Clémentine, grandir à Mada’

En 2015, Clémentine partait à Madagascar en tant que Volontaire de solidarité internationale au sein de l'association APDRA Pisciculture Paysanne. Elle avait signé pour 19 mois : sa mission aura finalement duré six ans. Histoire d'un coup de foudre.

APDRA Clémentine M

Un article de La Guilde


Nous sommes en 2015 et tu t’envoles pour Madagascar. Quel est ton état d’esprit à ce moment-là ?

Quand je pars à Tamatave pour commencer mon VSI, je n’ai aucune idée de ce que je vais découvrir. Je ne dirais pas que j’avais tout à apprendre, mais presque. Les premières années, j’ai beaucoup aimé être en contact régulier avec les pisciculteurs, participer aux pêches. Cela m’a permis d’apprendre la langue malagasy et de me familiariser avec la vie rurale, ses difficultés et ses richesses. C’était pour moi indispensable, pour être à l’aise dans ma mission et dans mon nouveau pays d’accueil.

Et puis, année après année, tu prolonges ta mission… jusqu’à atteindre le maximum possible sous statut de VSI.

Au total je pense que j’ai signé neuf avenants à mon contrat initial ! Pour moi, ce sont autant de modifications qui témoignent de mon évolution durant ces six années. J’ai occupé trois positions différentes, au sein de trois projets menés par l’APDRA. J’ai également pu découvrir le pays en étant basée à Tamatave puis à Antsirabe, et en suivant des projets localisés dans six régions différentes. À la fin de ma mission de VSI, j’étais Responsable Chaîne de Valeur d’un projet de développement de la « rizipisciculture » sur les Hautes Terres de Madagascar. Ce projet vise à améliorer les revenus des exploitations agricoles familiales, mais également la consommation en poissons des ménages malagasy.

Au-delà de la mobilité géographique, tu connais donc une véritable évolution professionnelle dans ton volontariat.

Tous les ans, j’ai pu discuter avec mes référents de mon travail, de mes missions et de leurs évolutions potentielles. Nous avons ainsi identifié les compétences utiles que je voulais développer. J’ai pu me former en étant toujours accompagnée et ces évolutions m’ont énormément motivée. Au fil des années donc, j’ai commencé à être plus en lien avec la stratégie de développement des programmes de l’APDRA. J’ai pu étudier des notions passionnantes telles que les innovations paysannes, être associée à des réflexions très intéressantes sur l’amélioration des référentiels piscicoles que l’on propose aux paysans, et chaque année, multiplier mes compétences.

Il y a l’évolution professionnelle, et puis il y a la vie personnelle. À Madagascar, tu as construit les deux…

En effet ! Je suis tombée amoureuse à Madagascar et je suis devenue maman. J’y ai construit une famille ! Bien sûr, tout ceci est particulier à ma situation et ne veut pas dire que vivre loin de ma famille et de mes amis en France n’est pas difficile. Surtout aujourd’hui dans un contexte où il est devenu compliqué de voyager… C’est même très difficile parfois.

Madagascar est désormais un pays d’adoption pour toi ?

Madagascar est un pays passionnant, tant il est riche dans ses paysages, dans sa biodiversité, dans ses traditions et sa nourriture. Même si la vie des Malagasy est dure, et qu’il est important pour moi de toujours garder ces éléments en tête, le peuple malagasy participe à cette richesse. Je ne me lasse pas de découvrir Madagascar et le quotidien de ses habitants.

Clémentine avec une piscicultrice à l’époque des litchis en 2015 ©Clémentine M

Aujourd’hui, ton volontariat a pris fin et tu es salariée de l’association. Quel bilan peux-tu faire de ta mission ?

Quand je suis partie en tant que jeune ingénieure agronome diplômée, je n’avais que très peu d’expérience malgré mes stages, et peu de recul par rapport au secteur du développement agricole. Aujourd’hui je dirais que c’est un secteur qui n’est pas parfait, et c’est pour cela qu’il est important de bien se renseigner sur l’organisation dans laquelle on s’engage au départ. Par ailleurs, avec le VSI, j’ai appris à mettre en œuvre ces compétences au sein d’un projet de développement rural, et à comprendre les rouages et les enjeux du développement agricole. Ma mission de VSI m’a donc permis de grandir et de contribuer à mon échelle, tel le colibri, à la diversification des productions agricoles malagasy pour in fine, améliorer les conditions de vie des paysans.

Quels seraient les conseils que tu aurais aimé entendre au début de ta mission ? Y a-t-il eu des choses que tu aurais pu faire différemment ?  

Je pense que nous sommes bien accompagnés par La Guilde avant notre départ. La première année, je ne suis pas rentrée en France pendant 15 mois et avec le recul je vois combien cela a pu être difficile pour moi et ma famille. Il est important de garder le contact, de ne pas s’isoler dans sa mission et de retourner voir ses proches, si cela est possible. Un autre conseil pourrait être d’apprendre la langue du pays dans lequel vous vivez. Sans ça, trop de choses nous échappent. Le langage est le premier pas vers l’autre et c’est ce qui permet la meilleure intégration dans un nouveau pays. Je le conseille autant pour 12 mois de mission que pour 72 !

Propos recueillis par Lucille Caron, Chargée de mission VSI

Le dispositif VSI est ouvert jusqu’à six années dans la vie d’une personne. À La Guilde, si la durée moyenne des missions est de 21 mois, environ 5 % des volontaires effectuent des missions de cinq ou six ans consécutifs. Découvrez le dispositif.


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Quand le monde agricole devient une terre d’intégration

À l'occasion de la journée mondiale mondiale des réfugiés le 20 juin, coup de projecteur sur un projet porté par BATIK International, partenaire de La Guilde pour le Service civique. Nom de code : Migr'action.

Un article de Service civique


Intégrer les réfugiés grâce à l’agriculture, une idée folle ? Pas pour Manon et Zineb. Les deux engagées de Service civique se sont rencontrées chez BATIK International, association créée en 1998 par deux petites-filles d’immigrés. Manon Droniou et Zineb Sarhane, elles, ont débuté leur mission de Service civique en janvier 2021. Elles n’ont eu de cesse, depuis, de faire germer le programme Migr’action.

De la déconstruction à l’insertion

« Le projet, c’est d’insérer les migrants en zone rurale par l’agriculture », explique Zineb. Migr’action se traduit par des stages d’immersion de réfugiés aux côtés d’agriculteurs du Calvados, de la Manche ou de Loire-Atlantique. Le but, permettre aux réfugiés de découvrir le métier d’agriculteur tout en cultivant un dialogue inter-culturel entre stagiaires et exploitants agricoles. Un premier stage s’est déroulé en Basse-Normandie, où un réfugié soudanais a pu travailler au sein d’une ferme en agriculture paysanne. Venant d’obtenir son contrat d’intégration républicaine (CIR, conclu entre l’État français et tout étranger non européen admis au séjour en France souhaitant s’y installer durablement), le stage a permis au jeune homme de « se booster et de repartir avec une vraie motivation, en se disant qu’il peut faire des choses » poursuit Zineb. Prochaine étape, l’accompagner pour lui proposer d’autres opportunités de formation et un contrat d’apprentissage.

Pour arriver à ce stage, c’est un énorme travail qu’ont entrepris en amont Manon Droniou et Zineb Sarhane. En commençant par une reconnaissance des territoires pour recueillir et définir les besoins des agriculteurs : « on a eu pas mal d’entretiens avec les acteurs sociaux et agricoles du territoire », raconte Zineb. « Ce qui s’est dessiné, ce sont des stages d’immersion pour permettre aux personnes de découvrir le métier d’agriculteur ». Après ces rencontres, « on a lancé deux ateliers de déconstruction des préjugés sur les zones rurales pour les personnes réfugiés des CPH (Centre Provisoire d’Hébergement, ndlr) de Saint-Lô et Lisieux, en Normandie ». Fertiles, ces ateliers ont permis à Zineb et Manon de réaliser qu’au yeux des réfugiés, « il n’y a ni transports, ni travail, ni activités dans les zones étudiées » poursuit Manon. « Et puis, en continuant l’atelier, on se rend compte qu’il y a pourtant une bibliothèque, un cinéma, un terrain de foot et des offres d’emplois qui peuvent leur correspondre ». À la fin de ces ateliers, les deux engagées ont présenté le projet Migr’action aux réfugiés pour identifier les volontaires. Puis c’est au tour des stages de se mettre en place.

Zineb et Manon en atelier de déconstruction des préjugés

Intégration culturelle, intégration professionnelle

Le projet Migr’action s’implante parfaitement au sein de BATIK International. Puisant son nom dans une technique traditionnelle de tissage de motifs fleuris, l’association a pour mots d’ordre échanges, respect et identité. Une devise qui se retrouve au cœur des discussions qu’ont pu avoir Manon et Zineb lors des ateliers. « D’un point de vue personnel, c’est très enrichissant d’échanger avec un public avec lequel on n’a pas souvent l’habitude d’échanger, témoigne Manon. C’est intéressant de recueillir leurs représentations, de comprendre pourquoi ils pensent comme ça et de pouvoir agir sur leurs idées reçues ». Migr’action permet ainsi de contribuer à l’intégration des réfugiés sur une base de diversité, de respect et de cohésion, en remédiant aux inégalités d’accès aux ressources et en favorisant leur insertion socio-économique. Un travail indispensable à l’heure où, selon l’ONU, plus de 80 millions personnes fuyant guerres, persécutions et exactions sont enregistrées dans le monde.

À leur niveau, Manon et Zineb ont pu apporter appui matériel et accompagnement personnel. Pour les deux engagées, le Service civique est une expérience tant humaine que professionnelle. Il permet par exemple à Manon d’allier deux thématiques qui lui sont chères : l’agriculture et la solidarité. « Comme j’ai un diplôme d’ingénieur agronome, ça me tenait à cœur de garder un lien avec l’agriculture. Et en même temps, j’ai toujours été sensible à la question des réfugiés » développe-t-elle. Le Service civique lui permet également de ne pas entrer directement sur le marché du travail : « je venais juste de passer ma soutenance de fin d’étude et je trouvais que le Service civique était un bon compromis. Je ne me sentais pas forcément prête tout de suite à prendre un poste ». Cet engagement s’insère alors parfaitement dans son parcours de vie. Acquérir une expérience formatrice tout en mettant ses compétences au service d’une cause importante : l’essence même du Service civique.

Propos recueillis par Athénaïs Paret


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Au Rwanda, la preuve par trois

Des financements privés, une expertise associative, des acteurs locaux : en quelques mois, La Guilde et ses partenaires ont pu financer deux microprojets de développement rural au Rwanda. Un lien parmi d'autres pour tisser une relation durable.

Un article de Microprojets


Objet – La Guilde et Hydroneo s’associent pour cofinancer des microprojets de développement communautaire dans les villages de Rwaramba et Rugarama au Rwanda : 20 avril 2020, une convention de partenariat est signée avec Hydroneo, une entreprise qui « développe, finance, construit et exploite des petites et moyennes centrales d’énergies renouvelables » en Afrique, selon ses termes. Treize mois plus tard, l’Abbé Théogène Ngoboka, directeur local de Caritas Cyangugu, peut écrire au pôle Microprojets les lignes suivantes, reproduites ici avec son autorisation : « Hier, nous avons accueilli votre Président, M. Macron. Sa visite est bien saluée au Rwanda, son discours est bien accueilli. C’est un bon signe du réchauffement de nos relations, ce qui nous ouvrira beaucoup d’opportunités ». Des mots engageants pour traduire des faits : en un an et malgré un contexte compliqué par la situation sanitaire, le rythme a été soutenu – par toutes les parties.

Identification, évaluation

En mai 2021 donc, deux microprojets ont reçu les premiers versements qui doivent leur permettre de lancer une dynamique pour, in fine, gagner leur indépendance. Entre temps, chacun a mis en œuvre ses compétences. Pendant qu’Hydroneo développait deux petites centrales hydroélectriques (capacité totale 1,3MW) sur la zone rurale de Nyirahindwe, La Guilde activait la recherche de projets viables. Avec Caritas Cyangugu, son partenaire local, 28 projets sont dans un premier temps identifiés. Une analyse de terrain précieuse au-delà de cet appel à projets spécifique.

En novembre 2020, c’est au tour de Thierry Barbaut, responsable du numérique et spécialiste du Rwanda à La Guilde, de se rendre sur place. Alors qu’il est en mission d’évaluation des six microprojets soutenus avec l’Agence française de développement (5) ou Sport en Commun (1), il parcourt les six heures de routes et de pistes séparant Kigali des villages de Rwaramba et Rugarama, à l’ouest du pays. Il peut rencontrer les porteurs de projets, évaluer leur viabilité et leur potentiel de développement. Il peut aussi éclaircir le rôle de chacun pour une meilleure compréhension entre tous. Les informations récoltées sont compilées puis traitées par le pôle Microprojets. Quatre actions sont retenues, chiffre finalement réduit à deux des suites de la pandémie de Covid-19.

Mise en oeuvre

Le but de ces projets, promouvoir des activités génératrices de revenus dans le district le plus pauvre du pays, Nyamasheke, avec un taux de pauvreté de 69,3 %, contre 38,2 % au niveau national (EICV5, 2016/17). « Les deux projets choisis sont l’embouche bovine et l’éducation financière et la formation entrepreneuriale aux membres des tontines dans les villages de Rwaramba et Rugarama » explique l’Abbé Théogène Ngoboka. Le premier axe de développement implique de constituer un noyau de taurillons à engraisser durant six mois, soit un taurillon pour deux bénéficiaires. « Pour renforcer la solidarité dans le noyau, deux bénéficiaires qui partagent un taurillon sont responsables des activités durant les six mois d’embouche, poursuit l’Abbé Ngoboka. Ainsi, les deux  bénéficiaires vont s’autocontrôler au regard du comité directeur du groupement, qui assurera l’arbitrage et la vente du taurillon ». Par ailleurs, « les bénéficiaires directs du projet sont en priorité des femmes, pour renforcer la position des femmes dans la prise de décision, aussi bien dans leurs ménages que dans la communauté. »

Quant au second projet retenu, il s’adresse aux tontines, ces groupes d’épargne et de crédit collectifs. L’éducation financière a pour but de permettre aux membres des tontines de « bien planifier les épargnes et les crédits, de bien gérer leur argent et de faire les bons choix financiers en ce qui concerne les revenus et les dépenses ». Mais cela ne s’arrête pas là, assure l’Abbé Ngoboka : « la Caritas Cyangugu  va faciliter les relations entre les tontines et les institutions de microfinance pour l’accès aux crédits externes. Et grâce à la formation à l’entrepreneuriat rural, les tontines auront acquis les compétences nécessaires pour continuer leurs activités de manière autonome à la fin du projet ». Alors seulement, les parties prenantes auront atteint leur objectif initial.

Propos recueillis par Eric Carpentier


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