Retour sur la visite du pape François en Irak

Début mars et pour la première fois, un pape s'est rendu en Irak. Radio Al-Salam était présent pour couvrir la visite du souverain pontife.

Un article de Baptiste VIOLI


Du 5 au 8 mars 2021, le pape François a effectué son premier voyage apostolique depuis le début de la crise sanitaire de la Covid-19. C’était la première fois dans l’histoire que le souverain pontife se rendait en Irak, et Radio Al-Salam, outil de paix et de dialogue inter-religieux  opéré par La Guilde avec ses partenaires depuis 2015, se trouvait peut-être plus que jamais au cœur de sa mission et de sa raison d’être en couvrant un événement d’une telle portée symbolique.

Le pape a visité Bagdad, la ville d’Erbil, ainsi que Mossoul et Qaraqosh dans la plaine de Ninive. Partout, il a transmis un message de paix et de fraternité auprès de la population irakienne, meurtrie par des décennies de guerre et de souffrance. L’entretien avec le leader chiite irakien, l’ayatollah Al-Sistani, qui a eu lieu dans la ville sainte de Najaf, a été une des rencontres religieuses les plus importantes de ces derniers temps : que ce dernier proclame que les chrétiens d’Irak devaient « vivre en paix » et bénéficient de « tous les droits » en Irak a évidemment marqué les esprits.

Dans les semaines précédant cette visite, Radio Al-Salam a produit plusieurs reportages sur les préparatifs (travaux, décorations et nettoyage de certaines villes) et fait un grand nombre d’interviews, femmes et hommes d’Eglise, mais également simples habitants, afin de leur donner l’occasion d’exprimer leurs points de vue et attentes. Tout au long du séjour du pape à Mossoul et Qaraqosh, les journalistes de la radio étaient en étroite coordination avec les pigistes présents sur place. A Erbil, trois journalistes de Radio Al-Salam ont pu être accrédités par les autorités locales (Département des Médias du KRG) et assister à la messe donnée en plein air, sous haute sécurité, au stade Franso-Hariri d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

« L’Irak restera toujours avec moi, dans mon cœur », a lancé le pape François à la fin de celle-ci, concluant ainsi une visite historique devant des milliers de fidèles. Les journalistes présents de Radio Al-Salam étaient heureux de se trouver sur la même estrade que n’importe quel autre média, et fiers de couvrir un événement d’une telle importance.

Cette visite marquera assurément d’une pierre blanche la vie de la Radio et, au-delà, celles de tous les croyants d’Irak. Sa portée symbolique, sa force mobilisatrice, illustrées au fil de nombreuses étapes sur quelque 1800 km bouclés en 56h, demeureront dans les mémoires. Un pèlerinage sur les pas d’Abraham, aux sources des monothéismes, là même où la paix se reconstruit. La présence incarnée du témoignage qui engage les populations au dialogue. L’exacte mission de Radio Al Salam.


Établie au Kurdistan irakien, Radio Al-Salam est un projet initié par La Guilde. Pour la 6e année consécutive, un volontaire de La Guilde dirige la radio depuis Erbil, avec le soutien de l’Œuvre d’Orient, du Centre de crise du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, et de donateurs. En savoir plus.

Une journée avec Samir, journaliste de Radio Al Salam au Kurdistan irakien

Nous avons suivi Samir Yahya, directeur adjoint de Radio Al Salam, dans son travail de terrain. Ce jour-là, Samir enquête sur les conditions de vie des populations du camp de Hasan Sham, un camp de déplacés irakiens localisé sur la route d'Erbil à Mossoul et peuplé d’environ 1500 familles.

Samir Yahya interroge les habitants du camp de Hasan Sham

Un article de Baptiste Violi, responsable de la coordination et du développement des programmes


Lors de son enquête, Samir Yahya va tour à tour interroger le manager du camp qui travaille pour la BCF (Barzani Charity Foundation), ainsi que divers habitants, femmes et hommes acceptant de répondre à son micro. Il rappelle que la mission de Radio Al Salam est justement de porter la voix des réfugiés et déplacés.

Samir Yahya avec le manager de la Barzani Charity Foundation

Les sujets abordés portent sur les conditions de vie et problèmes du quotidien, mais aussi sur l’organisation des élections  législatives irakiennes. La plupart des habitants sont originaires de Mossoul ou du village d’Hasan Sham à quelques kilomètres de là, que l’on traverse pour rejoindre le camp. Ce village a été abandonné par la population après avoir été repris par les peshmergas dans leur combat contre Daech. Certains vivent dans le camp depuis quatre ans et restent dans l’impossibilité de retourner chez eux. Non seulement pour des raisons politiques, mais également parce que leurs anciennes habitations n’ont pas été reconstruites, qu’il n’y a ni eau, ni électricité, et aucun service public.

Le camp de Hasan Sham

Alors que les autorités irakiennes prennent des mesures fortes pour inciter les populations déplacées à retourner dans leur ville ou région d’origine, les autorités du Kurdistan irakien continuent d’accueillir ceux qui ne peuvent rentrer chez eux ou craignent pour leur vie : ainsi, à Hasan Sham, tandis que du côté de l’Irak fédéral de nouveaux camps vont fermer dans les jours qui viennent, la BCF étudie la possibilité d’y recevoir 500 familles de plus. Le camp a une capacité d’accueil théorique de 10 000 personnes, cependant divers problèmes se poseraient, notamment celui du rationnement alimentaire ou de l’acceptation de la population déjà présente.

Quand il s’agit d’évoquer les élections  législatives irakiennes de 2021, qui doivent se tenir le 10 octobre (et pour lesquelles pour la première fois les populations déplacées par la guerre seront invitées à voter), les Irakiens qui acceptent de s’exprimer n’ont que désespoir à la bouche et formulent souvent un rejet catégorique à l’égard de partis politiques qu’ils considèrent corrompus.

A son retour dans les locaux de Radio Al Salam, à Erbil, Samir écrit son reportage

Soutien à la reconstruction du Liban : une première étape auprès des créateurs

Le 4 août dernier, une double explosion a ravagé plusieurs quartiers de Beyrouth et abimé tout un pays. La Guilde a voulu réagir et apporter son soutien aux populations touchées, suivant ses domaines d’expertise. Première étape, auprès des artisans d'art et créateurs.

Un article de Cécile Massie, consultante - coordinatrice projets au Moyen-Orient


« Nous conservons pieusement la légende selon laquelle la transmission se fait “verticalement”, d’une génération à la suivante, au sein des familles, des clans, des nations et des communautés de croyants ; alors que la vraie transmission est de plus en plus “horizontale”, entre contemporains, qu’ils se connaissent ou pas, qu’ils s’aiment ou se détestent. »

Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations

Les deux quartiers les plus touchés autour du port de Beyrouth ont été ceux de Gemmayzeh et de Mar Mikhael, particulièrement connus pour leurs cafés et leurs ateliers d’art. La première phase de reconstruction des habitations et de secours auprès de la population était en cours, la Guilde a voulu réfléchir à l’étape suivante, celle de l’aide au patrimoine culturel et entrepreneurial de ces quartiers.

Avec la contribution décisive de la Fondation du Grand-Duché du Luxembourg et l’expertise du pôle Microprojets de La Guilde, nous avons lancé le projet de soutien aux artisans d’art et créateurs de Beyrouth en novembre 2020. Modeste, dotée d’une enveloppe de 18 000 euros, cette première action a été suivie d’un appel à microprojets de plus grande envergure, pour le soutien des petites associations libanaises et françaises, lancé le 5 janvier 2021.

A travers cette première étape, ce sont cinq entrepreneurs, dont quatre femmes, qui ont pu être soutenus. Les besoins étant divers (restauration des locaux, ré-équipement en matériel de production, informatique…), La Guilde a choisi de répondre aux spécificités de chacun avec un maximum de flexibilité : de la restauration du showroom de Sandra Mansour, créatrice de prêt-à-porter haut de gamme qui emploie 14 couturières, au rachat des ordinateurs de l’architecte Karine Fakhry, dont le cabinet FaR Architects a représenté le Liban à la Triennale de Milan en 2016.

Si La Guilde s’est rendue sur place à Beyrouth, en cours de projet, la présence d’un partenaire opérationnel local était indispensable. L’association libanaise Beit el Baraka, en la personne de sa présidente Maya Chams Ibrahimchah, a immédiatement répondu à notre sollicitation. Ses équipes, déjà profondément impliquées dans le soutien à la population beyrouthine, ont suivi chaque dossier avec une efficacité et un professionnalisme remarquable.

L’équipe de Beit el Baraka dans l’atelier de Sandra Mansour – photo Cécile Massie

Les liens entre le Liban et la France remontent à loin et ne bénéficient pas seulement aux héritiers directs des deux pays tel Amin Maalouf. Français comme Libanais sont enrichis par de telles initiatives de coopération, sans ignorer pour autant les défis historiques. Entreprendre de petits actes de solidarité dans les deux sens, s’assurer que les artistes continuent à pouvoir créer et évoluer dans des environnements dans lesquels s’épanouir, soutenir les organisations qui cherchent à améliorer le quotidien des populations locales, tout cela contribue à une transmission horizontale.

Afin de poursuivre son action au Liban, La Guilde a donc lancé l’appel à projet « Liban 2021 ». En collaboration avec l’Agence française de développement et la Fondation de France, ce programme vise à soutenir le tissu associatif, pour la mise en œuvre de projets de reconstruction matérielle, sociale, économique ou humaine.