Nous resterons aux côtés des Afghans

Communiqué spécial

Un article de La Guilde


Nous venons d’assister, effarés, au départ calamiteux des Occidentaux de Kaboul, dont les images resteront dans l’Histoire.

Il ne s’agit pas ici de condamner qui que ce soit ; les éditorialistes professionnels vont s’en charger, avec plus ou moins de bonheur.

Il s’agit plutôt d’affirmer haut et fort que le lien qui unit La Guilde à ce pays mythique est plus solide que jamais.

L’histoire n’est pas écrite, elle s’écrit.

Nous avons la ferme volonté, à notre place, de rédiger une nouvelle page, avec toutes les ONG qui décideront, elles aussi, de ne pas jeter l’éponge.

Leur efficacité, leur capacité d’adaptation, leur hauteur de vue et, réaffirmons-le, leur générosité ne sont plus à démontrer. Nous allons, nous devons, prendre le relai de politiques défaillantes sans perdre un instant. Ce n’est malheureusement pas la première fois dans le grand fracas du monde que les gouvernements et les opinions publiques se lassent et finissent par plier bagage.

Pendant ces vingt années qui s’achèvent par une immense déception, les Afghanes, les Afghans ont pris goût à la liberté. La chape de plomb, d’intolérance, de violence qui s’abat aujourd’hui sur eux va susciter un mouvement de résistance que nous avons le devoir de soutenir avec une grande détermination, comme nous l’avons fait avec succès dans les décennies précédentes.

À nouveau, La Guilde a rendez-vous avec l’Afghanistan.

À nouveau elle répondra présent.

Hugues Dewavrin
Vice-président de La Guilde


La Guilde et l’Afghanistan, une longue histoire

Dans les années 1970, Kessel et les vols charters sur Kaboul attirent lauréats des Bourses de l’aventure, ethnologues, photographes, cinéastes… qui se retrouvent au premier local de La Guilde, place Vendôme.

En 1972, le premier « Raid Orion », organisé par La Guilde, relie Paris à Ispahan et Kaboul en moto. Deux cents motards partent des Champs-Elysées.

1980, l’Afghanistan est sous occupation soviétique : une première mission de secours est organisée dans le Wardak, financée par des entreprises mécènes.

Durant les années 80, La Guilde lance des appels aux dons avec la Fondation de France, signés par son président d’honneur, Paul-Émile Victor.

Des dizaines de jeunes volontaires se succèdent dans les missions du Service Intervention et Développement de La Guilde pendant toute l’occupation soviétique.

La Guilde prend également l’initiative d’une Coordination européenne des ONG pour l’Afghanistan.

Enfin, La Guilde établit à Peshawar la base arrière des quatre ONG françaises opérant en Afghanistan occupé.

En 2003, un nouveau raid Paris-Kaboul est monté par La Guilde avec des missions scientifiques et le concours de l’hebdomadaire Le Point.

Un soutien est également apporté à la réhabilitation du plus grand cinéma de Kaboul : l’Ariana, symbole de la renaissance d’une culture libre.

Ces dernières années, La Guilde a soutenu divers microprojets et l’envoi de Volontaires de solidarité internationale à chaque fois que cela était possible.


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Raconter l’aventure – le récit

La question taraude souvent ceux qui décident d'aller voir le monde de leurs propres yeux : comment partager ce que l'on a vécu ? Alors que le festival Ecrans de l'aventure de Dijon s'apprête à ouvrir ses portes, écrivains et réalisatrices nous racontent leurs processus de (re)création.

Crédits Linda Bortoletto

Un article de Eric Carpentier


Pour l’une, c’est « parce qu’il y a un élan » ; pour l’autre, ça peut être « pour le vert de l’herbe sur une photo ». Elle part « pour vivre », lui s’échappe « pour se libérer ». Quelles que soient les raisons – parfois même sans raison précise – ils plient bagages régulièrement. Elles marchent des milliers de kilomètres ou enfourchent des motos, ils vont trainer avec les nomades d’Asie centrale ou dans les méandres du fleuve Congo. Liste non exhaustive ! Chaque année, des dizaines et des dizaines d’hommes et de femmes partent goûter le monde, sans arômes artificiels ni personne pour leur servir sur un plat. Leur sel, c’est « l’aventure », souvent (pompeusement ?) écrite avec un grand A.

À leur retour, quand il y en a un, on peut croiser ces voyageurs / aventuriers / explorateurs / esprits libres / regards curieux (aucune mention inutile) aux hasards de conférences, de dédicaces ou de festivals : ils viennent raconter leur aventure, on les écoute – avec plus ou moins d’intérêt, soyons honnêtes. Souvent tout de même, leur talent et la qualité de leurs productions nous attrapent. Dessins, sons, textes ou images emportent vers un ailleurs. Avec un grand A ?

Alors que va s’ouvrir la 29e édition des Ecrans de l’aventure (du 15 au 18 octobre à Dijon, puis du 19 au 25 octobre en ligne), nous avons demandé à quelques voyageurs-conteurs pourquoi et comment ils partagent leurs histoires. Linda Bortoletto (Là où je continuerai d’être, Toison d’or du livre d’aventure 2016), Guillaume Jan (Samouraïs dans la brousse, Toison d’or du livre d’aventure 2018), Mélusine Mallender (Les voies de la liberté, prix du public des Ecrans de l’aventure 2019) et Louis Meunier (7000 mètres au-dessus de la guerre, prix Alain Bombard 2011 ; Les cavaliers afghans, Toison d’or du livre d’aventure 2014 ; Les cavaliers afghans, sur les traces de Joseph Kessel en Afghanistan, prix Alain Bombard 2017) nous racontent ainsi leur processus de création, d’une étincelle à l’autre.


PREMIERE PARTIE – LE VOYAGE

DEUXIEME PARTIE – LE RECIT

Comment raconter le vécu ? Quels messages transmettre ? Et comment s’astreindre à l’immobilité quand on a des fourmis dans les jambes ? Dans toutes les bouches, un refrain : la création n’est pas aisée, mais elle est nécessaire. Quand Linda Bortoletto se met à l’écriture, « c’est une aventure à part entière (rires) ! Dans mes récits, à chaque fois, il y a un conflit à résoudre. Il faut plonger en soi, accepter de revivre des émotions même les plus difficiles, et en même temps avoir du recul, trouver les bons mots, faire le travail technique de l’écriture. » Louis Meunier ne dit pas autre chose, qui aimerait vivre « des montées dans l’éther », mais reconnaît que le travail est davantage de l’ordre de la besogne « qui fait transpirer ». Quant à Mélusine Mallender, elle le concède : la salle de montage, « c’est un peu pénible au bout d’un moment. À la fin, je n’en peux plus de revoir les images (rires) ! » Sauf que l’un « aime avoir écrit », et l’autre « est heureuse de faire que ce voyage ne soit pas que le mien. »


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Et puis il y a une autre constante. Pour toutes et tous, si l’aventure vaut toujours d’être vécue, elle ne vaut d’être partagée que s’il y a quelque chose de plus grand à raconter, quelque chose qui dépasse sa propre personne. Guillaume Jan : « je me suis toujours dit que ce que j’avais vécu risquait de ne pas intéresser grand monde. C’est pour ça que je mets toujours une histoire en parallèle : Stanley, Livingstone, Kano… Raconter juste ses petites expériences, ça fait un peu trop carte postale envoyée aux copains. » Si elle s’aventure sur des chemins plus intimes, en témoigne son récit en Patagonie à paraître, Linda Bortoletto s’aperçoit que « des expériences individuelles peuvent avoir une portée universelle. Elles peuvent apporter un éclairage à des personnes qui n’ont pas forcément les outils, la distance ou le temps de faire ce travail d’introspection. Il y a une envie de guider ces personnes-là, comme un guide de montagne qui aurait découvert un sentier. »


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Alors le temps est pris. Pour monter un film (un mois ou deux minimum, souvent à temps plein) ou pour écrire un livre (quatre à cinq heures par jour, plutôt tôt le matin ou tard le soir). Mais aussi pour récolter l’essence de son voyage. Certains parlent de décantation, d’autres de sédimentation ; tous s’accordent sur le fait qu’il faut laisser un espace entre le retour et le récit, « comme quand tu es dans la brume en montagne, métaphorise Linda Bortoletto. Tu la laisses se dissiper pour voir les sommets. » Alors, seulement, l’aventure peut être décrite au plus près de ce qu’il en reste. Au plus fidèle de cette lueur qui irradie dans le regard de ceux qui ont été voir. « Il faut aller voir », disait Ella Maillart ? Il faut également raconter. Parce qu’un jour, un mot ou une image les a poussés sur les chemins, il ne faut pas oublier que « nous sommes tous des vecteurs », dit Louis Meunier, à moins que ce soit Linda Bortoletto, Guillaume Jan, Mélusine Mallender ou bien encore un(e) autre. Qui aurait conclu : « en fait, la création, c’est une passation. »


À LIRE : Linda Bortoletto, Le chemin des anges – Ma traversée d’Israël à pied (Payot, 2019)

À LIRE : Guillaume Jan, Samouraïs dans la brousse (Paulsen, 2018)

À VOIR ET À LIRE : Mélusine Mallender, Les voies de la liberté (Darwin Production, 2018, et Robert Laffont, 2020)

À VOIR : Louis Meunier, Nomades d’Iran, l’instituteur des Monts Zagros (ZED pour ARTE France, 2019)


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020

Affiche Ecrans Aventure Dijon 2020