C’est fou, cet espoir

L'édito de la lettre de juillet

Un article de La Guilde


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En 2021 La Guilde s’est engagée, a agi, a bâti avec une énergie sans cesse renouvelée. En Syrie, poursuivant la rénovation du musée de Raqqa ; au Liban avec un foisonnement de projets pédagogiques, sanitaires ou matériels après le chaos laissé par l’explosion ; en Irak, à Mossoul, où un café littéraire s’enrichit d’un repas pour les plus précaires ; en Ukraine début 2022 en aidant les populations déplacées. Et que dire de l’Afghanistan, où cette année est venue éclore Radio Begum – littéralement, radio princesse – que nous avons la joie d’accompagner ? Voyez le merveilleux de ce défi : une radio afghane tenue uniquement par des femmes pour fournir de l’éducation aux jeunes filles, pour apporter un véritable espace de liberté d’expression et pour organiser en guise de combat des joutes poétiques.

En écoutant, en cultivant et partageant les trésors d’humanité que l’histoire, presque par inadvertance, a bien voulu laisser sur place ; en coordonnant les échelons administratifs complexes et les volontés parfois surprenantes, en transmettant en somme la mémoire d’un peuple sur un terrain matériellement toujours précaire, La Guilde est au cœur de sa vocation culturelle.

Prenons maintenant un peu de recul et considérons notre belle planète dans son ensemble matériel et culturel – est-on plus précis ? A l’Ouest, nous avons des gens riches ; ils ont pour but principal la prospérité avec, pour jouir toujours plus loin et plus longtemps de cette dernière, les conquêtes spatiales, minières ou biotechnologiques. Ces hommes veulent être augmentés, prolongés voire immortels, refusant que quelque chose leur soit refusé.

Par pure logique, La Guilde se rue donc aujourd’hui vers l’Est. Vers l’Est où les civilisations ont été les plus meurtries et où il y a tant d’espoir à entretenir en ce début de XXIème siècle. Ce bon sens nous pousse en Ukraine, en Syrie, au Liban, en Irak et en Afghanistan où les hommes, loin de leurs frères occidentaux perclus de richesses, veulent être seulement humains et magnifiquement vivants en maintenant leurs beautés culturelles au milieu des cendres. Cite-t-on souvent Aragon ?« Comme si ce n’était pas assez merveilleux, que le ciel un moment nous ait paru si tendre. »

La Guilde aide à construire de ces moments.
Depuis plus de 50 ans.

Vincent FARRET D’ASTIES
Président de La Guilde
Rapport moral – AG 2021

Assemblée générale 2022

Le mercredi 15 juin à 18h, La Guilde tient son Assemblée générale annuelle.

Un article de La Guilde


Au programme : accueil des nouveaux Compagnons, actualité de l’association, rapport d’activités 2021 illustré de témoignages, votes et résolutions. Et deux invités exceptionnels, qui partageront l’énergie qui les fait avancer contre vents et marées : l’entrepreneuse Hamida Aman, fondatrice de la Radio Begum, et l’explorateur Sébastien Roubinet, en direct depuis l’expédition Nagalaqa. Un verre conclura l’AG à partir de 20h.

Seules les personnes à jour de cotisation 2022 peuvent participer à l’Assemblée générale (physiquement, à distance ou en transmettant un pouvoir). Il n’est pas trop tard !


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L’engagement, par Pierre de Villiers

La dernière Assemblée Générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement.

Un article de Sophie de Courtivron


Décalée au 24 septembre faute de n’avoir pu se tenir en juin à cause du Covid, la dernière assemblée générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement. Cette notion est peut-être ce qui nous réunit tous, membres et amis de La Guilde. Engagés que nous sommes dans une aventure en préparation ou qui n’en finit pas de nous nourrir, engagés dans un projet, engagés pour aider, engagés dans une vie dont nous ne souhaitons résolument pas être spectateurs.

Pour le général, « la vie est une grande aventure dès lors qu’elle est au service des autres ». Depuis qu’il a démissionné de son poste de chef d’état-major des armées (19 juillet 2017), il se donne pour mission de transmettre son expérience à la jeunesse (celle des cités comme celle des « surdiplômés » des grandes écoles) et aux entreprises (de la très petite à celles du CAC 40). Une expérience qui lui a enseigné que l’autorité n’est pas avoir un pouvoir sur les autres mais le contraire : « toute autorité est un service », affirme-t-il. Là est la clé pour entraîner l’engagement. Autrement dit, c’est l’altruisme qui fédère, attire, renverse des montagnes. Après l’avoir vécu dans l’Armée, il souhaite transmettre son idée directrice à la société civile : face aux fractures, il faut remettre l’homme au centre de toutes les entreprises.

Les freins à l’engagement

Le monde d’aujourd’hui présente des caractéristiques qui incitent insidieusement les personnes à ne pas s’engager. D’abord, nous vivons dans un contexte instable. Il y a les ex-puissances qui font pression sur le monde (et augmentent régulièrement leur budget de défense chaque année) ; il y a le terrorisme islamiste radical, mouvant et mutant, « pas près de s’arrêter », pour qui « la violence est une fin » (nous venons d’en avoir une abjecte illustration). Il y a aussi les migrations massives dues à la pauvreté, au réchauffement climatique… Tout ceci, face à une mondialisation débridée, incite au repli. Deuxième frein majeur, « nous avons perdu le sens du temps ». Nous vivons dans un « zapping » permanent. Un exemple entre mille, la stratégie (anticipation, réflexion…) a laissé la place à la tactique (réaction à chaud). Or, nous dit le général, « le temps ce sont les racines, les racines c’est l’équilibre. Et l’équilibre c’est le bonheur ».

La révolution technologique œuvre aussi contre l’engagement, car les « cyber » guerres, les réseaux sociaux, etc. ont pour conséquence la déshumanisation. Enfin, l’autorité est en crise. Une majorité des Français ne croient plus en la politique, ne croient plus aux responsables politiques1. Il y a un fossé entre les élites dirigeantes et le peuple. Deux « pelleteuses » n’en finissent pas de le rendre plus profond : la bureaucratie (les lourdeurs administratives) et la finance (les choix sont faits d’après des critères financiers et non pas d’après les conséquences sur les citoyens)2. Le général décrypte donc pour nous les moteurs de l’engagement de ses hommes, autant de clés que nous pouvons transposer à notre niveau pour que nos projets non seulement aboutissent, mais portent du fruit.

Les ressorts de l’engagement

Le sens est ce qui fait avancer ; plusieurs notions viennent s’agréger autour de cet azimut. D’abord, la confiance. « Un vrai dirigeant est un absorbeur de confiance », nous dit Pierre de Villiers ; la confiance libère l’homme de lui-même, ouvre les horizons, mène à l’innovation. La confiance en l’autre, qui est une lutte contre notre propre orgueil, est par ailleurs « le carburant de l’autorité ». Car « il n’y a pas d’engagement sans autorité ». Mais attention, « autorité » au sens étymologique : « faire grandir, élever vers » ; le général va jusqu’à pointer qu’« un vrai chef n’a pas besoin de donner des ordres ». Le processus d’autorité se décline selon lui en quatre étapes3 : la conception (avoir une vision), convaincre, conduire, le contrôle (faire part de son retour d’expérience). Il nous raconte une anecdote : un jour qu’il râlait contre un ordre qu’il jugeait inapproprié (il n’était pas encore général, NDLR.), un caporal lui a rétorqué : « On est gouvernés par des cons, votre tour viendra »… Voilà de quoi rester humble.

Vient ensuite la stratégie. Elle implique de la profondeur, dans l’espace et le temps. L’anticipation permet de maîtriser les incertitudes. « C’est ce qui amène les jeunes au combat ». Et enfin, dernier moteur notable de l’engagement, le « leadership ». Quézako ? C’est un agrégat de plusieurs qualités telles que l’exemplarité (le chef est devant, pas derrière), l’authenticité envers soi-même (si on dit quelque chose, c’est qu’on va le faire), l’optimisme (l’intelligence ne suffit pas), l’humilité (et la modestie qui va avec), ainsi que l’ouverture aux autres. « La vraie richesse est là, assure-t-il, il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

Pour susciter l’engagement, une cause (militaire, personnelle, altruiste…) doit selon le général mettre la personne au centre de tout, viser l’unité, et apporter de l’espérance. La jeunesse attend cet appel ; « elle est généreuse mais très seule, elle a perdu le sens du collectif ». La Guilde pourrait ainsi diversifier son action vers les jeunes des banlieues, menacés à la fois par la drogue et le salafisme, car eux aussi débordent d’une « énergie positive qui ne demande qu’à changer de pôle ». Ils attendent cet appel, ont soif de valeurs, d’être responsabilisés pour ce qu’ils sont (sens du mot « respect »). Quel qu’il soit, l’engagement, le vôtre, celui de La Guilde, « repose sur une prise de risque ». C’est la définition de l’aventure, c’est notre moteur… Actions !

Sophie de Courtivron
Administratrice de La Guilde

1.Voir les baromètres de la confiance politique du Cevipof pour Sciences Po.

2.La gestion de la crise sanitaire actuelle en serait-elle un exemple ? (NDLR.)

3.Un moyen mnémotechnique pour s’en souvenir : les quatre « cons »…

Deux textes qui ont fortement marqué le général :

le chapitre sur l’amalgame du maréchal de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française, Paris, Plon, 1949.

Le serment de Koufra de Leclerc.