Hubert de Chevigny : « aller explorer ses talents jusqu’au bout »

Explorateur polaire, pionnier de l'ULM, concepteur d'avions... Hubert de Chevingy a placé sa vie sous le sceau de l'action. Président pendant 15 ans et désormais Compagnon de La Guilde, l'homme se confie sur les ressorts de l'aventure, depuis la terre qui le fait vivre aujourd'hui.

Un article de La Guilde


Que répondiez-vous quand on vous interrogeait sur votre métier ?

C’était le grand problème de mes enfants à l’école : ils mettaient toujours des choses différentes ! Quand je construisais mes avions d’exploration, je leur disais de mettre « armateur », parce que j’armais un avion comme autrefois un bateau pour la navigation. Ou ingénieur, tout simplement. Je m’en aperçois maintenant que je suis plus âgé : quand on discute avec des amis aux parcours plus classiques, pour eux j’étais un OVNI ! C’est comme ça, j’ai toujours été attiré par l’aérien, la troisième dimension…

Vous dites avoir toujours été attiré par l’aérien, pourtant vous avez une formation de forestier. C’est pour le moins ancré dans la terre…

J’ai fait des études de forestier pas tant par passion pour la forêt, mais pour le prétexte. Premier stage, Suède hivernale ; deuxième, Canada. J’étais aussi attiré par le Nord ! Et là, être déposé en hydravion a été une révélation. Quand on vous largue dans le Grand Nord avec une tente et des vivres pour un mois, qu’il faut marcher à la boussole pour faire des relevés, c’est déjà de l’exploration.

Par la suite, l’Arctique a été votre grande passion. Qu’est-ce qui vous y attire ?

Le fait que c’est un immense terrain de jeu ! Environ 4 500 km d’est en ouest, autant vers le nord, qui va jusqu’à 800 km du pôle. Il y a le terrain des Indiens, puis des Inuits, et enfin le High Arctic qui n’appartient à personne parce que ce sont des endroits où on ne vit pas, on survit. J’ai vite réalisé que pour évoluer dans ce décor, on dépend toujours des avions. C’est comme ça que je me suis mis à en construire. Quand j’y repense, je n’ai jamais croisé quelqu’un d’autre qui se baladait en avion privé en Arctique, et encore moins construit sur ses idées ! J’ai eu le privilège d’évoluer dans ces terrains de façon totalement libre, sans être tributaire des Twin Otters (avions bimoteurs, ndlr).

Pouvez-vous identifier un moment déclencheur dans votre parcours d’explorateur polaire ?

Au début des années 80, comme j’étais un pionnier de l’ULM, des journalistes sont venus me voir. J’avais eu un gros article de 7-8 pages dans le Figaro Magazine, et du coup un explorateur polaire, propriétaire de l’actuel Vagabond des Brossier, m’a contacté pour me dire qu’il avait besoin d’un poisson-pilote pour le guider à travers les glaces et qu’un ULM serait parfait. Ça me permet de monter ma première expédition vers le pôle Nord magnétique (Hubert de Chevigny est le premier pilote à avoir atteint le pôle Nord magnétique en ULM, en 1982, ndlr)


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C’est à partir de là que se forme l’idée de faire de votre passion un métier, voire une vie ?

J’avais déjà fait de l’ULM mon métier. Avant, on faisait de l’aile delta avec Bertrand Piccard. Et comme j’étais un pionnier de l’ULM, on a créé la première compagnie, qu’on a appelé la SARL ULM. C’est comme ça qu’ULM est devenu un nom générique en France. J’avais le choix entre traduire le nom anglais microlight, ou le nom américain ultra light motorized. J’ai choisi ultra léger motorisé, ça a donné ULM.

De là à multiplier les explorations en ULM, il y a un gouffre !

C’est que j’aimais conjuguer l’élément aérien et le goût de l’exploration dans les grands espaces. J’ai fait mon premier voyage touristique l’année dernière ! J’ai toujours voyagé pour des expéditions, des émissions de télé… En revenant du pôle Nord géographique avec Nicolas Hulot en 1987, il a lancé Ushuaïa. Notre petite notoriété lui a permis de passer de la radio à la télévision. D’un coup, il fallait faire une émission par semaine, avec beaucoup d’argent pour le faire.

En 1998, vous parliez de « vie facile » : ça correspond à cette période ?

Jusqu’à 1991 et la première guerre du Golfe, l’argent pour la communication ruisselait dans les entreprises, vraiment. Dès qu’un skipper avait fait une course, il créait une boite d’incentive et des entreprises venaient à son bord faire des stages de motivation. C’était l’époque où tout le monde faisait du saut à l’élastique, parce que les DRH pensaient que c’était une bonne idée. Ils avaient plein d’argent pour développer ce genre de choses. Et nous, les sponsors faisaient la queue ! Et puis ça s’est arrêté brutalement, et j’ai lancé la conception de mes avions d’exploration polaire.

Que vous ont appris ces années d’exploration aérienne sur vous-même ?

Qu’en fait, ce qui intéressant, c’est d’aller explorer ses talents jusqu’au bout. On a chacun des talents et des défauts. Moi, l’un de mes talents est l’anticipation. J’ai piloté toutes sortes d’avions, hydravions, hélicoptères, j’ai pratiqué la plongée… mais sans jamais avoir une grande expérience. Parce que j’avais la faculté d’anticiper les choses, de voir où seraient les problèmes, les failles, les précautions à prendre, et là où on peut y aller. Je n’avais pas besoin d’être chevronné dans une discipline pour assurer. C’est prétentieux ce que je dis ! Mais c’est vraiment ça. Et l’exploration arctique, c’est ça aussi : vivre en milieu hostile en ayant anticipé tous les problèmes

Avez-vous l’esprit de compétition ?

Ce n’est pas mon moteur. On me l’a reproché, ne pas courir après les médias, ne pas raconter la moindre petite expédition. Mais ce qui m’intéresse sur une expédition, ce n’est pas de l’exploiter, c’est de me pencher sur la prochaine. C’est une marche d’escalier qu’il faut monter, en mettant parfois au point certaines techniques qui permettent de réaliser des choses auxquelles personne n’a pensé. Mais ce n’est pas grave : moi, je l’ai pensé !


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À vous écouter, l’extraordinaire paraît normal…

Je me rends de plus en plus compte qu’au fond, il y a un ressort qui n’existe peut-être pas chez tout le monde. Ce n’est pas une recherche de l’extraordinaire, je ne me réveille pas un matin en me disant « tiens, qu’est ce qui n’a jamais été fait ? » Je n’ai pas de problème d’ego.

Alors, quel est ce fameux ressort ?

C’est d’avoir une idée en tête et de ne pas pouvoir penser à autre chose avant de l’avoir réalisée. C’est assez étonnant, ça vous occupe tellement le cerveau qu’il n’y a plus de place pour rien d’autre. Alors quand on arrive à la fin d’une expédition, que ça fait deux, trois ans qu’on œuvre à la réaliser, il y a un grand vide. On se dit « tiens, tout ce qu’il y a d’important dans la vie, je l’ai mis de côté ». Il faut rebâtir. Ou repartir sur un nouveau projet. C’est souvent ce que j’ai fait.

Ça a impliqué des sacrifices sur le plan personnel ?

Valérie, mon épouse, était généralement en charge des camps de base. On a fait des enfants assez tard parce qu’on avait une vie de saltimbanques, on était tout le temps à droite, à gauche, et pas forcément ensemble. Quand on est arrivé au pôle Nord en 1987, on est rentré dans un Twin Otter. Notre radio faisait du bricolage à Resolute Bay et me dis « Hubert, j’ai Valérie, tu peux lui parler deux minutes ». Je l’appelle et je lui demande si elle veut m’épouser. Silence… « Valérie tu m’entends ? – Oui ! – Mais oui quoi ? – Oui oui je suis d’accord ! – OK ! » Et Gérard le radio nous dit que c’est terminé. Tout ça pour dire que j’avais tout mis de côté pendant deux ans et d’un coup, passée la ligne d’arrivée, qu’est-ce qu’il y a d’important dans ma vie ? Là c’était le mariage. Ce qui est drôle, c’est que j’ai parlé à travers la HF de l’avion, donc tous les pilotes dans un rayon de 3 000 km ont entendu. Quand on s’est posé six heures plus tard, tout le monde me félicitait. Mais pas pour le pôle, pour le mariage ! (rires) C’est des souvenirs, ça…

Vous avez été président de La Guilde pendant 15 ans. Que représente-t-elle pour vous ? Quelle est sa fonction ?

Sur le plan humain, je dois dire que je n’ai eu que des rencontres heureuses à La Guilde, des gens formidables. Notre rôle est de créer des conditions favorables pour que les jeunes puissent s’exprimer et s’épanouir, tant dans l’aventure que dans un humanitaire engagé. Un jour, des jeunes sont venus me voir. Ils me disent « on a des chiens de traineaux, on veut faire une expédition pour apporter des médicaments aux Inuits. – Attendez les gars, je ne veux pas vous décevoir, mais quand ils ne vont pas bien, les Inuits appellent l’avion sanitaire, il vient et les amène à Montréal. On n’est plus dans Tintin ! » Mais je leur demande d’où viennent leurs chiens. Ils me disent qu’ils viennent de la SPA et qu’ils les ont entrainés. En fait, ces jeunes avaient pris des chiens de banlieues pour en faire des seigneurs du Grand Nord. C’est ça l’idée ! C’était beau, généreux, démerdard, ça avait toutes les qualités d’une belle expédition. Et ils voulaient le maquiller en humanitaire mal placé. Voilà le genre de service que peut rendre La Guilde.

Aujourd’hui, vous êtes Compagnon de La Guilde. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je pense que c’est parti de cette idée que depuis plus de 50 ans, La Guilde a vu passer beaucoup de jeunes, certains ont eu des vies passionnantes, et il ne faut pas les perdre de vue. C’est une merveilleuse idée de réunir tous ces aventuriers et humanitaires qui sont des gens dispersés à droite à gauche et qui ne se croisent jamais, sinon à Dijon. Ce que je vois à travers ces Compagnons, c’est la volonté de dire qu’on a eu des vies atypiques, qui nous ont comblées, et qu’il faut transmettre cet état d’esprit.

Peut-on parler de retraite pour un explorateur ?

Je n’ai jamais construit une retraite ! Et je suis très heureux de continuer à travailler, parce que c’est socialement, intellectuellement et physiquement passionnant. Dans la propriété que nous avons acquise avec ma femme, où nous accueillons des gens du monde entier, je fais plus d’heures de tracteurs aujourd’hui que je n’ai jamais fait d’heures d’hélicoptère ou d’ULM. Et j’en suis très content !

Propos recueillis par Eric Carpentier


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Elisabeth Revol, sur un air de jouvence

Présidente du jury pour les 30 ans des Écrans de l'aventure, du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon, l'alpiniste Elisabeth Revol suit un parcours hors normes, fait de farouche indépendance, d'oxygène rare donc précieux, mais aussi de drames et de remises en question. Elle tente avec lucidité de comprendre les ressorts qui la poussent à l'action.

Un article de La Guilde


Janvier 2018 : en quelques heures, le nom d’Elisabeth Revol entre dans la lumière médiatique. La veille encore, seuls les initiés connaissaient ce petit gabarit aux grandes réalisations. Et puis il y eut ce SOS lancé dans la nuit pakistanaise, à 7 522 mètres d’altitude. Cet élan de générosité qui suivit, pour rassembler les fonds nécessaires à une opération de sauvetage. Et, partout, ces regards suspendus aux pentes du Nanga Parbat, colosse de 8 125 mètres, 9e sommet le plus haut du monde.

Tomasz Mackiewicz, Tomek, le compagnon de cordée, n’en redescendra pas : aveugle au sommet, diminué par de probables œdèmes, le Polonais repose désormais sur les flancs ensorcelants du « Roi des montagnes ». Elisabeth Revol, elle, sera secourue après trois nuits dehors, sans tente ni vivres. Deux ans plus tard, en racontant son histoire dans un livre (Vivre, aux éditions Arthaud), elle lève un voile sur ce qui peut pousser une femme d’1m56 sur les plus hauts sommets de la planète, en suivant ses propres chemins et sans chercher la lumière. Une histoire qui commence par un poster.


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Elisabeth s’envole

« Tout d’un coup, écrit-elle, je me retrouve dans ma chambre d’enfant dans la maison de mes parents – elle somnole en réalité dans une crevasse à plus de 6 000 mètres, une chaussure en moins. Chaque soir mon regard se posait sur l’Everest, enfin sur le poster de la face sud-ouest au-dessus de mon lit. Dessous, il y avait un verset biblique : ”Je me couche et je m’endors en paix, car toi seul, ô Eternel, tu me donnes la sécurité dans ma demeure.” » Nous sommes dans la Drôme, les Revol vont à l’église chaque dimanche, quand ils ne sont pas en randonnée dans les massifs avoisinants. Et Elisabeth a déjà « cette fichue manie depuis toute petite : voir ce qu’il y a au-dessus ou derrière, des fois que la vue serait différente ! »

Mais à 16 ans, premier drame : sa mère est emportée par un cancer. Alors, pour se soigner, elle s’échappe. En pensant à un conseil laissé à sa maman par son grand-père : « si jamais tu as du chagrin, va dans la forêt et marche en ouvrant grand les yeux autour de toi. Car dans chaque arbre, dans chaque buisson, dans chaque animal, dans chaque fleur tu trouveras la présence et la puissance divines. Ainsi tu seras consolée et tu oublieras tes tourments. » Avec son père, son frère ou seule, Elisabeth marche, cours, pédale. Elle entame des études de STAPS, découvre l’escalade. Intègre une équipe de jeunes alpinistes. Et s’envole.

Direction la Bolivie pour sa première expédition avec son équipe. Seule au sommet des 5 400 mètres du Pequeño Alpamayo, c’est la révélation. Elle le raconte dans le podcast Vie d’aventure : « quand on décide seule d’y aller, qu’on se bouge en fait, parce qu’on a vraiment ça au fond de ses tripes… Quand je suis arrivé là-haut, j’étais dans un état émotionnel débordant. Je pleurais et je criais en même temps, je remerciais le ciel ! » Elisabeth Revol a choisi : sa vie empruntera les chemins de traverse s’il le faut, tant qu’ils conduisent à s’élever.

Dès lors, la sportive met tout en œuvre pour suivre ses aspirations. 2008, première femme à enchainer trois 8 000 en style alpin (Broad Peak et Gasherbrum I & II, sans porteurs ni cordes fixes ni oxygène) ; 2009, l’Annapurna. Mais son compagnon de cordée, le Tchèque Martin Minarik, disparaît dans la descente. Deuxième drame. Il va la tenir éloignée des sommets himalayens pendant quatre ans. « Le poids était trop lourd ».

Respirer pour mieux souffler

Et puis elle y retourne. Parce que « ce sont les bouffées d’oxygène glanées en montagne qui détendent mon rapport quotidien au monde, écrit-elle dans Vivre. C’est mon point d’équilibre. La fuite du quotidien. La fuite du modèle social, de l’aménagement confortable et routinier d’une vie, qui limiterait trop mes aspirations physiques, spirituelles, mes désirs de liberté. » Sauf que la liberté à un prix, à nouveau payé au Nanga Parbat en janvier 2018. La médiatisation exceptionnelle de l’évènement compliquera encore le processus de réparation. Et le questionnement de poursuivre son chemin.

« Qui dit besoin dit dépendance. Je passe mon temps à dorer les chaines qui me tiennent prisonnière de mes besoins d’altitude et d’évasion. (…) Mais comment trouver l’équilibre entre passion et raison ? Une passion trop forte emprisonne, une raison trop rigide prive d’élan, de liberté. (…) Comment revenir à ma quête intime ? »

À cette dernière question, le professeur de philosophie de l’art et d’esthétique Pierre-Henry Frangne, auteur de De l’alpinisme (Presses universitaires de Rennes), apporte un début de réponse, sur France Inter : « l’alpinisme a à voir avec l’enfance, avec cette capacité qu’a l’enfant de s’agripper, de monter aux arbres pour faire des cabanes. Dans l’alpinisme, il y a une part de jeu, inévitablement. Évidemment, je parle de l’alpinisme amateur ; quand on est professionnel, ce jeu devient très sérieux. »

Il faut jouer pour devenir sérieux, affirmait Aristote ; malgré les tempêtes, Elisabeth Revol semble toujours animée par la flamme de l’enfance. En 2019, la Drômoise a gravi trois nouveaux 8 000 : l’Everest, le Lhotse et le Manaslu. Ou comment ne jamais oublier les arbres au bord de sa Lozière natale.


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Clémentine, grandir à Mada’

En 2015, Clémentine partait à Madagascar en tant que Volontaire de solidarité internationale au sein de l'association APDRA Pisciculture Paysanne. Elle avait signé pour 19 mois : sa mission aura finalement duré six ans. Histoire d'un coup de foudre.

APDRA Clémentine M

Un article de La Guilde


Nous sommes en 2015 et tu t’envoles pour Madagascar. Quel est ton état d’esprit à ce moment-là ?

Quand je pars à Tamatave pour commencer mon VSI, je n’ai aucune idée de ce que je vais découvrir. Je ne dirais pas que j’avais tout à apprendre, mais presque.Les premières années, j’ai beaucoup aimé être en contact régulier avec les pisciculteurs, participer aux pêches. Cela m’a permis d’apprendre la langue malagasy et de me familiariser avec la vie rurale, ses difficultés et ses richesses. C’était pour moi indispensable, pour être à l’aise dans ma mission et dans mon nouveau pays d’accueil.

Et puis, année après année, tu prolonges ta mission… jusqu’à atteindre le maximum possible sous statut de VSI.

Au total je pense que j’ai signé neuf avenants à mon contrat initial ! Pour moi, ce sont autant de modifications qui témoignent de mon évolution durant ces six années. J’ai occupé trois positions différentes, au sein de trois projets menés par l’APDRA. J’ai également pu découvrir le pays en étant basée à Tamatave puis à Antsirabe, et en suivant des projets localisés dans six régions différentes. À la fin de ma mission de VSI, j’étais Responsable Chaîne de Valeur d’un projet de développement de la « rizipisciculture » sur les Hautes Terres de Madagascar. Ce projet vise à améliorer les revenus des exploitations agricoles familiales, mais également la consommation en poissons des ménages malagasy.

Au-delà de la mobilité géographique, tu connais donc une véritable évolution professionnelle dans ton volontariat.

Tous les ans, j’ai pu discuter avec mes référents de mon travail, de mes missions et de leurs évolutions potentielles. Nous avons ainsi identifié les compétences utiles que je voulais développer. J’ai pu me former en étant toujours accompagnée et ces évolutions m’ont énormément motivée. Au fil des années donc, j’ai commencé à être plus en lien avec la stratégie de développement des programmes de l’APDRA. J’ai pu étudier des notions passionnantes telles que les innovations paysannes, être associée à des réflexions très intéressantes sur l’amélioration des référentiels piscicoles que l’on propose aux paysans, et chaque année, multiplier mes compétences.

Il y a l’évolution professionnelle, et puis il y a la vie personnelle. À Madagascar, tu as construit les deux…

En effet ! Je suis tombée amoureuse à Madagascar et je suis devenue maman. J’y ai construit une famille ! Bien sûr, tout ceci est particulier à ma situation et ne veut pas dire que vivre loin de ma famille et de mes amis en France n’est pas difficile. Surtout aujourd’hui dans un contexte où il est devenu compliqué de voyager… C’est même très difficile parfois.

Madagascar est désormais un pays d’adoption pour toi ?

Madagascar est un pays passionnant, tant il est riche dans ses paysages, dans sa biodiversité, dans ses traditions et sa nourriture. Même si la vie des Malagasy est dure, et qu’il est important pour moi de toujours garder ces éléments en tête, le peuple malagasy participe à cette richesse. Je ne me lasse pas de découvrir Madagascar et le quotidien de ses habitants.

Clémentine avec une piscicultrice à l’époque des litchis en 2015 ©Clémentine M

Aujourd’hui, ton volontariat a pris fin et tu es salariée de l’association. Quel bilan peux-tu faire de ta mission ?

Quand je suis partie en tant que jeune ingénieure agronome diplômée, je n’avais que très peu d’expérience malgré mes stages, et peu de recul par rapport au secteur du développement agricole. Aujourd’hui je dirais que c’est un secteur qui n’est pas parfait, et c’est pour cela qu’il est important de bien se renseigner sur l’organisation dans laquelle on s’engage au départ. Par ailleurs, avec le VSI, j’ai appris à mettre en œuvre ces compétences au sein d’un projet de développement rural, et à comprendre les rouages et les enjeux du développement agricole. Ma mission de VSI m’a donc permis de grandir et de contribuer à mon échelle, tel le colibri, à la diversification des productions agricoles malagasy pour in fine, améliorer les conditions de vie des paysans.

Quels seraient les conseils que tu aurais aimé entendre au début de ta mission ? Y a-t-il eu des choses que tu aurais pu faire différemment ?  

Je pense que nous sommes bien accompagnés par La Guilde avant notre départ. La première année, je ne suis pas rentrée en France pendant 15 mois et avec le recul je vois combien cela a pu être difficile pour moi et ma famille. Il est important de garder le contact, de ne pas s’isoler dans sa mission et de retourner voir ses proches, si cela est possible. Un autre conseil pourrait être d’apprendre la langue du pays dans lequel vous vivez. Sans ça, trop de choses nous échappent. Le langage est le premier pas vers l’autre et c’est ce qui permet la meilleure intégration dans un nouveau pays. Je le conseille autant pour 12 mois de mission que pour 72 !

Propos recueillis par Lucille Caron, Chargée de mission VSI

Le dispositif VSI est ouvert jusqu’à six années dans la vie d’une personne. À La Guilde, si la durée moyenne des missions est de 21 mois, environ 5 % des volontaires effectuent des missions de cinq ou six ans consécutifs. Découvrez le dispositif.


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L’édito de la lettre de juin

Accompagner les élans

Un article de Vincent FARRET D'ASTIÈS, Président de La Guilde


Lire la lettre dans son intégralité : Accompagner les élans

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Quelle joie de pouvoir servir La Guilde et le nombre impressionnant de projets qu’elle porte : voilà le tout-premier sentiment de votre nouveau président. À cette joie se joignent l’admiration pour un demi-siècle d’activités aussi variées qu’édifiantes, et sans doute encore davantage la volonté de faire avancer avec vous au plus loin ce merveilleux voilier, puissant trois-mâts quand il le faut, agile goélette le plus souvent.

J’ai pour conviction que La Guilde est aujourd’hui éminemment utile à la société. Une véritable chape de modération et de « zéro risque » est venue s’exercer de manière particulièrement oppressante sur nos quotidiens et les premières victimes sont ceux qui, à chaque génération, ont tout simplement un besoin de respiration un peu plus développé. Ils peuvent être brillants, cancres, contemplatifs, fonceurs, ils abordent en tous cas les décennies à venir soit en boitant un petit peu dans un recoin de l’âme, soit en ayant franchement l’impression de ramper là où ils pourraient courir.

À ces personnes La Guilde se propose comme révélateur, comme soutien ou comme tremplin. Elle partage son expérience, elle appuie, elle facilite les circonstances qui permettent de réaliser un projet apparemment fou ou d’aller fraternellement apporter son aide sur un autre continent. Et les fruits, au-delà de ceux de l’action elle-même, sont des parcours marqués à vie par une généreuse liberté ; les Compagnons de La Guilde qui viennent d’être nommés à notre Assemblée Générale en sont de magnifiques exemples.

Pour mieux servir ceux qui veulent ainsi respirer, un défi majeur s’offre à nous : être toujours plus à l’écoute des élans de nos futurs volontaires et vivre pleinement l’aventure de la communication sur leur terrain. Quitte à nous retrouver parfois comme de nouveaux arrivants dans une contrée lointaine – quelle aubaine pour La Guilde !

Vincent FARRET D’ASTIÈS
Président de La Guilde

Au Liban, entre exaspération et mobilisation

Vincent Rattez, Délégué Général de La Guilde, est parti au Liban visiter les microprojets soutenus et préparer le développement des activités de La Guilde sur le terrain, dans un contexte de crise financière et humanitaire. Il livre son regard sur la situation.

Un article de La Guilde


En ce mois de juin 2021, les Libanais sont de plus en plus nombreux à fréquenter les soupes populaires. La Guilde est aux côtés de deux d’entre elles, au cœur de Beyrouth. Des personnes âgées et des familles parfaitement insérées sont du nombre. La société civile se mobilise comme jamais, cherchant de nouvelles solutions à chaque fois que la situation se détériore. Et elle se détériore sans cesse.

Les Libanais ne peuvent plus accéder à leur propre épargne bancaire depuis plus d’un an ; la Livre libanaise (LL) s’échange chez l’épicier au cours de 18.000 LL contre 1 USD, dix fois en dessous du taux officiel. Dans un pays qui importe l’essentiel de ses bien de consommation, c’est donc un effondrement total de revenus qui frappe les Libanais. Les forces vives s’envolent vers l’étranger tandis que l’appareil politique demeure impassible, invisible et inactif, suscitant une colère sans précédent au sein des communautés.

Reconstruire, repartir, rénover

La Guilde soutient à Beyrouth une douzaine d’initiatives au total, ces « microprojets » qui vont de la réfection d’un atelier de couture détruit par l’explosion du port de Beyrouth à la mise en place d’un atelier-école de menuiserie qui donnera formation et emploi à des femmes peu qualifiées, en passant par du soutien psycho-social et, donc, du soutien aux soupes populaires.

La Guilde a par ailleurs accueilli avec soulagement l’autorisation du Quai d’Orsay, le 9 juin dernier, d’envoyer à nouveau des volontaires français au Liban. Chez notre partenaire Sesobel – la plus grande institution privée du pays dans la prise en charge du handicap chez les mineurs –, c’est la perspective d’accueillir six aide-éducateurs français en Service civique qui renaît. Chez arcenciel, regroupement d’entreprises sociales de référence, ce déverrouillage tardif va aussi permettre d’envoyer des Volontaires de solidarité internationale (VSI).

À côté de ces initiatives au plus près du terrain, La Guilde prépare enfin un ambitieux programme de rénovation d’un bâtiment emblématique à vocation culturelle, que nous espérons pouvoir conduire malgré la crise. Car au Liban, il faut se nourrir d’espoir envers et contre tout, s’abreuver de symboles qui réconfortent, et redoubler d’énergie aux côtés de ceux qui refusent obstinément l’effondrement.

Vincent Rattez


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Les lauréats des Bourses de l’Aventure 2021

47 dossiers déposés, 15 000 € attribués : découvrez les lauréats des Bourses de l'Aventure 2021.

Un article de Aventure


Marche à l’étoile, Kirghizistan

Par Stephen Rater et Boris Wilmart,
du 1er septembre au 1er octobre 2021.
Une bourse de 3 000 €

“À travers une marche de 400 kilomètres du nord au sud du Kirghizistan, nous allons partager l’astronomie avec les personnes rencontrées en chemin en proposant des observations et des discussions autour du ciel et de l’univers. Nous emportons dans nos sacs à dos un télescope, des jumelles, des photos d’astronomie et du matériel vidéo.”


Projet Escapade, le bonheur au bout des rênes

Par Cécile Fenart et Jean-Paul Perrotte,
d’octobre 2021 à fin juillet 2022.
Une bourse de 3 000 €

“Parcourir plus de 2 000 km à cheval, en autonomie (deux chevaux de selle et un de bât) au départ du lac de Buenos Aires (Patagonie) pour rejoindre le vignoble familial, Cuvelier de Los Andes, à Mendoza.”


Sauve qui peut

Par Pierre Petibon et Lucie Philippe,
d’avril 2021 à juillet 2022.
Une bourse de 3 000 €

“Promouvoir les gestes qui sauvent et initier les jeunes au secourisme en réalisant un tour de Normandie, de Bretagne puis de l’Atlantique à la voile.”


Tri-Haut pour l’Everest

Par Robin Jager, Olivier Robelin et Valentin Girard,
de septembre 2021 à fin décembre 2021.
Une bourse de 3 000 €

“Trois étudiants de l’école d’ingénieur Grenoble-INP ENSE3 partent dans un village au Népal fournir une infrastructure pour traiter les déchets plastiques des nombreuses expéditions d’alpinistes et de trekkers.”


Traversée du Tian Shan — à pied et en autonomie

Par Hugo Subtil,
de juillet à fin août 2021.
Une bourse de 3 000 €

“Je souhaite traverser les Monts Célestes au Kirghizistan. C’est un périple d’environ 800 kilomètres que je projette de faire seul, en autonomie totale et toujours à pied. Au-delà de la dimension indéniablement sportive du projet, mon but est d’aller à la rencontre du Kirghizistan, de ses peuples et de ses sommets. Et, au retour, témoigner de cette expérience vécue par tous les moyens visuels, oraux et écrits possibles.”


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L’édito de la lettre de mai

Cultiver ses racines.

Un article de Vincent RATTEZ


Lire la lettre dans son intégralité : Cultiver ses racines.

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[ Culture_G ]

« Dans une démocratie, chaque génération est un nouveau peuple »* : la conviction presque bicentenaire d’Alexis de Tocqueville demeure à la fois une promesse et un défi. La promesse est intacte, et La Guilde entend y contribuer à sa mesure depuis 50 ans en soutenant des itinéraires de vie et des projets qu’elle se réjouit de voir grandir, mûrir et prospérer.

Le défi est toutefois d’une ampleur inédite, et pas seulement parce que chancellent les démocraties. La puissance de feu des réseaux sociaux et de l’internet, la remise en cause presqu’illimitée des constructions sociales reçues, égarent au moins aussi souvent qu’elles n’éclairent. La part de voix des héritages, qu’on les nomme « classiques » en littérature, Histoire en politique ou documentaires en géostratégie, n’a jamais été aussi couverte par le brouhaha incessant qui entoure la jeunesse connectée au monde, au risque d’être déconnectée de ses fondements.

Amin Maalouf nous alerte ainsi : « nous conservons pieusement la légende selon laquelle la transmission se fait “verticalement”, d’une génération à la suivante ; alors que la transmission est de plus en plus “horizontale”, entre contemporains ».**

Pour un plus juste équilibre entre la verticalité qui construit et l’horizontalité qui élargit, La Guilde structure sa participation aux débats culturels et à la connaissance scientifique. Elle va proposer des écrivains, des reporters, des universitaires pointus, des expositions muséographiques et des aventuriers qui ne finissent jamais d’écrire et de filmer et d’explorer le monde, dans le sillage des grands anciens avant eux.

[ Culture_G ] sera à la jonction des humanités et des expériences individuelles, dont pourra se nourrir la communauté réunie au sein de La Guilde, volontaires dans les Alliances Françaises ou dans les réserves écologiques, bâtisseurs d’écoles ou de passerelles, visiteurs d’hospices ou de villages ensablés, aventuriers de tout poil, porteurs de projets solidaires sur tous les continents. Avec [ Culture_G ], puisse La Guilde faire grandir chez vous l’amour du monde.

Un rendez-vous hebdomadaire à retrouver sur Facebook, Instagram et Linkedin.

Vincent RATTEZ
Délégué Général

* De la démocratie en Amérique, 1835
** Le Naufrage des Civilisations, 2019

VIDEO – Dans les skateparks d’Accra, avec Surf Ghana

Skater pour mieux grandir : voilà le credo de Surf Ghana, association lauréate du programme Sport & Développement. Caméra en main, Antoine et Thomas sont allés les rencontrer. Moteur... action !

Un article de Sport & Développement


« Dès que je skate, tout devient parfait » affirme Daniel. Après lui vient un hip-hop suave, quelques pas de danse, et des tricks, évidemment. Puis c’est au tour de Sandy Alibo de prendre la parole. Sandy est la fondatrice de Surf Ghana, en 2016, « pour autonomiser les jeunes à travers la pratique des sports de glisse ». Les bases sont posées. Une histoire va pouvoir être déroulée pendant cinq minutes, illustrée par les images léchées d’Antoine et Thomas. Le fruit d’une collaboration réussie.

Comme sur des roulettes

À l’origine de la vidéo, il y a une association : Horizon Sport, fondée en 2013 par deux étudiantes de l’ESSEC. Leur but, promouvoir l’éducation par le sport en produisant des outils de communication pour les associations sur le terrain. Car « une vidéo de qualité coûte cher », rappelle Antoine, « et les images sont un super vecteur pour promouvoir ses actions auprès de sponsors ou de bénévoles ». Antoine et Thomas constituent la promotion 2020-2021 d’Horizon Sport. Tout juste sortis de leurs études respectives dans le management du sport et dans l’innovation sociale, ils ont repris le flambeau et les caméras. Après une formation, des films en Colombie et au Brésil, et une longue interruption due au Covid-19, ils ont atterri en Afrique, accompagnés par La Guilde.

Antoine salue ainsi le partenariat noué : « grâce au programme Sport & Développement, on est mis en relation avec des associations sérieuses, qui ont un vrai impact ». Ces association sont lauréates des appels à projets lancés par Sport & Développement. Une fois les structures sélectionnées par Horizon Sport, le contact est établi. Et ? « C’est indispensable ! » assure Antoine. « Quand on ne connait pas le terrain, il faut absolument pouvoir tomber sur un interlocuteur fiable. Là, il y a une relation de confiance qui s’instaure très rapidement entre tous les acteurs. » Un lien qui permet de jouer juste.

Échouer, recommencer, progresser

Une fois sur place, les reporters d’Horizon Sport vont vivre trois semaines avec l’association – qui, dans le cas de Surf Ghana, se présente avant tout comme un collectif. « L’idée est de ne pas être simple prestataire, mais de s’impliquer dans la vie de la structure », prolonge Antoine. Une manière de donner du relief à l’échange. Une façon, aussi, de cerner au mieux les ressorts d’une action : « la symbolique du skate est d’échouer et de recommencer, jusqu’à réussir. Pour les filles, c’est aussi un moyen de prendre des risques dans la rue. Et puis le skate est utilisé pour responsabiliser, donner des opportunités professionnelles à travers des shootings photos ou des skate camps, par exemple. » Un écosystème complet, qui demande une compréhension globale pour pouvoir être valorisé à sa juste mesure.

Que reste-t-il après trois semaines ? Des images évidemment, et avec elles le plaisir d’avoir filmé « un sport magnifique ». Des rencontres, comme celle de Sarah, interviewée dans la vidéo, « qui parle super bien de l’échec ». Des histoires enfin, à raconter, à partager, à diffuser. Pour montrer que, comme en Afrique du sud, la scène skate émergente au Ghana draine avec elle son lot de valeurs positives. Pour montrer que le foot, prochaine ligne d’Horizon Sport, a des vertus éducatives parfois insoupçonnées – ou oubliées. Et pour montrer la puissance de la créativité : au Brésil, c’est le ballet qui est utilisé pour aider les filles prises dans l’enfer de Cracolândia.

Propos recueillis par Eric Carpentier

MISE À JOUR : Antoine et Thomas continuent leur route à la rencontre des acteurs du sport et du développement. Ils sont récemment passés par Cape Coast, Accra, Ashaiman Jericho, Asiakwa village et Elmina pour mettre en images le travail de Play Soccer Ghana.


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L’édito de la lettre d’avril

Découvrir. Comprendre. Explorer.

Un article de Vincent GARRIGUES


Lire la lettre dans son intégralité : Découvrir. Comprendre. Explorer.

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Culture du dialogue

La Guilde aime les grands chantiers. Elle ose, par tradition. Née de l’histoire du 20e s., notre maison doit faire son chemin entre les balises de la post-modernité, en acceptant de confronter son goût fondamental de l’action en profondeur au nouvel acteur orwellien du débat public, cette conversation globalisée qui commente en mode flash beaucoup plus qu’elle n’agit.

La communication, il s’agit bien d’elle, c’est un peu l’affaire de tous : chacun se sent fondé d’exister à travers elle, tant le reflet de l’ensemble embarque les facettes de chacun.

Notre communication doit donc porter le témoignage de ce que j’appellerais notre « mission », ou notre « fonction sociale » : oser la permanence têtue de l’engagement par l’action, aller vers les autres pour bâtir un patrimoine de l’en-commun et inscrire les actes dans la geste la plus sensée qui soit. Nous savons, avec Hannah Arendt, qu’être isolé, c’est être privé de la capacité d’agir.

Les outils digitaux – ces fascinants sillages qui produisent autant d’étincelles que d’effroi – aiguillonnent un désir mimétique, et forgent une emprise plus qu’une empreinte ; notre défi apparaît donc d’abord culturel. Les femmes et les hommes de La Guilde, dans chacune de leurs actions sur la terre humaine, donnent et reçoivent. Cet échange symbolique, et bien réel, se tisse volontiers dans les ailleurs, lesquels n’existent que parce qu’il y a un ici. Sur ce chemin, notre récit se dresse contre les entreprises de séparation, affirmant sa vocation à fortifier le dialogue, à jeter des ponts, à tendre des livres.

Lorsque tout se bouscule, que tant d’inquiétudes virevoltent entre charivari du net et doxa propagandiste, notre ambition de communiquer nous propulse comme bâtisseurs enthousiastes de mémoires et d’innovations.

En partageant sa bibliothèque, en organisant un grand festival de films, en animant ses canaux sociaux, à travers sites et plate-formes, avec ses nouvelles visio-sessions aventurières, La Guilde veut explorer tous les territoires de la rencontre.

Vincent GARRIGUES
Responsable de la communication institutionnelle

Le point sur les volontariats, tous les volontariats

Le volontariat est toujours profondément impacté par la crise sanitaire. Respectivement Délégué général et Responsables des pôles Service civique et Volontariat de solidarité internationale, Vincent Rattez, Vanessa Gilles et Aurélie Colladon font le point.

Un article de La Guilde


Les missions courtes, qui permettaient à des étudiants ou de jeunes professionnels d’expérimenter bénévolement l’action solidaire au loin sont toujours en sommeil. Faire partir les jeunes en volontariat international demeure difficile : de nombreux pays d’Asie et d’Amérique Latine sont soit inaccessibles sur décision des pays, soit par véto règlementaire du Ministère des Affaires Etrangères.

En apparence, Les jeunes en Service Civique et les Volontaires de Solidarité Internationale retrouvent un rythme d’embarquement satisfaisant. 35 jeunes sont partis avec La Guilde en service civique depuis janvier, contre 39 en 2019 sur la même période. Pareillement 64 VSI sont partis au premier trimestre avec La Guilde, contre 59 en 2019. Ces chiffres sont toutefois en trompe l’oeil : un phénomène de rattrapage dans certains pays ouverts masque provisoirement l’inaccessibilité administrative de nombreuses destinations aux volontaires : Maroc, Brésil, Colombie, Liban, Israël, Afrique du Sud, Géorgie… D’autres pays, comme le Cambodge ou le Vietnam, fixent des conditions d’entrée drastiques qui limitent considérablement l’accès international.

La réouverture générale paraît la seule manière de retrouver une activité en ligne avec les besoins de la jeunesse et des projets .

Cela implique la vaccination des volontaires et le déploiement du passeport sanitaire international pour leur permettre de rejoindre leur pays de mission.

Vincent RATTEZ
Délégué Général de La Guilde


La crise actuelle impose à chacun et chacune d’entre nous, de faire preuve d’adaptation, de patience et parfois même d’une certaine forme de renoncement face à un évènement que l’on ne maitrise pas et qui nous dépasse.

Si la tranche d’âge des 18 – 25 ans est particulièrement touchée par la crise et ses impacts, elle est aussi formidablement mobilisée à travers des initiatives solidaires, des engagements associatifs et une volonté farouche de continuer à avoir, à son niveau, un impact positif sur la société. Ils/elles sont aussi nombreux à souhaiter s’engager auprès de nos partenaires aux quatre coins du monde, malgré la pandémie, malgré un contexte très volatile et souvent anxiogène.

Les jeunes volontaires que nous accompagnons continuent à déployer beaucoup d’énergie et de volonté, essayant par tous les moyens de poursuivre leurs rêves, leurs projets, pour ne pas devenir « la génération sacrifiée » que certains évoquent.  Ils/elles veulent rester libres de rêver à une expérience de volontariat, malgré les contraintes multiples qu’elles soient sanitaires, administratives, de mobilité (…) ; les volontaires veulent être sur le terrain avec les associations locales qui, elles aussi, essayent coûte que coûte de poursuivre leurs engagements au plus près des populations encore plus fragilisées.

La Guilde essaye d’accompagner au mieux ses 90 volontaires actuellement en mission de Service Civique, avec une attention toute particulière portée à la santé psychologique.

Les besoins, les attentes ont évolué de même que les craintes et les fragilités intrinsèques à une expérience de volontariat à l’étranger où l’on repousse ses limites, où l’on sort de sa zone de confort.

La Guilde propose un accompagnement personnalisé pouvant aller jusqu’à l’intervention d’une psychologue lorsque le ou la volontaire en ressent le besoin. Les équipes locales sont également fortement mobilisées, dès la préparation de la mission, pour essayer de rassurer les volontaires et les tenir informés de l’évolution, en temps réel, de la situation. 

Le Réseau des Engagés de la Guilde (« REG ») permet également de « faire du lien », d’encourager l’entre-aide et ainsi peut être, de limiter le sentiment de solitude au profit d’une forme de solidarité.

En interagissant sur le réseau, les volontaires se sentent moins seuls et trouvent là une communauté qui vit les mêmes incertitudes… en attendant, peut-être de retrouver bientôt une forme de sérénité.

Vanessa GILLES
Responsable du Pôle Service Civique


Malgré la pandémie, le volontariat continue d’offrir des perspectives.

Un an après le début de la crise qui a vu la fermeture totale des frontières internationales pendant près de 8 mois, force est de constater que les acteurs du volontariat n’ont eu de cesse de se réinventer, pour continuer à agir et répondre aux besoins du terrain.

Au quotidien, les volontaires font preuve de résilience quelle que soit leur situation. La plupart ont maintenu le cap malgré les quatorzaines à l’arrivée, les confinements successifs, les fermetures de leurs programmes. D’autres attendent depuis des mois de pouvoir partir, sans jamais perdre espoir.

Les organisations partenaires de La Guilde pour l’envoi des volontaires se sont adaptées, en recrutant des volontaires sur place, en les formant à distance, en aménageant les projets en attendant l’arrivée des volontaires et en permettant à leurs partenaires locaux de tenir le choc.

Les équipes de La Guilde sont à leurs côtés, pour les accompagner, trouver des solutions, en collaboration avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ou les ambassades, pour apporter du réconfort aussi parfois.

Un mot d’ordre commun nous anime : l’engagement solidaire.

Aurélie COLLADON
Responsable du Pôle Volontariat de Solidarité Internationale