Aux Écrans, la 30e fringante

Les Écrans de l'aventure ont fêté leurs 30 ans à Dijon du 14 au 17 octobre. Retour sur une édition placée sous le signe de la transmission.

Un article de Aventure


L’âge est-il une histoire de chiffres ? Si la réponse est affirmative, alors ceux des 30 ans des Écrans sont éloquents : 60 films programmés en salles et en ligne, 2 lieux de projection, 4 expositions, 5 tables rondes, 6 livres en compétition, des dizaines d’invités, plus de 16 000 spectateurs… Pour célébrer ses trente automnes à Dijon, le festival s’est multiplié, mû par la force de l’âge.

Mais s’arrêter au strict alignement de chiffres serait oublié que « la jeunesse n’est pas une période de la vie », rappelait le général MacArthur inspiré par le poète Samuel Ullman. « Elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort ». Une vision qui renvoie furieusement à tous les projets et productions réunis chaque année entre forêts et vignobles bourguignons. Enivrés au parfum de l’action, arpenteurs et créatrices prennent la clef des champs, des bois, des océans et des montagnes, puis s’en reviennent partager leurs flacons remplis d’un élixir de jeunesse – au bon goût de reviens-y !

Alors, cette année encore, le public est revenu. Malgré les contraintes, il a tenu à saluer nos aventuriers à l’escale, avant de les voir filer à nouveau. Avant de filer à son tour ? Voilà un risque assumé ! Ce serait même « un effet de la volonté » du festival : réunir toutes et tous dans un périmètre restreint pour donner à chacun un espace de créativité. Illustration avec les Cafés-rencontres introduits cette année : le public était invité à partager un moment privilégié, en petit comité, avec ses invités. Un bon moyen d’allumer des étoiles.

Le retour au théâtre des Feuillants, hôte historique du festival (de 1993 à 1999), a lui permis d’éclairer celles qui ont jalonné l’aventure depuis 30 ans. En projetant 15 films primés dans l’histoire du festival, les Écrans ont invité ses acteurs à venir (re)présenter leurs œuvres. Citons pêle-mêle le magnifique message laissé par Alain Kalita évoquant ses sentiments enchantés, seul dans les 40e rugissants, Après l’horizon (1997) ; l’émotion de Michaël Pitiot à l’évocation de sa jonque vietnamienne Sao Maï (2001), construite de ses mains et disparue récemment ; le récit par Luc-Henri Fage de sa Mémoire des brumes (1992), document primé lors de la première édition des Écrans ; ou le succès jamais démenti de Corentin de Chatelperron, ingénieux Nomade des Mers (2014)… et récompensé du prix de l’Aventurier de l’année 2021.

Et puisqu’il s’agissait de conjuguer le passé au présent, 30 films primés supplémentaires ont été proposés en vidéo à la demande, sur la plateforme du festival. Plus de 900 spectateurs ont ainsi pu voyager sans contrainte à travers temps et grands espaces. L’occasion de dénicher quelques pépites éternelles : Marco, étoile filante (2006), portrait du regretté snowboardeur de l’Everest Marco Siffredi ; Africa Trek (2004), relation de l’exceptionnelle marche d’Alexandre et Sonia Poussin du cap de Bonne-Espérance au lac de Tibériade ; Asiemut (2006), 8 000 kilomètres à vélo à travers l’Asie avec Mélanie Carrier et Olivier Higgins ; ou La marche dans le ciel (1998), traversée funambule de l’Himalaya par Alexandre Poussin et Sylvain Tesson. Autant de films ayant marqué l’histoire de l’aventure, donc du festival. Et qui ont vocation à s’inscrire dans la durée pour que se transmette la mémoire des belles réalisations, d’hier à demain.

Et aujourd’hui, alors ? En 2021, les jurys présidés par Elisabeth Revol (films) et Jean-Luc Coatalem (livres) nous ont offert de magnifiques palmarès. Du côté des récits, c’est l’intimiste et tout à fait actuel Par la force des arbres d’Edouard Cortès (dont le film Paris-Jérusalem, prix du jeune réalisateur 2009 avec sa femme Mathilde, a été projeté en sélection rétro) qui a reçu les lauriers de la Toison d’or du livre d’aventure de l’année. Un choix que ne peut que saluer La Guilde, attentive et admirative d’un parcours fidèle à des idées, inspiré par l’action.

Quant aux films, le cru 2021 des Écrans de l’aventure rappelle qu’il est un festival tourné vers l’international avec trois films étrangers primés (Lost at Sea, bouleversante quête d’un fils dans le sillage d’un père disparu en mer, Peter Bird ; Dark Green – Alone in the Amazon, manifeste en faveur de la nature sauvage conté par Paul Rosolie ; Swissway to Heaven, pur film d’escalade au ton rafraichissant). Il invite également à s’interroger sur les sociétés que nous voulons, aujourd’hui comme demain (L’Aventure, de Marianne Chaud ; Quatre mois sur ma biosphère, de Corentin de Chatelperron). Enfin, après un détour plein de rêverie vers Les harmonies invisibles, il propose un décentrement hors cadre sur les métiers de l’image en conditions extrêmes, avec Out of Frame de Jordan Manoukian, Toison d’or du film d’aventure de l’année 2021.

Après trois jours féconds à Dijon, les lumières des Écrans se sont éteintes, mais pas les étoiles semées ici et là. Puissent-elles nous guider sur les chemins de l’audace… jusqu’à 2022 !


À revoir

Avant l’annonce du palmarès 2021, Corentin de Chatelperron, fondateur du Low-tech Lab, et Vincent Farret d’Astiès, fondateur de Zephalto et président de La Guilde, ont longuement échangé sur le thème « Quelle aventure demain ? » Une discussion passionnante à revoir en ligne, suivie de la cérémonie de clôture.


Pour aller plus loin


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Sélection spéciale 30 ans des Écrans : 30 films primés en VOD

A l'occasion de sa 30e édition à Dijon (14-17 octobre), le festival des Écrans de l'aventure propose 30 films primés en VOD, jusqu'au 31 octobre

Un article de Aventure


Les séances sont ouvertes ! Pour fêter les 30 ans des Écrans de l’aventure à Dijon (du 14 au 17 octobre), le festival propose une sélection de 30 films primés accessibles à la location.

Du document inédit Ils vivent au sommet des arbres (mention spéciale du jury, 1997) à l’acclamé Climbing Blind (Toison d’or du film d’aventure, 2020), tout un pan de l’histoire de l’aventure est ainsi mis en lumière, marqué du sceau de la qualité.

Philosopher avec Sylvain Tesson sur les rives du Baïkal, marcher avec les Poussin à travers l’Afrique, s’envoler avec Yves « Jetman » Rossy, chercher un fils disparu en Amazonie ou y construire une pirogue, se lancer dans une méharée, grimper des buildings, voler en ULM malgré la maladie, vaincre le handicap, se plonger dans les vies passionnées d’Alain Colas, Paul-Émile Victor, Haroun Tazieff ou Marco Siffredi… Autant d’histoires étonnantes, parfois saisissantes, toujours inspirantes.

Les films sont proposés à 3 € pour une location de 7 jours. À l’occasion du lancement, un forfait de 50 € permet d’accéder à l’ensemble des 30 films de la sélection rétrospective jusqu’au 31 octobre.

films.lesecransdelaventure.com/ecrans30ans

Bonnes séances !


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30 ans des Écrans de l’aventure : 1992-1999, le temps des Feuillants

En 2021, les Écrans de l'aventure célèbrent leurs 30 ans à Dijon. Retour sur une épopée démarrée en 1992 avec deux protagonistes de l'époque : Patrick Edel, cofondateur de La Guilde et du festival, et Antoine de Maximy, réalisateur multi-primé.

Un article de Aventure


30 ans des Écrans de l’aventure :
expositions, tables rondes, cafés littéraires,
sélections officielle et rétrospective,
à partir du 11 octobre 2021 à Dijon
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« L’idée, c’était de créer quelque chose de durable, qui s’enracine dans le temps » : quand il évoque les débuts à Dijon du festival international du film d’aventure, Patrick Edel ne feint pas la surprise de voir l’évènement perdurer à travers les décennies. « On voulait être là pour des dizaines d’années » insiste le cofondateur de la manifestation et de La Guilde, organisatrice des Écrans de l’aventure avec le soutien de la capitale bourguignonne. En 2021, le pari est gagné : malgré les changements de salles, malgré la crise sanitaire, pas un automne ne s’est passé sans voir la crème de l’aventure française et internationale débarquer à Dijon. Une évidence ? Avec le recul, peut-être. Mais les premières années, le pari était loin d’être gagné.

Du Dr Pierre Fyot à Sir Peter Blake

Il en rit aujourd’hui ; en 1992, les sourires étaient plus pincés. « La première année était catastrophique ! » remet Patrick Edel. « C’était une belle édition en termes de contenu, mais le succès populaire n’était absolument pas au rendez-vous. » C’est pourtant l’envie d’ouvrir le festival au grand public qui le conduit à Dijon. Car en installant sa manifestation en Bourgogne, La Guilde change de cadre au regard de ce qu’elle faisait depuis plusieurs années à La Plagne. À Dijon, l’ambition est claire : faire venir le public le plus large possible au contact des acteurs de l’aventure. 30 ans plus tard, avec 20 000 entrées annuelles, l’objectif est atteint.

Il y a un désir de renouvellement. Il y a aussi et surtout un homme. Mieux, « un monument de notre histoire contemporaine » rappelle Patrick Edel. Cet homme, c’est le Dr Pierre Fyot. Natif de Dijon (établie depuis Jean Sans Peur, sa famille a donné son nom à une rue de la ville), engagé dans la Résistance en 1943, cofondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, le Dr Fyot a tracé sa vie dans l’esprit d’aventure au service de l’humanitaire. C’est lui qui propose à La Guilde de faire grandir son festival à Dijon. Les volontés font le reste : « il faut rendre hommage à Michèle Curtil-Faivre, l’adjointe à la culture de l’époque », complète Patrick Edel. « C’est elle qui, au sein de la municipalité, a voulu le festival. »

Voilà le festival installé à Dijon. Après une première année au cinéma ABC, sous la présidence de Pierre Fyot, les Écrans de l’aventure prennent leurs quartiers d’automne au Théâtre des Feuillants jusqu’en 1999. Et voient se succéder des personnalités prestigieuses à la présidence du jury : Gérard d’Aboville pour commencer (dont le film réalisé par Laurent de Bartillat, Seul, la traversée du Pacifique, avait reçu la Toison d’or l’année précédente), puis Sir Edmund Hillary en 1994 (premier vainqueur de l’Everest avec le sherpa Tensing Norgay en 1953), James Lovell en 1995 (commandant de la mission Apollo XIII, dont le documentaire Apollo 13 – To the edge and back a reçu la Toison d’or un an plus tôt), Sir Peter Blake en 1996… Les Écrans de l’aventure se font une place dans le paysage dijonnais. Et grâce au bouche-à-oreille, le public répond présent.

« Ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où »

Antoine de Maximy, lui, reçoit sa première distinction en 1993 : le prix spécial du jury pour Alexandra David Néel, du Sikkim au Tibet interdit, co-réalisé avec Jeanne Mascolo de Filippis. Suivront encore une mention spéciale en 1998 (La civilisation perdue du Rio La Venta), et surtout une Toison d’or en 1995 pour Le gaz mortel du lac Nyos. Une autre époque, pour la chemise rouge la plus célèbre de l’audiovisuel français ? « Ça ne me paraît pas si loin que ça, non. Parce qu’en fait, j’ai continué dans la même énergie depuis. »


À LIRE AUSSI : Alexandra David-Néel aux Écrans de l’aventure 2021


Car bien avant J’irai dormir chez vous – dont Antoine de Maximy se souvient avoir « montré les premiers épisodes, pas encore finalisés, dans un hall d’hôtel dijonnais » – le réalisateur a lancé sa carrière à La Guilde. C’était en 1983 : « j’ai mis une petite annonce sur le tableau de la rue de Vaugirard : « ingé son, libre de suite pour partir en expé n’importe où ». Et je suis parti quatre mois au Pérou. Pas seulement pour faire le son, mais pour réaliser deux films ! Voilà comment ça a démarré. J’essayais tout à l’époque. De toute façon, ce n’est jamais le bon moment et on ne sait jamais ce qui va marcher ! »

Aujourd’hui, Les Écrans de l’aventure restent un des seuls festivals auquel participe encore Antoine de Maximy, à nouveau récompensé d’un prix spécial du jury en 2004 pour Nyiragongo : un volcan dans la ville. Pourquoi ? « Parce que c’est une bourse de voyageurs, un endroit de convergence de plein de gens qui ont plein de bonnes idées. Tu en parles, tu te motives les uns les autres, et tu les réalises. C’est ça qui est formidable ! » Formidable, aussi, sa prestation sur scène en 2020, qui a conquis le public après la diffusion de sa fiction (hors compétition) J’irai mourir dans les Carpates.

Esprits libres, actions concrètes

Si, en 30 ans, l’aventure et ses films ont pu changer, Patrick Edel préfère en retenir l’essence. « L’évolution de l’aventure, ce sera le sujet de discussions pour l’édition 2021. Mais ce qui restera toujours propre à l’aventure, c’est l’originalité de la démarche. L’aventure, c’est quelqu’un qui a eu une idée, même modeste, et qui l’a matérialisée. Le film d’aventure par excellence est celui d’une démarche originale ». Et de prendre pour exemple la Toison d’or du film d’aventure 1998 : La marche dans le ciel, réalisée par un certain Pierre Barnerias.

« Quand Alexandre Poussin et Sylvain Tesson traversent l’Himalaya pratiquement sans aucun équipement, c’est une idée originale. D’Aboville qui travers le Pacifique à la rame, à l’époque, pareil… Quelque soit l’évolution des sociétés, il y aura toujours des personnalités fortes qui s’affirment par des tentatives originales. C’est comme ça qu’est née l’aviation ! On n’aurait jamais pensé que le premier vol de Clément Ader laisse place, quelques dizaines d’années, plus tard à des vols commerciaux d’un continent à l’autre. »


À LIRE AUSSI : 30 ans des Écrans de l’aventure : 2000-2008, du Palais des Congrès à l’Auditorium


Alors, l’aventure comme avant-garde de tendances de demain ? On peut le souhaiter. Prenons deux exemples d’invités qui seront présents à Dijon du 14 au 17 octobre 2021*, pour souffler les 30 bougies d’un festival précurseur en France : Dany Cleyet-Marrel et Corentin de Chatelperron. L’un a transmis la beauté et la fragilité de la forêt, et avec elles la nécessité de sa protection, à travers les images tournées depuis son radeau des cimes ou son cinébulle. L’autre œuvre à répandre la low-tech comme réponse écologique aux problématiques locales – il présentera d’ailleurs aux Écrans de l’aventure son dernier film en avant-première. Deux démarches originales. Mais ô combien nécessaires.

* Antoine de Maximy l’assure : il fera son maximum pour être présent à Dijon en 2021. Mais il préfère aussi prévenir : « je ne peux pas m’engager si tôt. Et il vaut mieux être une bonne qu’une mauvaise surprise ! »

Propos recueillis par Eric Carpentier


En 2021 les Écrans de l’aventure retrouvent le Théâtre des Feuillants pour une programmation rétrospective unique, en complément de la sélection officielle diffusée au cinéma Olympia. Rendez-vous du 14 au 17 octobre 2021 à Dijon !