De Service Civique à VSI : parcours d’engagement et tremplin professionnel

Témoignage de Anaïs Mesnil, ancienne VSI pour L'Appel au Pérou

Anaïs (2ème à gauche au fond) lors d'une rencontre France Volontaires au Pérou

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI


La Guilde, avec ses partenaires, envoie des Services Civiques (SC) et des VSI, et les dispositifs sont bien souvent complémentaires ! Ce fut le cas pour Anaïs. Elle a commencé son engagement pour Qosqo Maki en tant que Service Civique, puis s’est vue proposer une montée en compétence et le passage sur une mission de VSI.

Prévue pour 1 ans, son expatriation en a finalement duré 4 ! Elle nous raconte son parcours et sa vie péruvienne.

Anaïs et ses collègues

Comment en es-tu arrivée à être VSI pour l’Appel (Qosqo Maki) et quelle est la mission de l’association ?

L’Appel est une association française de solidarité internationale qui appuie des initiatives locales en Afrique, Asie et Amérique Latine auprès des enfants et adolescents en situation de vulnérabilité. Avec ses partenaires l’Appel agit ainsi dans les domaines de la santé, l’éducation, et l’amélioration des conditions de vie. L’association apporte un soutien différent selon les besoins exprimés par ses partenaires, mais qui peut être technique, humain, financier ou de compétences.

C’est dans ce cadre que j’ai réalisé un Service Civique puis un VSI à Cusco au Pérou, en tant que coordinatrice générale de l’association Qosqo Maki qui est un des partenaires locaux de l’Appel, et qui accompagne les enfants et adolescents travailleurs et/ou en situation de rue.

L’aventure commence donc en 2015 sous le statut de Service Civique: je venais en appui à la coordinatrice générale de l’époque et à l’animation de la bibliothèque-ludothèque de l’association. La coordinatrice étant sur le point de quitter son poste, elle m’a proposé de continuer l’expérience au sein de Qosqo Maki en reprenant sa mission de coordination.

Le VSI s’est donc logiquement imposé, et ce qui devait être une expérience d’un an en Service Civique en aura finalement duré 4, jusqu’en 2019 !

Journée « Intercambio » de Qosqo Maki

Les missions de SC sont à destination de tous les jeunes sans critère d’expérience et de formation. Les volontaires travaillent ainsi en appuis et complémentarité à des projets déjà existants, là où le VSI est un dispositif qui fait appel à des compétences et une expertise précise. En passant d’un dispositif à l’autre, tu as donc pu bénéficier d’une montée en compétence, et d’une reconnaissance de ton engagement de SC.

Peux-tu nous en dire plus ?

La mission de coordination générale en VSI m’a permis de développer de nombreuses compétences liées à la gestion d’une association : gestion du personnel et des ressources humaines, coordination et développement des activités et projets, gestion administrative et budgétaire, relations partenariales, communication… Nous avions également instauré une direction collégiale avec deux autres collègues péruviens, ce qui favorisait la prise commune de décisions et me permettait par ailleurs de réaliser mes missions en m’adaptant au mieux aux réalités locales.

Je participais aussi aux activités que pouvaient proposer les différents espaces éducatifs de Qosqo Maki (accueil de nuit, bibliothèque-ludothèque, ateliers de formation, espace culturel, tourisme solidaire, bibliothèque spécialisée pour travailleurs sociaux) afin de garder un lien avec l’opérationnel et de comprendre au mieux les problématiques que pouvait rencontrer chacun de ces espaces.

Atelier avec les jeunes

Que retiens-tu de cette aventure d’un point de vue professionnel ?

Professionnellement, ce VSI a été un réel tremplin : on m’a en effet très vite fait confiance et donné de nombreuses responsabilités auxquelles j’aurais pu difficilement prétendre en France à la sortie de mes études. La philosophie de Qosqo Maki et la bienveillance de l’équipe donnent ainsi l’opportunité aux VSI et SC d’essayer de nouvelles choses, se tromper et s’améliorer : on a donc là un vrai terrain d’expérimentations qui favorise le développement des parcours d’engagement des volontaires et bénévoles qui décident de s’investir.

Ce volontariat n’est pas pour rien dans ma décision de continuer à travailler dans le secteur associatif maintenant que je suis de retour en France. Travailler sur le terrain auprès d’une équipe aussi engagée et passionnée m’a fait prendre conscience de la force du collectif pour avancer et faire bouger les choses.

Soirée et exposition à l’association

Au-delà des l’expérience professionnelle, le VSI est une immersion dans une culture différente pour un an minimum. Comment as-tu vécu cette immersion, le Pérou est-il un pays qui t’a plu ?

Oui bien sûr, sinon je ne pense pas que j’y serai resté si longtemps ! Il y a une vraie diversité géographique et culturelle entre la côte, les Andes et l’Amazonie, mais l’hospitalité des péruviens fait qu’on se sent très vite chez soi ! En vivant dans les Andes péruviennes, il y a une relation très particulière avec la nature qui a aussi développé en moi une réelle prise de conscience écologique. Cependant, Cusco est une ville très prisée par les volontaires et touristes et de plus en plus d’occidentaux décident de s’y établir, ce qui invite à repenser notre place là-bas car on peut très vite se retrouver dans une sorte d’entre-soi confortable et être déconnectés de la réalité quotidienne de la population péruvienne.

Comment s’est passée ta fin de mission ?

La fin de mission s’est bien passée : il s’agissait d’une décision personnelle de rentrer après 4 ans sur place. Comme beaucoup de petites associations locales, Qosqo Maki rencontre des difficultés quotidiennes pour survivre, et les petites équipes permanentes sont sans cesses sollicitées : il me semblait donc important de laisser ma place à de nouvelles énergies pour reprendre le flambeau. Je me suis préparée et faite à l’idée du retour tout au long de ma dernière année de mission.

Une fois celle-ci terminée, j’en ai profité pour voyager quelques semaines en Amérique Latine pour appréhender d’autres réalités avant de rentrer en France et de commencer à chercher un emploi. J’ai trouvé rapidement du travail à mon retour, cette fois au siège d’une association, ce qui me permet de découvrir d’autres problématiques, mais en aillant toujours dans un coin de la tête l’expérience terrain du VSI.

Au final, que retiens-tu de cet engagement de 4 années ?

On peut dire que cette expérience m’a fortement façonné personnellement et professionnellement. Elle m’a donné les clés et la confiance nécessaire pour dépasser une sorte d’auto-censure qui m’interdisaient de m’orienter professionnellement du côté des ONG, et a impulsé mon parcours d’engagement.

Quelles seraient tes recommandations pour celles et ceux qui souhaitent aussi s’engager dans leur carrière et leur vie personnelle via un SC ou un VSI ?

Tout d’abord, je pense qu’il est important de questionner les motivations qui nous poussent à nous engager dans un volontariat à l’international, et la posture à adopter une fois sur place. Cela permet d’aller au-delà de la simple volonté « d’aider » (aussi louable soit-elle). En effet, si on ne réfléchit pas à ces questions en amont et qu’on ne se prépare pas suffisamment, le risque est d’avoir un impact négatif sur les projets, la structure et les personnes accompagnées.

Il est également vivement recommandé de bien se renseigner en amont sur la situation politique, sociale et économique du pays, car elle façonnera notre expérience à l’international. La tolérance, l’ouverture et le respect sont bien évidemment de mise et il ne faut pas oublier d’enlever ses « lunettes interculturelles », au risque sinon de juger des situations avec notre vision occidentale.

Différents types volontariats existent, correspondant à des missions et durées différentes et pouvant donc répondre aux besoins et envies de chacun. Pour une meilleure connaissance des réalités d’un pays, des associations fiables sur place et des missions proposées, il ne faut pas hésiter à bien se renseigner. Je conseille à tous de se tourner vers les antennes de France Volontaires ou encore vers La Guilde et ses anciens volontaires, qui peuvent grandement vous aiguiller.

En savoir plus sur l’Appel : https://lappel.org