L’édito de la lettre d’octobre

Des Ecrans au terrain, et inversement

Un article de Cléo Poussier-Cottel


Lire la lettre dans son intégralité : Des Ecrans au terrain, et inversement

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Du 15 au 18 octobre, un vent d’aventure a soufflé sur Dijon. Le 29e festival Ecrans de l’aventure a en effet pu se tenir, avec près de 10 000 entrées pour les 18 films projetés durant ces quatre jours, dans cinq salles dédiées au cinéma Olympia. Au coeur d’une période si particulière, La Guilde est heureuse d’avoir réussi à maintenir cet événement, avec le soutien de la Ville de Dijon.

Cette année, le palmarès consacre une diversité d’aventures au-delà des frontières : l’extraordinaire histoire, venue de Grande-Bretagne, d’un grimpeur mal-voyant et la cordée qu’il forme avec sa femme ; une famille de surfers guidée par la simplicité ; la persévérance d’un rêve sur l’océan glacial arctique ; des Amérindiennes sur le toit de l’Amérique ; un homme volant au-dessus des mers ; ou encore le tragique destin de huit femmes sur le Pic Lénine.

Et le festival n’est pas terminé ! Pour la première fois, nous proposons à la location une large partie des films de la sélection. Du lundi 19 au dimanche 25 octobre, 13 films – dont l’intégralité des films primés – sont accessibles en replay, sur le site du festival.

Bonne séance !

Cléo POUSSIER-COTTEL
Directrice adjointe
Ecrans de l’aventure

Les lettres de l’année :
Octobre 2020 : Des Ecrans au terrain, et inversement
Septembre 2020 : A l’aventure dans un monde incertain
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

L’engagement, par Pierre de Villiers

La dernière Assemblée Générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement.

Un article de Sophie de Courtivron


Décalée au 24 septembre faute de n’avoir pu se tenir en juin à cause du Covid, la dernière assemblée générale annuelle de la Guilde a reçu la visite du général Pierre de Villiers, venu s’exprimer sur l’engagement. Cette notion est peut-être ce qui nous réunit tous, membres et amis de La Guilde. Engagés que nous sommes dans une aventure en préparation ou qui n’en finit pas de nous nourrir, engagés dans un projet, engagés pour aider, engagés dans une vie dont nous ne souhaitons résolument pas être spectateurs.

Pour le général, « la vie est une grande aventure dès lors qu’elle est au service des autres ». Depuis qu’il a démissionné de son poste de chef d’état-major des armées (19 juillet 2017), il se donne pour mission de transmettre son expérience à la jeunesse (celle des cités comme celle des « surdiplômés » des grandes écoles) et aux entreprises (de la très petite à celles du CAC 40). Une expérience qui lui a enseigné que l’autorité n’est pas avoir un pouvoir sur les autres mais le contraire : « toute autorité est un service », affirme-t-il. Là est la clé pour entraîner l’engagement. Autrement dit, c’est l’altruisme qui fédère, attire, renverse des montagnes. Après l’avoir vécu dans l’Armée, il souhaite transmettre son idée directrice à la société civile : face aux fractures, il faut remettre l’homme au centre de toutes les entreprises.

Les freins à l’engagement

Le monde d’aujourd’hui présente des caractéristiques qui incitent insidieusement les personnes à ne pas s’engager. D’abord, nous vivons dans un contexte instable. Il y a les ex-puissances qui font pression sur le monde (et augmentent régulièrement leur budget de défense chaque année) ; il y a le terrorisme islamiste radical, mouvant et mutant, « pas près de s’arrêter », pour qui « la violence est une fin » (nous venons d’en avoir une abjecte illustration). Il y a aussi les migrations massives dues à la pauvreté, au réchauffement climatique… Tout ceci, face à une mondialisation débridée, incite au repli. Deuxième frein majeur, « nous avons perdu le sens du temps ». Nous vivons dans un « zapping » permanent. Un exemple entre mille, la stratégie (anticipation, réflexion…) a laissé la place à la tactique (réaction à chaud). Or, nous dit le général, « le temps ce sont les racines, les racines c’est l’équilibre. Et l’équilibre c’est le bonheur ».

La révolution technologique œuvre aussi contre l’engagement, car les « cyber » guerres, les réseaux sociaux, etc. ont pour conséquence la déshumanisation. Enfin, l’autorité est en crise. Une majorité des Français ne croient plus en la politique, ne croient plus aux responsables politiques1. Il y a un fossé entre les élites dirigeantes et le peuple. Deux « pelleteuses » n’en finissent pas de le rendre plus profond : la bureaucratie (les lourdeurs administratives) et la finance (les choix sont faits d’après des critères financiers et non pas d’après les conséquences sur les citoyens)2. Le général décrypte donc pour nous les moteurs de l’engagement de ses hommes, autant de clés que nous pouvons transposer à notre niveau pour que nos projets non seulement aboutissent, mais portent du fruit.

Les ressorts de l’engagement

Le sens est ce qui fait avancer ; plusieurs notions viennent s’agréger autour de cet azimut. D’abord, la confiance. « Un vrai dirigeant est un absorbeur de confiance », nous dit Pierre de Villiers ; la confiance libère l’homme de lui-même, ouvre les horizons, mène à l’innovation. La confiance en l’autre, qui est une lutte contre notre propre orgueil, est par ailleurs « le carburant de l’autorité ». Car « il n’y a pas d’engagement sans autorité ». Mais attention, « autorité » au sens étymologique : « faire grandir, élever vers » ; le général va jusqu’à pointer qu’« un vrai chef n’a pas besoin de donner des ordres ». Le processus d’autorité se décline selon lui en quatre étapes3 : la conception (avoir une vision), convaincre, conduire, le contrôle (faire part de son retour d’expérience). Il nous raconte une anecdote : un jour qu’il râlait contre un ordre qu’il jugeait inapproprié (il n’était pas encore général, NDLR.), un caporal lui a rétorqué : « On est gouvernés par des cons, votre tour viendra »… Voilà de quoi rester humble.

Vient ensuite la stratégie. Elle implique de la profondeur, dans l’espace et le temps. L’anticipation permet de maîtriser les incertitudes. « C’est ce qui amène les jeunes au combat ». Et enfin, dernier moteur notable de l’engagement, le « leadership ». Quézako ? C’est un agrégat de plusieurs qualités telles que l’exemplarité (le chef est devant, pas derrière), l’authenticité envers soi-même (si on dit quelque chose, c’est qu’on va le faire), l’optimisme (l’intelligence ne suffit pas), l’humilité (et la modestie qui va avec), ainsi que l’ouverture aux autres. « La vraie richesse est là, assure-t-il, il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ».

Pour susciter l’engagement, une cause (militaire, personnelle, altruiste…) doit selon le général mettre la personne au centre de tout, viser l’unité, et apporter de l’espérance. La jeunesse attend cet appel ; « elle est généreuse mais très seule, elle a perdu le sens du collectif ». La Guilde pourrait ainsi diversifier son action vers les jeunes des banlieues, menacés à la fois par la drogue et le salafisme, car eux aussi débordent d’une « énergie positive qui ne demande qu’à changer de pôle ». Ils attendent cet appel, ont soif de valeurs, d’être responsabilisés pour ce qu’ils sont (sens du mot « respect »). Quel qu’il soit, l’engagement, le vôtre, celui de La Guilde, « repose sur une prise de risque ». C’est la définition de l’aventure, c’est notre moteur… Actions !

Sophie de Courtivron
Administratrice de La Guilde

1.Voir les baromètres de la confiance politique du Cevipof pour Sciences Po.

2.La gestion de la crise sanitaire actuelle en serait-elle un exemple ? (NDLR.)

3.Un moyen mnémotechnique pour s’en souvenir : les quatre « cons »…

Deux textes qui ont fortement marqué le général :

le chapitre sur l’amalgame du maréchal de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française, Paris, Plon, 1949.

Le serment de Koufra de Leclerc.

Festival Ecrans de l’aventure : le palmarès et les films à revoir en ligne

Du 15 au 18 octobre à Dijon et du 19 au 25 octobre en replay, le festival Ecrans de l'aventure diffuse le meilleur des documentaires d'aventure

Molly et Jesse Dufton, aventuriers de l'année aux Ecrans de l'aventure 2020

Un article de La Guilde


Du 15 au 18 octobre, un vent d’aventure a soufflé sur Dijon. Le 29e festival Ecrans de l’aventure a en effet pu se tenir, avec près de 10 000 entrées pour les 18 films projetés durant ces quatre jours, dans cinq salles dédiées au cinéma Olympia. Au coeur d’une période si particulière, La Guilde est heureuse d’avoir réussi à maintenir cet événement, avec le soutien de la Ville de Dijon.

Trombinoscope Ecrans de l'aventure Dijon 2020

Cette année, le palmarès consacre une diversité d’aventures au-delà des frontières : l’extraordinaire histoire, venue de Grande-Bretagne, d’un grimpeur aveugle et la cordée qu’il forme avec sa femme ; une famille de surfers guidée par la simplicité ; la persévérance d’un homme sur l’océan glacial arctique ; des Amérindiennes sur le toit de l’Amérique ; un homme volant au-dessus des mers ; ou encore le tragique destin de huit femmes sur le Pic Lénine.


Tous les films et livres primés sont à découvrir ici :
Palmarès des Ecrans de l’aventure 2020


Et le festival n’est pas terminé ! Pour la première fois, nous proposons à la location une large partie de la sélection. Du lundi 19 au dimanche 25 octobre, 13 films – dont l’intégralité des films primés – sont accessibles en replay, sur le site du festival.


Rendez-vous sur la plateforme VOD du festival :
Les Ecrans de l’aventure en ligne


affiche VOD Ecrans aventure Dijon 2020

Raconter l’aventure – le récit

La question taraude souvent ceux qui décident d'aller voir le monde de leurs propres yeux : comment partager ce que l'on a vécu ? Alors que le festival Ecrans de l'aventure de Dijon s'apprête à ouvrir ses portes, écrivains et réalisatrices nous racontent leurs processus de (re)création.

Crédits Linda Bortoletto

Un article de Eric Carpentier


Pour l’une, c’est « parce qu’il y a un élan » ; pour l’autre, ça peut être « pour le vert de l’herbe sur une photo ». Elle part « pour vivre », lui s’échappe « pour se libérer ». Quelles que soient les raisons – parfois même sans raison précise – ils plient bagages régulièrement. Elles marchent des milliers de kilomètres ou enfourchent des motos, ils vont trainer avec les nomades d’Asie centrale ou dans les méandres du fleuve Congo. Liste non exhaustive ! Chaque année, des dizaines et des dizaines d’hommes et de femmes partent goûter le monde, sans arômes artificiels ni personne pour leur servir sur un plat. Leur sel, c’est « l’aventure », souvent (pompeusement ?) écrite avec un grand A.

À leur retour, quand il y en a un, on peut croiser ces voyageurs / aventuriers / explorateurs / esprits libres / regards curieux (aucune mention inutile) aux hasards de conférences, de dédicaces ou de festivals : ils viennent raconter leur aventure, on les écoute – avec plus ou moins d’intérêt, soyons honnêtes. Souvent tout de même, leur talent et la qualité de leurs productions nous attrapent. Dessins, sons, textes ou images emportent vers un ailleurs. Avec un grand A ?

Alors que va s’ouvrir la 29e édition des Ecrans de l’aventure (du 15 au 18 octobre à Dijon, puis du 19 au 25 octobre en ligne), nous avons demandé à quelques voyageurs-conteurs pourquoi et comment ils partagent leurs histoires. Linda Bortoletto (Là où je continuerai d’être, Toison d’or du livre d’aventure 2016), Guillaume Jan (Samouraïs dans la brousse, Toison d’or du livre d’aventure 2018), Mélusine Mallender (Les voies de la liberté, prix du public des Ecrans de l’aventure 2019) et Louis Meunier (7000 mètres au-dessus de la guerre, prix Alain Bombard 2011 ; Les cavaliers afghans, Toison d’or du livre d’aventure 2014 ; Les cavaliers afghans, sur les traces de Joseph Kessel en Afghanistan, prix Alain Bombard 2017) nous racontent ainsi leur processus de création, d’une étincelle à l’autre.


PREMIERE PARTIE – LE VOYAGE

DEUXIEME PARTIE – LE RECIT

Comment raconter le vécu ? Quels messages transmettre ? Et comment s’astreindre à l’immobilité quand on a des fourmis dans les jambes ? Dans toutes les bouches, un refrain : la création n’est pas aisée, mais elle est nécessaire. Quand Linda Bortoletto se met à l’écriture, « c’est une aventure à part entière (rires) ! Dans mes récits, à chaque fois, il y a un conflit à résoudre. Il faut plonger en soi, accepter de revivre des émotions même les plus difficiles, et en même temps avoir du recul, trouver les bons mots, faire le travail technique de l’écriture. » Louis Meunier ne dit pas autre chose, qui aimerait vivre « des montées dans l’éther », mais reconnaît que le travail est davantage de l’ordre de la besogne « qui fait transpirer ». Quant à Mélusine Mallender, elle le concède : la salle de montage, « c’est un peu pénible au bout d’un moment. À la fin, je n’en peux plus de revoir les images (rires) ! » Sauf que l’un « aime avoir écrit », et l’autre « est heureuse de faire que ce voyage ne soit pas que le mien. »


À LIRE AUSSI : ZEPHALTO, L’ELAN VERS LA BEAUTE


Et puis il y a une autre constante. Pour toutes et tous, si l’aventure vaut toujours d’être vécue, elle ne vaut d’être partagée que s’il y a quelque chose de plus grand à raconter, quelque chose qui dépasse sa propre personne. Guillaume Jan : « je me suis toujours dit que ce que j’avais vécu risquait de ne pas intéresser grand monde. C’est pour ça que je mets toujours une histoire en parallèle : Stanley, Livingstone, Kano… Raconter juste ses petites expériences, ça fait un peu trop carte postale envoyée aux copains. » Si elle s’aventure sur des chemins plus intimes, en témoigne son récit en Patagonie à paraître, Linda Bortoletto s’aperçoit que « des expériences individuelles peuvent avoir une portée universelle. Elles peuvent apporter un éclairage à des personnes qui n’ont pas forcément les outils, la distance ou le temps de faire ce travail d’introspection. Il y a une envie de guider ces personnes-là, comme un guide de montagne qui aurait découvert un sentier. »


À LIRE AUSSI : MARCHE, BUSHCRAFT ET CANOE : UNE HISTOIRE BRUTE ET SAUVAGE


Alors le temps est pris. Pour monter un film (un mois ou deux minimum, souvent à temps plein) ou pour écrire un livre (quatre à cinq heures par jour, plutôt tôt le matin ou tard le soir). Mais aussi pour récolter l’essence de son voyage. Certains parlent de décantation, d’autres de sédimentation ; tous s’accordent sur le fait qu’il faut laisser un espace entre le retour et le récit, « comme quand tu es dans la brume en montagne, métaphorise Linda Bortoletto. Tu la laisses se dissiper pour voir les sommets. » Alors, seulement, l’aventure peut être décrite au plus près de ce qu’il en reste. Au plus fidèle de cette lueur qui irradie dans le regard de ceux qui ont été voir. « Il faut aller voir », disait Ella Maillart ? Il faut également raconter. Parce qu’un jour, un mot ou une image les a poussés sur les chemins, il ne faut pas oublier que « nous sommes tous des vecteurs », dit Louis Meunier, à moins que ce soit Linda Bortoletto, Guillaume Jan, Mélusine Mallender ou bien encore un(e) autre. Qui aurait conclu : « en fait, la création, c’est une passation. »


À LIRE : Linda Bortoletto, Le chemin des anges – Ma traversée d’Israël à pied (Payot, 2019)

À LIRE : Guillaume Jan, Samouraïs dans la brousse (Paulsen, 2018)

À VOIR ET À LIRE : Mélusine Mallender, Les voies de la liberté (Darwin Production, 2018, et Robert Laffont, 2020)

À VOIR : Louis Meunier, Nomades d’Iran, l’instituteur des Monts Zagros (ZED pour ARTE France, 2019)


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020

Affiche Ecrans Aventure Dijon 2020

Raconter l’aventure – le voyage

La question taraude souvent ceux qui décident d'aller voir le monde de leurs propres yeux : comment partager ce que l'on a vécu ? Alors que le festival Ecrans de l'aventure de Dijon s'apprête à ouvrir ses portes, aventurières et explorateurs nous racontent leurs processus de (re)création.

Crédits Louis Meunier

Un article de Eric Carpentier


Pour l’une, c’est « parce qu’il y a un élan » ; pour l’autre, ça peut être « pour le vert de l’herbe sur une photo ». Elle part « pour vivre », lui s’échappe « pour se libérer ». Quelles que soient les raisons – parfois même sans raison précise – ils plient bagages régulièrement. Elles marchent des milliers de kilomètres ou enfourchent des motos, ils vont trainer avec les nomades d’Asie centrale ou dans les méandres du fleuve Congo. Liste non exhaustive ! Chaque année, des dizaines et des dizaines d’hommes et de femmes partent goûter le monde, sans arômes artificiels ni personne pour leur servir sur un plat. Leur sel, c’est « l’aventure », souvent (pompeusement ?) écrite avec un grand A.

À leur retour, quand il y en a un, on peut croiser ces voyageurs / aventuriers / explorateurs / esprits libres / regards curieux (aucune mention inutile) aux hasards de conférences, de dédicaces ou de festivals : ils viennent raconter leur aventure, on les écoute – avec plus ou moins d’intérêt, soyons honnêtes. Souvent tout de même, leur talent et la qualité de leurs productions nous attrapent. Dessins, sons, textes ou images emportent vers un ailleurs. Avec un grand A ?

Alors que va s’ouvrir la 29e édition des Ecrans de l’aventure (du 15 au 18 octobre à Dijon, puis du 19 au 25 octobre en ligne), nous avons demandé à quelques voyageurs-conteurs pourquoi et comment ils partagent leurs histoires. Linda Bortoletto (Là où je continuerai d’être, Toison d’or du livre d’aventure 2016), Guillaume Jan (Samouraïs dans la brousse, Toison d’or du livre d’aventure 2018), Mélusine Mallender (Les voies de la liberté, prix du public des Ecrans de l’aventure 2019) et Louis Meunier (7000 mètres au-dessus de la guerre, prix Alain Bombard 2011 ; Les cavaliers afghans, Toison d’or du livre d’aventure 2014 ; Les cavaliers afghans, sur les traces de Joseph Kessel en Afghanistan, prix Alain Bombard 2017) nous racontent ainsi leur processus de création, d’une étincelle à l’autre.

PREMIERE PARTIE : LE VOYAGE

Mais avant de raconter, « il faut aller voir », disait Ella Maillart. Et plus en avant encore, il y a les préparatifs. Pour Louis Meunier, c’est « une ouverture d’esprit, des recherches, des discussions, des livres, des projections… » Alors, doucement, l’aventure prend forme. Parfois, il est écrit qu’elle sera racontée. Quand elle part guidon entre les mains et caméra au poing (si, si, c’est possible), Mélusine Mallender « sait un peu où (elle) va. C’est plus ou moins écrit… Bon, ça prend la taille d’une page ! » Linda Bortoletto, elle, ignore si elle va produire quelque chose. Sa jauge, c’est « une transformation intérieure. C’est là que je trouve de l’intérêt à l’écriture ». Elle part, écoute sa petite voix rythmée par ses pas, puis ressent le besoin d’écrire (en Alaska et en Sibérie, en Israël, en Patagonie), ou non (en Himalaya).


À LIRE AUSSI : VAGABOND, LA FORME DE L’EAU


La question de savoir au préalable s’il y aura production (écrite, filmée, dessinée, photographiée, enregistrée…) est importante. Guillaume Jan a écrit trois livres ayant le Congo pour décor. Le Baobab de Stanley et Traîne-Savane n’étaient pas prévus, au contraire de Samouraïs dans la brousse, une commande des éditions Paulsen dans le cadre de la collection Démarches. Et même si l’auteur a toujours eu son carnet de notes dans la poche, « réflexe de journaliste », sa façon de marcher dans les pas du primatologue japonais Takayoshi Kano s’en est trouvée modifiée. « Je n’irais pas jusqu’à dire que je cherchais les galères, on n’est pas là pour se faire du mal. Mais quand elles arrivaient, je me disais “ça me donnera de la matière”, distingue Guillaume Jan. J’ai fait une partie du voyage à moto. Plusieurs fois par jour, je m’arrêtais pour noter des choses sur mon carnet, à chaud. Après, on a tendance à lisser les évènements. Là, je voulais qu’ils restent bien saillants. »


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Reste qu’entre vivre le voyage hic et nunc, et penser à ce qui va être raconté au retour, l’équilibre peut être parfois acrobatique. Mélusine Mallender a réalisé 15 films sur ses différentes expéditions à moto. Depuis la première fois où elle a tenu la caméra et s’est rendue compte que « faire un film, c’est un travail (rires) » jusqu’à sa dernière expédition entre Santiago de Chile et Los Angeles, son approche a évolué. « Je vais penser aux spectateurs, réfléchir aux plans, au message qui va passer. Mais je vais aussi apprendre à laisser la caméra. Il n’y a pas besoin de tout filmer, certains moment seront pour moi. Je pars d’abord pour vivre quelque chose, ça ne doit pas être entaché par une sorte de poids. » Y aurait-il un paradoxe entre le vécu et le récit, dès lors que celui-ci est programmé à l’avance ? Non, répondent en choeur Mélusine Mallender et Louis Meunier. Lors de sa récente traversée des monts Zagros avec des nomades bakhtiaris, ce dernier a « passé un mois à leurs côtés, à boire le lait sous la brebis le matin, à user mes souliers sur les pistes. Ça, je le fais pour moi, de manière presque égoïste. Mais il se trouve que l’histoire mérite d’être partagée, que ce sont des gens qui ont des choses à nous apprendre. Des choses plus spontanées, plus belles d’un certain côté. »

DEUXIEME PARTIE – LE RECIT


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020

Affiche Ecrans Aventure Dijon 2020

L’édito de la lettre de septembre

A l'aventure dans un monde incertain

Un article de Vincent Rattez


Lire la lettre dans son intégralité : A l’aventure dans un monde incertain

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La Guilde a toujours eu l’action pour méthode, l’international comme périmètre et l’engagement comme valeur cardinale.

C’est l’action qui indique la direction à suivre et c’est l’engagement qui met en branle chaque jour. Alors, quand tout parait devoir se figer, quand tout apparait recroquevillé en réaction à une pandémie globale, La Guilde fait un choix évident : celui de rester fidèle à son identité. L’Aventure implique de se lancer dans l’inconnu ; la Solidarité est une oeuvre fragile ; les résultats ne semblent pas toujours à la hauteur des efforts. Mais dans un cas comme dans l’autre, le geste se suffit à lui-même s’il doit en être ainsi.

Voilà pourquoi La Guilde poursuit sans relâche ses missions d’appui aux microprojets à travers le monde. Voilà pourquoi La Guilde se bat pour renvoyer des volontaires sur le terrain, convaincue que l’action vainc les doutes et que le COVID n’est pas la peste. Voilà pourquoi La Guilde oeuvre à réunir des hommes et des femmes autour d’histoires de dépassement de soi, de découverte du monde et de don aux autres. Nous maintenons donc – à ce jour – Les Ecrans de l’aventure de Dijon, du 15 au 18 octobre prochain.

Avec, à chaque instant, la détermination de Guillaume d’Orange comme un leitmotiv entraînant : « point nécessaire de réussir pour entreprendre, point nécessaire d’espérer pour persévérer ».

Vincent RATTEZ
Délégué général


Les lettres de l’année :
Septembre 2020 : A l’aventure dans un monde incertain
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

Festival Ecrans de l’aventure de Dijon : la bande-annonce et le programme

Du 15 au 18 octobre, Dijon devient la capitale de l'aventure avec le festival international du film d'aventure organisé par La Guilde.

Un article de La Guilde


L’aventure des Écrans devrait être conjuguée au pluriel : entre les équipées racontées dans les films projetés, l’acrobatique sélection du meilleur de la production documentaire, et la gageure de rassembler, dans la ville aux cent clochers, aventuriers, réalisateurs et écrivains, le festival est le fruit d’aventures toujours renouvelées.

Et pour sa 29e édition, l’année 2020 lui a posé le plus grand des défis : celui d’exister. Les Écrans de l’aventure seront donc particulièrement heureux de vous accueillir du 15 au 18 octobre à Dijon, pour quatre jours riches de rencontres.

18 films diffusés, dont 14 en compétition officielle, réunissant le meilleur de la production documentaire en matière de nature, d’exploration, d’alpinisme, de voile, de surf, d’escalade et même de Flyboard Air. Demandez le programme !


Sélection officielle des films et des livres en compétition, jurys, invités, rencontres, soirées spéciales… :
le programme complet des Ecrans de l’aventure 2020


Pour la première fois, il sera également possible de poursuivre le rêve en ligne jusqu’au 25 octobre, avec la majeure partie des films de la sélection officielle disponible en replay sur www.lesecransdelaventure.com.

La porte est ouverte, soyez les bienvenus.

Compte tenu du contexte actuel, le programme est susceptible de modifications.

L’édito de la lettre de l’été

Hors-série spécial Aventure

Un article de Tristan Savin


Lire la lettre dans son intégralité : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure

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Les articles proposés dans cette lettre spéciale Aventure ont un point commun – mieux : un axe cohérent, peut-être inconscient, en tous cas d’actualité. Qu’il s’agisse d’une équipée équestre dans les Monts Célestes, de navigation polaire, de ballon lancé dans les nuages ou de l’art des bois, il est toujours question de s’immerger dans un espace sauvage.

Parmi ces textes, une phrase a retenu toute mon attention : “Qui veut voyager loin s’adapte à la nature“, une déclinaison très actuelle du proverbe tiré d’une pièce de Racine. L’idée reste la même. C’est à l’homme de s’adapter à son environnement, trop souvent malmené, et non l’inverse. Ce n’est même pas une question de respect élémentaire, mais de bon sens. Voire même, par les temps qui courent, de survie – pour toutes les espèces, y compris la nôtre.

La catastrophe économique (donc sociale) entraînée par le confinement du monde au temps du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier un autre désastre en cours, également planétaire : la disparition progressive des écosystèmes, des forêts, des massifs coralliens, des glaciers. Sans parler des ouragans de plus en plus violents, des inondations, des incendies en Californie ou en Australie, de la désertification en Afrique…

Il y a heureusement des projets fous, capables de nous redonner de l’espoir. Comme celui de Vincent Farret d’Astiès : battre le record du monde de vol en ballon, mais sans polluer le ciel, grâce à l’énergie solaire et à l’étude des vents. Donc au génie humain, quand il prend en compte ces énergies trop longtemps négligées. Car, selon lui, “ce qui va nous permettre d’aller plus loin, c’est une meilleure connaissance de l’élément naturel.

Dans un autre texte instructif à (re)découvrir, Romain raconte avoir ressenti, dès l’enfance, “l’appel de la forêt“, comme naguère Jack London ou H.D. Thoreau, ou plus près de nous Sylvain Tesson. Pour atteindre le Cap Nord à pied, Romain bivouaquait sans réchaud, se nourrissant de pousses de sapins, de pissenlits, de farine d’écorce de bouleau… Preuve, s’il en est, que la nature à encore tant à nous offrir, à condition de la respecter.

Quant à Eric Brossier, qui présidera le jury des Ecrans de l’Aventure en octobre prochain, il mène une vie d’explorateur scientifique autour du cercle polaire, en famille, à bord du voilier Vagabond. Un travail minutieux, essentiel, qui permet à la communauté scientifique d’étudier au plus près les grands changements en cours dans nos océans.

On le sait grâce à des pionniers comme Paul-Emile Victor (président d’honneur de la Guilde de 1970 à 1995) ou ses amis Alain Bombard et Jacques-Yves Cousteau : l’écologie ne date pas d’aujourd’hui. Ce n’est pas une mode. Mais une nécessité, car nous sommes tous concernés. Explorateurs, aventuriers et grands voyageurs ont de tout temps été fascinés par les inexprimables beautés du monde sauvage. Ils ont ensuite compris l’impérieux besoin de témoigner, pour préserver et protéger ce bien commun à l’ensemble de l’humanité, sans lequel il n’y aurait plus de vie possible. Ni bien sûr d’esprit d’aventure, indissociable d’un amour fervent de la nature.

Tristan SAVIN
Grand reporter et écrivain voyageur, directeur de la revue Long Cours,
président du jury de la Toison d’or du livre d’aventure 2019.
À paraître le 9 septembre : Au milieu de nulle part… et d’ailleurs
(Arthaud Poche)


Les lettres de l’année :
Juillet-août 2020 : Hors-série spécial été : l’appel de l’Aventure
Juin 2020 : Conjuguer le temps présent
Mai 2020 – Deuil et résilience
Avril 2020 – L’action, mère de la solidarité
Mars 2020 – Panser un monde confiné
Février 2020 – S’engager malgré tout
Janvier 2020 – 2020, année du lien

Vagabond, la forme de l’eau

Depuis 20 ans, Eric Brossier et France Pinczon du Sel mènent le voilier polaire Vagabond à travers les « coins froids et éloignés » de la planète, dans une succession de navigations historiques, d'hivernages répétés et de missions scientifiques. Président des Ecrans de l'Aventure 2020, du 15 au 18 octobre à Dijon, Eric raconte une année particulière, entre vie de famille et pandémie mondiale. Avec, toujours, une passion intacte.

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Eric est souvent sur le pont. Sur le pont pour faire avancer la science de terrain. Sur le pont du Vagabond, évidemment, son voilier polaire depuis 20 ans. Et sur le pont, comme beaucoup d’autres, pour s’occuper de leur petite famille avec France, son épouse. D’ailleurs, ce matin-là, France prend son petit-déjeuner en compagnie de Léonie, leur aînée. La cadette, Aurore, fait mentir son prénom et dort encore. Les deux filles ont respectivement 13 et 11 printemps. À moins qu’elles ne comptent en hivers, cette saison durant laquelle Léonie et Aurore alternent entre hivernages polaires (Eric Brossier et France Pinczon du Sel en chiffrent 12 à bord du Vagabond, depuis 1999) et retours dans leur pied-à-terre breton. Aujourd’hui, Eric a lui été réveillé un peu plus tôt par des « idées qui pétillaient ». En cause, les effets du Covid-19.

Eric Brossier, cavalier des glaces

La science des zones blanches

Même au mouillage dans la baie de Grise Fjord, le village inuit le plus au nord d’Amérique, dans le territoire canadien du Nunavut, la pandémie affecte les activités de l’équipage du Vagabond. Eric Brossier l’admet : il vit « une année très particulière ». Ce qui n’entraîne jamais qu’une réponse de plus à apporter, soit l’essence même de son travail. « J’aime l’approche scientifique pour comprendre notre planète, notre environnement, notre nature. Mais je voulais ne faire que du terrain, sans me retrouver coincé dans un labo ». De cette réflexion initiale est née l’idée du Vagabond comme base logistique et scientifique. Un double besoin personnel et collectif « dans ces coins froids et éloignés », là où les connaissances sont les plus maigres, là où « on se sent tout petit et en même temps privilégié d’y être ». Alors, chaque année, il accueille des missions pour hiverner sur la banquise ou pour se faufiler entre les « glaçons ». Sauf en 2020, donc : faute d’autorisations, le Vagabond n’a reçu personne cet été. Ce qui n’est pas pour autant synonyme de chômage technique pour son équipage.


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« Depuis toutes ces années, nos partenaires nous font confiance », reprend Eric. « On a reçu des caisses de matériel, des protocoles à suivre, et on bosse en famille ». Le programme estival est riche : plongées pour récolter des échantillons de coraline, « une algue qui forme une croute et raconte le climat passé de l’océan sur des dizaines d’années, une sorte d’archive climatique » ; prélèvements d’eaux à différentes profondeurs pour étudier les effets de la fonte des glaces, chargées de nutriments, sur la chaine marine ; relevés hydrographiques permettant de comprendre les interactions entre eaux arctiques et atlantiques ; cartographie marine à l’aide de sonars… Autant de relais précieux pour scientifiques et cartographes dans les zones blanches qui constituent le terrain de jeu de Vagabond, et le pain quotidien de son équipage. « Si les filles ne participaient pas, on aurait eu du mal à accepter la mission » salue leur père. « Mais on doit aussi tenir deux mois, ce sont des enfants, donc il faut du ludique, des vacances de temps en temps ».

Sous le Vagabond, un sonar multi-faisceaux

Une famille presque normale

A quoi ressemble un week-end de temps libre sur le Vagabond ? Il se prend à un rythme aléatoire, pour commencer : « c’est vraiment guidé par la météo : s’il fait mauvais, on ne peut pas travailler. On en profite pour faire du rattrapage, lire, écrire, écouter de la musique, regarder des films, faire la cuisine… Vraiment comme à la maison, quoi ». Et quand les corps et les esprits commandent une pause et que le ciel le permet, les Brossier accostent parfois pour aller marcher, cueillir des myrtilles, observer les animaux ou camper. Un vrai programme de monsieur et madame tout-le-monde – ou presque : « on dort quand même moins bien quand on n’a pas de chiens, parce qu’il y a des ours. Il faut dormir avec le fusil contre soi, ce n’est pas vraiment relaxant ! (rires) »


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Toute la dualité de la famille Brossier résumée dans un bivouac. D’un côté, un choix de vie extrême, inédit par sa persistance dans le temps ; de l’autre, une réflexion classique sur les orientations familiales et l’avenir des enfants comme des parents. À la question de savoir s’il connait d’autres exemples similaires au sien, le père accompagne sa réponse négative d’une comparaison à la fois surprenante et cohérente : « on a bien conscience qu’on a quelque chose d’atypique. Après, c’est un peu comme une vie d’agriculteur : tu vis et tu travailles en famille, dans ton coin, avec quelque chose de solitaire. Nous, c’est juste que notre maison est itinérante et nos régions moins connues » – et que le plancton des eaux arctiques a remplacé les fleurs des champs. Jusqu’à quand ?

Cette année, les Brossier ont décidé de ne pas prendre de programme hivernal pour permettre à leurs filles de passer une année scolaire complète en France. Une première pour Aurore et Léonie, respectivement en 6e et en 3e. Si, le père l’assure, rien n’est définitif et tout évolue en fonction des opportunités, reste que la tribu « a vraiment envie de prendre en compte le paramètre scolaire en priorité. » Avec l’expérience gagnée à bord de Vagabond et celles cumulées de l’Antarctique à l’Equateur, Eric ne s’interdit pas d’aller explorer d’autres domaines, d’autres approches. Du moins, « c’est la réflexion du moment, sachant que les années passent ! (rires) » L’autre sujet du moment est celui du lieu de la mission estivale 2021, déjà prévue : « avec les nouvelles règles d’accès, la base qui devait accueillir le bateau pour l’hiver ne peut plus le faire. Du coup on doit réfléchir au meilleur endroit pour le laisser, notamment en fonction de la prochaine mission. » Il faut faire vite : mi-septembre, Vagabond doit être à son site d’hivernage et les filles, rentrées à l’école.

France, Eric, Aurore et Léonie

Du terrain aux Ecrans, et inversement

Et puisque 2020 se devait d’être définitivement une année particulière pour les Vagabonds, leur capitaine sera pour la première fois président du jury aux Ecrans de l’Aventure, du 15 au 18 octobre à Dijon. Un rendez-vous loin d’être anecdotique pour Eric Brossier, qui a participé au festival sous toutes les casquettes, de bénévole à engagé en compétition en passant par membre du jury. « La présidence me touche beaucoup » dit-il. « Je connais La Guilde depuis que j’ai 18 ans, quand j’habitais en région parisienne. Je montais des projets pour les vacances et les archives de La Guilde, ses équipes et ses Bourses m’ont donné de jolis coups de pouce. » Surtout, après ces jeunes années, les Ecrans de l’Aventure ont posé plusieurs jalons dans la vie d’Eric : « à chaque fois, des rencontres ont abouti à quelque chose : un film, un livre, un projet… C’est vraiment un moment très important dans ma vie et celle de Vagabond ». Mieux, une édition des Ecrans fut même fondatrice.


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C’était en 1999. « Il y avait un direct avec un voilier russe qui sortait du passage du Nord-Est. Hubert de Chevigny, qui connaissait bien Vagabond parce qu’il avait navigué dessus, était là, ainsi que l’explorateur polaire Gérard Janichon et Jacques Lainé, le réalisateur ». Cette année-là, suite à un hivernage aux îles Kerguelen, Eric Brossier est sur le point de concrétiser son idée de base logistique et scientifique itinérante. Il vient tout juste de visiter Vagabond : « tout le monde m’a dit “vas-y, fonce, c’est un super bateau !” Et je l’ai acheté ». Quelques mois plus tard, France Pinczon du Sel embarquera comme équipière pour une mission polaire à bord du Vagabond. Une histoire est née.

Pour suivre les pérégrinations de la famille Brossier et de leur voilier polaire, direction le site vagabond.fr.

Marche, bushcraft et canoë : une histoire brute et sauvage

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Un article de Eric Carpentier


Cet article est issu de la série spéciale Aventure, publiée tout l’été. Pour retrouver l’ensemble des articles de la série, abonnez-vous à la lettre mensuelle de La Guilde :


Quand on l’appelle, Romain répond joyeusement : « ça va tranquillement, je suis à mon campement ! » Il est à Inari, sur les rives du lac du même nom. Quelques jours plus tôt, il a atteint le Cap Nord après 1 400 kilomètres à pied. Il s’apprête désormais à construire une embarcation pour aller voguer sur le lac lapon, dans le nord de la Finlande. Avec quel objectif ? « Aucun, je veux juste apprécier le monde sauvage et la vie sur le radeau » balaye-t-il. Il est comme ça, Romain. Depuis neuf ans, il marche là où ses pas le portent. Aventurier de métier ? Pas son genre, même s’il aspire à réaliser un film documentaire sur son dernier voyage, entre randonnée hors pistes et rencontres d’hommes et de femmes vivant au cœur de la nature. Un profil à la fois commun – qui n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, le rêve d’aller se promener dans le vaste monde ? – et atypique – qui ose transformer le rêve en quotidien depuis près d’une décennie ? Mais aussi un exemple de la diversité des projets soutenus chaque année par La Guilde, via ses Bourses de l’Aventure : du professionnel Objectif Pôle Sud de Matthieu Tordeur (en 2018) au cavalier Stan & Co des sœurs Desprez (en 2019) en passant par le créatif et collectif Bato A Film (en 2017), le champ des possibles est immense, du moment qu’il soit semé de passion. Romain Vandycke, lui, a donné à sa dernière idée un titre évocateur : Brute et Sauvage. Un nom dont on ne sait s’il vaut pour la nature traversée, ou pour la sienne.


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La solitude du coureur des bois

Une chose est certaine : Romain ne craint pas la solitude. Au contraire, il la considère indispensable. « Il ne faut pas s’y enfermer, dit-il, mais il faut l’accepter ». Une solitude qui a une vertu en commun avec la marche : « une nécessaire simplicité d’être, une forme de dépouillement matériel, une obligation de se contenter de peu. » Dans son bagage d’inspirations, il sort les premiers livres de Sylvain Tesson, ceux de Nicolas Vannier, ou Into the Wild, de Jon Krakauer – dont le titre français n’est autre que Voyage au bout de la solitude. Mais surtout, il ressent l’appel de la forêt : « je sens comme un feu quand je regarde les montagnes, les forêts, je me sens attiré. Quand j’étais petit, je voulais construire des cabanes, j’avais un livre sur les hommes préhistoriques et leurs outils, j’adorais ça. » Alors, puisqu’il considère la nature comme « un refuge », Romain veut apprendre à vivre avec et grâce à elle. Mais de préférence en s’épargnant une fin à la Christopher McCandless.

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?
Romain, bâton en main

Brute et Sauvage est donc le nom d’une aventure marquée du sceau du bushcraft, ou art de vivre dans les bois. Pendant plus de deux mois, Romain a tenté d’avancer avec ce que la nature offrait à mesure de ses pas. Sans rations calibrées ni réchaud, « le plus minimaliste possible », il avait pour projet de compléter une base de féculents avec des produits de la pêche ou de la cueillette. Résultat ? « Je crois que je suis un mauvais pêcheur ! » avoue-t-il en rigolant. Pour ce qui est des végétaux, l’expérience s’avère plus concluante. Jeunes pousses de sapins, orties, pissenlits, farine d’écorce de bouleau ou lichen viennent améliorer l’ordinaire. Il apprend également l’existence du chaga, « un champignon béni des Dieux ! », parasite du bouleau considéré comme médicinal et ajouté au thé du matin. Sans oublier, pour faire partir le feu sous la pluie, les allumes-feux faits main, avec des pommes de pins trempées dans la résine d’épicéa fondue. En résumé, Romain tente de faire sienne cette citation de Mors Kochanski, gourou canadien du bushcraft : The more you know, the less you have to carry – Plus ta connaissance est grande, moins ton sac est lourd.

Simple, basique

De là à être complètement autonome dans la nature, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Car Romain est conscient de ses limites : « l’imaginaire est fort et moi, j’ai beaucoup d’idées. Mais après, on arrive dans la réalité et c’est autre chose. Alors on fait des erreurs, on apprend. » Notamment que les sites internet, les vidéos de Jacob Karhu ou les guides Delachaux forment une base théorique utile, mais insuffisante. « J’ai appris à droite à gauche depuis plusieurs années, en parallèle de mes voyages. Là, je suis resté fidèle à mon objectif, même si je dois avouer que j’ai trouvé plus de nourriture dans les invendus que dans la nature. » Mais finalement, l’essentiel est ailleurs pour Romain : « un truc important dans cette marche, c’est que j’ai su modifier mes habitudes. Je me suis libéré. » Parti de Kautokeino, au nord des frontières de la Norvège avec la Suède et la Finlande, il a traversé la toundra hors des sentiers battus pour atteindre le cap Nord et « revenir à quelque chose de plus simple ».

L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Car aux expéditions complexes et aux projets coûteux, Romain préfère la liberté d’une vie humble, faite de jobs saisonniers et de départs répétés. Le soutien de La Guilde – qui accorde le même crédit à la complexité et à la simplicité – l’a surpris autant qu’aidé. Financièrement, mais aussi pour préciser et partager sa vision des choses. Il y a dans celle-ci une farouche volonté d’indépendance de corps et d’esprit, une aspiration à l’auto-suffisance, une insatisfaction quant à la façon dont court le monde et une radicalité qui transpire dans chacun de ses choix. Comme celui du calendrier, par exemple : « en Suisse, les vendanges commencent le 15 septembre. J’ai un train qui part le 12 septembre de Umea, dans le centre de la Suède. Je vais y descendre en stop le 10 septembre, ce sera le maximum que je puisse faire, pour rester le plus longtemps possible ! » Et puis, après avoir cueilli les fruits cultivés, il sera déjà temps de se plonger à nouveau dans la nature brute et sauvage.


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L'âme vagabonde : voilà ce qui caractérise Romain, l'un des quatre lauréats des Bourses de l'Aventure 2020. Rencontre avec un garçon qui, un jour de 2011, a décidé de mettre les voiles pour marcher au gré de ses envies – toujours guidé par la nature, dont il aspire à se rapprocher davantage chaque jour. Jusqu'à y vivre pleinement ?

Pour suivre les pérégrinations de Romain, rendez-vous sur son site internet.