L’édito de la lettre de mai

Cultiver ses racines.

Un article de Vincent RATTEZ


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[ Culture_G ]

« Dans une démocratie, chaque génération est un nouveau peuple »* : la conviction presque bicentenaire d’Alexis de Tocqueville demeure à la fois une promesse et un défi. La promesse est intacte, et La Guilde entend y contribuer à sa mesure depuis 50 ans en soutenant des itinéraires de vie et des projets qu’elle se réjouit de voir grandir, mûrir et prospérer.

Le défi est toutefois d’une ampleur inédite, et pas seulement parce que chancellent les démocraties. La puissance de feu des réseaux sociaux et de l’internet, la remise en cause presqu’illimitée des constructions sociales reçues, égarent au moins aussi souvent qu’elles n’éclairent. La part de voix des héritages, qu’on les nomme « classiques » en littérature, Histoire en politique ou documentaires en géostratégie, n’a jamais été aussi couverte par le brouhaha incessant qui entoure la jeunesse connectée au monde, au risque d’être déconnectée de ses fondements.

Amin Maalouf nous alerte ainsi : « nous conservons pieusement la légende selon laquelle la transmission se fait “verticalement”, d’une génération à la suivante ; alors que la transmission est de plus en plus “horizontale”, entre contemporains ».**

Pour un plus juste équilibre entre la verticalité qui construit et l’horizontalité qui élargit, La Guilde structure sa participation aux débats culturels et à la connaissance scientifique. Elle va proposer des écrivains, des reporters, des universitaires pointus, des expositions muséographiques et des aventuriers qui ne finissent jamais d’écrire et de filmer et d’explorer le monde, dans le sillage des grands anciens avant eux.

[ Culture_G ] sera à la jonction des humanités et des expériences individuelles, dont pourra se nourrir la communauté réunie au sein de La Guilde, volontaires dans les Alliances Françaises ou dans les réserves écologiques, bâtisseurs d’écoles ou de passerelles, visiteurs d’hospices ou de villages ensablés, aventuriers de tout poil, porteurs de projets solidaires sur tous les continents. Avec [ Culture_G ], puisse La Guilde faire grandir chez vous l’amour du monde.

Un rendez-vous hebdomadaire à retrouver sur Facebook, Instagram et Linkedin.

Vincent RATTEZ
Délégué Général

* De la démocratie en Amérique, 1835
** Le Naufrage des Civilisations, 2019

30 ans des Écrans de l’aventure : 2000-2008, du Palais des Congrès à l’Auditorium

En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leurs 30 ans à Dijon. Pour l'occasion, le festival revient en trois épisodes sur une épopée démarrée en 1992. Hubert de Chevigny – pilote polaire et président de La Guilde pendant 15 ans – et Ariane Le Couteur – productrice multi-primée – ouvrent aujourd'hui la boîte à souvenirs.

Un article de Aventure


30 ans des Écrans de l’aventure :
expositions, tables rondes, cafés littéraires,
sélection officielle et rétrospective,
à partir du 11 octobre 2021 à Dijon
.


19 octobre 2000. Pour la première fois, le festival s’installe dans le Palais des Congrès, après huit années au Théâtre des Feuillants. Une expérience répétée en 2001, avant de déménager de l’autre côté de la rue, direction l’Auditorium pour sept éditions. Une période fondatrice pour le festival tel qu’il existe aujourd’hui. Hubert de Chevigny était alors président de La Guilde, qui organise les Écrans avec le soutien de la ville de Dijon. Il explique la démarche derrière les changements d’adresses : « quand je suis arrivé, les animations étaient éclatées sur différents lieux dans la ville. Mais le festival est avant tout une réunion de personnes qui, par définition, ont des actions éminemment solitaires sur le terrain ! Il y a donc eu cette volonté d’élaguer pour que tout le monde puisse se rassembler au même endroit. Parce qu’il est est là, le sel de Dijon : dans cette proximité entre public et aventuriers. »


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De Nicolas Hulot à Mike Horn

À la clef, des moments restés dans les mémoires. Comme cette fois où Mike Horn débarque en retard… et pieds nus : « je l’attends dehors à la fin de la projection de son film, retrace Hubert de Chevigny. Il arrive dans sa voiture, en descend pieds nus, et on monte en courant les escalators vers la salle. En face, les gens étaient déjà en train de descendre. En voyant Mike, il y a eu un vrai mouvement de foule pour remonter ! » Le public boira les paroles de celui qui vient de boucler un ahurissant tour du monde sur le fil de l’Equateur. Et le film tiré de son exploit, Mike Horn : Latitude 0° (réalisé par Didier Lafond), recevra le prix Jean-Marc Boivin 2001, récompensant l’authenticité d’une aventure vécue.

Hubert de Chevigny, arrivé au conseil d’administration de La Guilde après son expédition au pôle Nord de 1987 avec Nicolas Hulot, l’admet : il lui est parfois difficile de rester de longues heures dans une salle de cinéma, alors que tant d’esprits libres bruissent autour de lui. « C’est une rigueur dure, mais nécessaire. Car les Écrans sont un véritable festival de films d’aventure. Ce qui est intéressant, c’est cette grande attention portée à la qualité des films lors de la sélection. Ce qui permet d’avoir une belle diversité entre grosses productions et petits films faits avec trois fois rien. Tant que le film est bon, il peut être sélectionné. » Et Hubert de Chevigny de louer sa collaboration avec Patrick Edel, fondateur de La Guilde, et Cléo Poussier-Cottel, incontournable directrice adjointe du festival depuis 1997 : « il y a énormément de travail de concertation en amont, sur la programmation, les invitations. Chacun apporte ses compétences pour que la grande réunion annuelle se déroule avec le plus de fluidité possible. »

Des histoires de rencontres

Ce rendez-vous, la productrice Ariane Le Couteur l’a découvert en 2003 grâce à un grand nom de l’aventure : Patrice Franceschi. « Je suis rentrée dans le milieu de l’aventure avec la production de la collection La Boudeuse autour du monde – à la redécouverte des peuples de l’eau. Une production de quatre ans dans le monde entier, une aventure périlleuse mais géniale pour une petite boîte de production comme L’Envol. » Dès sa première année à Dijon, Ariane Le Couteur est conquise : « tu rencontres des gens qui font des choses super et ça te motive à aller de l’avant. Qu’on soit producteur, aventurier ou spectateurs, quand on y va, on est sûr de repartir avec la pêche ! »


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Et puis il y a les rencontres, toujours, maître-mot des Écrans de l’aventure. En 2004, la productrice est membre du jury ; 15 ans plus tard, elle n’a pas oublié les rigolades avec les réalisateurs Thierry Robert (prix Jean-Marc Boivin et prix des jeunes de la ville de Dijon 2000 pour La Grande Traversée, Toison d’or et prix des jeunes 2010 pour On a marché sous le pôle,) et Mike Magidson (Toison d’or 2003 pour La longue trace, Toison d’or et prix du public 2016 pour L’appel de la banquise). Surtout, c’est à Dijon qu’elle fait connaissance de France Pinczon du Sel et Eric Brossier, le couple de Vagabond. Elle en tire deux films primés à Dijon, et surtout des liens d’amitié durables : « on a discuté, on s’est revu, et on s’est dit qu’on pouvait travailler ensemble. Ça a donné d’abord Sous les étoiles du pôle, réalisé par Hugues de Rosière, un film très sensible qui a rencontré un joli succès (prix spécial du jury 2008, ndlr). Et puis Sur le grand océan blanc, écrit avec Véronique Ovaldé et réalisé par Hugues (prix Alain Bombard 2013, ndlr). »

Si la productrice a l’âme navigatrice et l’œil cinématographique, elle retient enfin une dernière évidence, venue du prix du livre décerné chaque année. C’était en 2008, lors de la dernière édition des Écrans à l’Auditorium : Caroline Riegel reçoit la Toison d’or du livre d’aventure pour Méandres d’Asie – Du Baïkal au Bengale II, « vingt-deux mois à pied, à cheval, à dos d’âne, de chameau, à vélo, du Baïkal à l’âpre désert du Gobi ; de la chaîne aride des Kunlun aux rigueurs hivernales du Zanskar isolé, des sources sacrées du Gange hindou jusqu’au delta inondé du Bengale » (éditions Phébus) : « c’est intéressant d’avoir des livres et des films, ça crée des rencontres transversales, relève Ariane Le Couteur. Là, Caroline m’avait particulièrement intéressée. Elle m’a recontactée quelques temps après, et puis on a fait les Semeuses de joie. » Un film acclamé… mais qui n’aura, à la surprise de sa productrice, pas reçu de prix à Dijon.

Authenticité et rêve éveillé

Preuve que rien n’est écrit et que les choix du jury procèdent d’une alchimie insaisissable : « quand on est dans le jury, on se met à la place du public, éclaire celle qui a été jurée en 2004, 2011 et 2020. On met en avant l’émotion ressentie, l’authenticité. Parfois, on a des films importants, calibrés pour le prime time, pas qui ne touche pas forcément. C’est délicat, car ce sont des bons films ! Mais un film créé avec plus de liberté, de spontanéité, qui fonctionne, tu ne peux pas l’ignorer. C’est vraiment ça : même si je suis du métier, même si j’ai un regard professionnel, quelle émotion je ressens en tant que spectatrice ? »

Des émotions, ce spectateur en a connu de belles. C’était en 1996, lorsque Sir Peter Blake était président du jury. Hubert de Chevigny rembobine : « à la fin du festival, tu as la grande photo sur scène avec tout le monde, le public descend, c’est le bordel final. Un petit gars vient, me donne un coup de coude : “vous pouvez me présenter à Peter Blake s’il vous plait ? Je fais de la voile, je l’admire beaucoup !” Je fais les présentations et puis les laisse à deux. L’année d’après, le même petit gars revient, recommence et me dit : “je voudrais vous remercier : Peter Blake m’a invité à naviguer sur son bateau !” Le petit, là, il a réalisé un rêve grâce à Dijon. »

Propos recueillis par Eric Carpentier


En 2021 les Écrans de l’aventure font revivre les films ayant marqué son histoire avec une programmation rétrospective unique au Théâtre des Feuillants, en complément de la sélection officielle diffusée au cinéma Olympia. Rendez-vous du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon !

La Guilde présente : les Directs de l’aventure

Plus de 80 participants se sont retrouvés pour le tout premier épisode des Directs de l’aventure, en direct du terrain

Un article de Dominique Bleichner


Avec la crise sanitaire, les habitués des Cafés de l’aventure ont été privés de leur rendez-vous mensuel au café Zango. Pour garder le lien, La Guilde s’adapte et propose une autre forme de rencontres, aussi vivante et interactive, permettant à de nouveaux publics de nous rejoindre.


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Les Directs de l’aventure, ce sont des lives, une série de rendez-vous en ligne d’une heure, accessibles sans installation via une plate-forme permettant de dialoguer en direct. L’émission se veut régulière mais sans date fixe, avec l’idée de coller au maximum à l’actualité des projets d’aventure.

Produite par Dominique Bleichner, membre du Conseil d’administration de La Guilde, l’émission est rendue possible grâce à la qualité croissante des connexions avec des régions parfois reculées. Sa spécificité est d’emmener le spectateur dans les aventures en cours. Il peut ainsi découvrir les aventuriers sur les terrains dans lesquels ils évoluent, ressentir la personnalité de ces hommes et femmes lorsqu’ils sont dans leur élément – en bateau, à vélo, à cheval, sous leur tente, dans la montagne ou dans le désert.

Le 25 mai, le premier épisode des Directs de l’aventure, co animé avec Marion Boulet, a réuni plus de 80 participants autour d’Olivier Testa, spéléologue explorateur. Il nous a dévoilé ses dernières découvertes paléontologiques dans la plus grande grotte subaquatique de République Dominicaine. Puis, en direct de la frontière Italie / Slovénie, Alexis Boisselet et Aymeric Greatti (projet Steppe FM) nous ont parlé de de leur périple de trois ans vers la Mongolie pour soutenir des projets d’autonomie alimentaire. Enfin, dans leur voilier en direct de Saint Malo, Pierre Petibon et Lucie Philippe nous ont expliqué leur projet Sauve qui Peut, consistant à dispenser les gestes qui sauvent dans les écoles du littoral.

Avec cette série d’émission, La Guilde s’adapte et prend sa place dans le monde de l’aventure avec les moyens d’aujourd’hui.

Le prochain épisode des Directs de l’aventure aura lieu début juillet en direct du Pakistan, avec Marie Poulain & Jean Miczka (projet The Cross Border Mountain Trip) un couple de montagnards férus de géopolitique des frontières.

Pour demander à recevoir vos invitations aux Directs de l’aventure :
directsdelaventure@la-guilde.org


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30 ans des Écrans de l’aventure : 1992-1999, le temps des Feuillants

En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leurs 30 ans à Dijon. Retour sur une épopée démarrée en 1992 avec deux protagonistes de l'époque : Patrick Edel, cofondateur de La Guilde et du festival, et Antoine de Maximy, réalisateur multi-primé.

Un article de Aventure


30 ans des Écrans de l’aventure :
expositions, tables rondes, cafés littéraires,
sélections officielle et rétrospective,
à partir du 11 octobre 2021 à Dijon
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« L’idée, c’était de créer quelque chose de durable, qui s’enracine dans le temps » : quand il évoque les débuts à Dijon du festival international du film d’aventure, Patrick Edel ne feint pas la surprise de voir l’évènement perdurer à travers les décennies. « On voulait être là pour des dizaines d’années » insiste le cofondateur de la manifestation et de La Guilde, organisatrice des Écrans de l’aventure avec le soutien de la capitale bourguignonne. En 2021, le pari est gagné : malgré les changements de salles, malgré la crise sanitaire, pas un automne ne s’est passé sans voir la crème de l’aventure française et internationale débarquer à Dijon. Une évidence ? Avec le recul, peut-être. Mais les premières années, le pari était loin d’être gagné.

Du Dr Pierre Fyot à Sir Peter Blake

Il en rit aujourd’hui ; en 1992, les sourires étaient plus pincés. « La première année était catastrophique ! » remet Patrick Edel. « C’était une belle édition en termes de contenu, mais le succès populaire n’était absolument pas au rendez-vous. » C’est pourtant l’envie d’ouvrir le festival au grand public qui le conduit à Dijon. Car en installant sa manifestation en Bourgogne, La Guilde change de cadre au regard de ce qu’elle faisait depuis plusieurs années à La Plagne. À Dijon, l’ambition est claire : faire venir le public le plus large possible au contact des acteurs de l’aventure. 30 ans plus tard, avec 20 000 entrées annuelles, l’objectif est atteint.

Il y a un désir de renouvellement. Il y a aussi et surtout un homme. Mieux, « un monument de notre histoire contemporaine » rappelle Patrick Edel. Cet homme, c’est le Dr Pierre Fyot. Natif de Dijon (établie depuis Jean Sans Peur, sa famille a donné son nom à une rue de la ville), engagé dans la Résistance en 1943, cofondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, le Dr Fyot a tracé sa vie dans l’esprit d’aventure au service de l’humanitaire. C’est lui qui propose à La Guilde de faire grandir son festival à Dijon. Les volontés font le reste : « il faut rendre hommage à Michèle Curtil-Faivre, l’adjointe à la culture de l’époque », complète Patrick Edel. « C’est elle qui, au sein de la municipalité, a voulu le festival. »

Voilà le festival installé à Dijon. Après une première année au cinéma ABC, sous la présidence de Pierre Fyot, les Écrans de l’aventure prennent leurs quartiers d’automne au Théâtre des Feuillants jusqu’en 1999. Et voient se succéder des personnalités prestigieuses à la présidence du jury : Gérard d’Aboville pour commencer (dont le film réalisé par Laurent de Bartillat, Seul, la traversée du Pacifique, avait reçu la Toison d’or l’année précédente), puis Sir Edmund Hillary en 1994 (premier vainqueur de l’Everest avec le sherpa Tensing Norgay en 1953), James Lovell en 1995 (commandant de la mission Apollo XIII, dont le documentaire Apollo 13 – To the edge and back a reçu la Toison d’or un an plus tôt), Sir Peter Blake en 1996… Les Écrans de l’aventure se font une place dans le paysage dijonnais. Et grâce au bouche-à-oreille, le public répond présent.

« Ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où »

Antoine de Maximy, lui, reçoit sa première distinction en 1993 : le prix spécial du jury pour Alexandra David Néel, du Sikkim au Tibet interdit, co-réalisé avec Jeanne Mascolo de Filippis. Suivront encore une mention spéciale en 1998 (La civilisation perdue du Rio La Venta), et surtout une Toison d’or en 1995 pour Le gaz mortel du lac Nyos. Une autre époque, pour la chemise rouge la plus célèbre de l’audiovisuel français ? « Ça ne me paraît pas si loin que ça, non. Parce qu’en fait, j’ai continué dans la même énergie depuis. »


À LIRE AUSSI : Alexandra David-Néel aux Écrans de l’aventure 2021


Car bien avant J’irai dormir chez vous – dont Antoine de Maximy se souvient avoir « montré les premiers épisodes, pas encore finalisés, dans un hall d’hôtel dijonnais » – le réalisateur a lancé sa carrière à La Guilde. C’était en 1983 : « j’ai mis une petite annonce sur le tableau de la rue de Vaugirard : “ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où”. Et je suis parti quatre mois au Pérou. Pas seulement pour faire le son, mais pour réaliser deux films ! Voilà comment ça a démarré. J’essayais tout à l’époque. De toute façon, ce n’est jamais le bon moment et on ne sait jamais ce qui va marcher ! »

Aujourd’hui, Les Écrans de l’aventure restent un des seuls festivals auquel participe encore Antoine de Maximy, à nouveau récompensé d’un prix spécial du jury en 2004 pour Nyiragongo : un volcan dans la ville. Pourquoi ? « Parce que c’est une bourse de voyageurs, un endroit de convergence de plein de gens qui ont plein de bonnes idées. Tu en parles, tu te motives les uns les autres, et tu les réalises. C’est ça qui est formidable ! » Formidable, aussi, sa prestation sur scène en 2020, qui a conquis le public après la diffusion de sa fiction (hors compétition) J’irai mourir dans les Carpates.

Esprits libres, actions concrètes

Si, en 30 ans, l’aventure et ses films ont pu changer, Patrick Edel préfère en retenir l’essence. « L’évolution de l’aventure, ce sera le sujet de discussions pour l’édition 2021. Mais ce qui restera toujours propre à l’aventure, c’est l’originalité de la démarche. L’aventure, c’est quelqu’un qui a eu une idée, même modeste, et qui l’a matérialisée. Le film d’aventure par excellence est celui d’une démarche originale ». Et de prendre pour exemple la Toison d’or du film d’aventure 1998 : La marche dans le ciel, réalisée par un certain Pierre Barnerias.

« Quand Alexandre Poussin et Sylvain Tesson traversent l’Himalaya pratiquement sans aucun équipement, c’est une idée originale. D’Aboville qui travers le Pacifique à la rame, à l’époque, pareil… Quelque soit l’évolution des sociétés, il y aura toujours des personnalités fortes qui s’affirment par des tentatives originales. C’est comme ça qu’est née l’aviation ! On n’aurait jamais pensé que le premier vol de Clément Ader laisse place, quelques dizaines d’années, plus tard à des vols commerciaux d’un continent à l’autre. »


À LIRE AUSSI : 30 ans des Écrans de l’aventure : 2000-2008, du Palais des Congrès à l’Auditorium


Alors, l’aventure comme avant-garde de tendances de demain ? On peut le souhaiter. Prenons deux exemples d’invités qui seront présents à Dijon du 14 au 17 octobre 2021*, pour souffler les 30 bougies d’un festival précurseur en France : Dany Cleyet-Marrel et Corentin de Chatelperron. L’un a transmis la beauté et la fragilité de la forêt, et avec elles la nécessité de sa protection, à travers les images tournées depuis son radeau des cimes ou son cinébulle. L’autre œuvre à répandre la low-tech comme réponse écologique aux problématiques locales – il présentera d’ailleurs aux Écrans de l’aventure son dernier film en avant-première. Deux démarches originales. Mais ô combien nécessaires.

* Antoine de Maximy l’assure : il fera son maximum pour être présent à Dijon en 2021. Mais il préfère aussi prévenir : « je ne peux pas m’engager si tôt. Et il vaut mieux être une bonne qu’une mauvaise surprise ! »

Propos recueillis par Eric Carpentier


En 2021 les Écrans de l’aventure retrouvent le Théâtre des Feuillants pour une programmation rétrospective unique, en complément de la sélection officielle diffusée au cinéma Olympia. Rendez-vous du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon !

L’édito de la lettre de mars

Que vive l'aventure !

Un article de Cléo Poussier-Cottel


Lire la lettre dans son intégralité : Que vive l’aventure !

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Depuis 1992, La Guilde organise le festival des Écrans de l’aventure avec la ville de Dijon. En 2021, pour fêter les 30 ans d’une collaboration incroyablement riche et porteuse de sens, toute l’équipe de La Guilde est mobilisée pour vous proposer une édition exceptionnelle.

Ce festival vous fera revivre des moments forts de trois décennies d’aventures. Il proposera également les meilleurs films et livres de l’année, ainsi que des échanges uniques avec des aventuriers audacieux et engagés, curieux des autres et soucieux de nous faire découvrir la beauté fragile de notre planète.

En octobre 2020, l’édition était passée entre les gouttes des restrictions sanitaires, réunissant près de 10 000 spectateurs. En 2021, les Écrans comptent bien voir le soleil se lever sur des mondes inconnus !

Nous vous donnons rendez-vous régulièrement, dans cette lettre et sur les canaux de communication des Écrans de l’aventure (siteFacebookInstagramTwitter), pour ne rien rater de la mise en place de cette édition anniversaire.

Les 30 ans du festival Écrans de l’aventure auront lieu la semaine du 11 au 17 octobre 2021 à Dijon.

A bientôt, tous ensemble,

Cléo POUSSIER-COTTEL
Directrice adjointe des Écrans de l’aventure

Alexandra David-Néel aux Écrans de l’aventure 2021

Pour les 30 ans du festival Écrans de l'aventure, Dijon accueille Alexandra David-Néel. Sous la forme d'une exposition immersive et ludique, l'exploratrice plongera les visiteurs dans le bain de ses grands voyages.

Un article de Eric Carpentier


Alexandra David-Néel, La femme aux semelles de vent,
une exposition scénographiée et contée de Céline Moulys,
du lundi 11 au mercredi 13 octobre 2021 au cellier de Clairvaux,
dans le cadre des 30 ans des Écrans de l’aventure de Dijon.


« Imaginez… Vous êtes à Samten Dzong, la maison où Alexandra David-Néel a rassemblé tous ses souvenirs et où, 22 années durant, après son dernier voyage, elle a travaillé d’arrache-pied pour rédiger, d’après ses notes et expériences, la plupart des nombreux ouvrages de sa bibliographie. Nous sommes en 1969, la dernière année de sa vie. Elle a 101 ans… »

Voilà comment Céline Moulys présente l’installation documentaire qu’elle consacre à Alexandra David-Néel et qui sera installée au Cellier de Clairvaux du 11 au 13 octobre 2021, dans le cadre de la 30e édition des Écrans de l’aventure de Dijon. Une exposition immersive et ludique, pour plonger dans la vie de ce « monument de l’exploration, libre-penseur, anarchiste et révolutionnaire, une orientaliste passionnée et, avant tout, une femme indépendante », introduit la scénographe.

Au menu, la reconstitution des 2 pièces qui ont accueilli Alexandra David-Néel lors des dernières années de sa vie. Un bureau et une chambre, envahis d’objets évoquant ses décennies de voyages. Moulin à prière, lampes à beurre, masques tibétains, bijoux de l’Himalaya, photos, cartes et bibliothèque… Un ensemble accessible sous forme de visite libre ou d’escape game accompagné, à destination des plus jeunes. L’important, pour Céline Moulys, réside dans l’expérience. Car « que ce soit en voyage, dans une installation ou en festival, c’est l’expérience qui imprime des souvenirs ».

Barons perchés et standing ovations

Céline Moulys connaît bien les Écrans de l’aventure. En 2010, pour les 20 ans du festival à Dijon, elle reçoit le prix du public du Festival Off pour son film Föllmi’s Destiny, sur les 30 ans de vie en Himalaya du photographe Olivier Föllmi et de sa femme, l’éditrice Danielle Föllmi. Membre du jury l’année suivante, puis festivalière régulière, elle retient avant tout du festival l’enthousiasme de son public : « il est exceptionnel, se lève sans hésiter, offre de beaux moments de communion », loue-t-elle. « Une standing ovation, c’est toujours un moment très particulier. »

Et un film en particulier ? Peut-être Treeverse, « ce film réalisé comme un documentaire d’aventure au bout du monde, alors que l’histoire se passe dans un parc local ». Dans ce film, les deux protagonistes décident de parcourir un kilomètre dans les arbres sans jamais toucher le sol. Un voyage de cinq jours qui n’est pas sans rappeler la vie du Baron perché, ce personnage d’Italo Calvino qui, un jour, décida de vivre dans les houppiers.

Alors, après les trois jours de son exposition, Céline Moulys retrouvera avec plaisir les journées consacrées aux films, « ces journées hors du temps, plongées dans le noir, huis-clos paradoxal qui t’emmène aux confins du monde, propice à la réflexion et au voyage intérieur ». Un programme que n’aurait pas renié Alexandra David-Néel.


Alexandra David-Néel, la femme aux semelles de vent, installation documentaire du lundi 11 au mercredi 13 octobre 2021, au cellier de Clairvaux.

Visite libre. Escape game commenté ouvert aux groupes.

À cœur vaillant rien d’impossible !

Vincent Grison est lauréat de la Bourse de l'Aventure Maritime 2019 pour son projet Rennes - pôle Nord. Une aventure ambitieuse soumise aux aléas de la période, qui l'oblige à se réinventer avant même de pouvoir partir. Il donne les dernières nouvelles de son expédition, avec un maître-mot : adaptation.

Un article de Vincent Grison


Dans la vie il est rare que tout se passe comme prévu : En raison du contexte sanitaire européen, nous avons décidé de modifier l’itinéraire et le calendrier de l’expédition Rennes – Pôle Nord.

Pour maintenir l’objectif inébranlable d’atteindre la banquise le 1er juin afin de réaliser les programmes éducatifs et scientifiques, nous ne pouvons hélas pas traverser les six pays du parcours terrestre initial, qui ont mis en place des mesures de confinement et de quarantaine pour la sécurité de leurs habitants. 

En attendant les glaces du Nord, Vincent s’entraîne sur la Vilaine.

Afin de garder le cap vers le Pôle Nord, nous avons construit une réponse alternative : remplacer la traversée aller et retour de l’Europe à vélo, par une navigation en voilier et en équipage depuis la France vers la banquise. Celui-ci partira fin avril de Saint-Malo, afin de porter Vincent et son Breizh Glace (nom donné au canot par les enfants de la ville de Rennes) sur la banquise au Nord-Est de l’Islande.

Une fois sur place, les interactions avec les classes du programme éducatif s’intensifieront avec la production de podcasts, de photos et vidéos à destination des enfants. L’université Rennes 2 aura aussi besoin d’informations de première main afin de calibrer les images satellites prise de la banquise. Un programme intense qu’il faudra organiser dans des journées déjà bien remplies par la progression entre eau et glaces !

Depuis quelques semaines, Vincent visite les classes de la métropole rennaise. Des rencontres inoubliables avec plus de 800 enfants, premiers supporters du projet et très curieux de voir ce petit bateau jaune partir sur la banquise.

La suite, très prochainement.

Bien à vous,

Vincent & l’équipe de Rennes – Pôle Nord


Toutes les informations sur la Bourse de l’Aventure Maritime de La Guilde.

Pour suivre l’expédition de Vincent Grison et de son Breizh Glace, rendez-vous ici.

L’édito de la lettre de janvier

Fixer la lanterne

Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : Fixer la lanterne

Pour recevoir la lettre mensuelle : formulaire d’inscription

La Guilde, en 2021, demeure et se réinvente, avec la sagesse de ses cinquante ans et la curiosité des guetteurs d’horizon. Notre ambition est tout entière contenue dans le trait de René Char choisi pour accompagner nos vœux : « L’impossible, nous ne l’atteignons pas mais il nous sert de lanterne ».

La Guilde se réinvente par ses forces rassemblées, dressées contre l’habitude, celles des ouvreurs de route – ces Compagnons de La Guilde éparpillés autour du globe, ces jeunes Volontaires de solidarité internationale ou du Service civique qui s’engagent sous toutes les latitudes pour incarner le donner et le recevoir, ces centaines de porteurs de projets animés parfois de leur seule volonté de hisser l’avenir au-dessus du présent, ces arpenteurs d’océans, de forêts, de sommets, de déserts, jamais assoiffés. Les voici, nos lanternes ! Elles éclairent d’immenses paysages, territoires de la conquête du sens, ce saut qui transforme l’expérience en conscience. Ces lanternes s’éclairent aussi les unes les autres, et forment un ciel étoilé.

Les traversées 2021 de La Guilde, comme toutes celles du demi-siècle passé, ne peuvent s’envisager que dans la puissance du collectif. Nous aurons à cœur de partager les valeurs qui fondent la solidarité, à l’international comme en France, et déclenchent l’aventure humaine. Déjà un an, un an d’effroi pandémique, de frontières redessinées, de peuples repliés, d’échanges sociaux profondément modifiés : beaucoup de choses à réinventer. De notre côté, nous rechercherons la preuve par l’action, et pourquoi pas l’échec quelquefois, par la force du témoignage, l’enseignement des rapports d’activité décrivant succès et difficultés, les récits écrits et filmés qui seront proposés à notre festival, à l’automne d’une année 2021 qui marque ses trente ans.

Tout cela avec vous, membres de l’association, amis et donateurs, avec tous ceux qui tressent un peu de leur avenir à travers mille initiatives, avec de nouveaux partenaires appelés à nous rejoindre.

A bientôt. Avec vous.

Vincent RATTEZ
Délégué général de La Guilde

« Tanks abandonnés, barbelés et obus jonchent les flancs de cette montagne »

Marie Poulain et Jean Miczka sont lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Au programme : une traversée en stop de la France au Pakistan pour aller explorer les frontières par le biais des sports de montagne, avec l’ascension de quatorze sommets transfrontaliers. Ils partagent les dernières nouvelles d'un projet forcément chamboulé par le contexte.

Un article de Aventure


« Nous avons réalisé la première partie du projet – à savoir la traversée des Alpes françaises à pieds (le GR5) pendant trois semaines – ce qui nous a permis de réaliser l’un des sommets de The Cross-Border Mountain Trip : le Grand Mont / Gramondo, sur la frontière franco-italienne. C’est un sommet intéressant, puisqu’il permet de mettre en lumière l’histoire commune à la France et l’Italie, la Savoie et le Comté de Nice faisant partie du Royaume de Sardaigne jusqu’à la fin du XIXe siècle. »


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« Mi-octobre, nous avons quitté la France en bus, direction la Croatie. La problématique des tests et quarantaines en Suisse, Italie et Autriche rendaient l’auto-stop impossible. Nous avons gravi le Dinara, plus haut sommet de Croatie, jouxtant la frontière bosnienne. Il se trouve dans la région de Knin, lieu d’intenses combats durant la dislocation de la Yougoslavie. Après la proclamation de l’indépendance croate, les forces serbes de l’Armée populaire yougoslave envahirent les territoires où les Serbes représentaient une forte minorité. Ils créent ainsi la République serbe de Krajina, territoire autoproclamé dont la capitale est Knin. Celui-ci sera par la suite reconquis par la Croatie en 1995, provoquant l’exode de nombreux Serbes. Les vestiges de ces guerres sont visibles tout le long de la randonnée vers le Dinara : tanks abandonnés, barbelés et obus jonchent les flancs de cette montagne. »

Au sommet du Dinara

« Ensuite, la Covid a fortement remonté en Europe et les frontières terrestres dans les Balkans ont fermé, nous empêchant de continuer l’aventure dans la région. Nous avions peur de devoir être soumis à un confinement, chose évidemment impossible en étant nomades et sous la tente ! Nous avons alors réussi à nouer un partenariat avec un institut de recherches à Istanbul, pour accéder à leur centre. Pendant un mois, nous avons pu faire des recherches sur les frontières turques avec les pays du Caucase du Sud et l’Iran, notamment aux confins du Mont Ararat, sommet prévu de The CBMT. »

Au sommet du mont Halgurd

« Nous avons décidé d’intégrer une région qui n’était pas prévue dans le projet. Nous sommes actuellement au Kurdistan irakien, région autonome de l’Irak, ce qui en fait un objet d’analyse passionnant. Nous avons exploré la frontière irako-iranienne, et surtout nous avons gravi le plus haut sommet d’Irak à ski de randonnée, le mont Halgurd, 3607m d’altitude, qui est à la frontière avec l’Iran. Nous sommes très heureux d’avoir pu réaliser son ascension, car il posait de gros problèmes en termes de logistique : de nombreuses mines sur la montagne depuis la guerre Iran-Irak, de nombreux checkpoints militaires où les étrangers ne sont pas les bienvenus, des opérations militaires qui bloquent l’accès… Mais l’ascension était vraiment magnifique ! »

Jean et Marie

Propos recueillis par Cléo Poussier-Cottel


Plus de nouvelles et d’images sur la page Instagram @the_cbmt.

Tous les lauréats des Bourses de l’Aventure 2020 sont à retrouver ici.

Les Bourses de l’Aventure 2021 sont lancées ! Envoi des dossiers jusqu’au 31 mars.

L’édito de la lettre d’octobre

Des Ecrans au terrain, et inversement

Un article de Cléo Poussier-Cottel


Lire la lettre dans son intégralité : Des Ecrans au terrain, et inversement

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Du 15 au 18 octobre, un vent d’aventure a soufflé sur Dijon. Le 29e festival Ecrans de l’aventure a en effet pu se tenir, avec près de 10 000 entrées pour les 18 films projetés durant ces quatre jours, dans cinq salles dédiées au cinéma Olympia. Au coeur d’une période si particulière, La Guilde est heureuse d’avoir réussi à maintenir cet événement, avec le soutien de la Ville de Dijon.

Cette année, le palmarès consacre une diversité d’aventures au-delà des frontières : l’extraordinaire histoire, venue de Grande-Bretagne, d’un grimpeur mal-voyant et la cordée qu’il forme avec sa femme ; une famille de surfers guidée par la simplicité ; la persévérance d’un rêve sur l’océan glacial arctique ; des Amérindiennes sur le toit de l’Amérique ; un homme volant au-dessus des mers ; ou encore le tragique destin de huit femmes sur le Pic Lénine.

Et le festival n’est pas terminé ! Pour la première fois, nous proposons à la location une large partie des films de la sélection. Du lundi 19 au dimanche 25 octobre, 13 films – dont l’intégralité des films primés – sont accessibles en replay, sur le site du festival.

Bonne séance !

Cléo POUSSIER-COTTEL
Directrice adjointe
Ecrans de l’aventure

Les lettres de l’année :
Octobre 2020 : Des Ecrans au terrain, et inversement
Septembre 2020 : A l’aventure dans un monde incertain
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien