Julie Fisson : s’engager en VSI en famille

Avoir des enfants et s'engager en VSI en famille, un frein ? Détrompez-vous !

Un article de Lucille Caron, Chargée de Mission VSI


Julie et Grégoire Fisson sont tous deux volontaires en VSI avec La Guilde, et ont choisi de partir avec leurs 4 enfants (de 3 ans à 11 ans) pour une mission de 2 ans au Cameroun, auprès de l’Institut Saint Jean. Julie Fisson répond à nos questions sur son engagement, sa mission à l’Institut et les particularités de l’engagement en VSI en famille.

Qu’est ce que l’Institut Saint Jean, aujourd’hui ?

L’Institut Saint Jean, appelé ISJ, est une institution privée d’enseignement supérieur qui propose deux cycles de formation en informatique : un cursus de licence professionnelle et un cursus en ingénierie. L’ISJ est né en 2016 sous l’égide du Collège Vogt et de la Prépavogt, deux institutions insérées de longue date dans le tissu éducatif camerounais et gérées depuis respectivement 30 et 13 ans par la communauté Saint Jean.

Quel est l’objectif de l’Institut Saint Jean ?

Il ambitionne de devenir un pôle d’excellence en Afrique Centrale pour former des ingénieurs et entrepreneurs au service de l’émergence du Cameroun. L’idée est aussi de limiter la « fuite des cerveaux » en enracinant les jeunes camerounais par des formations aux standards internationaux au niveau local et de s’attaquer au problème du chômage .
Pour cela, l’ISJ cherche à fournir une éducation en phase avec les besoins actuels du pays et à transmettre une économie éthique, égalitaire et tournée vers l’avenir.

Quelle est votre mission en tant que VSI ?

Je suis en charge de la communication de l’Institut Saint Jean et de la levée de fonds pour financer le projet de construction du campus universitaire de l’Institut Saint Jean.
En effet, en juillet 2016, la Congrégation Saint Jean a acheté un terrain de 6 hectares pour la construction d’un futur campus dont Grégoire est le responsable de construction. Pour l’instant Grégoire a terminé de finaliser le projet avec le cabinet d’architectes et a lancé une consultation pour la construction d’un premier bâtiment.
L’Institut Saint Jean n’en est qu’à ses prémices et son développement passe par ce nouveau campus universitaire.
A terme, de nouvelles filières seront ouvertes afin de former cette élite camerounaise enracinée qui pourra aider le Cameroun à se démarquer.

© Institut Saint Jean

Comment vous êtes vous décidés à déménager au Cameroun avec toute votre famille ?

Nous avions déjà une expérience de VSI à Lomé il y a 6 ans, avec nos trois premiers enfants (5, 3 et 1 ans). Nous souhaitions repartir vivre une expérience professionnelle à l’étranger dans une culture différente que la nôtre et vivre un projet familial. Nous cherchions un projet de solidarité qui soit utile pour une génération et où chacun de nous aurait une mission selon nos compétences. Nous pensions qu’il était préférable de partir avant les années lycée des enfants. Alors, nous avons postulé à un poste qui nous a renvoyé vers ce projet de l’ISJ à Yaoundé. Les choses se sont faites rapidement même plus vite que prévu.

Les garanties du VSI rendent les démarches plus faciles : le statut est encadré, les enfants sont couverts par nos assurances, et la peur de l’inconnu est atténuée par la préparation au départ dispensée par La Guilde, avec sa journée sur l’interculturalité notamment, qui permet de partir sereinement.
Nous sommes partis en 2 temps. D’abord, Grégoire, fin octobre. Sa présence était attendue le plutôt possible pour lancer sa mission. Son arrivée précoce a également permis de préparer l’arrivée de la famille (trouver la voiture, la maison, l’équiper). Je l’ai rejoint mi-décembre avec les enfants afin de permettre à ses derniers de finir leur 1er trimestre en France.

Est-il plus difficile de gérer l’équilibre vie pro/vie perso en étant en VSI en famille ?

Non ! Au contraire. Il est important lorsque l’on souhaite partir en famille de se fixer un cadre et des horaires. Sur ce point, le dialogue et la compréhension des frères de la Communauté Saint Jean ont été essentiels. C’est aussi une souplesse que permet le statut de VSI. Nos journées commencent plus tôt mais se terminent aussi plus tôt qu’en France et nous permettent de profiter des enfants.
Les week-ends sont également des temps à privilégier pour vivre des bons moments en famille et resserrer les liens entre chacun de ses membres.

Qu’en est-il de la scolarité des enfants à l’étranger ?

Notre cas est un peu particulier : nos plus grands enfants faisant leur entrée au collège, nous souhaitions les inscrire au lycée français, qui permet de suivre le programme scolaire officiel et de les préparer aux examens du système français (Brevet des collèges). Toutefois, cette scolarité coûte cher. Nous avons alors pu nous arranger pour faire financer ces frais via une levée de fonds que nous avons menée depuis la France, et qui nous a également permis de participer aux autres frais liés à la mission. Sans cet argent, l’autre solution était d’inscrire les enfants à l’école camerounaise et de compléter avec des cours privés du CNED pour certaines matières comme le français ou l’histoire/géo. Quelque soit la solution, c’est un budget à considérer très sérieusement.

Lors de notre VSI à Lomé, les enfants étaient plus jeunes. La question ne s’était pas posée puisque la scolarité à l’école locale était très bonne. Une des difficultés que nous avions rencontrées toutefois concernait les châtiments corporels : les tapes sur les doigts étaient une façon courante pour les enseignants de réprimander les petits. Mais là aussi, une bonne approche de l’interculturalité nous avait préparée à ce scénario et nous avons pu ouvrir le dialogue pour que ces pratiques ne soient pas imposées à nos enfants.

Quels conseils donneriez-vous aux familles qui souhaiteraient s’engager en volontariat ?

Être à l’écoute des enfants et leur accorder du temps. Pour nous il est essentiel de partager des moments en famille le soir et le week-

end, et de pouvoir adapter nos horaires. Cela favorise notre intégration à tous dans le pays, et nous rend plus serein quant à notre expatriation. Si les enfants nous voient épanouis, la situation leur parait plus facile ! Nous avons tout de même été épatés par la capacité d’adaptation de nos enfants, il faut aussi leur faire confiance. Et puis en cas de blues, avec WhatsApp la famille et les amis ne sont plus vraiment très loin !

 

En savoir plus : http://institutsaintjean.org/

Témoignage publié le 22 mars 2019