Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Quand on l’appelle, Romain répond joyeusement : « ça va tranquillement, je suis à mon campement ! » Il est à Inari, sur les rives du lac du même nom. Quelques jours plus tôt, il a atteint le Cap Nord après 1 400 kilomètres à pied. Il s’apprête désormais à construire une embarcation pour aller voguer sur le lac lapon, dans le nord de la Finlande. Avec quel objectif ? « Aucun, je veux juste apprécier le monde sauvage et la vie sur le radeau » balaye-t-il. Il est comme ça, Romain. Depuis neuf ans, il marche là où ses pas le portent. Aventurier de métier ? Pas son genre, même s’il aspire à réaliser un film documentaire sur son dernier voyage, entre randonnée hors pistes et rencontres d’hommes et de femmes vivant au cœur de la nature. Un profil à la fois commun – qui n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, le rêve d’aller se promener dans le vaste monde ? – et atypique – qui ose transformer le rêve en quotidien depuis près d’une décennie ? Mais aussi un exemple de la diversité des projets soutenus chaque année par La Guilde, via ses Bourses de l’Aventure : du professionnel Objectif Pôle Sud de Matthieu Tordeur (en 2018) au cavalier Stan & Co des sœurs Desprez (en 2019) en passant par le créatif et collectif Bato A Film (en 2017), le champ des possibles est immense, du moment qu’il soit semé de passion. Romain Vandycke, lui, a donné à sa dernière idée un titre évocateur : Brute et Sauvage. Un nom dont on ne sait s’il vaut pour la nature traversée, ou pour la sienne.


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La solitude du coureur des bois

Une chose est certaine : Romain ne craint pas la solitude. Au contraire, il la considère indispensable. « Il ne faut pas s’y enfermer, dit-il, mais il faut l’accepter ». Une solitude qui a une vertu en commun avec la marche : « une nécessaire simplicité d’être, une forme de dépouillement matériel, une obligation de se contenter de peu. » Dans son bagage d’inspirations, il sort les premiers livres de Sylvain Tesson, ceux de Nicolas Vannier, ou Into the Wild, de Jon Krakauer – dont le titre français n’est autre que Voyage au bout de la solitude. Mais surtout, il ressent l’appel de la forêt : « je sens comme un feu quand je regarde les montagnes, les forêts, je me sens attiré. Quand j’étais petit, je voulais construire des cabanes, j’avais un livre sur les hommes préhistoriques et leurs outils, j’adorais ça. » Alors, puisqu’il considère la nature comme « un refuge », Romain veut apprendre à vivre avec et grâce à elle. Mais de préférence en s’épargnant une fin à la Christopher McCandless.

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
Romain, bâton en main

Brute et Sauvage est donc le nom d’une aventure marquée du sceau du bushcraft, ou art de vivre dans les bois. Pendant plus de deux mois, Romain a tenté d’avancer avec ce que la nature offrait à mesure de ses pas. Sans rations calibrées ni réchaud, « le plus minimaliste possible », il avait pour projet de compléter une base de féculents avec des produits de la pêche ou de la cueillette. Résultat ? « Je crois que je suis un mauvais pêcheur ! » avoue-t-il en rigolant. Pour ce qui est des végétaux, l’expérience s’avère plus concluante. Jeunes pousses de sapins, orties, pissenlits, farine d’écorce de bouleau ou lichen viennent améliorer l’ordinaire. Il apprend également l’existence du chaga, « un champignon béni des Dieux ! », parasite du bouleau considéré comme médicinal et ajouté au thé du matin. Sans oublier, pour faire partir le feu sous la pluie, les allumes-feux faits main, avec des pommes de pins trempées dans la résine d’épicéa fondue. En résumé, Romain tente de faire sienne cette citation de Mors Kochanski, gourou canadien du bushcraft : The more you know, the less you have to carry – Plus ta connaissance est grande, moins ton sac est lourd.

Simple, basique

De là à être complètement autonome dans la nature, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Car Romain est conscient de ses limites : « l’imaginaire est fort et moi, j’ai beaucoup d’idées. Mais après, on arrive dans la réalité et c’est autre chose. Alors on fait des erreurs, on apprend. » Notamment que les sites internet, les vidéos de Jacob Karhu ou les guides Delachaux forment une base théorique utile, mais insuffisante. « J’ai appris à droite à gauche depuis plusieurs années, en parallèle de mes voyages. Là, je suis resté fidèle à mon objectif, même si je dois avouer que j’ai trouvé plus de nourriture dans les invendus que dans la nature. » Mais finalement, l’essentiel est ailleurs pour Romain : « un truc important dans cette marche, c’est que j’ai su modifier mes habitudes. Je me suis libéré. » Parti de Kautokeino, au nord des frontières de la Norvège avec la Suède et la Finlande, il a traversé la toundra hors des sentiers battus pour atteindre le cap Nord et « revenir à quelque chose de plus simple ».

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Car aux expéditions complexes et aux projets coûteux, Romain préfère la liberté d’une vie humble, faite de jobs saisonniers et de départs répétés. Le soutien de La Guilde – qui accorde le même crédit à la complexité et à la simplicité – l’a surpris autant qu’aidé. Financièrement, mais aussi pour préciser et partager sa vision des choses. Il y a dans celle-ci une farouche volonté d’indépendance de corps et d’esprit, une aspiration à l’auto-suffisance, une insatisfaction quant à la façon dont court le monde et une radicalité qui transpire dans chacun de ses choix. Comme celui du calendrier, par exemple : « en Suisse, les vendanges commencent le 15 septembre. J’ai un train qui part le 12 septembre de Umea, dans le centre de la Suède. Je vais y descendre en stop le 10 septembre, ce sera le maximum que je puisse faire, pour rester le plus longtemps possible ! » Et puis, après avoir cueilli les fruits cultivés, il sera déjà temps de se plonger à nouveau dans la nature brute et sauvage.


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L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Pour suivre les pérégrinations de Romain, rendez-vous sur son site internet.