Le point sur les volontariats, tous les volontariats

Le volontariat est toujours profondément impacté par la crise sanitaire. Respectivement Délégué général et Responsables des pôles Service civique et Volontariat de solidarité internationale, Vincent Rattez, Vanessa Gilles et Aurélie Colladon font le point.

Un article de La Guilde


Les missions courtes, qui permettaient à des étudiants ou de jeunes professionnels d’expérimenter bénévolement l’action solidaire au loin sont toujours en sommeil. Faire partir les jeunes en volontariat international demeure difficile : de nombreux pays d’Asie et d’Amérique Latine sont soit inaccessibles sur décision des pays, soit par véto règlementaire du Ministère des Affaires Etrangères.

En apparence, Les jeunes en Service Civique et les Volontaires de Solidarité Internationale retrouvent un rythme d’embarquement satisfaisant. 35 jeunes sont partis avec La Guilde en service civique depuis janvier, contre 39 en 2019 sur la même période. Pareillement 64 VSI sont partis au premier trimestre avec La Guilde, contre 59 en 2019. Ces chiffres sont toutefois en trompe l’oeil : un phénomène de rattrapage dans certains pays ouverts masque provisoirement l’inaccessibilité administrative de nombreuses destinations aux volontaires : Maroc, Brésil, Colombie, Liban, Israël, Afrique du Sud, Géorgie… D’autres pays, comme le Cambodge ou le Vietnam, fixent des conditions d’entrée drastiques qui limitent considérablement l’accès international.

La réouverture générale paraît la seule manière de retrouver une activité en ligne avec les besoins de la jeunesse et des projets .

Cela implique la vaccination des volontaires et le déploiement du passeport sanitaire international pour leur permettre de rejoindre leur pays de mission.

Vincent RATTEZ
Délégué Général de La Guilde


La crise actuelle impose à chacun et chacune d’entre nous, de faire preuve d’adaptation, de patience et parfois même d’une certaine forme de renoncement face à un évènement que l’on ne maitrise pas et qui nous dépasse.

Si la tranche d’âge des 18 – 25 ans est particulièrement touchée par la crise et ses impacts, elle est aussi formidablement mobilisée à travers des initiatives solidaires, des engagements associatifs et une volonté farouche de continuer à avoir, à son niveau, un impact positif sur la société. Ils/elles sont aussi nombreux à souhaiter s’engager auprès de nos partenaires aux quatre coins du monde, malgré la pandémie, malgré un contexte très volatile et souvent anxiogène.

Les jeunes volontaires que nous accompagnons continuent à déployer beaucoup d’énergie et de volonté, essayant par tous les moyens de poursuivre leurs rêves, leurs projets, pour ne pas devenir « la génération sacrifiée » que certains évoquent.  Ils/elles veulent rester libres de rêver à une expérience de volontariat, malgré les contraintes multiples qu’elles soient sanitaires, administratives, de mobilité (…) ; les volontaires veulent être sur le terrain avec les associations locales qui, elles aussi, essayent coûte que coûte de poursuivre leurs engagements au plus près des populations encore plus fragilisées.

La Guilde essaye d’accompagner au mieux ses 90 volontaires actuellement en mission de Service Civique, avec une attention toute particulière portée à la santé psychologique.

Les besoins, les attentes ont évolué de même que les craintes et les fragilités intrinsèques à une expérience de volontariat à l’étranger où l’on repousse ses limites, où l’on sort de sa zone de confort.

La Guilde propose un accompagnement personnalisé pouvant aller jusqu’à l’intervention d’une psychologue lorsque le ou la volontaire en ressent le besoin. Les équipes locales sont également fortement mobilisées, dès la préparation de la mission, pour essayer de rassurer les volontaires et les tenir informés de l’évolution, en temps réel, de la situation. 

Le Réseau des Engagés de la Guilde (« REG ») permet également de « faire du lien », d’encourager l’entre-aide et ainsi peut être, de limiter le sentiment de solitude au profit d’une forme de solidarité.

En interagissant sur le réseau, les volontaires se sentent moins seuls et trouvent là une communauté qui vit les mêmes incertitudes… en attendant, peut-être de retrouver bientôt une forme de sérénité.

Vanessa GILLES
Responsable du Pôle Service Civique


Malgré la pandémie, le volontariat continue d’offrir des perspectives.

Un an après le début de la crise qui a vu la fermeture totale des frontières internationales pendant près de 8 mois, force est de constater que les acteurs du volontariat n’ont eu de cesse de se réinventer, pour continuer à agir et répondre aux besoins du terrain.

Au quotidien, les volontaires font preuve de résilience quelle que soit leur situation. La plupart ont maintenu le cap malgré les quatorzaines à l’arrivée, les confinements successifs, les fermetures de leurs programmes. D’autres attendent depuis des mois de pouvoir partir, sans jamais perdre espoir.

Les organisations partenaires de La Guilde pour l’envoi des volontaires se sont adaptées, en recrutant des volontaires sur place, en les formant à distance, en aménageant les projets en attendant l’arrivée des volontaires et en permettant à leurs partenaires locaux de tenir le choc.

Les équipes de La Guilde sont à leurs côtés, pour les accompagner, trouver des solutions, en collaboration avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ou les ambassades, pour apporter du réconfort aussi parfois.

Un mot d’ordre commun nous anime : l’engagement solidaire.

Aurélie COLLADON
Responsable du Pôle Volontariat de Solidarité Internationale

L’engagement, par Pierre de Villiers

La dernière Assemblée Générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement.

Un article de Sophie de Courtivron


Décalée au 24 septembre faute de n’avoir pu se tenir en juin à cause du Covid, la dernière assemblée générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement. Cette notion est peut-être ce qui nous réunit tous, membres et amis de La Guilde. Engagés que nous sommes dans une aventure en préparation ou qui n’en finit pas de nous nourrir, engagés dans un projet, engagés pour aider, engagés dans une vie dont nous ne souhaitons résolument pas être spectateurs.

Pour le général, « la vie est une grande aventure dès lors qu’elle est au service des autres ». Depuis qu’il a démissionné de son poste de chef d’état-major des armées (19 juillet 2017), il se donne pour mission de transmettre son expérience à la jeunesse (celle des cités comme celle des « surdiplômés » des grandes écoles) et aux entreprises (de la très petite à celles du CAC 40). Une expérience qui lui a enseigné que l’autorité n’est pas avoir un pouvoir sur les autres mais le contraire : « toute autorité est un service », affirme-t-il. Là est la clé pour entraîner l’engagement. Autrement dit, c’est l’altruisme qui fédère, attire, renverse des montagnes. Après l’avoir vécu dans l’Armée, il souhaite transmettre son idée directrice à la société civile : face aux fractures, il faut remettre l’homme au centre de toutes les entreprises.

Les freins à l’engagement

Le monde d’aujourd’hui présente des caractéristiques qui incitent insidieusement les personnes à ne pas s’engager. D’abord, nous vivons dans un contexte instable. Il y a les ex-puissances qui font pression sur le monde (et augmentent régulièrement leur budget de défense chaque année) ; il y a le terrorisme islamiste radical, mouvant et mutant, « pas près de s’arrêter », pour qui « la violence est une fin » (nous venons d’en avoir une abjecte illustration). Il y a aussi les migrations massives dues à la pauvreté, au réchauffement climatique… Tout ceci, face à une mondialisation débridée, incite au repli. Deuxième frein majeur, « nous avons perdu le sens du temps ». Nous vivons dans un « zapping » permanent. Un exemple entre mille, la stratégie (anticipation, réflexion…) a laissé la place à la tactique (réaction à chaud). Or, nous dit le général, « le temps ce sont les racines, les racines c’est l’équilibre. Et l’équilibre c’est le bonheur ».

La révolution technologique œuvre aussi contre l’engagement, car les « cyber » guerres, les réseaux sociaux, etc. ont pour conséquence la déshumanisation. Enfin, l’autorité est en crise. Une majorité des Français ne croient plus en la politique, ne croient plus aux responsables politiques1. Il y a un fossé entre les élites dirigeantes et le peuple. Deux « pelleteuses » n’en finissent pas de le rendre plus profond : la bureaucratie (les lourdeurs administratives) et la finance (les choix sont faits d’après des critères financiers et non pas d’après les conséquences sur les citoyens)2. Le général décrypte donc pour nous les moteurs de l’engagement de ses hommes, autant de clés que nous pouvons transposer à notre niveau pour que nos projets non seulement aboutissent, mais portent du fruit.

Les ressorts de l’engagement

Le sens est ce qui fait avancer ; plusieurs notions viennent s’agréger autour de cet azimut. D’abord, la confiance. « Un vrai dirigeant est un absorbeur de confiance », nous dit Pierre de Villiers ; la confiance libère l’homme de lui-même, ouvre les horizons, mène à l’innovation. La confiance en l’autre, qui est une lutte contre notre propre orgueil, est par ailleurs « le carburant de l’autorité ». Car « il n’y a pas d’engagement sans autorité ». Mais attention, « autorité » au sens étymologique : « faire grandir, élever vers » ; le général va jusqu’à pointer qu’« un vrai chef n’a pas besoin de donner des ordres ». Le processus d’autorité se décline selon lui en quatre étapes3 : la conception (avoir une vision), convaincre, conduire, le contrôle (faire part de son retour d’expérience). Il nous raconte une anecdote : un jour qu’il râlait contre un ordre qu’il jugeait inapproprié (il n’était pas encore général, NDLR.), un caporal lui a rétorqué : « On est gouvernés par des cons, votre tour viendra »… Voilà de quoi rester humble.

Vient ensuite la stratégie. Elle implique de la profondeur, dans l’espace et le temps. L’anticipation permet de maîtriser les incertitudes. « C’est ce qui amène les jeunes au combat ». Et enfin, dernier moteur notable de l’engagement, le « leadership ». Quézako ? C’est un agrégat de plusieurs qualités telles que l’exemplarité (le chef est devant, pas derrière), l’authenticité envers soi-même (si on dit quelque chose, c’est qu’on va le faire), l’optimisme (l’intelligence ne suffit pas), l’humilité (et la modestie qui va avec), ainsi que l’ouverture aux autres. « La vraie richesse est là, assure-t-il, il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

Pour susciter l’engagement, une cause (militaire, personnelle, altruiste…) doit selon le général mettre la personne au centre de tout, viser l’unité, et apporter de l’espérance. La jeunesse attend cet appel ; « elle est généreuse mais très seule, elle a perdu le sens du collectif ». La Guilde pourrait ainsi diversifier son action vers les jeunes des banlieues, menacés à la fois par la drogue et le salafisme, car eux aussi débordent d’une « énergie positive qui ne demande qu’à changer de pôle ». Ils attendent cet appel, ont soif de valeurs, d’être responsabilisés pour ce qu’ils sont (sens du mot « respect »). Quel qu’il soit, l’engagement, le vôtre, celui de La Guilde, « repose sur une prise de risque ». C’est la définition de l’aventure, c’est notre moteur… Actions !

Sophie de Courtivron
Administratrice de La Guilde

1.Voir les baromètres de la confiance politique du Cevipof pour Sciences Po.

2.La gestion de la crise sanitaire actuelle en serait-elle un exemple ? (NDLR.)

3.Un moyen mnémotechnique pour s’en souvenir : les quatre « cons »…

Deux textes qui ont fortement marqué le général :

le chapitre sur l’amalgame du maréchal de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française, Paris, Plon, 1949.

Le serment de Koufra de Leclerc.