5 histoires pour avancer

La lettre de l'été - juillet-août 2021

Un article de La Guilde


Quels sont les ressorts de l’action ? Voilà la question à laquelle tentent de répondre les histoires racontées ici. Des récits à hauteur d’hommes et de femmes – parfois à plus de 8000 mètres – qui ont en commun de mener des vies entières, faites de passions et d’engagements. Cela peut être issu d’un cheminement personnel ou bien d’une aventure collective ; cela peut être dirigé par un rêve intime ou exprimer une responsabilité sociale ; cela peut prendre toutes les formes, pourvu qu’il s’agisse d’accomplissement.

Du Kurdistan dans les pas du French doctor Tissot à Madagascar pour une vie placée sous le signe du volontariat, des extrémités gelées de la planète aux entrailles d’une ville déchirée par la guerre, le volontarisme humain s’exprime avec autant de force que de simplicité. Chacun de ces témoignages aspire, à sa façon, à indiquer la voie de l’action. Pour nous inspirer, et pouvoir à notre tour répandre ce souffle vital.


Le Docteur et les Écrans

Pendant 40 ans, le Docteur Frédéric Tissot s’est donné tout entier pour soigner les populations abîmées, au plus près du terrain. Aujourd’hui, il travaille à répandre l’ouverture à travers Les Écrans de la paix. L’occasion de s’interroger sur les rapports entre corps et esprit.

Soigner les lendemains.


À Mossoul, Fahad pour un nouveau récit

Le Book Forum de Mossoul est un exemple d’initiative culturelle visant à repenser dans sa profondeur une société ébranlée. Son co-fondateur, Fahad Sabah Mansoor Al-Gburi, raconte une aventure née dans les flammes.

Lire pour renaître.


Clémentine, grandir à Mada’

En 2015, Clémentine partait à Madagascar en tant que Volontaire de solidarité internationale au sein de l’association APDRA Pisciculture Paysanne. Elle avait signé pour 19 mois : sa mission aura finalement duré six ans. Histoire d’un coup de foudre.

Tout donner au présent.


« Aller explorer ses talents jusqu’au bout »

Explorateur polaire, pionnier de l’ULM, concepteur d’avions… Hubert de Chevingy a placé sa vie sous le sceau de l’action. Président pendant 15 ans et désormais Compagnon de La Guilde, l’homme se confie sur les ressorts de l’aventure, depuis la terre qui le fait vivre aujourd’hui.

Décoller en liberté.


Elisabeth Revol, sur un air de jouvence

Présidente du jury pour les 30 ans des Écrans de l’aventure, l’himalayiste Elisabeth Revol suit un parcours hors normes, fait de farouche indépendance, d’oxygène rare donc précieux, mais aussi de drames et de remises en question. Elle tente avec lucidité de comprendre les mobiles qui la poussent à l’action.

S’élever dans la passion.


Les Écrans de l’aventure sont en ligne

Alors qu’il s’apprête à fêter ses 30 éditions à Dijon (14-17 octobre), le festival des Écrans de l’aventure propose depuis le 1er juillet une sélection de films primés, accessibles gratuitement tout l’été. À la rentrée, cette offre sera enrichie d’une sélection exclusive pour les 30 ans des Écrans.

Explorer l’inspiration.


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Elisabeth Revol, sur un air de jouvence

Présidente du jury pour les 30 ans des Écrans de l'aventure, du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon, l'alpiniste Elisabeth Revol suit un parcours hors normes, fait de farouche indépendance, d'oxygène rare donc précieux, mais aussi de drames et de remises en question. Elle tente avec lucidité de comprendre les ressorts qui la poussent à l'action.

Un article de La Guilde


Janvier 2018 : en quelques heures, le nom d’Elisabeth Revol entre dans la lumière médiatique. La veille encore, seuls les initiés connaissaient ce petit gabarit aux grandes réalisations. Et puis il y eut ce SOS lancé dans la nuit pakistanaise, à 7 522 mètres d’altitude. Cet élan de générosité qui suivit, pour rassembler les fonds nécessaires à une opération de sauvetage. Et, partout, ces regards suspendus aux pentes du Nanga Parbat, colosse de 8 125 mètres, 9e sommet le plus haut du monde.

Tomasz Mackiewicz, Tomek, le compagnon de cordée, n’en redescendra pas : aveugle au sommet, diminué par de probables œdèmes, le Polonais repose désormais sur les flancs ensorcelants du « Roi des montagnes ». Elisabeth Revol, elle, sera secourue après trois nuits dehors, sans tente ni vivres. Deux ans plus tard, en racontant son histoire dans un livre (Vivre, aux éditions Arthaud), elle lève un voile sur ce qui peut pousser une femme de 1,56 m sur les plus hauts sommets de la planète, en suivant ses propres chemins et sans chercher la lumière. Une histoire qui commence par un poster.


À LIRE AUSSI : Elisabeth Revol présidente du jury des Écrans 2021


Elisabeth s’envole

« Tout d’un coup, écrit-elle, je me retrouve dans ma chambre d’enfant dans la maison de mes parents – elle somnole en réalité dans une crevasse à plus de 6 000 mètres, une chaussure en moins. Chaque soir mon regard se posait sur l’Everest, enfin sur le poster de la face sud-ouest au-dessus de mon lit. Dessous, il y avait un verset biblique :  »Je me couche et je m’endors en paix, car toi seul, ô Eternel, tu me donnes la sécurité dans ma demeure. » » Nous sommes dans la Drôme, les Revol vont à l’église chaque dimanche, quand ils ne sont pas en randonnée dans les massifs avoisinants. Et Elisabeth a déjà « cette fichue manie depuis toute petite : voir ce qu’il y a au-dessus ou derrière, des fois que la vue serait différente ! »

Mais à 16 ans, premier drame : sa mère est emportée par un cancer. Alors, pour se soigner, elle s’échappe. En pensant à un conseil laissé à sa maman par son grand-père : « si jamais tu as du chagrin, va dans la forêt et marche en ouvrant grand les yeux autour de toi. Car dans chaque arbre, dans chaque buisson, dans chaque animal, dans chaque fleur tu trouveras la présence et la puissance divine. Ainsi tu seras consolée et tu oublieras tes tourments. » Avec son père, son frère ou seule, Elisabeth marche, cours, pédale. Elle entame des études de STAPS, découvre l’escalade. Intègre une équipe de jeunes alpinistes. Et s’envole.

Direction la Bolivie pour sa première expédition avec son équipe. Seule au sommet des 5 400 mètres du Pequeño Alpamayo, c’est la révélation. Elle le raconte dans le podcast Vie d’aventure : « quand on décide seule d’y aller, qu’on se bouge en fait, parce qu’on a vraiment ça au fond de ses tripes… Quand je suis arrivé là-haut, j’étais dans un état émotionnel débordant. Je pleurais et je criais en même temps, je remerciais le ciel ! » Elisabeth Revol a choisi : sa vie empruntera les chemins de traverse s’il le faut, tant qu’ils conduisent à s’élever.

Dès lors, la sportive met tout en œuvre pour suivre ses aspirations. 2008, première femme à enchaîner trois 8 000 en style alpin (Broad Peak et Gasherbrum I & II, sans porteurs ni cordes fixes ni oxygène) ; 2009, l’Annapurna. Mais son compagnon de cordée, le Tchèque Martin Minarik, disparaît dans la descente. Deuxième drame. Il va la tenir éloignée des sommets himalayens pendant quatre ans. « Le poids était trop lourd ».

Respirer pour mieux souffler

Et puis elle y retourne. Parce que « ce sont les bouffées d’oxygène glanées en montagne qui détendent mon rapport quotidien au monde, écrit-elle dans Vivre. C’est mon point d’équilibre. La fuite du quotidien. La fuite du modèle social, de l’aménagement confortable et routinier d’une vie, qui limiterait trop mes aspirations physiques, spirituelles, mes désirs de liberté. » Sauf que la liberté à un prix, à nouveau payé au Nanga Parbat en janvier 2018. La médiatisation exceptionnelle de l’évènement compliquera encore le processus de réparation. Et le questionnement de poursuivre son chemin.

« Qui dit besoin dit dépendance. Je passe mon temps à dorer les chaînes qui me tiennent prisonnière de mes besoins d’altitude et d’évasion. (…) Mais comment trouver l’équilibre entre passion et raison ? Une passion trop forte emprisonne, une raison trop rigide prive d’élan, de liberté. (…) Comment revenir à ma quête intime ? »

À cette dernière question, le professeur de philosophie de l’art et d’esthétique Pierre-Henry Frangne, auteur de De l’alpinisme (Presses universitaires de Rennes), apporte un début de réponse, sur France Inter : « l’alpinisme a à voir avec l’enfance, avec cette capacité qu’a l’enfant de s’agripper, de monter aux arbres pour faire des cabanes. Dans l’alpinisme, il y a une part de jeu, inévitablement. Évidemment, je parle de l’alpinisme amateur ; quand on est professionnel, ce jeu devient très sérieux. »

Il faut jouer pour devenir sérieux, affirmait Aristote ; malgré les tempêtes, Elisabeth Revol semble toujours animée par la flamme de l’enfance. En 2019, la Drômoise a gravi trois nouveaux 8 000 : l’Everest, le Lhotse et le Manaslu. Ou comment ne jamais oublier les arbres au bord de sa Lozière natale.


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Elisabeth Revol présidente du jury des Écrans 2021

L'alpiniste Elisabeth Revol sera la présidente du jury film pour les 30 ans des Écrans de l'aventure, du 14 au 17 octobre à Dijon. Le festival se réjouit d'accueillir une personnalité hors normes, de par son parcours et ses réalisations. Elle partage avec nous quelques pensées.

Un article de Aventure


« Himalayiste, conférencière, exploratrice, curieuse, rêveuse… » Voilà les mots choisis par Elisabeth Revol pour se présenter. Comment ne pas faire un lien immédiat avec l’esprit défendu et promu par les Écrans ? Comme une évidence, Elisabeth Revol, 42 ans, sera donc notre présidente du jury film.

« Je savais qu’il se passe de belles choses à Dijon. Mais quand on m’a proposé, j’ai hésité ! (rires) Parce que c’est une aventure aussi, de rester assise longtemps dans une salle. Il faut de la patience et moi, je n’en ai pas énormément ! (rires) Mais c’est une occasion de voir des films que je ne vois jamais, et ce sont des moments de partage, d’échange avec des personnes qui ont d’autres compétences. Une partie de moi avait envie d’y aller, donc allez hop, j’y vais ! »


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« Je suis sensible à tout type d’aventure à partir du moment où il s’agit d’être dans la nature. Le vélo me parle énormément, les grandes étendues glaciaires aussi, même si elles sont plus horizontales, le désert… Tout ce qui est dans l’immensité. Il n’y avait que l’océan qui ne me parlait pas énormément, mais j’ai rencontré des gens de la mer depuis un an ou deux et ça m’attire de plus en plus. Même si je suis loin d’être un poisson dans l’eau ! »


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« L’esprit d’aventure est au cœur du rêve des hommes. L’aventure existe à partir d’un rêve. C’est quelque chose de très vaste, qui peut être à un pas de chez soi ou au bout du monde : à partir du moment où l’on ose, c’est de l’aventure. »


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« C’était en coup de vent, désolé, je pars grimper ! (rires) On va dans les Hautes-Alpes, notre terrain de jeu habituel, là où nous avons nos repères. Cet été, je vais ne faire que ça : rayonner dans les Alpes, faire du vélo, et grimper, grimper, grimper ! (rires) »

Propos recueillis par Eric Carpentier