Troisième édition de la Bourse de l’Aventure maritime de La Guilde

17 dossiers déposés, 1 lauréat, 6 porteurs du projet : découvrez la Bourse de l'aventure maritime 2021.

Un article de Aventure


Mission Nerrivik, de Pierre-Alexandre Ludwig, Victor Gaspard, Temanu Lefebvre, Gauthier Moreau, Thibault Durieux et Edouard Velly.
Une bourse de 5 000 €

“C’est est une expédition à la voile autour de l’Atlantique Nord et au Groenland avec pour objectifs d’y étudier la pollution plastique, de réaliser des mesures d’océanographie physique et des études de biologie marine. Elle trouve son originalité dans une autre mission, éducative cette fois : nous allons embarquer sur des portions du trajet des jeunes des cités toulonnaises afin de leur faire découvrir l’aventure maritime que représente une expédition à la voile en les intégrant dès la préparation du projet à notre équipage.”

www.mission-nerrivik.com


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Les lauréats des Bourses de l’aventure 2021

47 dossiers déposés, 15 000 € attribués : découvrez les lauréats des Bourses de l'Aventure 2021.

Un article de Aventure


Marche à l’étoile, Kirghizistan

Par Stephen Rater et Boris Wilmart,
du 1er septembre au 1er octobre 2021.
Une bourse de 3 000 €

“À travers une marche de 400 kilomètres du nord au sud du Kirghizistan, nous allons partager l’astronomie avec les personnes rencontrées en chemin en proposant des observations et des discussions autour du ciel et de l’univers. Nous emportons dans nos sacs à dos un télescope, des jumelles, des photos d’astronomie et du matériel vidéo.”


Projet Escapade, le bonheur au bout des rênes

Par Cécile Fenart et Jean-Paul Perrotte,
d’octobre 2021 à fin juillet 2022.
Une bourse de 3 000 €

“Parcourir plus de 2 000 km à cheval, en autonomie (deux chevaux de selle et un de bât) au départ du lac de Buenos Aires (Patagonie) pour rejoindre le vignoble familial, Cuvelier de Los Andes, à Mendoza.”


Sauve qui peut

Par Pierre Petibon et Lucie Philippe,
d’avril 2021 à juillet 2022.
Une bourse de 3 000 €

“Promouvoir les gestes qui sauvent et initier les jeunes au secourisme en réalisant un tour de Normandie, de Bretagne puis de l’Atlantique à la voile.”


Tri-Haut pour l’Everest

Par Robin Jager, Olivier Robelin et Valentin Girard,
de septembre 2021 à fin décembre 2021.
Une bourse de 3 000 €

“Trois étudiants de l’école d’ingénieur Grenoble-INP ENSE3 partent dans un village au Népal fournir une infrastructure pour traiter les déchets plastiques des nombreuses expéditions d’alpinistes et de trekkers.”


Traversée du Tian Shan — à pied et en autonomie

Par Hugo Subtil,
de juillet à fin août 2021.
Une bourse de 3 000 €

“Je souhaite traverser les Monts Célestes au Kirghizistan. C’est un périple d’environ 800 kilomètres que je projette de faire seul, en autonomie totale et toujours à pied. Au-delà de la dimension indéniablement sportive du projet, mon but est d’aller à la rencontre du Kirghizistan, de ses peuples et de ses sommets. Et, au retour, témoigner de cette expérience vécue par tous les moyens visuels, oraux et écrits possibles.”


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L’édito de la lettre de mars

Que vive l'aventure !

Un article de Cléo Poussier-Cottel


Lire la lettre dans son intégralité : Que vive l’aventure !

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Depuis 1992, La Guilde organise le festival des Écrans de l’aventure avec la ville de Dijon. En 2021, pour fêter les 30 ans d’une collaboration incroyablement riche et porteuse de sens, toute l’équipe de La Guilde est mobilisée pour vous proposer une édition exceptionnelle.

Ce festival vous fera revivre des moments forts de trois décennies d’aventures. Il proposera également les meilleurs films et livres de l’année, ainsi que des échanges uniques avec des aventuriers audacieux et engagés, curieux des autres et soucieux de nous faire découvrir la beauté fragile de notre planète.

En octobre 2020, l’édition était passée entre les gouttes des restrictions sanitaires, réunissant près de 10 000 spectateurs. En 2021, les Écrans comptent bien voir le soleil se lever sur des mondes inconnus !

Nous vous donnons rendez-vous régulièrement, dans cette lettre et sur les canaux de communication des Écrans de l’aventure (siteFacebookInstagramTwitter), pour ne rien rater de la mise en place de cette édition anniversaire.

Les 30 ans du festival Écrans de l’aventure auront lieu la semaine du 11 au 17 octobre 2021 à Dijon.

A bientôt, tous ensemble,

Cléo POUSSIER-COTTEL
Directrice adjointe des Écrans de l’aventure

À cœur vaillant rien d’impossible !

Vincent Grison est lauréat de la Bourse de l'Aventure Maritime 2019 pour son projet Rennes - pôle Nord. Une aventure ambitieuse soumise aux aléas de la période, qui l'oblige à se réinventer avant même de pouvoir partir. Il donne les dernières nouvelles de son expédition, avec un maître-mot : adaptation.

Un article de Vincent Grison


Dans la vie il est rare que tout se passe comme prévu : En raison du contexte sanitaire européen, nous avons décidé de modifier l’itinéraire et le calendrier de l’expédition Rennes – Pôle Nord.

Pour maintenir l’objectif inébranlable d’atteindre la banquise le 1er juin afin de réaliser les programmes éducatifs et scientifiques, nous ne pouvons hélas pas traverser les six pays du parcours terrestre initial, qui ont mis en place des mesures de confinement et de quarantaine pour la sécurité de leurs habitants. 

En attendant les glaces du Nord, Vincent s’entraîne sur la Vilaine.

Afin de garder le cap vers le Pôle Nord, nous avons construit une réponse alternative : remplacer la traversée aller et retour de l’Europe à vélo, par une navigation en voilier et en équipage depuis la France vers la banquise. Celui-ci partira fin avril de Saint-Malo, afin de porter Vincent et son Breizh Glace (nom donné au canot par les enfants de la ville de Rennes) sur la banquise au Nord-Est de l’Islande.

Une fois sur place, les interactions avec les classes du programme éducatif s’intensifieront avec la production de podcasts, de photos et vidéos à destination des enfants. L’université Rennes 2 aura aussi besoin d’informations de première main afin de calibrer les images satellites prise de la banquise. Un programme intense qu’il faudra organiser dans des journées déjà bien remplies par la progression entre eau et glaces !

Depuis quelques semaines, Vincent visite les classes de la métropole rennaise. Des rencontres inoubliables avec plus de 800 enfants, premiers supporters du projet et très curieux de voir ce petit bateau jaune partir sur la banquise.

La suite, très prochainement.

Bien à vous,

Vincent & l’équipe de Rennes – Pôle Nord


Toutes les informations sur la Bourse de l’Aventure Maritime de La Guilde.

Pour suivre l’expédition de Vincent Grison et de son Breizh Glace, rendez-vous ici.

L’édito de la lettre de février

Pousser à l'action

Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : Pousser à l’action

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En janvier 2021, La Guilde a pu faire démarrer trente-cinq missions de Volontariat de solidarité internationale, contre une vingtaine seulement en 2020, deux mois avant la tempête du Covid. C’est un signal de rattrapage et de vitalité.

Pourtant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Dans de nombreux pays, les ambassades de France ou le ministère des Affaires étrangères lui-même maintiennent un véto pour le redémarrage du volontariat. Comme si les règles propres de chaque pays et le jugement de nos organisations n’y suffisaient pas. Cette situation est regrettable à trois titres :

  • aux jeunes d’abord, qui forment l’innombrable cohorte des victimes innocentes d’un virus qui ne les concerne pas. Posons des actes pour les aider, ouvrons-leur les frontières ;
  • à la coopération internationale ensuite : à l’heure où le Liban – à titre d’exemple – panse ses plaies multiples, et alors que la France entend lui démultiplier son aide, il est impossible de faire fonctionner ou redémarrer des programmes à fort impact local, faute de volontaires pour les animer ;
  • à l’indépendance des organisations de la société civile enfin : une sorte de mise sous tutelle, compréhensible en mars 2020 lorsque nous étions en plein inconnu face à la pandémie, mais humiliante et injustifiée un an plus tard.

Au sein de l’Agence du service civique, dont la présidente Béatrice Angrand a reçu récemment notre président Bernard de La Villardière, la volonté de développer les missions avec La Guilde est bien là. L’enthousiasme réciproque de La Guilde a été rappelé, y compris pour s’attaquer aux fractures sociales en France. Pour autant, la crise sanitaire internationale mais aussi une prudence administrative excessive bloquent ces énergies à l’international. Il serait aussi urgent d’anticiper la mise en place des passeports sanitaires, inévitables dans quelques mois pour les échanges internationaux.

Cette pénible histoire sans fin doit compter avec deux passagers éprouvants : l’écueil bureaucratique et le découragement face à tant de vents contraires. Gardons pour cap que la jeunesse aspire plus que jamais à l’engagement et à l’action.

Soyons tous mobilisés pour libérer les énergies !

Vincent RATTEZ
Délégué général de La Guilde

« Tanks abandonnés, barbelés et obus jonchent les flancs de cette montagne »

Marie Poulain et Jean Miczka sont lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Au programme : une traversée en stop de la France au Pakistan pour aller explorer les frontières par le biais des sports de montagne, avec l’ascension de quatorze sommets transfrontaliers. Ils partagent les dernières nouvelles d'un projet forcément chamboulé par le contexte.

Un article de Aventure


« Nous avons réalisé la première partie du projet – à savoir la traversée des Alpes françaises à pieds (le GR5) pendant trois semaines – ce qui nous a permis de réaliser l’un des sommets de The Cross-Border Mountain Trip : le Grand Mont / Gramondo, sur la frontière franco-italienne. C’est un sommet intéressant, puisqu’il permet de mettre en lumière l’histoire commune à la France et l’Italie, la Savoie et le Comté de Nice faisant partie du Royaume de Sardaigne jusqu’à la fin du XIXe siècle. »


A LIRE AUSSI : Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage


« Mi-octobre, nous avons quitté la France en bus, direction la Croatie. La problématique des tests et quarantaines en Suisse, Italie et Autriche rendaient l’auto-stop impossible. Nous avons gravi le Dinara, plus haut sommet de Croatie, jouxtant la frontière bosnienne. Il se trouve dans la région de Knin, lieu d’intenses combats durant la dislocation de la Yougoslavie. Après la proclamation de l’indépendance croate, les forces serbes de l’Armée populaire yougoslave envahirent les territoires où les Serbes représentaient une forte minorité. Ils créent ainsi la République serbe de Krajina, territoire autoproclamé dont la capitale est Knin. Celui-ci sera par la suite reconquis par la Croatie en 1995, provoquant l’exode de nombreux Serbes. Les vestiges de ces guerres sont visibles tout le long de la randonnée vers le Dinara : tanks abandonnés, barbelés et obus jonchent les flancs de cette montagne. »

Au sommet du Dinara

« Ensuite, la Covid a fortement remonté en Europe et les frontières terrestres dans les Balkans ont fermé, nous empêchant de continuer l’aventure dans la région. Nous avions peur de devoir être soumis à un confinement, chose évidemment impossible en étant nomades et sous la tente ! Nous avons alors réussi à nouer un partenariat avec un institut de recherches à Istanbul, pour accéder à leur centre. Pendant un mois, nous avons pu faire des recherches sur les frontières turques avec les pays du Caucase du Sud et l’Iran, notamment aux confins du Mont Ararat, sommet prévu de The CBMT. »

Au sommet du mont Halgurd

« Nous avons décidé d’intégrer une région qui n’était pas prévue dans le projet. Nous sommes actuellement au Kurdistan irakien, région autonome de l’Irak, ce qui en fait un objet d’analyse passionnant. Nous avons exploré la frontière irako-iranienne, et surtout nous avons gravi le plus haut sommet d’Irak à ski de randonnée, le mont Halgurd, 3607m d’altitude, qui est à la frontière avec l’Iran. Nous sommes très heureux d’avoir pu réaliser son ascension, car il posait de gros problèmes en termes de logistique : de nombreuses mines sur la montagne depuis la guerre Iran-Irak, de nombreux checkpoints militaires où les étrangers ne sont pas les bienvenus, des opérations militaires qui bloquent l’accès… Mais l’ascension était vraiment magnifique ! »

Jean et Marie

Propos recueillis par Cléo Poussier-Cottel


Plus de nouvelles et d’images sur la page Instagram @the_cbmt.

Tous les lauréats des Bourses de l’Aventure 2020 sont à retrouver ici.

Les Bourses de l’Aventure 2021 sont lancées ! Envoi des dossiers jusqu’au 31 mars.

Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Quand on l’appelle, Romain répond joyeusement : « ça va tranquillement, je suis à mon campement ! » Il est à Inari, sur les rives du lac du même nom. Quelques jours plus tôt, il a atteint le Cap Nord après 1 400 kilomètres à pied. Il s’apprête désormais à construire une embarcation pour aller voguer sur le lac lapon, dans le nord de la Finlande. Avec quel objectif ? « Aucun, je veux juste apprécier le monde sauvage et la vie sur le radeau » balaye-t-il. Il est comme ça, Romain. Depuis neuf ans, il marche là où ses pas le portent. Aventurier de métier ? Pas son genre, même s’il aspire à réaliser un film documentaire sur son dernier voyage, entre randonnée hors pistes et rencontres d’hommes et de femmes vivant au cœur de la nature. Un profil à la fois commun – qui n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, le rêve d’aller se promener dans le vaste monde ? – et atypique – qui ose transformer le rêve en quotidien depuis près d’une décennie ? Mais aussi un exemple de la diversité des projets soutenus chaque année par La Guilde, via ses Bourses de l’Aventure : du professionnel Objectif Pôle Sud de Matthieu Tordeur (en 2018) au cavalier Stan & Co des sœurs Desprez (en 2019) en passant par le créatif et collectif Bato A Film (en 2017), le champ des possibles est immense, du moment qu’il soit semé de passion. Romain Vandycke, lui, a donné à sa dernière idée un titre évocateur : Brute et Sauvage. Un nom dont on ne sait s’il vaut pour la nature traversée, ou pour la sienne.


A LIRE AUSSI : « Il y a une image romantique du voyage à cheval »


La solitude du coureur des bois

Une chose est certaine : Romain ne craint pas la solitude. Au contraire, il la considère indispensable. « Il ne faut pas s’y enfermer, dit-il, mais il faut l’accepter ». Une solitude qui a une vertu en commun avec la marche : « une nécessaire simplicité d’être, une forme de dépouillement matériel, une obligation de se contenter de peu. » Dans son bagage d’inspirations, il sort les premiers livres de Sylvain Tesson, ceux de Nicolas Vannier, ou Into the Wild, de Jon Krakauer – dont le titre français n’est autre que Voyage au bout de la solitude. Mais surtout, il ressent l’appel de la forêt : « je sens comme un feu quand je regarde les montagnes, les forêts, je me sens attiré. Quand j’étais petit, je voulais construire des cabanes, j’avais un livre sur les hommes préhistoriques et leurs outils, j’adorais ça. » Alors, puisqu’il considère la nature comme « un refuge », Romain veut apprendre à vivre avec et grâce à elle. Mais de préférence en s’épargnant une fin à la Christopher McCandless.

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
Romain, bâton en main

Brute et Sauvage est donc le nom d’une aventure marquée du sceau du bushcraft, ou art de vivre dans les bois. Pendant plus de deux mois, Romain a tenté d’avancer avec ce que la nature offrait à mesure de ses pas. Sans rations calibrées ni réchaud, « le plus minimaliste possible », il avait pour projet de compléter une base de féculents avec des produits de la pêche ou de la cueillette. Résultat ? « Je crois que je suis un mauvais pêcheur ! » avoue-t-il en rigolant. Pour ce qui est des végétaux, l’expérience s’avère plus concluante. Jeunes pousses de sapins, orties, pissenlits, farine d’écorce de bouleau ou lichen viennent améliorer l’ordinaire. Il apprend également l’existence du chaga, « un champignon béni des Dieux ! », parasite du bouleau considéré comme médicinal et ajouté au thé du matin. Sans oublier, pour faire partir le feu sous la pluie, les allumes-feux faits main, avec des pommes de pins trempées dans la résine d’épicéa fondue. En résumé, Romain tente de faire sienne cette citation de Mors Kochanski, gourou canadien du bushcraft : The more you know, the less you have to carry – Plus ta connaissance est grande, moins ton sac est lourd.

Simple, basique

De là à être complètement autonome dans la nature, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Car Romain est conscient de ses limites : « l’imaginaire est fort et moi, j’ai beaucoup d’idées. Mais après, on arrive dans la réalité et c’est autre chose. Alors on fait des erreurs, on apprend. » Notamment que les sites internet, les vidéos de Jacob Karhu ou les guides Delachaux forment une base théorique utile, mais insuffisante. « J’ai appris à droite à gauche depuis plusieurs années, en parallèle de mes voyages. Là, je suis resté fidèle à mon objectif, même si je dois avouer que j’ai trouvé plus de nourriture dans les invendus que dans la nature. » Mais finalement, l’essentiel est ailleurs pour Romain : « un truc important dans cette marche, c’est que j’ai su modifier mes habitudes. Je me suis libéré. » Parti de Kautokeino, au nord des frontières de la Norvège avec la Suède et la Finlande, il a traversé la toundra hors des sentiers battus pour atteindre le cap Nord et « revenir à quelque chose de plus simple ».

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Car aux expéditions complexes et aux projets coûteux, Romain préfère la liberté d’une vie humble, faite de jobs saisonniers et de départs répétés. Le soutien de La Guilde – qui accorde le même crédit à la complexité et à la simplicité – l’a surpris autant qu’aidé. Financièrement, mais aussi pour préciser et partager sa vision des choses. Il y a dans celle-ci une farouche volonté d’indépendance de corps et d’esprit, une aspiration à l’auto-suffisance, une insatisfaction quant à la façon dont court le monde et une radicalité qui transpire dans chacun de ses choix. Comme celui du calendrier, par exemple : « en Suisse, les vendanges commencent le 15 septembre. J’ai un train qui part le 12 septembre de Umea, dans le centre de la Suède. Je vais y descendre en stop le 10 septembre, ce sera le maximum que je puisse faire, pour rester le plus longtemps possible ! » Et puis, après avoir cueilli les fruits cultivés, il sera déjà temps de se plonger à nouveau dans la nature brute et sauvage.


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L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Pour suivre les pérégrinations de Romain, rendez-vous sur son site internet.

« Il y a une image romantique du voyage à cheval »

Quand deux sœurs partent traverser les Monts Célestes à cheval, elles en reviennent à trois. Léopoldine et Elise Desprez, lauréates des Bourses de l'Aventure 2019, éclairent ce tour de magie. Qui commence par un rêve.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Parmi les mille façons de parcourir le monde, vous avez choisi le cheval. Pourquoi ?

Elise : On a eu la chance de grandir avec des chevaux, depuis toutes petites ce genre de voyage au long cours nous trottait dans la tête. On en rêvait, jusqu’à cette espèce de fenêtre spatio-temporelle dans laquelle on était disponibles toutes les deux, l’année dernière. On s’est dit go !
Léopoldine : C’était vraiment un reste de gamines. Ça fait rêver, parce qu’il y a une image romantique du voyage à cheval. On idéalise un peu tout ça, c’est l’aventure pure et dure, les sacs sur les chevaux et on va se perdre dans la nature sauvage.
Elise : On rêvait aussi d’aller en Asie centrale parce qu’il y a encore des peuples nomades ou semi-nomades, des gens qui utilisent les chevaux dans leur quotidien. On avait envie d’utiliser le cheval comme trait d’union, avec cette idée d’aller rencontrer des peuples cavaliers et d’être vues d’abord comme cavalières.
Léopoldine : De manière générale, le voyage lent, prendre le temps de voir le monde, soit en marchant, soit à cheval, sur une longue durée, ça a toujours été quelque chose qui me bottait bien.

Il y a de la madeleine de Proust dans votre départ. D’autres inspirations, d’enfance ou plus actuelles, vous ont-elles poussées sur la piste ?

Léopoldine : Un des bouquins qui m’a vraiment fait rêver, c’est Les Cavaliers, de Joseph Kessel (entré dans La Pléiade en juin 2020, ndlr). Même si ce n’est pas trop le même coin, ça reste des noms magiques : la route de la soie, les peuples cavaliers… Ce bouquin a fait beaucoup pour moi.
Elise : Le trajet qu’a fait Sylvain Tesson avec Priscilla Telmon nous a forcément inspirées, ça a été notre livre de chevet avant de partir (La chevauchée des steppes, ndlr). Le hasard a fait qu’on a rencontré des personnes qui les avaient vus à l’époque de leur voyage ! Il y a aussi des gens comme Tim Cope et tous ceux qui ont voyagé dans cette région avant nous. Et des aventurières, comme Ella Maillart, une femme assez charismatique qui nous a beaucoup inspirées. La littérature nous a portées, nous a appris, tant pour se sortir de moments compliqués qu’au niveau technique.

« On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. »

Concrètement, comment passe-t-on du rêve à la réalité ou, pour reprendre une formule chère à La Guilde, comment faire ce dont les autres rêvent ?

Léopoldine : C’est parti d’une étincelle. Elise finissait un CDD au printemps. Lors du Noël précédent, on a lancé sur le ton de la blague « allez, on le fait ! » En se rapprochant de l’association des Cavaliers Au Long Cours pour potasser la faisabilité de l’idée, on a compris qu’il fallait juste le vouloir pour se lancer. J’ai demandé un congé sans soldes, et on a pris ce temps pour nous.
Elise : J’étais à Thonon, Léo à Nantes, ce n’était pas hyper évident pour la préparation du voyage. Un hasard a fait qu’on a eu deux contacts au Kirghizistan, donc on s’est dit « on prend cette base-là, on partira du Kirghizistan ». Et on a construit notre projet une fois sur place, dans les trois semaines avant de partir avec les chevaux. C’est un mélange d’un peu de préparation en amont, et de rencontres sur place.
Léopoldine : Ce sur quoi on a passé le plus de temps, finalement, ce sont les demandes de financement, dont les Bourses de l’Aventure de La Guilde. Elles nous ont aidées à définir notre projet, à lui donner un cadre, à affiner la région, le temps, la direction… C’était plus carré dans nos têtes même si, concrètement, tout s’est débloqué une fois au Kirghizistan.
Elise : On était intimement convaincues de certaines choses. On savait qu’on voulait partir à deux, entre frangines, sans guide. Des personnes nous disaient « attention, ça va être dangereux, l’Asie centrale ! » Mais tout le monde a des a priori, et beaucoup de personnes projettent leurs peurs. La phase de préparation nous a confortées dans l’idée qu’on pouvait y arriver. En se laissant le droit à l’erreur ! On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. Ça, c’était très important pour nous.

Qu’est-ce que cela implique, selon vous, de partir « entre frangines » ?

Léopoldine : Un des gros avantages d’être sœurs, c’est qu’il n’y a pas de gênes, pas de non-dits. Ça coule, c’est simple. Malgré toutes les galères qu’on a pu avoir, il n’y a pas eu une journée sans un fou rire.
Elise : Il n’y a aucune forme d’enjeu dans notre relation. On sera toujours sœurs, peu importe ce qu’il se passe, c’est très confortable. Et une espèce de feeling s’est produit : quand on sentait que l’une fatiguait, ça faisait naître une forme de regain en l’autre et hop, on prenait le relais. Une anecdote m’a marquée en tant que petite sœur. Quand on a perdu nos chevaux pour la première fois…
Léopoldine : La deuxième, on les avait déjà perdus avant le départ ! (rires)
Elise : (rires) On arrive dans la vallée de l’Ak-Say, à plus de 3 000 mètres d’altitude, une vallée déserte, absolument magnifique. Deuxième nuit, tempête, on se rend compte au petit matin qu’il ne reste plus qu’un cheval sur les trois. Et là, Léo ne me parle pas, elle selle le dernier cheval, prend son duvet, sa couverture de survie, et me dit « je reviens dans trois jours s’il le faut, je vais chercher les chevaux. Toi, tu ne bouges pas. » Je la vois disparaître à l’horizon et je reste à la tente, avec notre chien. On a aucun moyen de communiquer, et moi je prends conscience qu’on est séparées pour la première fois. On ne pouvait plus compter l’une sur l’autre.

« Il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité. »

Vous êtes donc séparées, sans moyen de communication, et vous avez perdu deux de vos trois chevaux… Et ensuite ??

Léopoldine : La journée et la cogitation m’ont faite rentrer à la tente. Je n’avais pas retrouvé les chevaux, tout un tas de questions se posaient, c’était bien d’être à deux pour en parler, pour se serrer les coudes. Et finalement, on a retrouvé les chevaux le surlendemain grâce aux bergers de la vallée. Ils connaissent la steppe comme leur poche, ils arrivent à repérer quand deux chevaux ne sont pas les leurs. Et surtout à les attraper, parce qu’ils étaient encore un peu sauvages !
Elise : Ça se finit bien, mais je t’en ai énormément voulu, parce qu’en plus de retrouver les chevaux, t’as eu le droit à un repas chaud avec les bergers, alors qu’on arrivait pas à se faire à manger ! (rires) Mais ça a été un immense soulagement. C’est reparti, on oublie tout, go, on y va.

La caravane est reformée. Comment se passe la cohabitation entre ses membres ?

Léopoldine : On a mis trois chevaux qui ne se connaissaient pas ensemble, ils ne nous connaissaient pas non plus, et un chien a décidé de nous suivre dès le début. On était six éléments, pas tous connectés entre eux, donc il y avait un manque de confiance. La nuit de la fuite des chevaux, un troupeau est venu se mêler, avec un étalon un peu nerveux, de la grêle, de l’orage… Et puis, avec le temps et les kilomètres, la caravane s’est soudée. Le matin, les chevaux nous saluaient d’un petit hennissement, ils se laissaient approcher facilement. Petit à petit, on fusionne, on ne fait plus qu’un.. Il y a quelque chose de très, très fort qui se crée, quelle que soit l’espèce.
Elise : Il y a une forme d’entraide qui se met en place et qui est assez difficile à expliquer. Par exemple, quand on est en train de franchir un col à 4 000, on sent un chanfrein dans notre dos, c’est un des chevaux qui nous pousse de la tête pour nous aider à monter – et cinq minutes plus tard, c’est le même qui va nous pousser dans le ravin parce qu’on n’avance pas assez vite. Ce n’est pas forcément toujours bienveillant ! (rires)

Un chien vous a suivi ? Ce n’était pas le vôtre?

Elise : Non, mais dès les premiers troupeaux sauvages, il a défendu nos chevaux, la caravane. Quand des bergers approchaient, il se mettait entre nous et eux. C’était assez incroyable de voir cette synergie qui s’est mise en place.
Léopoldine : Il a passé les frontières avec nous et puis, à la fin du voyage, je n’ai pas eu le courage de le laisser. Donc là, il est tranquillement avec moi, dans son panier, dans le salon !

Génial. Et le fait de partir entre filles, de conjuguer ce voyage au féminin, ça a été un sujet pour vous ?

Elise : Le fait d’être deux femmes nous a permis de rencontrer beaucoup plus facilement. Par exemple, quand on arrivait dans des yourtes sur les hauts plateaux, si les femmes étaient seules, elles nous autorisaient à rentrer dans la yourte. Dans ces moments-là, c’était plutôt en notre faveur.
Léopoldine : Ce qui est appréciable quand il y a des interactions avec des locaux, c’est qu’ils nous parlent à nous. Alors que s’il y a un homme, ils vont adresser la parole uniquement à l’homme, ce qui est hyper frustrant quand un des objectifs est de rencontrer des gens et d’être perçu comme un voyageur, pas comme un homme ou une femme.
Elise : Après, les gens voyaient d’abord les cavalières. Les chevaux étaient bien tenus, on parlait entre cavaliers, plutôt qu’en tant que femmes ou touristes.
Léopoldine : C’est un truc que j’aime bien mettre en avant : se dire qu’il n’y a pas de limites, hommes ou femmes, aucune raison de se mettre des barrières – parce que c’est souvent nous qui nous les mettons. Bien souvent, quand on voyage, on est d’abord vu comme un voyageur, quel qu’il soit. C’est un message porté par beaucoup de femmes qui voyagent. Ça reste rare de tomber sur des tarés, et c’est aussi rare en France qu’au milieu de la steppe kirghize. Il y a quand même peu de gens qui sont fous. Donc il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité.

« On naviguait complètement à vue, c’était formidable ! »

Un moment fort à retenir ?

Léopoldine : Durant la préparation à Bichkek, la gestion administrative a été un gros problème. On nous disait qu’il serait impossible de passer la frontière, en plus on s’est retrouvées avec ce chien pour lequel on n’avait aucun papier. Et en fait, à la frontière, c’est passé comme une lettre à la poste. Il y a eu une espèce d’allégresse de se retrouver propulsé côté kazakh tous les six – qui n’a pas duré parce qu’on s’est vite rendu compte qu’on ne savait pas où aller ! (rires)
Elise : On est quand même arrivées dans le pays sans carte, sans téléphone, sans GPS parce qu’on n’avait plus de panneaux solaires, sans argent, on ne parlait pas la langue, on ne savait pas où on allait… On naviguait complètement à vue, c’était formidable !


L’ensemble des carnets de voyage des soeurs Desprez est à retrouver sur le joli site STAN & Co.