VOD : le palmarès des Écrans 2021 en ligne

Du 22 septembre au 2 janvier, les films primés aux 30es Écrans de l'aventure sont accessibles en ligne. L'occasion de plonger dans ce que l'aventure produit de meilleur.

Un article de Festival Écrans de l'aventure


Alpinisme, plongée, Amazonie, quête familiale, migrations, low-techs : c’est peu dire que les thématiques couvertes par les films primés aux Écrans de l’aventure 2021 est vaste. Le jury présidé par Elisabeth Revol a offert à la trentième édition du festival un palmarès témoin de son époque, dans toute sa diversité.

Bonne nouvelle : du 22 décembre au 2 janvier, 6 des 7 films du palmarès sont à (re)voir en VOD !

>>> films.lesecransdelaventure.com <<<

Out of Frame, Toison d'or
Lost At Sea, Prix spécial du jury
L'Aventure, Prix Alain Bombard
Les Harmonies invisibles, Prix Ushuaïa TV
Dark Green, Prix du public
4 mois sur ma biosphère, Prix des jeunes de la ville de Dijon
https://twitter.com/EcransAventure/status/1473680398752403473

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Aux Écrans, la 30e fringante

Les Écrans de l'aventure ont fêté leurs 30 ans à Dijon du 14 au 17 octobre. Retour sur une édition placée sous le signe de la transmission.

Un article de Aventure


L’âge est-il une histoire de chiffres ? Si la réponse est affirmative, alors ceux des 30 ans des Écrans sont éloquents : 60 films programmés en salles et en ligne, 2 lieux de projection, 4 expositions, 5 tables rondes, 6 livres en compétition, des dizaines d’invités, plus de 16 000 spectateurs… Pour célébrer ses trente automnes à Dijon, le festival s’est multiplié, mû par la force de l’âge.

Mais s’arrêter au strict alignement de chiffres serait oublié que « la jeunesse n’est pas une période de la vie », rappelait le général MacArthur inspiré par le poète Samuel Ullman. « Elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort ». Une vision qui renvoie furieusement à tous les projets et productions réunis chaque année entre forêts et vignobles bourguignons. Enivrés au parfum de l’action, arpenteurs et créatrices prennent la clef des champs, des bois, des océans et des montagnes, puis s’en reviennent partager leurs flacons remplis d’un élixir de jeunesse – au bon goût de reviens-y !

Alors, cette année encore, le public est revenu. Malgré les contraintes, il a tenu à saluer nos aventuriers à l’escale, avant de les voir filer à nouveau. Avant de filer à son tour ? Voilà un risque assumé ! Ce serait même « un effet de la volonté » du festival : réunir toutes et tous dans un périmètre restreint pour donner à chacun un espace de créativité. Illustration avec les Cafés-rencontres introduits cette année : le public était invité à partager un moment privilégié, en petit comité, avec ses invités. Un bon moyen d’allumer des étoiles.

Le retour au théâtre des Feuillants, hôte historique du festival (de 1993 à 1999), a lui permis d’éclairer celles qui ont jalonné l’aventure depuis 30 ans. En projetant 15 films primés dans l’histoire du festival, les Écrans ont invité ses acteurs à venir (re)présenter leurs œuvres. Citons pêle-mêle le magnifique message laissé par Alain Kalita évoquant ses sentiments enchantés, seul dans les 40e rugissants, Après l’horizon (1997) ; l’émotion de Michaël Pitiot à l’évocation de sa jonque vietnamienne Sao Maï (2001), construite de ses mains et disparue récemment ; le récit par Luc-Henri Fage de sa Mémoire des brumes (1992), document primé lors de la première édition des Écrans ; ou le succès jamais démenti de Corentin de Chatelperron, ingénieux Nomade des Mers (2014)… et récompensé du prix de l’Aventurier de l’année 2021.

Et puisqu’il s’agissait de conjuguer le passé au présent, 30 films primés supplémentaires ont été proposés en vidéo à la demande, sur la plateforme du festival. Plus de 900 spectateurs ont ainsi pu voyager sans contrainte à travers temps et grands espaces. L’occasion de dénicher quelques pépites éternelles : Marco, étoile filante (2006), portrait du regretté snowboardeur de l’Everest Marco Siffredi ; Africa Trek (2004), relation de l’exceptionnelle marche d’Alexandre et Sonia Poussin du cap de Bonne-Espérance au lac de Tibériade ; Asiemut (2006), 8 000 kilomètres à vélo à travers l’Asie avec Mélanie Carrier et Olivier Higgins ; ou La marche dans le ciel (1998), traversée funambule de l’Himalaya par Alexandre Poussin et Sylvain Tesson. Autant de films ayant marqué l’histoire de l’aventure, donc du festival. Et qui ont vocation à s’inscrire dans la durée pour que se transmette la mémoire des belles réalisations, d’hier à demain.

Et aujourd’hui, alors ? En 2021, les jurys présidés par Elisabeth Revol (films) et Jean-Luc Coatalem (livres) nous ont offert de magnifiques palmarès. Du côté des récits, c’est l’intimiste et tout à fait actuel Par la force des arbres d’Edouard Cortès (dont le film Paris-Jérusalem, prix du jeune réalisateur 2009 avec sa femme Mathilde, a été projeté en sélection rétro) qui a reçu les lauriers de la Toison d’or du livre d’aventure de l’année. Un choix que ne peut que saluer La Guilde, attentive et admirative d’un parcours fidèle à des idées, inspiré par l’action.

Quant aux films, le cru 2021 des Écrans de l’aventure rappelle qu’il est un festival tourné vers l’international avec trois films étrangers primés (Lost at Sea, bouleversante quête d’un fils dans le sillage d’un père disparu en mer, Peter Bird ; Dark Green – Alone in the Amazon, manifeste en faveur de la nature sauvage conté par Paul Rosolie ; Swissway to Heaven, pur film d’escalade au ton rafraichissant). Il invite également à s’interroger sur les sociétés que nous voulons, aujourd’hui comme demain (L’Aventure, de Marianne Chaud ; Quatre mois sur ma biosphère, de Corentin de Chatelperron). Enfin, après un détour plein de rêverie vers Les harmonies invisibles, il propose un décentrement hors cadre sur les métiers de l’image en conditions extrêmes, avec Out of Frame de Jordan Manoukian, Toison d’or du film d’aventure de l’année 2021.

Après trois jours féconds à Dijon, les lumières des Écrans se sont éteintes, mais pas les étoiles semées ici et là. Puissent-elles nous guider sur les chemins de l’audace… jusqu’à 2022 !


À revoir

Avant l’annonce du palmarès 2021, Corentin de Chatelperron, fondateur du Low-tech Lab, et Vincent Farret d’Astiès, fondateur de Zephalto et président de La Guilde, ont longuement échangé sur le thème « Quelle aventure demain ? » Une discussion passionnante à revoir en ligne, suivie de la cérémonie de clôture.


Pour aller plus loin


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Les Écrans de l’aventure lancent leur plateforme de films en ligne

Alors qu'il s'apprête à fêter ses 30 ans à Dijon, le festival des Écrans de l'aventure propose depuis le 1er juillet une sélection de films primés, accessibles gratuitement tout l'été.

Un article de Aventure


Une page se tourne, une autre s’ouvre : jeudi 1er juillet, Jean-Luc Van Den Heede, dit VDH, est mis à l’honneur pour le lancement de la nouvelle plateforme vidéo des Écrans de l’aventure. Car cet immense marin l’a annoncé quelques jours plus tôt : cette fois, c’est sûr, il quitte le monde de la course pour rejoindre celui de la retraite. Il laisse derrière lui une carrière unique, guidée par la liberté, parfois menée à contre-courant. Ainsi ce record – toujours actuel – du tour du monde contre vents et courants dominants (le Global Challenge, en 122 jours et 14 heures) qui lui vaut de recevoir la Toison d’or de l’aventurier de l’année à Dijon, en 2004.

Son portrait – VDH, Monsieur longue route (sélection officielle Écrans de l’aventure 2020) – a donc été diffusé lors d’une soirée spéciale, avant un joyeux moment d’échange en direct (à revoir ici). Plus de 250 inscrits ont répondu à l’appel… ainsi que 5 skippers qui, en quelques heures, ont tenu à envoyer leurs salutations au grand VDH.

Désormais et jusqu’à fin août, une vingtaine de films sont accessibles gratuitement sur la plateforme. À la rentrée, cette offre sera enrichie d’une sélection exclusive pour les 30 ans des Écrans de l’aventure, qui se tiendront du 14 au 17 octobre à Dijon. Enfin, vous pourrez y retrouver une partie de la sélection 2021 à l’issue du festival.

Alors n’attendez plus : connectez-vous au meilleur du film d’aventure en ligne et… bonnes séances !

Elisabeth Revol présidente du jury des Écrans 2021

L'alpiniste Elisabeth Revol sera la présidente du jury film pour les 30 ans des Écrans de l'aventure, du 14 au 17 octobre à Dijon. Le festival se réjouit d'accueillir une personnalité hors normes, de par son parcours et ses réalisations. Elle partage avec nous quelques pensées.

Un article de Aventure


« Himalayiste, conférencière, exploratrice, curieuse, rêveuse… » Voilà les mots choisis par Elisabeth Revol pour se présenter. Comment ne pas faire un lien immédiat avec l’esprit défendu et promu par les Écrans ? Comme une évidence, Elisabeth Revol, 42 ans, sera donc notre présidente du jury film.

« Je savais qu’il se passe de belles choses à Dijon. Mais quand on m’a proposé, j’ai hésité ! (rires) Parce que c’est une aventure aussi, de rester assise longtemps dans une salle. Il faut de la patience et moi, je n’en ai pas énormément ! (rires) Mais c’est une occasion de voir des films que je ne vois jamais, et ce sont des moments de partage, d’échange avec des personnes qui ont d’autres compétences. Une partie de moi avait envie d’y aller, donc allez hop, j’y vais ! »


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« Je suis sensible à tout type d’aventure à partir du moment où il s’agit d’être dans la nature. Le vélo me parle énormément, les grandes étendues glaciaires aussi, même si elles sont plus horizontales, le désert… Tout ce qui est dans l’immensité. Il n’y avait que l’océan qui ne me parlait pas énormément, mais j’ai rencontré des gens de la mer depuis un an ou deux et ça m’attire de plus en plus. Même si je suis loin d’être un poisson dans l’eau ! »


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« L’esprit d’aventure est au cœur du rêve des hommes. L’aventure existe à partir d’un rêve. C’est quelque chose de très vaste, qui peut être à un pas de chez soi ou au bout du monde : à partir du moment où l’on ose, c’est de l’aventure. »


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« C’était en coup de vent, désolé, je pars grimper ! (rires) On va dans les Hautes-Alpes, notre terrain de jeu habituel, là où nous avons nos repères. Cet été, je vais ne faire que ça : rayonner dans les Alpes, faire du vélo, et grimper, grimper, grimper ! (rires) »

Propos recueillis par Eric Carpentier

30 ans des Écrans : 2009-2021, entre Darcy et Olympia

En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leur 30 ans à Dijon. Retour en trois temps sur une histoire lancé en 1992. Aujourd'hui, Cléo Poussier-Cottel – incontournable directrice adjointe du festival – et Louis Meunier – réalisateur et écrivain – racontent leurs Écrans. Une trilogie conclue par les mots de Christine Martin, adjointe au maire de Dijon, déléguée à la culture, à l'animation et aux festivals.

Un article de Aventure


30 ans des Écrans de l’aventure :
expositions, tables rondes, cafés littéraires,
sélection officielle et rétrospective,
à partir du 11 octobre 2021 à Dijon
.


L’un porte le nom d’un illustre ingénieur dijonnais, l’autre est un ancien théâtre. Peut-être était-il écrit que les cinémas (Henry) Darcy et Olympia (fondé en 1919) accueilleraient un jour des histoires impliquant corps et esprit. Des histoires qui associant une projection physique et une intelligence pugnace pour émerger. Des histoires humaines, parfois complexes, parfois simplement brillantes. Des aventures totales, de l’étincelle originale au point final – lorsqu’il y en a un.

Parfois, donc, ces histoires sont racontées à travers des films. Cléo Poussier-Cottel en a vu plus de 4 000 depuis près de 30 ans qu’elle travaille sur le festival. Louis Meunier, lui, a vu trois des siens être primés à Dijon, (7 000 m au-dessus de la guerre, 2012 ; Kabul Cinema, 2015 ; Les cavaliers afghans – sur les traces de Joseph Kessel en Afghanistan, 2017). Et puis il a été membre du jury, aussi. Il fallait donc leur demander : mais quels sont les ingrédients d’un bon film ? Et la recette d’un bon festival ?

Une histoire d’émotions

« Quand je regarde un film, je veux être embarquée, que l’histoire me prenne et tienne ses promesses, démarre Cléo Poussier-Cottel. Pour la sélection, j’essaie de me mettre à la place du public. La qualité des images est importante, mais le premier critère reste : est-ce que je n’ai pas vu le temps passer, ou est-ce que je me suis ennuyée ? » Une vision appuyée par Louis Meunier qui se souvient de la Toison d’or décernée en 2013, lorsqu’il était membre du jury : « Crossing the ice, une super histoire d’amitié entre deux Australiens qui vont au pôle Sud. La qualité n’était pas incroyable, mais ça montre bien que la caméra n’est qu’un moyen technique. Ce qui compte, c’est l’émotion. »

Une émotion, forcément subjective, qui fait l’esprit des festivals. Louis : « le contact avec les spectateurs, le fait de pouvoir palper les réactions sont importants. Parfois tes intentions passent à la trappe, parfois le public remarque des choses que tu n’avais pas vues. Et puis les humeurs, les ambiances sont différentes d’un public à l’autre. Ce regard extérieur est très enrichissant ». Et de citer les enfants, particulièrement présents à Dijon à travers la programmation réservée aux scolaires : « ils posent des questions inattendues, sourit Louis, mais souvent pertinentes ! »


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Ouvrir les esprits, voilà un autre critère de sélection pour Cléo : « on cherche une programmation variée, avec des surprises, des choses qui tiennent davantage du coup de cœur. Treeverse (2011), J’ai demandé la lune au rocher (2013), Urban Escape (2014)… Il y a beaucoup de films de ce genre ! Dernièrement, le film suisse Tandems (2019). J’ai adoré son écriture, sa cohérence entre le sujet filmé et la manière de filmer qui laisse une grande part à la voix et sonne comme une musique. Cet ensemble qui met le spectateur à la place d’un malvoyant livre un ballet et une poésie profondément humaine. » Cette année-là le film avait reçu le Prix spécial du jury. Un autre film a retenu autant l’attention du jury que du public : L’extraordinaire tournée du facteur Maignan (prix Jean-Marc Boivin et trophée Peter Bird 2009). « Parce que c’est une aventure humaine, propose Cléo, dans laquelle les gens peuvent se reconnaître. »

Le goût des cerises

Si une sélection en festival, et a fortiori un prix, représente pour Louis Meunier « une cerise sur le gâteau pour toute l’équipe du film, parce qu’on se prend au jeu », là ne réside pas pour autant l’intérêt premier des Écrans de l’aventure. Il y a la rencontre avec le public ; il y a aussi les échanges avec ses pairs : « rencontrer quelqu’un qui a marché sur la banquise ou qui a traversé l’océan à la rame te montre que tu n’es pas tout seul. C’est inspirant d’être dans un chaudron en ébullition, grisant de voir ces gens qui vont au-delà de l’horizon. Tu repars avec plein d’idées et d’envie ».

Du côté de Cléo, on convoque l’artisanat pour évoquer « une belle matière à travailler. Aller à la recherche de belles histoires, côtoyer des gens passionnés est une grande chance. Chaque personne a son univers, et souvent elle est à fond dedans. Il faut cette passion pour faire des films. C’est tellement compliqué ! » Un engagement qui vaut aussi pour monter un festival, une passion nourrie, chez Cléo, de lectures : « quand tu rencontres des personnes comme Sir Edmund Hillary, Thor Heyerdahl, Claudie Haigneré, Yuichiro Miura… C’est un grand privilège ! » Voilà sa cerise : « y être et passer trois jours en immersion. Il faut en profiter, parce que ça file très vite ! C’est très fort, mais aussi très éphémère ».

L’aventure et l’air du temps

Ephémère aventure… et changeante ? Depuis son poste d’observation privilégié, Cléo note d’abord que « l’envie d’aller voir de l’autre côté de la colline est toujours là, ça reste ». Mais elle remarque également que la société fait évoluer l’aventure : « dans les années 80, on était peut-être plus dans le spectaculaire. Aujourd’hui, il y a une véritable attention à l’environnement. On sait que les pôles sont en danger, donc il y a énormément de projets sur les glaces. A contrario, la situation géopolitique fait qu’il est compliqué d’aller dans les déserts actuellement. Des zones s’ouvrent, d’autres se referment ». Reste à la programmation de refléter la diversité des enjeux de l’époque. De mettre en avant le Solar Impulse de Bertrand Piccard et le Low-tech Lab de Corentin de Chatelperron, par exemple. Deux invités présents aux Écrans de l’aventure 2021.


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Quant à Louis Meunier, s’il vit aujourd’hui en Jordanie, sa première terre d’adoption reste l’Afghanistan. Malgré une actualité incertaine, il s’apprête à y retourner pour un nouveau film. Alors des souvenirs de ses cavalcades afghanes se bousculeront peut-être dans son esprit. Et avec elles la mémoire du premier prix reçu pour son livre, Les cavaliers afghans (édition Kero) : la Toison d’or du livre d’aventure remise par Jean-Louis Gouraud. « Un personnage avec qui je communique encore régulièrement » se réjouit Louis. Ainsi donc, tout n’est pas éphémère aux Écrans de l’aventure.

Présente aux côtés des équipes du festival depuis 13 ans, Christine Martin, adjointe au maire de Dijon, déléguée à la culture, à l’animation et aux festivals, a tenu à adresser quelques mots à l’endroit d’un festival qui tient une place importante dans la capitale bourguignonne :

« J’ai rencontré les équipes du festival en 2008 et aujourd’hui je suis particulièrement heureuse de célébrer les 30 ans de ce festival qui a vu croitre sans cesse le public des passionnés qui y participent.
Les Écrans de l’Aventure c’est un moment de partage chaleureux, des histoires qui vous marquent, une effervescence. C’est le rêve d’enfant qui vient croiser la réalité de celles et ceux qui ont osé. C’est aussi cette question qui me taraude à chaque fois « et si moi aussi… ? »
Chacun y trouve son compte, à la rencontre de marcheuses, nous nous imaginons partir, à la rencontre d’une navigatrice nous voulons être sur la mer. Nous rêvons que nos voyages immobiles deviennent réalité, nous sommes transportés par la beauté et la poésie du monde, nous y découvrons et y aimons l’humanité dans sa diversité. Nous nous laissons porter et emporter.
Un grand merci à vous toutes et tous pour cette invitation au voyage et à la découverte ! Et vive les Écrans de l’aventure à Dijon pour de nombreuses années encore.
 »

Propos recueillis par Eric Carpentier

30 ans des Écrans de l’aventure : 1992-1999, le temps des Feuillants

En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leurs 30 ans à Dijon. Retour sur une épopée démarrée en 1992 avec deux protagonistes de l'époque : Patrick Edel, cofondateur de La Guilde et du festival, et Antoine de Maximy, réalisateur multi-primé.

Un article de Aventure


30 ans des Écrans de l’aventure :
expositions, tables rondes, cafés littéraires,
sélections officielle et rétrospective,
à partir du 11 octobre 2021 à Dijon
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« L’idée, c’était de créer quelque chose de durable, qui s’enracine dans le temps » : quand il évoque les débuts à Dijon du festival international du film d’aventure, Patrick Edel ne feint pas la surprise de voir l’évènement perdurer à travers les décennies. « On voulait être là pour des dizaines d’années » insiste le cofondateur de la manifestation et de La Guilde, organisatrice des Écrans de l’aventure avec le soutien de la capitale bourguignonne. En 2021, le pari est gagné : malgré les changements de salles, malgré la crise sanitaire, pas un automne ne s’est passé sans voir la crème de l’aventure française et internationale débarquer à Dijon. Une évidence ? Avec le recul, peut-être. Mais les premières années, le pari était loin d’être gagné.

Du Dr Pierre Fyot à Sir Peter Blake

Il en rit aujourd’hui ; en 1992, les sourires étaient plus pincés. « La première année était catastrophique ! » remet Patrick Edel. « C’était une belle édition en termes de contenu, mais le succès populaire n’était absolument pas au rendez-vous. » C’est pourtant l’envie d’ouvrir le festival au grand public qui le conduit à Dijon. Car en installant sa manifestation en Bourgogne, La Guilde change de cadre au regard de ce qu’elle faisait depuis plusieurs années à La Plagne. À Dijon, l’ambition est claire : faire venir le public le plus large possible au contact des acteurs de l’aventure. 30 ans plus tard, avec 20 000 entrées annuelles, l’objectif est atteint.

Il y a un désir de renouvellement. Il y a aussi et surtout un homme. Mieux, « un monument de notre histoire contemporaine » rappelle Patrick Edel. Cet homme, c’est le Dr Pierre Fyot. Natif de Dijon (établie depuis Jean Sans Peur, sa famille a donné son nom à une rue de la ville), engagé dans la Résistance en 1943, cofondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, le Dr Fyot a tracé sa vie dans l’esprit d’aventure au service de l’humanitaire. C’est lui qui propose à La Guilde de faire grandir son festival à Dijon. Les volontés font le reste : « il faut rendre hommage à Michèle Curtil-Faivre, l’adjointe à la culture de l’époque », complète Patrick Edel. « C’est elle qui, au sein de la municipalité, a voulu le festival. »

Voilà le festival installé à Dijon. Après une première année au cinéma ABC, sous la présidence de Pierre Fyot, les Écrans de l’aventure prennent leurs quartiers d’automne au Théâtre des Feuillants jusqu’en 1999. Et voient se succéder des personnalités prestigieuses à la présidence du jury : Gérard d’Aboville pour commencer (dont le film réalisé par Laurent de Bartillat, Seul, la traversée du Pacifique, avait reçu la Toison d’or l’année précédente), puis Sir Edmund Hillary en 1994 (premier vainqueur de l’Everest avec le sherpa Tensing Norgay en 1953), James Lovell en 1995 (commandant de la mission Apollo XIII, dont le documentaire Apollo 13 – To the edge and back a reçu la Toison d’or un an plus tôt), Sir Peter Blake en 1996… Les Écrans de l’aventure se font une place dans le paysage dijonnais. Et grâce au bouche-à-oreille, le public répond présent.

« Ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où »

Antoine de Maximy, lui, reçoit sa première distinction en 1993 : le prix spécial du jury pour Alexandra David Néel, du Sikkim au Tibet interdit, co-réalisé avec Jeanne Mascolo de Filippis. Suivront encore une mention spéciale en 1998 (La civilisation perdue du Rio La Venta), et surtout une Toison d’or en 1995 pour Le gaz mortel du lac Nyos. Une autre époque, pour la chemise rouge la plus célèbre de l’audiovisuel français ? « Ça ne me paraît pas si loin que ça, non. Parce qu’en fait, j’ai continué dans la même énergie depuis. »


À LIRE AUSSI : Alexandra David-Néel aux Écrans de l’aventure 2021


Car bien avant J’irai dormir chez vous – dont Antoine de Maximy se souvient avoir « montré les premiers épisodes, pas encore finalisés, dans un hall d’hôtel dijonnais » – le réalisateur a lancé sa carrière à La Guilde. C’était en 1983 : « j’ai mis une petite annonce sur le tableau de la rue de Vaugirard : « ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où ». Et je suis parti quatre mois au Pérou. Pas seulement pour faire le son, mais pour réaliser deux films ! Voilà comment ça a démarré. J’essayais tout à l’époque. De toute façon, ce n’est jamais le bon moment et on ne sait jamais ce qui va marcher ! »

Aujourd’hui, Les Écrans de l’aventure restent un des seuls festivals auquel participe encore Antoine de Maximy, à nouveau récompensé d’un prix spécial du jury en 2004 pour Nyiragongo : un volcan dans la ville. Pourquoi ? « Parce que c’est une bourse de voyageurs, un endroit de convergence de plein de gens qui ont plein de bonnes idées. Tu en parles, tu te motives les uns les autres, et tu les réalises. C’est ça qui est formidable ! » Formidable, aussi, sa prestation sur scène en 2020, qui a conquis le public après la diffusion de sa fiction (hors compétition) J’irai mourir dans les Carpates.

Esprits libres, actions concrètes

Si, en 30 ans, l’aventure et ses films ont pu changer, Patrick Edel préfère en retenir l’essence. « L’évolution de l’aventure, ce sera le sujet de discussions pour l’édition 2021. Mais ce qui restera toujours propre à l’aventure, c’est l’originalité de la démarche. L’aventure, c’est quelqu’un qui a eu une idée, même modeste, et qui l’a matérialisée. Le film d’aventure par excellence est celui d’une démarche originale ». Et de prendre pour exemple la Toison d’or du film d’aventure 1998 : La marche dans le ciel, réalisée par un certain Pierre Barnerias.

« Quand Alexandre Poussin et Sylvain Tesson traversent l’Himalaya pratiquement sans aucun équipement, c’est une idée originale. D’Aboville qui travers le Pacifique à la rame, à l’époque, pareil… Quelque soit l’évolution des sociétés, il y aura toujours des personnalités fortes qui s’affirment par des tentatives originales. C’est comme ça qu’est née l’aviation ! On n’aurait jamais pensé que le premier vol de Clément Ader laisse place, quelques dizaines d’années, plus tard à des vols commerciaux d’un continent à l’autre. »


À LIRE AUSSI : 30 ans des Écrans de l’aventure : 2000-2008, du Palais des Congrès à l’Auditorium


Alors, l’aventure comme avant-garde de tendances de demain ? On peut le souhaiter. Prenons deux exemples d’invités qui seront présents à Dijon du 14 au 17 octobre 2021*, pour souffler les 30 bougies d’un festival précurseur en France : Dany Cleyet-Marrel et Corentin de Chatelperron. L’un a transmis la beauté et la fragilité de la forêt, et avec elles la nécessité de sa protection, à travers les images tournées depuis son radeau des cimes ou son cinébulle. L’autre œuvre à répandre la low-tech comme réponse écologique aux problématiques locales – il présentera d’ailleurs aux Écrans de l’aventure son dernier film en avant-première. Deux démarches originales. Mais ô combien nécessaires.

* Antoine de Maximy l’assure : il fera son maximum pour être présent à Dijon en 2021. Mais il préfère aussi prévenir : « je ne peux pas m’engager si tôt. Et il vaut mieux être une bonne qu’une mauvaise surprise ! »

Propos recueillis par Eric Carpentier


En 2021 les Écrans de l’aventure retrouvent le Théâtre des Feuillants pour une programmation rétrospective unique, en complément de la sélection officielle diffusée au cinéma Olympia. Rendez-vous du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon !