet, la remise en cause presqu’illimitée des constructions sociales reçues, égarent au moins aussi souvent qu’elles n’éclairent. La part de voix des héritages, qu’on les nomme « classiques » en littérature, Histoire en politique ou documentaires en géostratégie, n’a jamais été aussi couverte par le brouhaha incessant qui entoure la jeunesse connectée au monde, au risque d’être déconnectée de ses fondements.

Amin Maalouf nous alerte ainsi : « nous conservons pieusement la légende selon laquelle la transmission se fait “verticalement”, d’une génération à la suivante ; alors que la transmission est de plus en plus “horizontale”, entre contemporains ».**

Pour un plus juste équilibre entre la verticalité qui construit et l’horizontalité qui élargit, La Guilde structure sa participation aux débats culturels et à la connaissance scientifique. Elle va proposer des écrivains, des reporters, des universitaires pointus, des expositions muséographiques et des aventuriers qui ne finissent jamais d’écrire et de filmer et d’explorer le monde, dans le sillage des grands anciens avant eux.

[ Culture_G ] sera à la jonction des humanités et des expériences individuelles, dont pourra se nourrir la communauté réunie au sein de La Guilde, volontaires dans les Alliances Françaises ou dans les réserves écologiques, bâtisseurs d’écoles ou de passerelles, visiteurs d’hospices ou de villages ensablés, aventuriers de tout poil, porteurs de projets solidaires sur tous les continents. Avec [ Culture_G ], puisse La Guilde faire grandir chez vous l’amour du monde.

Un rendez-vous hebdomadaire à retrouver sur Facebook, Instagram et Linkedin.

Vincent RATTEZ
Délégué Général

* De la démocratie en Amérique, 1835
** Le Naufrage des Civilisations, 2019

L’édito de la lettre d’avril

Découvrir. Comprendre. Explorer.

Un article de Vincent GARRIGUES


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Culture du dialogue

La Guilde aime les grands chantiers. Elle ose, par tradition. Née de l’histoire du 20e s., notre maison doit faire son chemin entre les balises de la post-modernité, en acceptant de confronter son goût fondamental de l’action en profondeur au nouvel acteur orwellien du débat public, cette conversation globalisée qui commente en mode flash beaucoup plus qu’elle n’agit.

La communication, il s’agit bien d’elle, c’est un peu l’affaire de tous : chacun se sent fondé d’exister à travers elle, tant le reflet de l’ensemble embarque les facettes de chacun.

Notre communication doit donc porter le témoignage de ce que j’appellerais notre « mission », ou notre « fonction sociale » : oser la permanence têtue de l’engagement par l’action, aller vers les autres pour bâtir un patrimoine de l’en-commun et inscrire les actes dans la geste la plus sensée qui soit. Nous savons, avec Hannah Arendt, qu’être isolé, c’est être privé de la capacité d’agir.

Les outils digitaux – ces fascinants sillages qui produisent autant d’étincelles que d’effroi – aiguillonnent un désir mimétique, et forgent une emprise plus qu’une empreinte ; notre défi apparaît donc d’abord culturel. Les femmes et les hommes de La Guilde, dans chacune de leurs actions sur la terre humaine, donnent et reçoivent. Cet échange symbolique, et bien réel, se tisse volontiers dans les ailleurs, lesquels n’existent que parce qu’il y a un ici. Sur ce chemin, notre récit se dresse contre les entreprises de séparation, affirmant sa vocation à fortifier le dialogue, à jeter des ponts, à tendre des livres.

Lorsque tout se bouscule, que tant d’inquiétudes virevoltent entre charivari du net et doxa propagandiste, notre ambition de communiquer nous propulse comme bâtisseurs enthousiastes de mémoires et d’innovations.

En partageant sa bibliothèque, en organisant un grand festival de films, en animant ses canaux sociaux, à travers sites et plate-formes, avec ses nouvelles visio-sessions aventurières, La Guilde veut explorer tous les territoires de la rencontre.

Vincent GARRIGUES
Responsable de la communication institutionnelle

L’édito de la lettre de mars

Que vive l'aventure !

Un article de Cléo Poussier-Cottel


Lire la lettre dans son intégralité : Que vive l’aventure !

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Depuis 1992, La Guilde organise le festival des Écrans de l’aventure avec la ville de Dijon. En 2021, pour fêter les 30 ans d’une collaboration incroyablement riche et porteuse de sens, toute l’équipe de La Guilde est mobilisée pour vous proposer une édition exceptionnelle.

Ce festival vous fera revivre des moments forts de trois décennies d’aventures. Il proposera également les meilleurs films et livres de l’année, ainsi que des échanges uniques avec des aventuriers audacieux et engagés, curieux des autres et soucieux de nous faire découvrir la beauté fragile de notre planète.

En octobre 2020, l’édition était passée entre les gouttes des restrictions sanitaires, réunissant près de 10 000 spectateurs. En 2021, les Écrans comptent bien voir le soleil se lever sur des mondes inconnus !

Nous vous donnons rendez-vous régulièrement, dans cette lettre et sur les canaux de communication des Écrans de l’aventure (siteFacebookInstagramTwitter), pour ne rien rater de la mise en place de cette édition anniversaire.

Les 30 ans du festival Écrans de l’aventure auront lieu la semaine du 11 au 17 octobre 2021 à Dijon.

A bientôt, tous ensemble,

Cléo POUSSIER-COTTEL
Directrice adjointe des Écrans de l’aventure

L’édito de la lettre de novembre

Se tourner vers l'avenir

Un article de Bernard de La Villardière


Lire la lettre dans son intégralité : Se tourner vers l’avenir

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Après une année d’observation pour redécouvrir La Guilde et faire la connaissance de ceux qui l’animent, j’ai accepté d’en prendre la présidence avec enthousiasme. C’est une nouvelle étape d’un engagement de longue date dans l’humanitaire. Chez Solidarités International, ACF et Care France, j’ai assisté, aux premières loges, à l’évolution de la doctrine. Le « sans-frontiérisme », guidé par l’idéal universaliste et le goût de l’action, a cédé la place à des critères d’efficacité et d’opportunité sous l’influence des grands bailleurs. La Guilde est restée fidèle à l’esprit de ses fondateurs et de tous ceux qui l’ont accompagnée et servie au fil des années. Au nom d’une certaine idée de l’homme. Un homme debout et fraternel.

Depuis quelques mois, la crise du Covid et les tensions internationales bouleversent notre rapport au monde. Les questions culturelles et religieuses forment de nouvelles frontières. L’intolérance et le ressentiment ravivent des fractures que l’on croyait résorbées. Elles n’épargnent pas la France.

Grâce à son Agence des Microprojets, La Guilde est bien placée pour relever ces nouveaux défis en cultivant proximité et authenticité. Des valeurs furieusement dans l’air du temps. J’ai assisté au fil des années à trop de colloques sur l’humanitaire où les questions institutionnelles – du type relations ONG-Armée ou ONG-ONU – l’emportaient sur les études d’impact ou les besoins des bénéficiaires. Avec son réseau de volontaires, La Guilde construit les solidarités de demain et contribue à renforcer l’autonomie des pays du Sud vis-à-vis de l’aide internationale.

Avec radio Al Salam à Erbil, nous explorons un nouveau champ d’action dans la culture et l’information pour réconcilier les communautés. Au Cameroun, l’expérience Weeecam de retraitement des déchets électroniques devrait permettre à La Guilde de créer une nouvelle singularité.

J’aimerais que nous puissions capitaliser sur ces actions pour les dupliquer ailleurs et que nous développions des programmes en propre. Je souhaiterais que nous puissions accroître la visibilité et la notoriété de La Guilde. Je suis heureux de pouvoir y travailler aux côtés de Vincent Rattez, de Hugues Dewavrin et des autres membres du Conseil d’Administration dont j’apprécie la diversité des parcours et des compétences. Armand de Villoutreys et Christine Rodwell nous ont rejoints. Ils se sont engagés avec La Guilde autrefois et leur nouvel engagement illustre sa force d’attraction.

Comme l’a dit le Général de Villiers lors de notre dernière AG, le monde a plus que jamais besoin de confiance et d’authenticité. Je nous souhaite de travailler dans cet esprit au développement de La Guilde.

Bernard DE LA VILLARDIÈRE
Président de La Guilde