Construire sa carrière (et sa vie !) en VSI

Portrait d'un volontaire qui construit son engagement vers la gestion des épidémies

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI


Guillaume est un habitué de La Guilde grâce à son engagement de longue date en VSC et VSI dans plusieurs pays d’Afrique.

Son témoignage, collecté entre ses deux missions de VSI, montre le parcours d’un passionné qui repart malgré les difficultés, et qui construit sa carrière dans l’engagement.

En pleine crise du COVID, il travaille aujourd’hui dans un hôpital congolais, et souhaite se spécialiser dans la gestion des épidémies.

Tu viens de t’engager pour un nouveau VSI avec La Guilde et l’Ordre de Malte au Congo, sur un projet d’accès à la santé pour les populations exclues des soins. Ce n’est pas ta première découverte de l’expatriation, comment est né cet engagement ?

J’ai un parcours assez classique d’économie générale et je me suis spécialisé en dernière année de master sur la gestion de projets et le développement durable dans les pays pauvres. J’ai complété plus tard mon parcours par des formations indépendantes (MOOC, Coordination Sud, Manitude, Bioforce), mais dès mon Master, un premier stage de fin d’études au Gabon m’a donné le goût de l’Afrique Centrale, après quoi je me suis engagé en Service Civique au Cameroun en 2015/2016. J’ai eu alors le désir de prolonger mon expatriation dans ce pays et j’y suis reparti fin 2016 pour une durée de 3 ans en VSI avec l’APDRA. L’APDRA a pour but de promouvoir et développer une pisciculture paysanne durable et mène de nombreux projets en Afrique et en Asie.

Quel serait le bilan personnel et professionnel de ta première mission de VSI ?

Mon bilan professionnel pour cette expérience est très positif. J’ai passé trois ans sur le terrain, sur des postes et sur des projets très complets, qui m’ont aidé à développer un bon nombre de compétences que j’ai facilement pu valoriser en retour de mission.

J’ai également eu la chance de voir mon VSI à l’APDRA évoluer pour passer chef de projet sur la deuxième moitié, ce qui atteste de la confiance qu’avait en moi l’organisation et des résultats qui les satisfaisaient.

Guillaume lors d’une journée de sensibilisation avec l’APDRA. © APDRA

Au niveau personnel, ces trois ans au Cameroun m’ont permis de beaucoup creuser la culture locale, de bien comprendre par exemple les circuits économiques ou les liens culturo-économiques entre les acteurs, les ethnies etc.  

Qu’est-ce qui a motivé ce nouveau départ en mission de VSI après le Cameroun ?

Bien que globalement positif, ce dernier parcours au Cameroun était semé d’embuches. J’ai été confronté à la corruption, la lenteur des institutions, les détournements d’argent, les décès ou la maladie des bénéficiaires et également la lenteur dans l’atteinte des résultats due à des conflits entre partenaires au sein du consortium. Il va sans dire que j’ai ressenti un certain découragement à devoir affronter et résoudre ce type de problèmes pendant des mois.

Mon départ du Cameroun était donc pour moi une évidence, mais j’avais cependant toujours le souhait de continuer à travailler à l’étranger. Bien que parfois pesants et négatifs, je pense que les problèmes que j’ai rencontrés forgent le caractère et l’expérience, et j’essaye de les prendre avec patience et pragmatisme.

Quelles sont tes attentes sur cette mission ?

D’un point de vue professionnel, j’avais également le désir de changer de rythme de travail en m’orientant vers des projets de santé à tendance humanitaire, pour travailler sous pression, voire dans l’urgence, et observer des impacts réels à très court terme sur les bénéficiaires.

A terme, le projet serait de capitaliser sur ce VSI pour peut-être m’orienter vers de réelles zones de crise par la suite. Il s’agit notamment de la gestion des épidémies (type rougeole, lèpre, Ebola, etc.), de la gestion d’un plan de sécurité pour zone à risque et d’une équipe médicalisée.

D’un point de vue personnel, j’espère que cette mission me permettra de développer certaines compétences interpersonnelles et culturelles, ce qui représente un vaste programme ! Si lors de nos missions de VSI nous n’apprenons pas nécessairement un métier spécifique ou une technicité, on apprend toujours au moins une partie du fonctionnement du monde.

En quoi penses-tu que ton premier VSI t’as aidé à trouver cette nouvelle mission et à gagner en niveau de responsabilité pour atteindre ton objectif ?

Lors de mon retour du Cameroun en octobre 2019, la recherche d’emploi s’est avérée relativement facile par rapport à ce que j’avais connu jusqu’à présent.

En quelques semaines, j’ai eu une dizaine d’entretiens pour des ONG et organisations très variées, pour des postes allant de chef de projet à chargé d’opérations, autant en France qu’à l’étranger. Pour moi, mon parcours professionnel s’est construit au fil de l’eau, et j’ai eu la surprise de comprendre que ce type d’expérience est très apprécié des RH. J’ai donc eu le loisirs de prendre mon temps pour bien choisir ma prochaine mission.

En fin de compte, j’ai accepté de partir comme adjoint au chef de mission pour un projet de développement/humanitaire avec l’Ordre de Malte France dans l’extrême nord du Congo-Brazzaville. C’était challengeant pour moi de trouver un poste de chef de mission humanitaire à la fois dans un nouveau pays et sur un nouveau domaine.

Préparation d’un journée de consultations médicales dans les zones isolées au Congo. © Ordre de Malte

Globalement, j’ai ressenti que les RH sont davantage rassurées de trouver des profils qui connaissent le terrain et les jeux d’acteurs locaux, plutôt que des chefs de projet qui ont des compétences techniques, même sur un projet médical assez spécifique comme celui de l’Ordre de Malte.

Pourrait-on conclure avec des conseils issus de ton expérience pour de futurs volontaires, ou un mot pour celles et ceux qui hésitent à partir ?

Pour moi, les missions de VSI, en dehors des aspects purement professionnels, sont, avec l’aventure pure, l’un des meilleurs moyens d’avoir accès aux grandes réponses que l’on se pose.

Elles nous permettent de nous pousser dans nos retranchements, de mieux définir nos limites, de faire face à des situations et de voir des réalités qui mettent des images sur des définitions, sur nos mœurs et sur nos normes. L’humanisme, le féminisme, la pauvreté, le désespoir, et même des termes plus simples comme une agression, une violence, un problème, une bonne nouvelle etc. sont des termes que l’on utilise à tout-va, et qui parfois prennent une nouvelle dimension dans un contexte différent.

En un mot, il faut tout essayer, tout voir, tout faire, pour tenter de tout comprendre.

Journée de lancement du projet AF2P au Cameroun. © APDRA

Envie de découvrir plus de témoignages ?

Sabine : pour redonner du sens à son métier, Sabine a choisi le VSI « en France le public auprès duquel j’enseignais était un public de « privilégiés » […]et j’avais besoin de redonner du sens à mon enseignement. » La suite de son témoignage ici : https://bit.ly/2uM0e7r

Lilas : elle a commencé par un Service Civique avec La Guilde en tant que coach pour LP4Y, et va maintenant manager et développer un nouveau programme LP4Y au Myanmar. Son témoignage ici : https://bit.ly/2wddA9X

Caroline : « Pour moi, le volontariat c’est d’abord l’opportunité d’accéder à des postes que l’on décrocherait difficilement en France. » Pour lire la suite,  cliquez ici : https://bit.ly/2VyxrxL