Un mois de Nagalaqa, jour après jour

Le 28 juin s'élançait l'expédition Nagalaqa pour trois mois d'exploration au nord de l'archipel arctique canadien. Soutenue et reconnue projet-pilote par La Guilde, l'expédition menée par Sébastien Roubinet avec Eric André et Jimmy Hery livre chaque jour son carnet de bord. Compilation d'un mois de glaces, une aventure à suivre jusqu'à l'automne.

Un article de Aventure


Extraits tirés des publications de l’expédition Nagalaqa sur ses réseaux sociaux.

28 juin

Ça y est, on est partis ! Des conditions donc parfaites pour ce départ, les cours de voile peuvent commencer ! Deux heures plus loin, nous longeons déjà la glace, une première baleine nous rend visite : ça sent le bonheur ! Nous comptons bien partager notre quotidien, nos découvertes, et notre passion pour ces régions belles, sauvages et reculées.

30 juin

Depuis le départ, nous naviguons non-stop grâce à un formidable crack qui nous ouvre la route du nord, tout en alternant les quarts.

En 48h, nous avons déjà parcouru plus de 100 km sans effort, contemplatifs devant les glaces accueillantes et les nombreux animaux croisés… Trois ours, des phoques, des vols de canards eider, des baleines à bosse et des bélougas ont croisé notre route.

La vie est belle !

Crédits Nagalaqa

1er juillet

C’était trop beau ! Après un lever à 3 heures du matin pour profiter d’un bon vent portant sur environ 60 km, nous voilà dans les glaces et la bruine… Il faut cheminer pendant deux heures à travers des blocs flottants, des plaques, des lacs de fonte, des crêtes… Les combis sèches ont bien été rentabilisées aujourd’hui avec quelques baignades !

Journée marquée par la rencontre sur la glace d’un jeune ours, le quatrième depuis notre départ.

2 juillet

Nous sommes nous-même étonnés de la facilité et de la rapidité avec lesquelles Babouch’ty franchit les obstacles… Ce soir nous avons atteint une île au nord-ouest de l’île de Banks et pour finir la journée en beauté, nous avons aperçu deux caribous et deux chouettes harfang.

4 juillet

Le défilé ! Ce matin, ce sont des dizaines de bélougas qui nous réveillent autour du bateau ! Après 11 heures de navigation, nous nous installons sur la glace côtière en nous amarrant à terre, satisfaits de voir dériver la glace à grand train vers le sud alors que nous resterons sur place cette nuit. Un loup arctique, port altier et fourrure blanche fournie ! Il est venu à notre rencontre, depuis combien de temps nous observe-t-il ? Il prend un peu de distance, nous observe, et s’évanouit dans la brume.

Crédits Nagalaqa

6 juillet

Tapage nocturne… Hier soir, après la rude journée d’hier, tous les trois endormis, un ours curieux est venu se frotter au bateau… Nous naviguons vers le nord-est espérant tomber sur la faille que l’on voyait sur les photos satellite envoyées par Lise ; pas simple de les identifier avec le brouillard ou les mirages quasi constants. Mais enfin, nous l’avons trouvée ! Babouch’ty navigue sur l’eau. Nous venons de passer le 75 N ! Espérons que ça continue comme ça vers le nord.

8 juillet

Le début de la journée se fait sous la brume dans un dédale de pack flottant. Nous prenons le temps de nous arrêter régulièrement pour monter sur les blocs de glace et observer le terrain qui nous entoure, c’est là que nous apercevons un ours au loin devant nous. Pour sûr, nous attirons la curiosité de l’animal avec notre embarcation. Nous enchaînons alors les kilomètres jusqu’à l’île du Prince Patrick, l’un des endroits les plus austères que l’on ait vu, une île désolée sans vie apparente, paysage sombre et sans relief, seule une pierre échouée au milieu de nulle part.


À LIRE AUSSI : « Il y a beaucoup de trucs à inventer »


11 juillet

La glace sous toutes ses formes… Nous réussissons à avancer sur quelques kilomètres grâce à une bande d’eau libre le long des côtes. Chacun se positionne et prend son poste, une bonne coordination se créé au fil des glaces. En fin de journée, une plaque bien lisse nous permet d’abattre et d’avaler une plus grosse distance en quelques heures. Le soleil se montre enfin et nous découvrons encore plus les terres que nous longeons depuis quelques jours. Aujourd’hui : 24 km avec le vent de face, 98 % sur la glace dont 5 km de glisse au près sur une belle plaque lisse = 120 km en quatre jours, on est dans les temps !

14 juillet

Ces derniers jours ont été assez durs. En cause ? Vent de face, brouillard, pluie, passages difficiles… La glace devant nous est plutôt lisse, le vent est définitivement de face mais c’est toujours ça de pris. Ce rythme va durer un temps mais finalement le chaos de glace nous rattrape. A présent, il faut pousser fort, faire pivoter le bateau sur son point d’équilibre pour le faire retomber de l’autre côté, sortir les piolets et palans pour le hisser au-delà des crêtes de compression, parfois très hautes. Mais notre motivation ne faiblit pas, alimentée par le désir de s’imaginer encore un peu plus loin.

15 juillet

Un jour sur l’eau ou presque ! Ce matin nous mettons directement le bateau à l’eau, les morceaux de glace se font de plus en plus fréquents et denses, les bords de plus en plus serrés et même en tirant le bateau depuis la glace, il faut pousser, tirer, border, choquer ! Ça cogne de plus en plus mais notre confiance et notre volonté d’avancer ne nous abandonnent pas : rien ne nous arrête aujourd’hui. Ce soir, nous installons le camp sur la glace, au large des terres. A l’intérieur les visages chauffent, signe d’une journée intense mais fructueuse car nous sommes à moins de 100 km de l’île de Brock.

Crédits Nagalaqa

16 juillet

La journée a débuté sous un brouillard givrant et du vent de face. La glace se densifie, il faut slalomer entre les blocs, de plus en plus nombreux et gros. Seb essaie de comprendre où nous nous situons par rapport aux glaces. Seb aux manettes (voiles, safrans et itinéraire), Jimmy et Eric aux étraves pour pagayer, repousser les blocs, monter sur une plaque quand cela est nécessaire, ou essayer de guider Seb pour trouver un passage. Seb juge plus raisonnable de nous arrêter sur une belle plaque, avant que nous ne commettions une erreur par fatigue ou manque de concentration.

18 juillet

16 km, c’est la distance que nous avons parcourue en 2 jours, plus précisément en 19 heures ! il nous faut de nouveau tracter et pousser notre embarcation. Fort heureusement, le cheminement est un peu plus évident que la veille, moins chaotique, pas de grosses crêtes ni de blocs flottants, glissants et mouvants à franchir… L’île de Brock est encore à 59 km… Nous sommes des fourmis dans cet univers de glace, un pas après l’autre, avec notre bateau-traîneau ; chaque mètre de pris est un mètre gagné.

19 juillet

Nous sommes sur un gros tapis roulant mais à contre-sens, par moment, juste boire un thé c’est un retour en arrière de 50 m, une réparation 185 m, un pipi 3 mètres ! Le bateau est parfois malmené dans ce chaos et depuis quelques jours une fissure de 15 cm est apparue sur le dessus du flotteur tribord, à force de prendre de gros chocs frontaux. Nous avons dû nous arrêter 3 heures pour effectuer une réparation temporaire : l’attelle semble bien faire le travail, ça ne bouge plus du tout mais il faudra tout de même effectuer une réparation plus sérieuse quand les conditions seront meilleures.

Crédits Nagalaqa

20 juillet

Pas de vent, pas une ride à la surface de l’eau, du coup une sensation de chaud ! Pas la canicule, mais nous nous sommes tout de même retrouvés sans gant ni bonnet ! Nous prenons même le temps d’un thé sur le cockpit, en glissant au milieu des blocs épars, après de dures journées, nous savourons pleinement ! Nous avons avancé de 20 kilomètres aujourd’hui, croisé un ours au loin, le 7ème, quelques traces de pas, de plus en plus de phoques, d’oiseaux. Ce soir nous bivouaquons en bordure de plaque, à moins de 30 km de Brock, et réalisons nos prélèvements pour la science.

21 juillet

L’Arctique est imprévisible, elle réserve toujours des surprises, des mauvaises comme des bonnes. Aujourd’hui, elles sont bonnes ! Nous avons parcouru 32 km et dépassé un peu notre moyenne quotidienne, nous sommes dans les temps, pile sur le 78e parallèle et à hauteur de l’île de Brock ! Nous n’irons sans doute pas à terre, car les images satellites indiquent une belle voie d’eau au large qui pourrait nous permettre d’avancer de 50 km sur l’eau, on ne va pas gâcher ce plaisir !

23 juillet

Journée éreintante… Nos efforts et notre persévérance étaient nécessaires à chaque instant de la journée. 28 km aujourd’hui, dans des conditions pas évidentes, nous voilà à Borden, fourbus mais satisfaits ! Notre choix pour la suite, pour résumer : sur les glaces de terre nous n’allons pas assez vite, dans les cracks nous sommes plus rapides mais pouvons mettre des jours à en sortir (les abords chaotiques) et le large, on oublie !

Le choix se porte donc sur les cracks mais il faut savoir en sortir à temps.

Crédits Nagalaqa

24 juillet

Vacances au soleil… L’étendue d’eau près de laquelle nous nous sommes couchés hier n’a pas pris une ride ce matin. La musique si particulière de la glace, des plaques de banquise qui dérivent dans un paysage où tout semble figé, le soleil nous réchauffe, nous savourons cet instant. Décision du capitaine : presque un mois que nous sommes partis, nous avons besoin de repos. C’est le moment aussi de prendre du temps pour nous, chacun vaque à ses occupations. Heureux d’être là, et excités de ce qui nous attend !

28 juillet

Tenir le cap…Aujourd’hui cela fait un mois exactement que cette aventure a débuté.Nous avons passé la l’attitude du nord de l’ île de Borden et sommes maintenant dans la région canadienne du Nunavut.Le crack est toujours ouvert mais il part trop au nord, à 80° de notre route et la glace se densifie.Nous finissons donc par monter sur la glace pour tenter de faire une route plus directe, en tractant le bateau quelques heures… puis un beau crack se présente à nous à nouveau mais voilà que le vent tombe complètement, il faut continuer à tracter le bateau mais cette fois-ci depuis la rive de la banquise et à l’aide d’un bout.

Nous réaliserons environ 20 prélèvements d’ADN durant toute l’expédition. Cela consiste à filtrer de l’eau directement dans la mer pendant 20 minutes, de préférence en navigation à une vitesse de 2 nœuds ; pour l’instant il y a trop de glace, nous sommes donc obligés de le faire en statique.L’une des complexité est de ne pas mettre notre propre ADN partout, il faut travailler proprement dans des conditions pas souvent faciles et bien sûr tout désinfecter.Ces prélèvements d’ADN rendront compte de la faune (que nous ne verrons pas) de cette région de manière plus précise ; il sera par exemple possible de découvrir que certaines espèces vivent sous ces latitudes alors que l’on ne les attendait pas si nord.

La suite, à suivre sur les réseaux de l’expédition Nagalaqa :


Pour aller plus loin


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C’est fou, cet espoir

L'édito de la lettre de juillet

Un article de La Guilde


Lire la lettre dans son intégralité : C’est fou, cet espoir

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En 2021 La Guilde s’est engagée, a agi, a bâti avec une énergie sans cesse renouvelée. En Syrie, poursuivant la rénovation du musée de Raqqa ; au Liban avec un foisonnement de projets pédagogiques, sanitaires ou matériels après le chaos laissé par l’explosion ; en Irak, à Mossoul, où un café littéraire s’enrichit d’un repas pour les plus précaires ; en Ukraine début 2022 en aidant les populations déplacées. Et que dire de l’Afghanistan, où cette année est venue éclore Radio Begum – littéralement, radio princesse – que nous avons la joie d’accompagner ? Voyez le merveilleux de ce défi : une radio afghane tenue uniquement par des femmes pour fournir de l’éducation aux jeunes filles, pour apporter un véritable espace de liberté d’expression et pour organiser en guise de combat des joutes poétiques.

En écoutant, en cultivant et partageant les trésors d’humanité que l’histoire, presque par inadvertance, a bien voulu laisser sur place ; en coordonnant les échelons administratifs complexes et les volontés parfois surprenantes, en transmettant en somme la mémoire d’un peuple sur un terrain matériellement toujours précaire, La Guilde est au cœur de sa vocation culturelle.

Prenons maintenant un peu de recul et considérons notre belle planète dans son ensemble matériel et culturel – est-on plus précis ? A l’Ouest, nous avons des gens riches ; ils ont pour but principal la prospérité avec, pour jouir toujours plus loin et plus longtemps de cette dernière, les conquêtes spatiales, minières ou biotechnologiques. Ces hommes veulent être augmentés, prolongés voire immortels, refusant que quelque chose leur soit refusé.

Par pure logique, La Guilde se rue donc aujourd’hui vers l’Est. Vers l’Est où les civilisations ont été les plus meurtries et où il y a tant d’espoir à entretenir en ce début de XXIème siècle. Ce bon sens nous pousse en Ukraine, en Syrie, au Liban, en Irak et en Afghanistan où les hommes, loin de leurs frères occidentaux perclus de richesses, veulent être seulement humains et magnifiquement vivants en maintenant leurs beautés culturelles au milieu des cendres. Cite-t-on souvent Aragon ?« Comme si ce n’était pas assez merveilleux, que le ciel un moment nous ait paru si tendre. »

La Guilde aide à construire de ces moments.
Depuis plus de 50 ans.

Vincent FARRET D’ASTIES
Président de La Guilde
Rapport moral – AG 2021

Lever de rideau sur la 31e édition des Écrans de l’aventure

Après une édition anniversaire remarquable avec près de 16 000 entrées, la 31e édition du festival Les Écrans de l'aventure ouvrira ses portes du 13 au 16 octobre à Dijon !

Un article de Aventure


La 31e édition des Écrans de l’aventure de Dijon est lancée et vous donne rendez-vous du 13 au 16 octobre prochains à Dijon pour voir les meilleures productions audiovisuelles internationales et rencontrer aventuriers, voyageurs et professionnels de l’image.

Trois invités d’honneurs

Trois invités d’honneur marqueront la cérémonie d’ouverture animée par la navigatrice
Anne Quéméré. : Elsa Peny Etienne, directrice de l’expédition Polar Pod, accompagnée du Docteur Jean-Louis Etienne, qui commenteront par ailleurs la spectaculaire exposition consacrée à Polar Pod sur les grilles du Jardin Darcy ; et Nicolas Vincent, directeur des opérations sous-marines de l’expédition Endurance22, à qui l’on doit la récente découverte du bateau mythique de Sir Ernest Shackleton par 3 000 mètres de fond dans « la
pire mer du monde
», la mer de Weddell.

L’affiche officielle des Écrans de l’aventure 2022 est tirée d’une photo de Sébastien Roubinet (actuellement sur l’expédition Nagalaqa, soutenue par La Guilde) tirée du projet La Voie du Pôle – dont le film a été doublement primé à Dijon en 2020 – pour lequel il est le seul Français à avoir reçu le Shackleton Award, en 2019.

Un souffle polaire symbolique, l’année de la découverte de l’épave de l’Endurance et de l’adoption par la France de sa première stratégie polaire !

Deux présidents de jurys

Deux présidents remettront respectivement les Toisons d’or du film et du livre d’aventure de l’année : Raphaël Domjan et Charles Wright.

Né le 19 janvier 1972 à Neuchâtel, Raphaël Domjan est un éco-explorateur et conférencier qui s’engage, au travers de sa fondation PlanetSolar, pour la promotion de l’énergie solaire afin de lutter contre les changements climatiques. Raphaël a initié en 2015 l’aventure SolarStratos, pour montrer le potentiel de l’énergie décarbonnée en atteignant la stratosphère grâce à son avion solaire. Le 18 juin dernier, il réalisait une première mondiale hautement symbolique, avec le vol en wingsuit de la « femme-oiseau » Géraldine Fasnacht, depuis l’aile de son avion en vol à la seule énergie du soleil.

Né en 1981, historien de formation, Charles Wright a été plume d’un ministre, éditeur, journaliste, avant de devenir novice dans un monastère cistercien. Il a notamment publié À quoi servent les moines ? (Éditions François Bourin, 2011) et Casanova ou l’essence des Lumières (Éditions Bernard Giovanangeli, 2008, Prix Guizot de l’Académie française). Son dernier récit, Le chemin des estives (Flammarion, 2021), mention spéciale du jury aux Écrans 2021, s’est vendu à plus de 40 000 exemplaires.

Une nouvelle identité visuelle

« Au coeur d’une volonté d’épure et d’un certain onirisme en phase avec le contenu du festival, le logo représente un cairn, figure universelle de l’itinérance, symbole d’une accumulation d’expériences établissant un repère et indiquant une direction. Une construction qui rappelle également les cabottes en pierres sèches parsemant les coteaux bourguignons » – Eric Carpentier, nouveau coordinateur du festival à la suite de sa directrice historique, Cléo Poussier-Cottel.

De nombreuses animations ponctueront le festival : projections, débats, expositions, rencontres, lectures, expériences… Le programme détaillé sera dévoilé à la rentrée !

Lire le communiqué de presse


Pour aller plus loin


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Beirut Awiy(ée), faire force de tout bois

Depuis l’explosion au port de Beyrouth en août 2020 et dans un contexte politico-économique dramatique, La Guilde s’est résolument tournée vers le Liban. En soutenant les initiatives locales, elle affiche son espoir de voir un pays relevé par son peuple. Exemple avec le projet Beirut Awiy(ée), « Beyrouth la forte », qui associe aide aux familles en difficultés et action en faveur de l’autonomisation des femmes.

Un article de Microprojets


De retour de mission au Liban fin juin 2022, Vincent Rattez, Délégué général de La Guilde, livre ces quelques mots : « Le pays s’enfonce toujours plus dans la misère. Les Libanais font face envers et contre tout. Beaucoup démissionnent de leur métier pour survivre de petits boulots. D’autres fuient le pays pour les mêmes raisons. Les écoles et hôpitaux se vident. Le carburant et l’électricité deviennent un luxe. La Guilde démultiplie ses efforts auprès de ceux qui ne lâchent rien. Merci au Ministère des affaires étrangères, de l’Agence française de développement et à la Fondation de France qui nous accompagnent dans cet engagement. »


4 août 2020. Il est presque 18h et Anastasia Elrouss s’apprête à perdre sa maison, son atelier et ses archives. Mais dans son malheur, l’architecte verra le plus important préservé : sa famille, qui ne se trouve pas à ce moment-là dans le quartier de Gemmayzé soufflé par l’explosion ; ses idées, que personne ne peut lui enlever ; et sa volonté, solidement arrimée à ses idées.

Femmes de chantiers

Cela fait alors trois ans qu’une pensée a germé : elle s’appelle Warch(ée) (« Chantier », version féminisée), c’est une ONG qui vise à « abattre les obstacles liés aux inégalités de genre dans la sphère professionnelle ». Un enjeu majeur dans le monde d’Anastasia Elrouss – celui du bâtiment – et pas seulement au Liban. « Le projet Warch(ée), explique-t-elle, est le résultat de rencontres entre des femmes qui n’étaient pas destinées à se rencontrer, n’était-ce leur profession. Le fait est que des femmes étudient l’architecture, l’ingénierie, l’urbanisme, mais sont rarement présentes sur les chantiers ou dans les instances de décisions ; c’est alarmant ».

Alors Anastasia et ses consoeurs s’unissent. Et suite à l’explosion, elles passent à l’action. Objectif : « reconstruire la ville avec et par les femmes ». Le programme Beirut Awiy(ée) est né. Lauréat de l’appel à projets Liban lancé par La Guilde, avec le soutien de l’Agence française de développement et la Fondation de France, Beirut Awiy(ée) ambitionne de remettre Beyrouth d’équerre, planche après planche s’il le faut. Sans oublier son combat d’origine.

Construire des meubles, abattre des murs

Il ne faut que quelques semaines pour mettre en place un centre de formation à la menuiserie, prêt à accueillir plusieurs dizaines de femmes en situation de précarité. Le mobilier y est pensé pour être adapté à l’urgence, modulable et duplicable rapidement ; la formation, elle, est rémunérée, avec un horizon pérenne pour ses bénéficiaires. Développer de nouvelles compétences, gagner son autonomie financière et s’impliquer dans la vie de la cité : un triptyque solide sur lequel s’appuyer. Qui gagne rapidement l’adhésion de partenaires et porte ses premiers fruits.

Ainsi Paula, 29 ans, qui travaillait dans une échoppe jusqu’à ce que la crise économique ne lui permette plus de faire face au coût de la vie. En rencontrant Anastasia – « qui croit à l’émancipation des femmes » – Paula intègre la formation en menuiserie. Un travail qui lui apporte une sécurité financière et davantage de stabilité dans sa vie. Mais surtout, la conviction qu’elle peut dépasser ses barrières psychologiques : « la première fois que j’ai vu les machines énormes, mon cœur battait ! Mais quand je me suis dit qu’on pouvait utiliser une scie chez soi, alors on pouvait en utiliser une électrique à l’atelier. C’est quand même moins fatiguant ! » Et donc accessible aux femmes comme aux hommes, réalise-t-elle.

Et Paula de conclure par un message : « à chaque fille, à chaque femme : faites ce qui vous plait ! Personne ne devrait dépendre de personne, parce qu’à la fin vous ne pouvez compter que sur vous-même. C’est moi qui construis ma vie. Personne d’autre ne peut le faire à ma place ! » Encore faut-il le réaliser. Voilà précisément le rôle d’Anastasia Elrouss et de tant d’autres. Une action indispensable.


Pour aller plus loin


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Bourses de l’aventure 2022 : les lauréats !

Chaque année, La Guilde attribue les Bourses de l'aventure : un coup de pouce financier pour mettre en selle et sur la route. À vélo, en bateau, à pied ou en side-car, découvrez les lauréats 2022, tous curieux du monde.

Un article de Aventure


Au pays des brumes – un hiver balte

Par Sophie Planque et Jérémy Vaugeois.
Une bourse de 3 000 euros

Ni slaves, ni scandinaves, les pays des brumes, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, sont mystérieux, proches et lointains à la fois. Au solstice d’hiver, le feu qui célèbre le retour du soleil ravive d’anciennes croyances millénaires oubliées dans le reste de l’Europe. Sophie Planque et Jérémy Vaugeois ont décidé de partir à vélo expérimenter l’hiver balte et chercher à rencontrer celles et ceux qui font vivre ces cultures ancestrales. Un héritage singulier qui nourrit un rapport profond à la nature.


La route bleue

Par Damien Castera et Vincent Colliard,
de juillet à novembre 2022.
Une bourse de 3 000 €

Les aventuriers Damien Castera et Vincent Colliard préparent une exploration tout en glisse sur un catamaran de type Hobie cat, non habitable et sans moteur, équipés d’une tente, d’un fusil et de deux planches de surf. Un départ prévu depuis Vancouver Island et une navigation de deux mois jusqu’à l’archipel de Haida Gwaii, à la frontière de l’Alaska, en utilisant la voile pour glisser au rythme des vents et le surf pour glisser au rythme des vagues. Les parapentistes ont créé le vol-bivouac pour explorer le ciel, ils utiliseront la nav-bivouac pour explorer la mer.


Side to side

Par Marc Bouzik et François Pons,
de début mai à fin août 2022.
Une bourse de 3 000 €

Marc Bouzik veut faire découvrir, en side-car, les confins de l’Asie centrale à son cousin François Pons, lourdement handicapé à la suite d’un accident de voiture, et ainsi lui redonner goût à la vie.


Des monts Célestes au Pamir

ParJérémy Bigé,
de début juin à fin août 2022.
Une bourse de 3 000 €

Jérémy Bigé veut relier à pied les capitales Bishkek (Kirghizistan) à Douchanbé (Tadjikistan) par une traversée inédite de 2 000 km hors des sentiers battus.


Into the wakes

Par Charlotte Oerther et Taina Postec,
de fin septembre 2022 à fin août 2023.
Une bourse de 3 000 €

Charlotte et Taina, réunies par une passion commune, la voile, se sont lancées le défi de faire le tour de l’Atlantique à la voile. Ce voyage répond au besoin urgent d’aller à la rencontre du monde qui les entoure, et de partager cette expérience. Étudiantes en école d’ingénieur à l’ENSTA Bretagne, elles souhaitent apporter une dimension à la fois scientifique et sociale au projet.


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Les Cafés de l’aventure – Alias Lejean, Envoyé un peu spécial

Mardi 5 juillet au Zango (Paris 1er), parcourez les cartes des sentiers battus aux terres inconnues avec les écrivains Guillaume Jan et Julien Blanc-Gras.

Un article de Aventure


Guillaume Jan, né en 1973, a grandi au bout du monde (en Bretagne) avant de devenir autostoppeur, puis grand-reporter, écrivain-voyageur (dont Samouraïs dans la brousse, Toison d’or du livre d’aventure 2018), photographe à l’ancienne et enfin cartographe amateur. Dans son dernier livre, Alias Lejean, paru en mai 2022, il raconte la vie de Guillaume Lejean, homonyme presque parfait, grand voyageur du XIXème siècle, faux aïeul mais vrai cartographe. 

Julien Blanc-Gras est né en 1976 à mi-chemin entre l’équateur et le pôle Nord. Il est écrivain, journaliste, réalisateur et globe-trotter. Ses voyages, dans près de 80 pays, nourrissent son travail littéraire. Il a publié une dizaine de romans et récits, dont Touriste, In utero et, en avril 2021, Envoyé un peu spécial. On y rencontre un prêtre shintoïste et un roi fantasque, une star du cinéma nigérian et un écrivain américain, un gardien de phare et un héros national – parmi tant d’autres portraits qui peuplent ces récits et cette planète.

Réunis le temps d’une soirée sous les poutres du Zango, Guillaume Jan et Julien Blanc-Gras digresseront en parlant de cartes géographiques, divagueront sur des sentiers battus et, peut-être, atterriront sur des terres inconnues.

Guillaume JAN (© Ph. MATSAS / Stock) et Julien BLANC-GRAS (© Corentin FOLHEN)

Depuis 20 ans, le Zango accueille les Cafés de l’aventure organisés par La Guilde. Ils rassemblent de manière conviviale hommes et femmes animés par le même esprit de découverte du monde.

Tous les premiers mardis du mois (parfois le deuxième), rendez-vous à partir de 20h au Zango Les Halles (15 rue du Cygne 75001 Paris, métro Etienne Marcel), pour exposer vos projets ou partager un retour d’expédition, de manière informelle.

Pour que l’entrée reste gratuite, nous vous remercions de prendre une consommation avant de monter à l’étage ! Les réservations pour dîner avant ou après la soirée sont ouvertes auprès du Zango.

LogoZango

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TANDEM, épisode 7 : le bilan

La Guilde mène le projet TANDEM : un binôme de deux jeunes venus d’horizons sociaux et scolaires très différents, expatriés en Service civique au service d’un même projet solidaire ou culturel. Une initiative à suivre chaque mois depuis le terrain. Septième épisode pour la première promotion de Tandems, à l'heure où la suivante est en préparation : le temps du bilan.

Un article de Volontariat


« Promouvoir le départ de jeunes sur des séjours longs à l’étranger, c’est un rêve que nous cultivons depuis longtemps. Quelques parcours de jeunes nous avaient, s’il en était besoin, prouvé l’extraordinaire apport de ces  expériences.

Sébastien et Bruno sont revenus transformés, c’est certain, et cela restera à jamais gravé dans leur mémoire. Un grand merci à La Guilde et à ses équipes du Service civique ; nous avons hâte d’accompagner les prochains départs. »

Olivier BRUGIAL, éducateur, Espace CESAME Sauvegarde du Val d’Oise


À LIRE AUSSI : TANDEM, épisode 6 : accompagner


« Ce volontariat a été une découverte de la vie hors de l’Europe.  Il y a des moments difficiles, qui font des histoires à raconter. Mais ce qui m’a vraiment marqué, c’est la vie dans la rue. Tout se passe dehors, c’est animé, de tôt le matin à tard le soir. Tu as un problème, les gens viennent t’aider, sont accueillants, ils font confiance. Quand on rentre, c’est un peu triste. L’ouverture que j’ai ramenée de là-bas, je vais la garder. »

Bruno FALCAO, volontaire TANDEM chez Gbobètô, Bénin

Bruno

« Il faut vraiment partir avec une grande ouverture d’esprit, à la découverte, savoir que ça peut être compliqué mais qu’il y aura toujours des points positifs. Découvrir et profiter de l’expérience. Le but, c’est changer de quotidien. Apprendre de nouvelles choses. Expérimenter des difficultés. Trouver des ouvertures. »

Sébastien MASDIER, volontaire TANDEM à L’Arche Bruxelles, Belgique

« Notre quotidien, c’était le vivre-ensemble. Chacun est venu avec ce qu’il est, a apporté de ce qu’il savait. On s’est transformés. On encore plein de choses à découvrir ! »

Félicia DIALLO, volontaire TANDEM à L’Arche Bruxelles, Belgique

Sébastien et Félicia

À LIRE AUSSI : « Je n’avais jamais autant avancé »


« S’engager à l’international a été une excellente décision. En première année de master, j’ai souhaité faire une année de césure pour réfléchir à mon avenir. Et c’est une introspection à laquelle je me suis livrée lors de ce Service civique de huit mois. Cette immersion a changé mon rapport au monde, et tout particulièrement mon rapport à autrui.

L’enjeu de cet engagement à l’Alliance française de Turin était d’apprendre à vivre autrement, de s’adapter à un nouvel univers, de se découvrir et surtout de découvrir mon tandem : Marcia, une personne pétillante et inspirante, qui a été mon premier repère fiable dans ce nouvel environnement. Notre complémentarité a été notre force tout au long de cet engagement. Cette rencontre n’aurait pas eu lieu sans le dispositif du programme TANDEM proposé par La Guilde ; alors à ceux qui ont soif d’aventure, de rencontres, d’actions utiles : lancez-vous et plongez au cœur de cette belle initiative ! »

Justine TOURTE, volontaire TANDEM à l’Alliance française de Turin, Italie

Marcia et Justine

À LIRE AUSSI : TANDEM, épisode 4 : vivre à deux


« Officiellement, ma mission était d’aider à monter des projets de biodiversité et de protection de l’environnement – concrètement, c’était du travail d’ouvrier agricole. Mais c’est très bien de se retrouver les mains dans la terre ! Apprendre le cycle de production et de transformation, de la graine d’Artemisia au sachet de tisane ou à la liqueur.

Avec Maurice, mon binôme, on s’est bien entendus. C’était rassurant d’être avec lui en arrivant. Après, comme on n’avait pas exactement la même mission, chacun vivait sa vie de son côté. Donc quand on se retrouvait, on pouvait partager sans que ce soit pesant. Il y a bien eu quelques tensions, mais qui s’apparentent à une relation entre frère et sœur.

C’est une expérience qui va compter dans mon cursus d’ingénieur agronome, très utile pour ma vie professionnelle future. Cette opportunité qu’on nous donne, il faut savoir la saisir. Quand tu es jeune, c’est le bon moment. Donc si on a la chance de pouvoir le faire, il faut y aller ! »

Morgane ROQUIER, volontaire TANDEM à la ferme de Sichem, Togo

« C’était une expérience hors du commun ! Merci La Guilde ! »

Maurice DUPUICH, volontaire TANDEM à la bibliothèque de Sichem, Togo

Morgane et Maurice

À LIRE AUSSI : TANDEM, épisode 1 : partir


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Voir un être ineffablement sacré

L'édito de la lettre de mai

Un article de La Guilde


Lire la lettre dans son intégralité : Voir un être ineffablement sacré

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Charles de Foucauld a reçu les honneurs de l’Eglise à Rome dimanche 15 mai.

Si cette reconnaissance réjouit les chrétiens, qui forment une composante éminente de notre communauté Guilde non-confessionnelle, elle a un écho particulier pour toute notre organisation, à la lueur du parcours extraordinaire de l’homme et de sa place dans l’histoire de la France outremer.

Plutôt bien né en 1858, doublement orphelin à six ans, élève officier sans passion, il termine dernier de sa promotion à Saumur. Il s’ennuie en garnison et quitte l’uniforme cinq ans plus tard. Sa rencontre de l’Orient l’émerveille. « Déguisé en juif », il part un an à la découverte du Maroc interdit aux Européens ; ses relevés lui vaudront la médaille de la Société de géographie. Retourné par la foi, il part pour la Palestine où il sert, jardinier et domestique, vivant dans une cabane. Établi au Sahara, il vit dans une simplicité totale dédiée à l’accueil et au soin ; produisant aussi le premier et toujours inégalé dictionnaire Français-Tamahaq, cette langue touarègue ; apôtre de la non-violence et de la bienveillance, pour utiliser des termes actuels.

Aventure, engagement volontaire, service et curiosité scientifique ont été ses points cardinaux ; sa soif d’absolu – au centre de sa vie – s’est incarnée dans une foi ardente. Son existence aura manifesté une quête obstinée et renouvelée de sa propre vocation, passée à un tamis très exigeant.

Et puisque nous aurions pu rêver qu’il rejoigne le Comité d’honneur de La Guilde, si toutefois nous l’avions précédé dans le temps, conservons sa haute figure comme un modèle pour nous.

Vincent RATTEZ
Délégué général

Assemblée générale 2022

Le mercredi 15 juin à 18h, La Guilde tient son Assemblée générale annuelle.

Un article de La Guilde


Au programme : accueil des nouveaux Compagnons, actualité de l’association, rapport d’activités 2021 illustré de témoignages, votes et résolutions. Et deux invités exceptionnels, qui partageront l’énergie qui les fait avancer contre vents et marées : l’entrepreneuse Hamida Aman, fondatrice de la Radio Begum, et l’explorateur Sébastien Roubinet, en direct depuis l’expédition Nagalaqa. Un verre conclura l’AG à partir de 20h.

Seules les personnes à jour de cotisation 2022 peuvent participer à l’Assemblée générale (physiquement, à distance ou en transmettant un pouvoir). Il n’est pas trop tard !


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Hamida Aman, voix dévoilée

La créatrice d’entreprise originaire de Kaboul et arrivée en Suisse à 8 ans, longtemps à la tête d’une boîte d’audiovisuel, a lancé Radio Begum, une radio destinée aux filles et femmes afghanes, malgré les contraintes des talibans. Par Nathalie Rouiller, Libération.

Un article de La Guilde


De passage à Paris, Hamida Aman a rendu visite à nos équipes et sera l’invitée honneur de l’Assemblée générale 2022, tandis que Libération publiait un portrait de la combative suisso-afghane. Pour que les ondes de sa Radio Begum, destinée aux femmes afghanes avec le soutien de La Guilde, portent loin.

Hamida Aman, voix dévoilée, un portrait de Nathalie Rouiller, Libération, 5 mai 2022


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