Quand le monde agricole devient une terre d’intégration

À l'occasion de la journée mondiale mondiale des réfugiés le 20 juin, coup de projecteur sur un projet porté par BATIK International, partenaire de La Guilde pour le Service civique. Nom de code : Migr'action.

Un article de Service civique


Intégrer les réfugiés grâce à l’agriculture, une idée folle ? Pas pour Manon et Zineb. Les deux engagées de Service civique se sont rencontrées chez BATIK International, association créée en 1998 par deux petites-filles d’immigrés. Manon Droniou et Zineb Sarhane, elles, ont débuté leur mission de Service civique en janvier 2021. Elles n’ont eu de cesse, depuis, de faire germer le programme Migr’action.

De la déconstruction à l’insertion

« Le projet, c’est d’insérer les migrants en zone rurale par l’agriculture », explique Zineb. Migr’action se traduit par des stages d’immersion de réfugiés aux côtés d’agriculteurs du Calvados, de la Manche ou de Loire-Atlantique. Le but, permettre aux réfugiés de découvrir le métier d’agriculteur tout en cultivant un dialogue inter-culturel entre stagiaires et exploitants agricoles. Un premier stage s’est déroulé en Basse-Normandie, où un réfugié soudanais a pu travailler au sein d’une ferme en agriculture paysanne. Venant d’obtenir son contrat d’intégration républicaine (CIR, conclu entre l’État français et tout étranger non européen admis au séjour en France souhaitant s’y installer durablement), le stage a permis au jeune homme de « se booster et de repartir avec une vraie motivation, en se disant qu’il peut faire des choses » poursuit Zineb. Prochaine étape, l’accompagner pour lui proposer d’autres opportunités de formation et un contrat d’apprentissage.

Pour arriver à ce stage, c’est un énorme travail qu’ont entrepris en amont Manon Droniou et Zineb Sarhane. En commençant par une reconnaissance des territoires pour recueillir et définir les besoins des agriculteurs : « on a eu pas mal d’entretiens avec les acteurs sociaux et agricoles du territoire », raconte Zineb. « Ce qui s’est dessiné, ce sont des stages d’immersion pour permettre aux personnes de découvrir le métier d’agriculteur ». Après ces rencontres, « on a lancé deux ateliers de déconstruction des préjugés sur les zones rurales pour les personnes réfugiés des CPH (Centre Provisoire d’Hébergement, ndlr) de Saint-Lô et Lisieux, en Normandie ». Fertiles, ces ateliers ont permis à Zineb et Manon de réaliser qu’au yeux des réfugiés, « il n’y a ni transports, ni travail, ni activités dans les zones étudiées » poursuit Manon. « Et puis, en continuant l’atelier, on se rend compte qu’il y a pourtant une bibliothèque, un cinéma, un terrain de foot et des offres d’emplois qui peuvent leur correspondre ». À la fin de ces ateliers, les deux engagées ont présenté le projet Migr’action aux réfugiés pour identifier les volontaires. Puis c’est au tour des stages de se mettre en place.

Zineb et Manon en atelier de déconstruction des préjugés

Intégration culturelle, intégration professionnelle

Le projet Migr’action s’implante parfaitement au sein de BATIK International. Puisant son nom dans une technique traditionnelle de tissage de motifs fleuris, l’association a pour mots d’ordre échanges, respect et identité. Une devise qui se retrouve au cœur des discussions qu’ont pu avoir Manon et Zineb lors des ateliers. « D’un point de vue personnel, c’est très enrichissant d’échanger avec un public avec lequel on n’a pas souvent l’habitude d’échanger, témoigne Manon. C’est intéressant de recueillir leurs représentations, de comprendre pourquoi ils pensent comme ça et de pouvoir agir sur leurs idées reçues ». Migr’action permet ainsi de contribuer à l’intégration des réfugiés sur une base de diversité, de respect et de cohésion, en remédiant aux inégalités d’accès aux ressources et en favorisant leur insertion socio-économique. Un travail indispensable à l’heure où, selon l’ONU, plus de 80 millions personnes fuyant guerres, persécutions et exactions sont enregistrées dans le monde.

À leur niveau, Manon et Zineb ont pu apporter appui matériel et accompagnement personnel. Pour les deux engagées, le Service civique est une expérience tant humaine que professionnelle. Il permet par exemple à Manon d’allier deux thématiques qui lui sont chères : l’agriculture et la solidarité. « Comme j’ai un diplôme d’ingénieur agronome, ça me tenait à cœur de garder un lien avec l’agriculture. Et en même temps, j’ai toujours été sensible à la question des réfugiés » développe-t-elle. Le Service civique lui permet également de ne pas entrer directement sur le marché du travail : « je venais juste de passer ma soutenance de fin d’étude et je trouvais que le Service civique était un bon compromis. Je ne me sentais pas forcément prête tout de suite à prendre un poste ». Cet engagement s’insère alors parfaitement dans son parcours de vie. Acquérir une expérience formatrice tout en mettant ses compétences au service d’une cause importante : l’essence même du Service civique.

Propos recueillis par Athénaïs Paret


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Focus sur l’insertion professionnelle des volontaires en Service Civique

L'équipe du Service Civique assure un suivi des volontaires à l'issue de leur mission. En 2019, plus de 80 % d'entre eux étaient en activité après 3 mois.

Manon prépare le concours de commissaire de police

Un article de Belinda HUAU


Dans le cadre de l’accompagnement des volontaires partis avec La Guilde, l’équipe du Service Civique assure un suivi des volontaires jusqu’à 3 mois après leur fin de mission.

Cela fait suite à l’accompagnement avant et pendant la mission. Un mois avant la fin de mission, l’équipe du Service Civique contacte chaque volontaire pour lui proposer un soutien dans son projet d’avenir. La Guilde souhaite donner à tout volontaire qui en ressent le besoin l’orientation et les conseils à sa disposition, pour l’aiguiller dans la suite de son projet.

Le contact à 3 mois après la mission a lui pour objectif de rassurer les volontaires si besoin, parler de leur activité actuelle, et apporter un soutien dans les cas de retours difficiles.

Eloïse travaille toujours pour l’association au sein de laquelle elle a effectué son Service Civique.

La vocation du Service Civique n’est pas l’accès à l’emploi, mais bien l’engagement dans une mission d’intérêt général. Néanmoins, il constitue souvent un vrai levier d’insertion professionnelle et de développement personnel : choix d’orientation, découverte du monde professionnel, acquisition de nouvelles compétences.

En 2013, déjà, une enquête de TNS-SOFRES pointait que 75 % des anciens volontaires étaient en activité après leur service civique, dont 29 % en emploi, 11 % en stage et 35 % en formation. Une réalité qui serait particulièrement vraie dans le secteur associatif, qui représente le plus gros pourvoyeur de missions.

Dylan est lauréat de l’Institut de l’Engagement pour son projet d’écolodges à Madagascar.

Pour suivre l’impact du Service Civique sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes engagés de La Guilde, l’équipe du Service Civique a mis en place en 2019 un suivi des projets réalisés ou en cours des volontaires 3 mois après leur fin de mission.

Tout comme l’enquête réalisée par TNS-SOFRES en 2013, les résultats sont particulièrement encourageants et montrent que le dispositif est extrêmement valorisé et valorisant dans le parcours des jeunes.

Voici les statistiques concernant 79 volontaires partis en mission avec La Guilde en 2019. Nous notons que 84% sont déjà dans un nouveau projet 3 mois après leur fin de mission, dont :

  • 42% sont en emploi ou en Volontariat de Solidarité Internationale.
  • 36% poursuivent ou reprennent leurs études (avec parfois une réorientation suite à la mission)
  • 6% sont accompagnés par l’Institut de l’Engagement, un organisme dédié à l’accompagnement des anciens volontaires dans leurs projets.
graphique insertion professionnelle service civique