Festival Ecrans de l’aventure de Dijon : la bande-annonce et le programme

Du 15 au 18 octobre, Dijon devient la capitale de l'aventure avec le festival international du film d'aventure organisé par La Guilde.

Un article de La Guilde


L’aventure des Écrans devrait être conjuguée au pluriel : entre les équipées racontées dans les films projetés, l’acrobatique sélection du meilleur de la production documentaire, et la gageure de rassembler, dans la ville aux cent clochers, aventuriers, réalisateurs et écrivains, le festival est le fruit d’aventures toujours renouvelées.

Et pour sa 29e édition, l’année 2020 lui a posé le plus grand des défis : celui d’exister. Les Écrans de l’aventure seront donc particulièrement heureux de vous accueillir du 15 au 18 octobre à Dijon, pour quatre jours riches de rencontres.

18 films diffusés, dont 14 en compétition officielle, réunissant le meilleur de la production documentaire en matière de nature, d’exploration, d’alpinisme, de voile, de surf, d’escalade et même de Flyboard Air. Demandez le programme !


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020


Pour la première fois, il sera également possible de poursuivre le rêve en ligne jusqu’au 25 octobre, avec la majeure partie des films de la sélection officielle disponible en replay sur www.lesecransdelaventure.com.

La porte est ouverte, soyez les bienvenus.

Compte tenu du contexte actuel, le programme est susceptible de modifications.

L’édito de la lettre de l’été

Hors-série spécial Aventure

Un article de Tristan Savin


Lire la lettre dans son intégralité : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure

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Les articles proposés dans cette lettre spéciale Aventure ont un point commun – mieux : un axe cohérent, peut-être inconscient, en tous cas d’actualité. Qu’il s’agisse d’une équipée équestre dans les Monts Célestes, de navigation polaire, de ballon lancé dans les nuages ou de l’art des bois, il est toujours question de s’immerger dans un espace sauvage.

Parmi ces textes, une phrase a retenu toute mon attention : “Qui veut voyager loin s’adapte à la nature“, une déclinaison très actuelle du proverbe tiré d’une pièce de Racine. L’idée reste la même. C’est à l’homme de s’adapter à son environnement, trop souvent malmené, et non l’inverse. Ce n’est même pas une question de respect élémentaire, mais de bon sens. Voire même, par les temps qui courent, de survie – pour toutes les espèces, y compris la nôtre.

La catastrophe économique (donc sociale) entraînée par le confinement du monde au temps du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier un autre désastre en cours, également planétaire : la disparition progressive des écosystèmes, des forêts, des massifs coralliens, des glaciers. Sans parler des ouragans de plus en plus violents, des inondations, des incendies en Californie ou en Australie, de la désertification en Afrique…

Il y a heureusement des projets fous, capables de nous redonner de l’espoir. Comme celui de Vincent Farret d’Astiès : battre le record du monde de vol en ballon, mais sans polluer le ciel, grâce à l’énergie solaire et à l’étude des vents. Donc au génie humain, quand il prend en compte ces énergies trop longtemps négligées. Car, selon lui, “ce qui va nous permettre d’aller plus loin, c’est une meilleure connaissance de l’élément naturel.

Dans un autre texte instructif à (re)découvrir, Romain raconte avoir ressenti, dès l’enfance, “l’appel de la forêt“, comme naguère Jack London ou H.D. Thoreau, ou plus près de nous Sylvain Tesson. Pour atteindre le Cap Nord à pied, Romain bivouaquait sans réchaud, se nourrissant de pousses de sapins, de pissenlits, de farine d’écorce de bouleau… Preuve, s’il en est, que la nature à encore tant à nous offrir, à condition de la respecter.

Quant à Eric Brossier, qui présidera le jury des Ecrans de l’Aventure en octobre prochain, il mène une vie d’explorateur scientifique autour du cercle polaire, en famille, à bord du voilier Vagabond. Un travail minutieux, essentiel, qui permet à la communauté scientifique d’étudier au plus près les grands changements en cours dans nos océans.

On le sait grâce à des pionniers comme Paul-Emile Victor (président d’honneur de la Guilde de 1970 à 1995) ou ses amis Alain Bombard et Jacques-Yves Cousteau : l’écologie ne date pas d’aujourd’hui. Ce n’est pas une mode. Mais une nécessité, car nous sommes tous concernés. Explorateurs, aventuriers et grands voyageurs ont de tout temps été fascinés par les inexprimables beautés du monde sauvage. Ils ont ensuite compris l’impérieux besoin de témoigner, pour préserver et protéger ce bien commun à l’ensemble de l’humanité, sans lequel il n’y aurait plus de vie possible. Ni bien sûr d’esprit d’aventure, indissociable d’un amour fervent de la nature.

Tristan SAVIN
Grand reporter et écrivain voyageur, directeur de la revue Long Cours,
président du jury de la Toison d’or du livre d’aventure 2019.
À paraître le 9 septembre : Au milieu de nulle part… et d’ailleurs
(Arthaud Poche)


Les lettres de l’année :
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

Vagabond, la forme de l’eau

Depuis 20 ans, Eric Brossier et France Pinczon du Sel mènent le voilier polaire Vagabond à travers les « coins froids et éloignés » de la planète, dans une succession de navigations historiques, d'hivernages répétés et de missions scientifiques. Président des Ecrans de l'Aventure 2020, du 15 au 18 octobre à Dijon, Eric raconte une année particulière, entre vie de famille et pandémie mondiale. Avec, toujours, une passion intacte.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Eric est souvent sur le pont. Sur le pont pour faire avancer la science de terrain. Sur le pont du Vagabond, évidemment, son voilier polaire depuis 20 ans. Et sur le pont, comme beaucoup d’autres, pour s’occuper de leur petite famille avec France, son épouse. D’ailleurs, ce matin-là, France prend son petit-déjeuner en compagnie de Léonie, leur aînée. La cadette, Aurore, fait mentir son prénom et dort encore. Les deux filles ont respectivement 13 et 11 printemps. À moins qu’elles ne comptent en hivers, cette saison durant laquelle Léonie et Aurore alternent entre hivernages polaires (Eric Brossier et France Pinczon du Sel en chiffrent 12 à bord du Vagabond, depuis 1999) et retours dans leur pied-à-terre breton. Aujourd’hui, Eric a lui été réveillé un peu plus tôt par des « idées qui pétillaient ». En cause, les effets du Covid-19.

Eric Brossier, cavalier des glaces

La science des zones blanches

Même au mouillage dans la baie de Grise Fjord, le village inuit le plus au nord d’Amérique, dans le territoire canadien du Nunavut, la pandémie affecte les activités de l’équipage du Vagabond. Eric Brossier l’admet : il vit « une année très particulière ». Ce qui n’entraîne jamais qu’une réponse de plus à apporter, soit l’essence même de son travail. « J’aime l’approche scientifique pour comprendre notre planète, notre environnement, notre nature. Mais je voulais ne faire que du terrain, sans me retrouver coincé dans un labo ». De cette réflexion initiale est née l’idée du Vagabond comme base logistique et scientifique. Un double besoin personnel et collectif « dans ces coins froids et éloignés », là où les connaissances sont les plus maigres, là où « on se sent tout petit et en même temps privilégié d’y être ». Alors, chaque année, il accueille des missions pour hiverner sur la banquise ou pour se faufiler entre les « glaçons ». Sauf en 2020, donc : faute d’autorisations, le Vagabond n’a reçu personne cet été. Ce qui n’est pas pour autant synonyme de chômage technique pour son équipage.


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« Depuis toutes ces années, nos partenaires nous font confiance », reprend Eric. « On a reçu des caisses de matériel, des protocoles à suivre, et on bosse en famille ». Le programme estival est riche : plongées pour récolter des échantillons de coraline, « une algue qui forme une croute et raconte le climat passé de l’océan sur des dizaines d’années, une sorte d’archive climatique » ; prélèvements d’eaux à différentes profondeurs pour étudier les effets de la fonte des glaces, chargées de nutriments, sur la chaine marine ; relevés hydrographiques permettant de comprendre les interactions entre eaux arctiques et atlantiques ; cartographie marine à l’aide de sonars… Autant de relais précieux pour scientifiques et cartographes dans les zones blanches qui constituent le terrain de jeu de Vagabond, et le pain quotidien de son équipage. « Si les filles ne participaient pas, on aurait eu du mal à accepter la mission » salue leur père. « Mais on doit aussi tenir deux mois, ce sont des enfants, donc il faut du ludique, des vacances de temps en temps ».

Sous le Vagabond, un sonar multi-faisceaux

Une famille presque normale

A quoi ressemble un week-end de temps libre sur le Vagabond ? Il se prend à un rythme aléatoire, pour commencer : « c’est vraiment guidé par la météo : s’il fait mauvais, on ne peut pas travailler. On en profite pour faire du rattrapage, lire, écrire, écouter de la musique, regarder des films, faire la cuisine… Vraiment comme à la maison, quoi ». Et quand les corps et les esprits commandent une pause et que le ciel le permet, les Brossier accostent parfois pour aller marcher, cueillir des myrtilles, observer les animaux ou camper. Un vrai programme de monsieur et madame tout-le-monde – ou presque : « on dort quand même moins bien quand on n’a pas de chiens, parce qu’il y a des ours. Il faut dormir avec le fusil contre soi, ce n’est pas vraiment relaxant ! (rires) »


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Toute la dualité de la famille Brossier résumée dans un bivouac. D’un côté, un choix de vie extrême, inédit par sa persistance dans le temps ; de l’autre, une réflexion classique sur les orientations familiales et l’avenir des enfants comme des parents. À la question de savoir s’il connait d’autres exemples similaires au sien, le père accompagne sa réponse négative d’une comparaison à la fois surprenante et cohérente : « on a bien conscience qu’on a quelque chose d’atypique. Après, c’est un peu comme une vie d’agriculteur : tu vis et tu travailles en famille, dans ton coin, avec quelque chose de solitaire. Nous, c’est juste que notre maison est itinérante et nos régions moins connues » – et que le plancton des eaux arctiques a remplacé les fleurs des champs. Jusqu’à quand ?

Cette année, les Brossier ont décidé de ne pas prendre de programme hivernal pour permettre à leurs filles de passer une année scolaire complète en France. Une première pour Aurore et Léonie, respectivement en 6e et en 3e. Si, le père l’assure, rien n’est définitif et tout évolue en fonction des opportunités, reste que la tribu « a vraiment envie de prendre en compte le paramètre scolaire en priorité. » Avec l’expérience gagnée à bord de Vagabond et celles cumulées de l’Antarctique à l’Equateur, Eric ne s’interdit pas d’aller explorer d’autres domaines, d’autres approches. Du moins, « c’est la réflexion du moment, sachant que les années passent ! (rires) » L’autre sujet du moment est celui du lieu de la mission estivale 2021, déjà prévue : « avec les nouvelles règles d’accès, la base qui devait accueillir le bateau pour l’hiver ne peut plus le faire. Du coup on doit réfléchir au meilleur endroit pour le laisser, notamment en fonction de la prochaine mission. » Il faut faire vite : mi-septembre, Vagabond doit être à son site d’hivernage et les filles, rentrées à l’école.

France, Eric, Aurore et Léonie

Du terrain aux Ecrans, et inversement

Et puisque 2020 se devait d’être définitivement une année particulière pour les Vagabonds, leur capitaine sera pour la première fois président du jury aux Ecrans de l’Aventure, du 15 au 18 octobre à Dijon. Un rendez-vous loin d’être anecdotique pour Eric Brossier, qui a participé au festival sous toutes les casquettes, de bénévole à engagé en compétition en passant par membre du jury. « La présidence me touche beaucoup » dit-il. « Je connais La Guilde depuis que j’ai 18 ans, quand j’habitais en région parisienne. Je montais des projets pour les vacances et les archives de La Guilde, ses équipes et ses Bourses m’ont donné de jolis coups de pouce. » Surtout, après ces jeunes années, les Ecrans de l’Aventure ont posé plusieurs jalons dans la vie d’Eric : « à chaque fois, des rencontres ont abouti à quelque chose : un film, un livre, un projet… C’est vraiment un moment très important dans ma vie et celle de Vagabond ». Mieux, une édition des Ecrans fut même fondatrice.


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C’était en 1999. « Il y avait un direct avec un voilier russe qui sortait du passage du Nord-Est. Hubert de Chevigny, qui connaissait bien Vagabond parce qu’il avait navigué dessus, était là, ainsi que l’explorateur polaire Gérard Janichon et Jacques Lainé, le réalisateur ». Cette année-là, suite à un hivernage aux îles Kerguelen, Eric Brossier est sur le point de concrétiser son idée de base logistique et scientifique itinérante. Il vient tout juste de visiter Vagabond : « tout le monde m’a dit “vas-y, fonce, c’est un super bateau !” Et je l’ai acheté ». Quelques mois plus tard, France Pinczon du Sel embarquera comme équipière pour une mission polaire à bord du Vagabond. Une histoire est née.

Pour suivre les pérégrinations de la famille Brossier et de leur voilier polaire, direction le site vagabond.fr.

Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Quand on l’appelle, Romain répond joyeusement : « ça va tranquillement, je suis à mon campement ! » Il est à Inari, sur les rives du lac du même nom. Quelques jours plus tôt, il a atteint le Cap Nord après 1 400 kilomètres à pied. Il s’apprête désormais à construire une embarcation pour aller voguer sur le lac lapon, dans le nord de la Finlande. Avec quel objectif ? « Aucun, je veux juste apprécier le monde sauvage et la vie sur le radeau » balaye-t-il. Il est comme ça, Romain. Depuis neuf ans, il marche là où ses pas le portent. Aventurier de métier ? Pas son genre, même s’il aspire à réaliser un film documentaire sur son dernier voyage, entre randonnée hors pistes et rencontres d’hommes et de femmes vivant au cœur de la nature. Un profil à la fois commun – qui n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, le rêve d’aller se promener dans le vaste monde ? – et atypique – qui ose transformer le rêve en quotidien depuis près d’une décennie ? Mais aussi un exemple de la diversité des projets soutenus chaque année par La Guilde, via ses Bourses de l’Aventure : du professionnel Objectif Pôle Sud de Matthieu Tordeur (en 2018) au cavalier Stan & Co des sœurs Desprez (en 2019) en passant par le créatif et collectif Bato A Film (en 2017), le champ des possibles est immense, du moment qu’il soit semé de passion. Romain Vandycke, lui, a donné à sa dernière idée un titre évocateur : Brute et Sauvage. Un nom dont on ne sait s’il vaut pour la nature traversée, ou pour la sienne.


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La solitude du coureur des bois

Une chose est certaine : Romain ne craint pas la solitude. Au contraire, il la considère indispensable. « Il ne faut pas s’y enfermer, dit-il, mais il faut l’accepter ». Une solitude qui a une vertu en commun avec la marche : « une nécessaire simplicité d’être, une forme de dépouillement matériel, une obligation de se contenter de peu. » Dans son bagage d’inspirations, il sort les premiers livres de Sylvain Tesson, ceux de Nicolas Vannier, ou Into the Wild, de Jon Krakauer – dont le titre français n’est autre que Voyage au bout de la solitude. Mais surtout, il ressent l’appel de la forêt : « je sens comme un feu quand je regarde les montagnes, les forêts, je me sens attiré. Quand j’étais petit, je voulais construire des cabanes, j’avais un livre sur les hommes préhistoriques et leurs outils, j’adorais ça. » Alors, puisqu’il considère la nature comme « un refuge », Romain veut apprendre à vivre avec et grâce à elle. Mais de préférence en s’épargnant une fin à la Christopher McCandless.

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
Romain, bâton en main

Brute et Sauvage est donc le nom d’une aventure marquée du sceau du bushcraft, ou art de vivre dans les bois. Pendant plus de deux mois, Romain a tenté d’avancer avec ce que la nature offrait à mesure de ses pas. Sans rations calibrées ni réchaud, « le plus minimaliste possible », il avait pour projet de compléter une base de féculents avec des produits de la pêche ou de la cueillette. Résultat ? « Je crois que je suis un mauvais pêcheur ! » avoue-t-il en rigolant. Pour ce qui est des végétaux, l’expérience s’avère plus concluante. Jeunes pousses de sapins, orties, pissenlits, farine d’écorce de bouleau ou lichen viennent améliorer l’ordinaire. Il apprend également l’existence du chaga, « un champignon béni des Dieux ! », parasite du bouleau considéré comme médicinal et ajouté au thé du matin. Sans oublier, pour faire partir le feu sous la pluie, les allumes-feux faits main, avec des pommes de pins trempées dans la résine d’épicéa fondue. En résumé, Romain tente de faire sienne cette citation de Mors Kochanski, gourou canadien du bushcraft : The more you know, the less you have to carry – Plus ta connaissance est grande, moins ton sac est lourd.

Simple, basique

De là à être complètement autonome dans la nature, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Car Romain est conscient de ses limites : « l’imaginaire est fort et moi, j’ai beaucoup d’idées. Mais après, on arrive dans la réalité et c’est autre chose. Alors on fait des erreurs, on apprend. » Notamment que les sites internet, les vidéos de Jacob Karhu ou les guides Delachaux forment une base théorique utile, mais insuffisante. « J’ai appris à droite à gauche depuis plusieurs années, en parallèle de mes voyages. Là, je suis resté fidèle à mon objectif, même si je dois avouer que j’ai trouvé plus de nourriture dans les invendus que dans la nature. » Mais finalement, l’essentiel est ailleurs pour Romain : « un truc important dans cette marche, c’est que j’ai su modifier mes habitudes. Je me suis libéré. » Parti de Kautokeino, au nord des frontières de la Norvège avec la Suède et la Finlande, il a traversé la toundra hors des sentiers battus pour atteindre le cap Nord et « revenir à quelque chose de plus simple ».

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Car aux expéditions complexes et aux projets coûteux, Romain préfère la liberté d’une vie humble, faite de jobs saisonniers et de départs répétés. Le soutien de La Guilde – qui accorde le même crédit à la complexité et à la simplicité – l’a surpris autant qu’aidé. Financièrement, mais aussi pour préciser et partager sa vision des choses. Il y a dans celle-ci une farouche volonté d’indépendance de corps et d’esprit, une aspiration à l’auto-suffisance, une insatisfaction quant à la façon dont court le monde et une radicalité qui transpire dans chacun de ses choix. Comme celui du calendrier, par exemple : « en Suisse, les vendanges commencent le 15 septembre. J’ai un train qui part le 12 septembre de Umea, dans le centre de la Suède. Je vais y descendre en stop le 10 septembre, ce sera le maximum que je puisse faire, pour rester le plus longtemps possible ! » Et puis, après avoir cueilli les fruits cultivés, il sera déjà temps de se plonger à nouveau dans la nature brute et sauvage.


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L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Pour suivre les pérégrinations de Romain, rendez-vous sur son site internet.

Zephalto, l’élan vers la beauté

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Vincent Farret d’Astiès, 40 ans, a une formation d’ingénieur et une expérience de contrôleur aérien. Mais, attiré par le silence de la mer et celui des voiliers qui partent vers le grand large, il a souhaité vivre cette expérience dans les airs, avec un projet fou de ballon manœuvré à l’énergie solaire plutôt qu’au brûleur à gaz. De là est né son projet pionnier sur le plan scientifique, avec l’idée de battre le record du monde de vol en ballon détenu par Bertrand Piccard (19 jours 21 heures 47 minutes, en 1999), parrain de Zeph Exalto et membre du Comité d’Honneur de La Guilde. Un projet qui pourrait décoller cet été.

Administrateur de La Guilde depuis 2017, Vincent Farret d’Astiès incarne magnifiquement cette devise de La Guilde : « faire ce dont les autres rêvent ».

Vincent Rattez, délégué général de La Guilde


« À l’origine, il y a un élan vers la beauté. Je voulais naviguer dans le ciel comme on navigue en mer. Pouvoir caboter entre les nuages, voguer sous les étoiles. Larguer les amarres. Ce qui a provoqué ça, c’est la beauté du ciel, ses nuages comme des îles qui donnent envie d’aller de l’un à l’autre d’abord, puis de partir au long cours. »

« Un soir, j’ai regardé un couché de soleil et l’idée m’est venue. Ce n’était pas réfléchi, ce n’était pas dans le cadre d’une démarche technique pour voler indéfiniment. À partir de cet élan initial, la technique a suivi. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est lié au fait que j’étais contrôleur aérien. Ce n’est tout de même pas impossible, ça faisait quelques années que je regardais le ciel. (rires) Mais pourquoi à ce moment-là ? »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Plus que des inspirations, il y a des filiations d’adoption. Icare, c’est toujours un peu gênant car il est celui qui s’est brûlé les ailes mais, oui, le rêve est le même. Il pourrait y avoir du Jules Verne, avec ce côté ingénieurs français qui associent technique et aventure, et le ballon, très XIXe siècle. L’aviation, Louis Blériot et consorts, ce sont des avions : l’attrait pour l’air est indéniablement le même, mais nous sommes plus dans l’odyssée, dans le fait de larguer les amarres. Donc on se situerait plutôt dans la lignée d’un Joshua Slocum (premier navigateur à effectuer le tour du monde en solitaire, de 1895 à 1898, ndlr), avec un tour du monde un peu hors du temps. Il y a du céleste, mais aussi de la navigation, du voyage au long cours. C’est Icare avec ce qu’il faut d’Ulysse pour rentrer – il faut rester modeste ! (rires) »

« Il n’y a pas vraiment de labyrinthe à fuir. Ce qui est à fuir, ce sont les peurs – d’autres diraient la raison. Les peurs qui empêchent d’aller. Tout le reste, il faut l’accepter, l’affronter, le surmonter, le contourner… Fuir les peurs et l’abattement. Une fois qu’on dit qu’on n’a pas peur et qu’on ne lâchera pas, je ne vois pas grand chose qui puisse t’arrêter. »

« Qui veut voyager loin s’adapte à la nature, en somme. »

« J’étais contrôleur aérien, pilote de petits avions, et j’ai toujours un peu navigué. En termes de liberté, l’imaginaire est bercé par la voile. Il y a cette idée d’autonomie, d’absence de limites, et en même temps le fait d’être complètement tributaire, immergé dans l’élément naturel. Curieusement, c’est une liberté liée à un abandon. »

« D’où vient la sensation de plus grande liberté quand tu es dépendant du vent, que tu ne choisis pas où tu veux aller ? Dans un avion, une voiture ou un bateau à moteur, tu peux aller où tu veux, quand tu veux… tant que tu as du carburant. Tous les moyens motorisés sont limités. En voilier, ta seule limite sont tes vivres, ta condition humaine. Pour être le plus libre possible en tant qu’humain, il faut être dépendant de la nature, plutôt que de son carburant. »

« La même chose sur terre, ce serait de l’ordre du voyage à cheval. Est-ce que je dis ça parce que j’ai un imaginaire nourri par Kessel et d’autres ? Je ne sais pas. Mais le cheval se contente de brouter et de boire, il y a un côté non-violent dans ce voyage. »


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« Un ballon à gaz, rempli d’hélium, flotte dans l’air comme un bouchon sur l’eau. Traditionnellement, on jette du sable pour monter, on tire une soupape qui libère du gaz pour descendre (la montgolfière, remplie d’air chaud, fonctionne quant à elle avec un brûleur nécessitant du carburant, ndlr). Nous, on a un deuxième ballon en-dessous, rempli d’air. Ce ballon de volume fixe est sous pression. Quand on le remplit d’air, qu’on augmente la pression, la masse augmente et on peut descendre. Inversement, quand on le dégonfle, qu’on fait descendre la pression, la masse diminue et on remonte. Comprimer l’air demande de l’énergie via les compresseurs : c’est là qu’interviennent les panneaux solaires. »

« Concrètement, je vole grâce au soleil. C’est un peu plus complexe qu’un bateau à voile. Un panneau solaire, ce sont des cellules photovoltaïques, il y a de l’électrique derrière, c’est difficile à assembler avec peu de moyens. De ce côté-là, par rapport au voyage à cheval ou en voilier, c’est un peu moins pur. Pour aller vers la beauté, les moyens ne sont pas directs. »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Je ne pense pas tout de suite à des notions de bilan carbone. Mais naturellement, si tu esquisses un geste un peu total, alors tu ne veux pas polluer. Si tu laisses une grosse trace de fumée, ce n’est pas la même chose. Tu t’inscris mieux dans le paysage, dans sa beauté, sans l’altérer. L’esthétique n’est pas uniquement la photo – dans la photo, tu ne vois pas le temps passé – c’est aussi l’impact. La dimension écologique fait partie de cette esthétique, finalement. »

« L’élan premier et la réalisation montrent que c’est en s’adaptant qu’on va plus loin. Ça implique de changer d’état d’esprit, de manière d’aborder les choses. Si on décide de tout forcer sans arrêt, forcément, ça ne tiendra pas. Pour aller longtemps, sans fin, le seul moyen est de s’adapter à la nature. Qui veut voyager loin ménage sa monture et s’adapte à la nature, en somme. »

« Il y a un message, car le projet dit exactement cela : ce sont les facultés d’adaptation et le fait de mieux connaître la nature qui vont permettre ce vol. Nous voulons voler pendant trente jours, jusqu’à 8 000 mètres d’altitude. Ce n’est possible qu’en sachant bien comment agissent les vents en altitude, quelque chose qui était beaucoup moins connu il y a 20 ans. Ce qui va nous permettre d’aller plus loin, c’est donc une meilleure connaissance de l’élément naturel. »

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Le rêve est maintenant un petit enfant de huit ans. J’ai quitté mon métier il y a cinq ans pour être à temps plein dessus. Tout ce temps, deux choses permettent de tenir. Il y a le défi humain : tu es avec d’autres personnes, tu formes une équipe, tu as envie d’aller au bout. Et puis, quand je lève les yeux au ciel et que je vois un nuage, ça fait des années que je lui dis : « j’arrive ! ». »

« La météo nous joue des tours, mais si le vol d’essai est réussi cet été, la fenêtre météo suivante peut être la bonne pour partir pour le vol record. Il faut prendre celle qui nous amène vers le nord de l’Europe, ce qui est assez courant, puis Arctique, Canada, Etats-Unis, et retour avec les vents qui viennent généralement de l’ouest. »

« On se sent assez sereins. Il y a toujours des détails techniques qui peuvent créer des surprises, comme dans toutes les expéditions. Mais que ce soit reporté d’un mois ou de six mois, je sais que je le ferai. Je pense que ça change vraiment quand on monte à bord pour s’envoler ; sinon, il n’y a pas de plus grande fébrilité. C’est quelque chose qui est attendu, préparé, et qui de toute façon aura lieu. »

Propos de Vincent Farret d’Astiès, recueillis par EC


Pour suivre le projet Zeph Endless Flight, rendez-vous sur www.zephalto.com

Cet été, Odyssée, un ballon pionnier capable de voler plusieurs semaines sans carburant ni escale, a réussi son premier vol d'essai. Vincent Farret d'Astiès, à l'initiative de l'aventure Zephalto, nous parle de rêves, de beauté et d'avenir, les pieds bien campés dans la réalité mais prêt à décoller.

« Il y a une image romantique du voyage à cheval »

Quand deux sœurs partent traverser les Monts Célestes à cheval, elles en reviennent à trois. Léopoldine et Elise Desprez, lauréates des Bourses de l'Aventure 2019, éclairent ce tour de magie. Qui commence par un rêve.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Parmi les mille façons de parcourir le monde, vous avez choisi le cheval. Pourquoi ?

Elise : On a eu la chance de grandir avec des chevaux, depuis toutes petites ce genre de voyage au long cours nous trottait dans la tête. On en rêvait, jusqu’à cette espèce de fenêtre spatio-temporelle dans laquelle on était disponibles toutes les deux, l’année dernière. On s’est dit go !
Léopoldine : C’était vraiment un reste de gamines. Ça fait rêver, parce qu’il y a une image romantique du voyage à cheval. On idéalise un peu tout ça, c’est l’aventure pure et dure, les sacs sur les chevaux et on va se perdre dans la nature sauvage.
Elise : On rêvait aussi d’aller en Asie centrale parce qu’il y a encore des peuples nomades ou semi-nomades, des gens qui utilisent les chevaux dans leur quotidien. On avait envie d’utiliser le cheval comme trait d’union, avec cette idée d’aller rencontrer des peuples cavaliers et d’être vues d’abord comme cavalières.
Léopoldine : De manière générale, le voyage lent, prendre le temps de voir le monde, soit en marchant, soit à cheval, sur une longue durée, ça a toujours été quelque chose qui me bottait bien.

Il y a de la madeleine de Proust dans votre départ. D’autres inspirations, d’enfance ou plus actuelles, vous ont-elles poussées sur la piste ?

Léopoldine : Un des bouquins qui m’a vraiment fait rêver, c’est Les Cavaliers, de Joseph Kessel (entré dans La Pléiade en juin 2020, ndlr). Même si ce n’est pas trop le même coin, ça reste des noms magiques : la route de la soie, les peuples cavaliers… Ce bouquin a fait beaucoup pour moi.
Elise : Le trajet qu’a fait Sylvain Tesson avec Priscilla Telmon nous a forcément inspirées, ça a été notre livre de chevet avant de partir (La chevauchée des steppes, ndlr). Le hasard a fait qu’on a rencontré des personnes qui les avaient vus à l’époque de leur voyage ! Il y a aussi des gens comme Tim Cope et tous ceux qui ont voyagé dans cette région avant nous. Et des aventurières, comme Ella Maillart, une femme assez charismatique qui nous a beaucoup inspirées. La littérature nous a portées, nous a appris, tant pour se sortir de moments compliqués qu’au niveau technique.

« On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. »

Concrètement, comment passe-t-on du rêve à la réalité ou, pour reprendre une formule chère à La Guilde, comment faire ce dont les autres rêvent ?

Léopoldine : C’est parti d’une étincelle. Elise finissait un CDD au printemps. Lors du Noël précédent, on a lancé sur le ton de la blague « allez, on le fait ! » En se rapprochant de l’association des Cavaliers Au Long Cours pour potasser la faisabilité de l’idée, on a compris qu’il fallait juste le vouloir pour se lancer. J’ai demandé un congé sans soldes, et on a pris ce temps pour nous.
Elise : J’étais à Thonon, Léo à Nantes, ce n’était pas hyper évident pour la préparation du voyage. Un hasard a fait qu’on a eu deux contacts au Kirghizistan, donc on s’est dit « on prend cette base-là, on partira du Kirghizistan ». Et on a construit notre projet une fois sur place, dans les trois semaines avant de partir avec les chevaux. C’est un mélange d’un peu de préparation en amont, et de rencontres sur place.
Léopoldine : Ce sur quoi on a passé le plus de temps, finalement, ce sont les demandes de financement, dont les Bourses de l’Aventure de La Guilde. Elles nous ont aidées à définir notre projet, à lui donner un cadre, à affiner la région, le temps, la direction… C’était plus carré dans nos têtes même si, concrètement, tout s’est débloqué une fois au Kirghizistan.
Elise : On était intimement convaincues de certaines choses. On savait qu’on voulait partir à deux, entre frangines, sans guide. Des personnes nous disaient « attention, ça va être dangereux, l’Asie centrale ! » Mais tout le monde a des a priori, et beaucoup de personnes projettent leurs peurs. La phase de préparation nous a confortées dans l’idée qu’on pouvait y arriver. En se laissant le droit à l’erreur ! On pouvait se planter, mais on devait aller au bout de notre idée. Ça, c’était très important pour nous.

Qu’est-ce que cela implique, selon vous, de partir « entre frangines » ?

Léopoldine : Un des gros avantages d’être sœurs, c’est qu’il n’y a pas de gênes, pas de non-dits. Ça coule, c’est simple. Malgré toutes les galères qu’on a pu avoir, il n’y a pas eu une journée sans un fou rire.
Elise : Il n’y a aucune forme d’enjeu dans notre relation. On sera toujours sœurs, peu importe ce qu’il se passe, c’est très confortable. Et une espèce de feeling s’est produit : quand on sentait que l’une fatiguait, ça faisait naître une forme de regain en l’autre et hop, on prenait le relais. Une anecdote m’a marquée en tant que petite sœur. Quand on a perdu nos chevaux pour la première fois…
Léopoldine : La deuxième, on les avait déjà perdus avant le départ ! (rires)
Elise : (rires) On arrive dans la vallée de l’Ak-Say, à plus de 3 000 mètres d’altitude, une vallée déserte, absolument magnifique. Deuxième nuit, tempête, on se rend compte au petit matin qu’il ne reste plus qu’un cheval sur les trois. Et là, Léo ne me parle pas, elle selle le dernier cheval, prend son duvet, sa couverture de survie, et me dit « je reviens dans trois jours s’il le faut, je vais chercher les chevaux. Toi, tu ne bouges pas. » Je la vois disparaître à l’horizon et je reste à la tente, avec notre chien. On a aucun moyen de communiquer, et moi je prends conscience qu’on est séparées pour la première fois. On ne pouvait plus compter l’une sur l’autre.

« Il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité. »

Vous êtes donc séparées, sans moyen de communication, et vous avez perdu deux de vos trois chevaux… Et ensuite ??

Léopoldine : La journée et la cogitation m’ont faite rentrer à la tente. Je n’avais pas retrouvé les chevaux, tout un tas de questions se posaient, c’était bien d’être à deux pour en parler, pour se serrer les coudes. Et finalement, on a retrouvé les chevaux le surlendemain grâce aux bergers de la vallée. Ils connaissent la steppe comme leur poche, ils arrivent à repérer quand deux chevaux ne sont pas les leurs. Et surtout à les attraper, parce qu’ils étaient encore un peu sauvages !
Elise : Ça se finit bien, mais je t’en ai énormément voulu, parce qu’en plus de retrouver les chevaux, t’as eu le droit à un repas chaud avec les bergers, alors qu’on arrivait pas à se faire à manger ! (rires) Mais ça a été un immense soulagement. C’est reparti, on oublie tout, go, on y va.

La caravane est reformée. Comment se passe la cohabitation entre ses membres ?

Léopoldine : On a mis trois chevaux qui ne se connaissaient pas ensemble, ils ne nous connaissaient pas non plus, et un chien a décidé de nous suivre dès le début. On était six éléments, pas tous connectés entre eux, donc il y avait un manque de confiance. La nuit de la fuite des chevaux, un troupeau est venu se mêler, avec un étalon un peu nerveux, de la grêle, de l’orage… Et puis, avec le temps et les kilomètres, la caravane s’est soudée. Le matin, les chevaux nous saluaient d’un petit hennissement, ils se laissaient approcher facilement. Petit à petit, on fusionne, on ne fait plus qu’un.. Il y a quelque chose de très, très fort qui se crée, quelle que soit l’espèce.
Elise : Il y a une forme d’entraide qui se met en place et qui est assez difficile à expliquer. Par exemple, quand on est en train de franchir un col à 4 000, on sent un chanfrein dans notre dos, c’est un des chevaux qui nous pousse de la tête pour nous aider à monter – et cinq minutes plus tard, c’est le même qui va nous pousser dans le ravin parce qu’on n’avance pas assez vite. Ce n’est pas forcément toujours bienveillant ! (rires)

Un chien vous a suivi ? Ce n’était pas le vôtre?

Elise : Non, mais dès les premiers troupeaux sauvages, il a défendu nos chevaux, la caravane. Quand des bergers approchaient, il se mettait entre nous et eux. C’était assez incroyable de voir cette synergie qui s’est mise en place.
Léopoldine : Il a passé les frontières avec nous et puis, à la fin du voyage, je n’ai pas eu le courage de le laisser. Donc là, il est tranquillement avec moi, dans son panier, dans le salon !

Génial. Et le fait de partir entre filles, de conjuguer ce voyage au féminin, ça a été un sujet pour vous ?

Elise : Le fait d’être deux femmes nous a permis de rencontrer beaucoup plus facilement. Par exemple, quand on arrivait dans des yourtes sur les hauts plateaux, si les femmes étaient seules, elles nous autorisaient à rentrer dans la yourte. Dans ces moments-là, c’était plutôt en notre faveur.
Léopoldine : Ce qui est appréciable quand il y a des interactions avec des locaux, c’est qu’ils nous parlent à nous. Alors que s’il y a un homme, ils vont adresser la parole uniquement à l’homme, ce qui est hyper frustrant quand un des objectifs est de rencontrer des gens et d’être perçu comme un voyageur, pas comme un homme ou une femme.
Elise : Après, les gens voyaient d’abord les cavalières. Les chevaux étaient bien tenus, on parlait entre cavaliers, plutôt qu’en tant que femmes ou touristes.
Léopoldine : C’est un truc que j’aime bien mettre en avant : se dire qu’il n’y a pas de limites, hommes ou femmes, aucune raison de se mettre des barrières – parce que c’est souvent nous qui nous les mettons. Bien souvent, quand on voyage, on est d’abord vu comme un voyageur, quel qu’il soit. C’est un message porté par beaucoup de femmes qui voyagent. Ça reste rare de tomber sur des tarés, et c’est aussi rare en France qu’au milieu de la steppe kirghize. Il y a quand même peu de gens qui sont fous. Donc il faut partir sans limites, mais avec beaucoup d’humilité.

« On naviguait complètement à vue, c’était formidable ! »

Un moment fort à retenir ?

Léopoldine : Durant la préparation à Bichkek, la gestion administrative a été un gros problème. On nous disait qu’il serait impossible de passer la frontière, en plus on s’est retrouvées avec ce chien pour lequel on n’avait aucun papier. Et en fait, à la frontière, c’est passé comme une lettre à la poste. Il y a eu une espèce d’allégresse de se retrouver propulsé côté kazakh tous les six – qui n’a pas duré parce qu’on s’est vite rendu compte qu’on ne savait pas où aller ! (rires)
Elise : On est quand même arrivées dans le pays sans carte, sans téléphone, sans GPS parce qu’on n’avait plus de panneaux solaires, sans argent, on ne parlait pas la langue, on ne savait pas où on allait… On naviguait complètement à vue, c’était formidable !


L’ensemble des carnets de voyage des soeurs Desprez est à retrouver sur le joli site STAN & Co.

L’édito de la lettre de juin



Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : Conjuguer le temps présent

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La Guilde a soutenu en un temps record plus de 60 plans d’action contre le Covid-19, portés par des partenaires actifs en Afrique (87%) ou ailleurs (Asie, Amérique Latine, Proche Orient). En cinquante jours, grâce à nos outils numériques et notre réseau, en nous jouant des frontières fermées et des liaisons aériennes suspendues, cette action humanitaire à travers les acteurs locaux a atteint son objectif. L’allocation financière proche de 150 000 € (incluant l’appel à dons spécial Covid-19) est issue de l’AFD au titre des microprojets, du Fonds de Dotation Gratitude, de la Fondation Impala et des donateurs de la Guilde.

Gratitude, voici en effet notre sentiment vis-à-vis de celles et ceux qui donnent. Cette aide a notamment permis de financer localement de la production de masques, la plus emblématique étant celle des femmes qui se reconstruisent dans le Centre de la Fondation Panzi au Kivu. Au Sénégal, neuf projets ont été soutenus, souvent en milieu urbain ; au Burkina Faso, dix projets, principalement dans la région de Bobo Dioulasso. Au total, ces actions à impact rapide sont réparties dans 26 pays. Nous avons aussi financé de l’aide alimentaire, la faim surgissant du confinement et de la perte des revenus associée ; et encore du gel dans des écoles, des laves-mains publics pour les marchés, des supports d’information en images… Pour une large majorité en fabrication locale.

En soutenant ceux qui font déjà, à faible coût – moins de 2 000 € en moyenne par action – nous arbitrons pour un rapport coût/impact optimal et nous montrons aux populations concernées qu’elles ne sont pas et ne seront pas seules et démunies.

Vincent RATTEZ
Délégué Général


Les lettres de l’année :
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

Des repas pour Mossoul, avec le Book Forum

Réactifs au coeur de l'épidémie, les équipes du Book Forum de Mossoul, en partenariat avec La Guilde, ont pu apporter une aide alimentaire indispensable aux familles les plus vulnérables de la ville irakienne.

Un article de Cécile Massie


Fahad et Hareth ont l’énergie de leurs 32 ans et une sagesse de centenaires. Quand Daesh a pris Mossoul en août 2014, ils n’ont pas fui, ils n’en ont pas eu le temps. Pendant trois ans, ils ont subi les lois du soi-disant Etat Islamique. Alors, Mossoul à peine libérée, les deux amis décident d’ouvrir un café littéraire. Leur objectif : offrir un lieu aux habitants de leur ville, où tous et toutes (!) pourront se réunir, passer, lire, échanger et, surtout, ne pas être d’accord, mais le faire avec des mots. Ils veulent des livres et des idées pour lutter contre l’obscurantisme. Le Book Forum ouvre ses portes en décembre 2017.

La Guilde les a rencontrés en septembre 2018. Depuis, différents projets ont vu le jour grâce à plusieurs partenariats et beaucoup de confiance. C’est d’abord Sylvain Tesson qui se rend sur place, pour parler écriture et esprit d’aventure. Une centaine de livres sont acheminés à cette occasion. En janvier 2019, répondant à l’invitation de la Guilde, Fahad et Hareth viennent en France – non sans difficultés ! – et participent entre autres au salon du Livre du Havre, accompagnés de leur marraine, Véronique Olmi. En octobre 2019, avec le soutien de l’UNESCO, le Book Forum et la Guilde mettent sur pieds le Festival Culturel de Mossoul, première initiative de ce genre depuis la libération. Les rues du vieux Mossoul se remplissent de livres, d’un écran géant, de concerts live.

Aujourd’hui, c’est pour faire face aux conséquences dramatiques de plusieurs semaines de confinement sur une population déjà très fragilisée, que la Guilde et le Book Forum collaborent de nouveau. Grâce à un financement de l’Ambassade de France en Irak, Fahad et Harith peuvent coordonner des distributions de vivres et de matériels de protection (masques, savons, brochures de sensibilisation) à une centaine de foyers.

Le gouvernement irakien a mis en place plusieurs périodes de confinement afin de prévenir la propagation de la Covid 19 dans le pays. Si cette stratégie a été payante pendant les premières semaines, le pays est en train de subir une augmentation rapide du nombre de cas de contaminations (1400 pour la seule journée du 23 juin). Le confinement est prolongé et de nombreux Mossouliottes ne sont plus en capacité de travailler ni de fournir à leur famille le minimum vital. Un grand nombre de femmes, veuves, avec des enfants à charge, se retrouvent dans des situations critiques.

C’est dans ce contexte que les premières distributions ont eu lieu les 16 et 17 juin, principalement dans les quartiers ouest de la ville, les plus impactés par les destructions de 2017. Cent familles ont ainsi pu recevoir chacune un sac de denrées avec les produits de base tels que sel, pâtes, riz, farine…. Deux autres vagues de distribution sont prévues. La prochaine devrait avoir lieu courant juillet. En parallèle, l’équipe du Book Forum se coordonne avec des médecins et des pharmacies de quartiers pour pouvoir fournir aux habitants qui n’ont pas de ressources les médicaments dont ils auraient besoin.

La Guilde espère trouver de nouveau soutien afin de prolonger ce partenariat et augmenter le nombre de bénéficiaires sur place.

على مدار ٢٠ يوم كاملة، عمِلت مجموعة من الشباب والشابات الرائعين من مدينة الموصل تحت ضغوط كبيرة وعمل متواصل وشاق.ليكون #ملتقانا_بالنجفي. اضخم حدث ثقافي في الجانب الايمن لمدينة الموصل بعد التحرير.#ملتقانا_بالنجفي

Publiée par ‎ملتقى الكتاب – Book Forum‎ sur Mercredi 23 octobre 2019

L’édito de la lettre de mai



Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : Deuil et résilience

Pour recevoir la lettre mensuelle : formulaire d’inscription

Le coronavirus a des conséquences majeures dans tous les domaines. Les dégâts économiques prennent la suite des dégâts sanitaires ; les dégâts sociaux et moraux sont immenses, même si plus difficiles à mesurer dans l’immédiat. Gardons en tête que, par un principe qui se vérifie toujours, ce qui est difficile chez nous devient vite terrible dans les pays pauvres : familles affamées, scolarités abandonnées, situations sanitaires dangereuses. En Inde, des « journaliers » ont été retrouvés morts d’épuisement le long des routes qui devaient les ramener vers leurs villages d’origine.

Face à cela, le niveau d’épargne des Français bat un nouveau record, tandis que les associations manquent de fonds. Le confinement a tétanisé notre société. Cela nous amène à deux conclusions : il est urgent de mobiliser toutes les énergies positives pour se dépenser sans compter, et il faut retrouver le chemin de la générosité et de l’engagement sans tarder pour sortir d’une léthargie plus mortifère chaque jour. Nous essayons de toutes nos forces de faire repartir quelques volontaires sur le terrain, où ils manquent terriblement. Nous faisons aussi appel à vous pour trois projets très concrets d’aide en Afrique et au Proche Orient contre la crise mondiale qui s’étend. Trois projets parmi 86 actions identifiées (voir plus bas). Chaque euro sera un encouragement et un signal de vie.

Cette vie qu’il menait avec un grand et beau sourire, Olivier Mouzay l’a quittée brutalement, le 7 mai dernier. La Guilde lui dédie ce numéro de notre lettre.

Vincent RATTEZ
Délégué Général


Les lettres de l’année :
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

L’édito de la lettre d’avril



Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : L’action, mère de la solidarité

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Parmi les 600 volontaires de la Guilde engagés sur de multiples terrain d’actions début 2020, 24% sont rentrés en France entre mars et avril. Soit que leur fin de mission prochaine demandait un retour avant la suspension des liaisons aériennes, soit par impossibilité de renouveler leur visa dans un contexte de fermeture des frontières, soit encore par arrêt des programmes dans lesquels ces volontaires agissaient. Ces retours sont souvent difficiles, certains sont rentrés bien malgré eux, déçus et, parfois, avec un sentiment de culpabilité. La frustration est aussi un apprentissage, que nous nous efforçons d’accompagner.

Ceux qui sont rentrés comme ceux qui sont restés – plus de 400 – ont tout notre soutien pour pouvoir persévérer dans l’action. Celle-ci est un remède moral et une réaction de vie face à l’endormissement collectif auquel la pandémie voudrait nous contraindre.

Ainsi, le pôle Microprojets de la Guilde se mobilise-t-il contre le coronavirus, en collectant très rapidement les besoins des porteurs de projets, en Afrique principalement, pour aider de nombreuses communautés à tenir bon face à la pandémie, et plus encore à l’effondrement économique qui est en train de l’accompagner. Nous espérons soutenir plusieurs dizaines de microprojets au cœur des quartiers et des villages d’Afrique ; à la fois contre le Covid-19, mais aussi contre ce que les Africains appellent le « frigovid–20 ». Un trait d’humour qui est parfois la noblesse du désespoir.

Vincent RATTEZ
Délégué Général


Les lettres de l’année :
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien