Olympe Langelot, VSI aux Philippines

«Les expériences à l’étranger permettent une meilleure connaissance de soi»

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


Olympe Langelot est VSI de La Guilde aux Philippines depuis mars 2016. Après une première expérience de volontariat en Inde, elle a décidé de s’engager dans un nouveau projet éducatif avec Passerelles Numériques, en tant qu’Education Manager.

Peux-tu présenter Passerelles numériques et son action aux Philippines?

Passerelles numériques (PN) offre une formation en informatique à des jeunes de milieux pauvres et défavorisés. En plus d’une formation technique, le jeune est pris en charge complètement, accompagné et guidé dans son développement personnel, son apprentissage en vue de devenir un jeune professionnel responsable, équilibré, respectueux, engagé.

En activité à Cebu depuis 2009, Passerelles numériques Philippines (PNP) propose un programme de formation en informatique basé sur une approche éducative holistique et comprenant l’apprentissage de compétences techniques et interpersonnelles (« soft skills ») ainsi qu’un programme de développement individuel. Les objectifs sont que, non seulement les jeunes enrôlés dans le programme aient les capacités de trouver un premier emploi stable, mais aussi de développer à plus long terme leur employabilité pour qu’ils se maintiennent en dehors du cercle vicieux de la pauvreté.

Les jeunes diplômés de PN trouvent un emploi à 99% et beaucoup avant même la remise des diplômes. Grâce à leur bon salaire, ils sont capables d’aider leur famille entière. L’étude d’impact le confirme : les conditions de vie des familles s’améliorent, les plus jeunes frères et sœurs peuvent étudier, etc.

Quelles sont tes missions ?

Je suis responsable de l’équipe Education dont l’objectif est d’assurer aux jeunes toutes les chances de réussir le Training : assurer les moyens matériels (fournitures scolaires, cadre de vie sain et agréable), le soutien psychologique, l’accompagnement quotidien dans leur développement personnel, leurs choix, leurs problèmes familiaux, offrir des activités extra-scolaires pour les faire s’épanouir, se détendre, découvrir et apprendre.

Quels sont les enjeux de ton poste ?

Au-delà des aspects de ressources humaines et de refonte de l’équipe, l’enjeu du poste a été de remettre en place un certain nombre d’activités qui avaient été mises de côté par manque d’encadrement et de motivation.

L’enjeu de mes deux années de mission a aussi été de repenser les activités menées par l’équipe pour s’adapter à un public cible plus âgé. Les Philippines ont en effet connu une réforme importante du système éducatif faisant passer le nombre d’années d’enseignement secondaire de 10 à 12 ans. Ainsi, les jeunes diplômes du lycée ont désormais 18 ans, et non plus 16. L’âge moyen de nos étudiants s’en est donc vu affecté (plus âgé) et il a fallu revoir certaines de nos activités et manières de travailler.

Dirais-tu que ta mission a permis une évolution du projet ?

Non, pas vraiment, mais ce n’était pas forcement le but recherché. Au contraire, PN est attaché à des valeurs, des manières de faire avec les jeunes, qui font sa marque de fabrique, sa spécificité et qu’il est fondamental de faire perdurer. Ma mission a plutôt permis d’enclencher à nouveau certains fondamentaux et de raviver l’esprit éducatif de PN.

Comment s’est passée ton arrivée ?

Cebu est une ville facile avec de bonnes infrastructures et de nombreux services disponibles. S’y loger est un peu compliqué (et coûteux !) en revanche. J’ai été logée au tout début dans le Centre PN, comme tous les volontaires VSI. Ceci permet de prendre le temps d’atterrir et de pouvoir aussi s’imprégner du contexte, de comprendre la vie des jeunes dont nous avons la charge, etc. Après un an, j’ai ressenti le besoin de déménager pour m’éloigner et équilibrer davantage vie professionnelle et personnelle. J’ai donc emménagé en colocation, dans un autre quartier.

As-tu réussi à t’intégrer facilement sur place ?

Je travaille au quotidien avec des Philippins et gère une équipe de Philippins uniquement. Ceci aide à comprendre les codes du pays et à s’intégrer. Les jeunes dont j’ai la charge m’ont aussi appris quelques mots de Cebuano (langue locale). Je prends les transports locaux, mange dans les cantines, etc.

Parmi les autres expatriés j’ai mis du temps à rencontrer des gens avec qui j’avais des affinités. Mais après plusieurs mois j’ai réussi à me faire un bon cercle d’amis occidentaux, notamment grâce à mes colocataires.

As-tu le temps pour des activités de loisirs pendant ta mission ?

Je fais du sport une fois par semaine. J’ai notamment passé mon certificat de plongée. J’ai aussi profité des weekends et jours fériés pour visiter le pays. Je ne suis pas rentrée lors de mon premier Noël sur place pour pouvoir voyager dans le nord des Philippines.

Que penses-tu du développement local des Philippines et de ta zone d’intervention ?

Les Philippines sont un pays en plein développement avec des écarts de richesse très marqués entre ville et campagne, mais aussi au sein de la population. Les écarts de développement et de richesses entre régions et entre les îles sont criants.

Le pays offre dans l’ensemble de bonnes infrastructures (routes, électricité) et un réseau de transport très satisfaisant. Cebu city étant la 2ème ville du pays, il s’agit d’une ville fortement peuplée. Là encore, les écarts sont massifs et les quartiers préservés et très chics côtoient les bidonvilles et zones insalubres.

PN est basé dans le quartier de Talamban qui est un quartier plutôt d’étudiants du fait du campus de l’université de San Carlos, et de ce fait, plutôt aisé (à l’échelle du pays).

PN sélectionne ses étudiants dans l’ensemble de la région des Visayas (région centrale du pays) et à Mindanao.

As-tu été confrontée à des problèmes d’insécurité ?

J’étais aux Philippines lors de l’élection de R. Duterte et ai donc assisté à l’évolution du contexte. Basée à Cebu et vivant dans un quartier très sûr, je n’y ai pas été confrontée directement. En revanche, je connais beaucoup de gens qui ont été touchés par la guerre anti-drogue (collègues et bénéficiaires de PN). La circulation des armes à feux est un réel enjeu mais je ne me suis jamais sentie en insécurité.

Après presque deux ans de mission, quel bilan fais-tu de cette expérience ?

Au niveau professionnel, le niveau de responsabilité et les difficultés rencontrées m’ont beaucoup appris et m’ont permis de grandir professionnellement.

Cette mission a aussi renforcé ma passion pour l’éducation et les projets éducatifs innovants et alternatifs. Elle a également conforté mon choix de travailler dans le secteur non-profit.

En termes de compétences, j’ai désormais une meilleure vision de mes forces et faiblesses.

Et au niveau personnel ?

En cette fin de mission, j’entame ma 5ème année à l’étranger et j’ai pris la décision de rentrer en France. Mes priorités ont évolué et elles m’apparaissent clairement.

Je pense que les expériences à l’étranger permettent une meilleure connaissance de soi, et d’être capable d’une vraie introspection. Je termine donc cette mission avec une compréhension plus précise de mes réactions, émotions, choix, etc.

Enfin, sur le plan personnel, cette mission m’a fait réaliser un certain nombre de valeurs auxquelles je suis attachée et qui guident mes comportements.

Donner du « SENS » à l’entreprenariat solidaire !

A la rencontre d’un partenaire VSI au Bénin

Félix, entrepreneur solidaire de distribution-vente à Dassa avec Laure, chargée de mission VSI

Un article de Laure Machon, chargée de mission VSI


Le groupe coopératif Solidarités Entreprises Nord-Sud (SENS) a été créé en France en 2008. Il accueille des VSI avec La Guilde depuis 5 ans. Un objectif : agir pour le développement durable et équitable de territoires du Sud et du Nord, par la promotion d’entreprises au service de l’Homme et de son environnement.

Depuis les premières activités, initiées au Bénin en 2009, SENS a développé une réelle expertise dans l’accompagnement, l’appui-conseil et le financement des entreprises solidaires.

Aujourd’hui SENS s’est spécialisé dans l’entreprenariat rural solidaire et l’innovation agroalimentaire. Ils ont développés une expertise sur les matières premières à forte valeur nutritionnelle dans 3 départements du Bénin : Zou, Collines et Borgou. Les conseillers SENS se déplacent dans ces départements pour appuyer les entrepreneurs.

La Charte Entreprendre Solidaire avec son Territoire

Une méthodologie et une charte propre à l’entreprenariat solidaire et applicable au secteur de l’agroalimentaire et de l’agrosanté ont été développées.

Deux sociétés coopératives de droit béninois créées : en « SENS Bénin » en 2013 et « Investi’SENS Bénin » en 2014, agissent concrètement dans une logique de chaine de valeur inclusive.

Depuis 2013 au Bénin, le groupe SENS mène le programme B’EST (Bénin Entreprendre Solidaire avec son Territoire) qui développe un réseau d’entreprises « solidaires avec leur territoire ». Concrètement, 160 entreprises ont été accompagnées en milieu urbain et semi rural, associant plus de 2 100 fournisseurs de matières premières et touchant indirectement plus de 7 000 bénéficiaires.

L’accompagnement fourni par le programme B’EST inclut du coaching, des formations, du financement, de la mise en réseau et de l’appui à l’innovation. Il s’agit d’entreprises rurales de services agricoles et d’accès à l’énergie, et d’entreprises urbaines de transformation agroalimentaire et agrosanté, de distribution-vente de produits finis.

Ensemble et avec le concourt des services fournis par SENS, ces entreprises proposent une offre locale de qualité pour l’alimentation et la santé, tout en contribuant à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural.

Une chaine de valeur inclusive : des entrepreneurs à tous les niveaux !

Catalogue des entreprises solidaires, plaquette de présentation et échantillon de produits B’EST (savon répulsif anti-moustique et miel).

 

L’objectif : des entreprises sont solidaires pour impacter les populations vulnérables.

L’impact est en amont de la chaine de production (entreprises qui font appel aux populations rurales pour les matières primaires et employant des personnes vulnérables) ; dans la chaine de production à l’étape de transformation; ou en aval en proposant des produits de santé, ou produits alimentaires adaptés au pouvoir d’achat.

 

Focus sur deux acteurs de la chaine de valeur inclusive : Parfaite et Félix.

Ces deux entrepreneurs solidaires sont accompagnés par Eline, VSI chargée de mission agroécologie pour SENS !

Parfaite, entrepreneuse solidaire avec Eline, chargée de mission agroécologie en VSI.

Parfaite (ESSOR), Entrepreneure Solidaire de Service aux Ruraux à la base de la chaine. Parfaite est bénéficiaire du programme B’EST. Parfaite a su capitaliser sur l’accompagnement de SENS et a désormais 4 activités : l’appui à la production de soja par un réseau de petits producteurs du village, la production en propre de cultures maraichaires intégrant des plantes médicinales ainsi que la pisciculture et l ‘élevage !

Felix intervient en bout de chaine après transformation de matières premières telle que celles fournies par Parfaite. Dans la ville de Dassa, Félix vend les produits « B’EST » et assure un débouché pour les entrepreneurs solidaires auprès de qui il s’approvisionne. Dans sa boutique de nombreux produits issus de l’agroécologie et de l’agrosanté sont proposés : particulièrement le miel de la marque « Ruche de collines ». Cette marque regroupe plusieurs apiculteurs qui travaillent avec un réseau complet de producteurs vulnérables qui ont été formé à l’utilisation de ruches.

Ces produits sont vendus à un prix abordable pour les habitants et rémunérateurs pour les entreprises solidaires et Félix!

Vous l’aurez compris, SENS appuie la création d’un réseau d’entrepreneurs solidaires au Bénin !

Ce réseau de plus de 50 entreprises a tout pour croître, générer à terme 600 emplois équivalents temps plein, et inclure en amont de la chaine de valeur 8 000 producteurs et 3 500 micro entreprises rurales. On leur souhaite bonne continuation et production !

 

Pour mieux connaître les entrepreneurs solidaires, retrouvez le récit de vie de Delphine  : https://www.youtube.com/watch?v=AJjJQ9ivQQY&feature=youtu.be

 

Coup de projecteur sur Virlanie, partenaire VSI de La Guilde aux Philippines

A l’occasion de la journée internationale des familles

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


A l’occasion de la journée internationale des familles (15 mai 2018), La Guilde est heureuse de mettre en lumière le travail de l’association Virlanie, qui accueille des volontaires de solidarité internationale depuis près de 5 ans.

Un programme résidentiel pour protéger et prendre soin des enfants dans un cadre familial.

Être accueilli au sein des maisons de Virlanie est, pour tous les enfants, un nouveau départ. Le programme résidentiel est une solution alternative de prise en charge des enfants qui ont été séparés de leurs familles temporairement ou de manière permanente. Au sein de chaque maison, des parents (en moyenne 6 par maison) et des travailleur.ses sociaux.les encadrent et accompagnent les enfants.

Tous les volontaires de Virlanie passent leur premier mois aux Philippines en immersion dans une des maisons du programme résidentiel. Crédit: Virlanie

 

Selene LEBEDEL, VSI depuis janvier 2018, témoigne : « je suis responsable des parrainages sur la zone francophone. Mon but est d’être un lien solide entre les 500 parrains et Virlanie, afin de construire une relation de confiance. Même lorsque les enfants réintègrent leurs familles, ils continuent d’être suivis et de bénéficier du parrainage, pour leur permettre de poursuivre des études

Des programmes communautaires pour renforcer les familles et prévenir les violences et les négligences de l’enfant

Afin de prévenir les cas de violence et de négligence envers les enfants, il faut renforcer leurs familles. Donner les moyens aux communautés les plus pauvres de se développer et de devenir autosuffisantes est aussi un chemin vers la réunification familiale.

Le Programme familial opère auprès de 5 communautés partenaires de la métropole de Manille afin de les aider à sortir de l’extrême pauvreté ; à travers des conseils, des formations de subsistance et par la mise en place d’activités génératrices de revenus (petite boulangerie, coopérative de riz…)

Une famille soutenue par le programme familial. Crédit: Gonzallo Bell

Les mères de la rue peuvent être moteur de changement, tant pour leurs familles que pour leurs communautés. Cependant, comme ce sont souvent elles qui s’occupent des enfants, il ne leur est pas facile de trouver un équilibre entre leur vie familiale et leur vie professionnelle. Le Centre d’accueil de jour iLead Open Day pour l’éducation et la formation (iLead ODC-ET) s’efforce d’améliorer les conditions de vie des mères et des jeunes marginalisés en leur permettant d’accéder à la formation.

Une mère en formation à l’ODC-ET. Crédit: Gonzallo Bell

Accélérer l’intégration de l’enfant dans une famille permanente

Offrir aux enfants la possibilité d’un nouveau départ avec leur famille est l’objectif principal du Programme de réunification familiale.

Ce programme vise à permettre la réunification de l’enfant avec sa famille quand cela est possible, et à faire en sorte que celle-ci s’effectue dans les meilleures conditions possibles via un accompagnement sur mesure.

Lorsque le regroupement familial n’est pas possible, Virlanie a mis en place un Programme d’adoption en partenariat avec le Département de la protection sociale et du développement social et avec le Conseil de l’adoption internationale.

Virlanie collabore également avec l’Association des agences de puériculture philippines (ACCAP) sur l’élaboration de bonnes pratiques et sur la défense des droits des enfants placés en institution, en famille d’accueil ou en procédure d’adoption.

 

Chloé, VSI aux Philippines : fournir aux plus pauvres un accès à l’eau potable

avec l'association Eau et Vie

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


Chloé Frotin est VSI pour l’association Eau et Vie aux Philippines depuis juillet 2017. Pour sa troisième année de volontariat, elle participe à un grand projet d’accès à l’eau dans la ville de Cebu.

Tu n’en es pas à ta première expérience de volontariat, peux-tu nous expliquer ce qui t’a amenée à la solidarité internationale ?

Après une licence de droit dont un an passé en Irlande, une année de césure à découvrir le monde humanitaire au Bénin puis à travailler en Allemagne, et un Master 1 en Science Politique, je me suis spécialisée en Coopération Internationale et ONG en Master 2.

A la fin de cette dernière année d’étude, j’ai entamé un Service Civique mixte chez Eau et Vie, 8 mois au siège de l’ONG à Nantes et 4 mois sur le terrain au Bangladesh en tant que chargée de communication et de recherche de financement.

A l’issue de cette année riche en apprentissage et découvertes, j’ai eu l’opportunité de passer une année supplémentaire au Bangladesh avec Eau et Vie en tant que Chargée de mission Gestion des déchets et Lutte anti-incendie – en VSI cette fois-ci. Volontariat que j’ai ensuite étendu d’une année supplémentaire aux Philippines sur un autre poste.

En quoi consiste l’action d’Eau et Vie aux Philippines ?

Eau et Vie (E&V) est une organisation présente actuellement aux Philippines, au Bangladesh et en Côte d’Ivoire, avec des projets à venir en Bulgarie et en région parisienne.

Dans chaque pays d’intervention, E&V met en place une entreprise sociale locale et une ONG locale. L’entreprise sociale s’occupe de la construction et maintenance de réseaux d’eau dans les quartiers les plus défavorisés de la ville avec des connexions individuelles au sein de chaque maison, d’une collecte des paiements adaptés au mode de vie de population ainsi qu’un système de micro-crédit pour les frais d’installation. Cette dernière travaille main dans la main avec l’ONG locale qui met en place dans ces mêmes quartiers des formations à la lutte anti-incendie, des sensibilisations à l’hygiène et des dispositifs d’assainissement de de gestion des déchets.

Aux Philippines, E&V est présente depuis 2009 et déploie aujourd’hui ses activités sur 3 sites : Cavite (sud de Manille), Mandaue et Cebu City (métropole de Cebu) et à Tanauan (île de Leyte), fournissant de l’eau de bonne qualité à domicile à plus de 3 000 foyers (environ 18,000 personnes) ainsi que toutes les activités de l’ONG.

Inauguration d’un nouveau réseau d’eau à Mandaue (Cebu)

Au sein de toutes ces activités, quelles sont plus particulièrement tes missions ?

Depuis que je suis arrivée aux Philippines, je suis en charge d’un grand partenariat dont E&V fait partie au même titre que la Coopération Néerlandaise, l’opérateur d’eau de la ville de Cebu (MCWD) et la Croix Rouge.

Le rôle d’E&V au sein de ce partenariat est de fournir en eau les quartiers les plus défavorisés de l’agglomération de Cebu en construisant un réseau d’eau et en mettant en place un système de paiement adapté aux populations, ainsi que toutes les activités de formation à la lutte anti-incendie, de sensibilisation à l’hygiène et à la gestion des déchets, et d’assainissement. Je suis donc en charge des relations avec les partenaires du projet, des prospections afin de trouver ces nouvelles zones dans lesquelles E&V agira et de la supervision des ouvertures de zones et de nouvelles branches de l’entreprise sociale, tant côté RH avec les recrutements qu’administratif avec la sécurisation des permis et les relations avec les autorités locales.

Après le Bangladesh, comment s’est passée ton intégration aux Philippines ?

Mon intégration sur place s’est très bien passée ! Bien sûr, il a été compliqué de quitter un pays comme le Bangladesh que j’ai adoré et qui est tellement prenant qu’il ne peut pas laisser indifférent, et d’arriver aux Philippines où tous mes repères ont été bouleversés tant ce pays est différent de tous ceux que j’avais pu voir avant. Les Philippines sont un pays très américanisé et où il est peut-être difficile de percevoir leur aspect culturel propre à première vue quand on reste dans les grandes villes. Cependant, après quelques temps passé ici, on se rend vite compte à quel point ses habitants sont fondamentalement différents des Américains ou Européens. L’adaptation aux habitudes, façons de faire et de penser des Philippines et Philippins est vraiment intéressante et essentielle afin de bien vivre et travailler ici.

Pour toi, que signifie l’interculturalité ? 

Vivre dans des pays aussi différents de la France que sont le Bangladesh et les Philippines permet de s’imprégner pleinement de leur culture locale et de mieux la comprendre.

Ça permet d’apprend des tas de choses sur soi-même et les autres qu’on ne trouverait jamais dans les livres, à la télé ou même sur internet.

Travailler et vivre en interculturalité sont toujours des défis à relever mais surtout une expérience personnelle et professionnelle incroyable et vraiment enrichissante à tous les niveaux !

Après 6 mois sur place, quel bilan personnel et professionnel tires-tu ?

Un bilan très positif ! Sur le plan professionnel je développe de nouvelles compétences et évolue au sein de l’entreprise sociale après avoir vu le côté ONG au Bangladesh. Sur le plan personnel, je m’épanouie totalement : j’ai pu rencontrer des gens d’horizons totalement différents avec qui des liens forts se sont tissés, et j’ai également pu me faire mon petit cocon et mes petites habitudes à Cebu, tout en voyageant dès que possible à la découverte des Philippines, voire même des pays alentours.

Les Philippines sont un pays dans lequel il est facile de voyager et de rencontrer du monde. La gentillesse et l’hospitalité des Philippins n’ont pas d’égal et le pays regorge de paysages tous plus beaux les uns que les autres. L’aspect culturel et traditionnel peut néanmoins sembler beaucoup moins préservé et visible que dans de nombreux autres pays d’Asie, mais que les découvertes et la richesse des gens et des panoramas compensent aisément !

Un conseil pour celles et ceux qui hésiteraient à partir ?

Ne pas hésiter trop longtemps lorsque l’on a envie de partir et que l’on a trouvé une mission qui nous correspond ! L’expérience tant professionnelle que personnelle est vraiment très enrichissante et formatrice !

Rencontre avec Laure Jehanno, volontaire de La Chorba au service des enfants des rues de Cotonou

"Ouvrir le champ des possibles"

Un article de Laure Machon, chargée de mission VSI


Lors de sa mission au Bénin en avril 2018, La Guilde a rencontré Laure Jehanno, volontaire partie avec La Chorba depuis 5 mois. L’occasion également de découvrir les activités de cette nouvelle association partenaire du pôle VSI.

Peux-tu nous présenter ton parcours avant La Chorba ? 

J’ai réalisé mon stage de fin d’études au sein de La Chorba à Paris. Au vu de l’étendue possible de notre collaboration et de la confiance mutuelle, j’ai poursuivi avec eux en Service Civique pendant 8 mois après l’obtention de mon diplôme. Mes missions étaient essentiellement en lien avec la mise en place de bonnes pratiques d’hygiène dans la cuisine, et le lancement d’un dispositif de « repas bio » une fois par semaine. C’était une expérience très enrichissante, qui m’a permis de confirmer mon souhait de travailler auprès de personnes vulnérables. J’ai poursuivi mes études avec une spécialisation de prise en charge de malnutrition et dénutrition au Mali. De retour en France, j’ai travaillé quelques mois à l’hôpital en tant que diététicienne avant d’avoir l’opportunité de retourner en Afrique avec La Chorba Internationale.

Tu as commencé avec une mission de service civique à La Chorba et continué à t’engager en VSI, pourquoi ?

J’ai souhaité poursuivre mon engagement auprès de La Chorba car j’adhère à leurs valeurs : partage, tolérance, solidarité et humaniste. Les activités sont menées avec professionnalisme mais avec le cœur et dans le respect des bénéficiaires. Ils ont également choisi de me faire confiance pour développer la phase pilote de façon quasi autonome ce qui est très enrichissant pour moi.

Forte de ses succès à Paris, l’association La Chorba a souhaité dupliquer ses actions au Bénin, peux-tu nous en dire plus ?

Les activités de La Chorba visent à proposer une aide alimentaire aux plus démunis à travers un système de lutte antigaspillage. La problématique des surplus et des invendus alimentaires se posent pour un grand nombre de supermarchés, et ce même dans des pays en développement. En parallèle, l’association travaille depuis de nombreuses années avec le partenaire Citoyen des Rues International et donc le partenaire local au Bénin. Ainsi est née l’idée de lancer le projet Cantine ; c’est-à-dire implanter un circuit de lutte antigaspillage qui permettrait de couvrir les besoins alimentaires des enfants des rues accueillis par l’association locale. Ce projet pilote a démarré fin 2016.

Quelles sont tes missions au sein du projet Cantine ?

Le lancement de la phase pilote du projet s’est articulé autour de 3 volets. La partie « collecte alimentaire » comprend l’identification de structures alimentaires auprès de qui nous avons présenté le projet dans l’idée de récupérer leurs denrées invendues.

Crédit: La Chorba

Un volet « nutrition » a été intégré par la conception de menus adaptés aux enfants accueillis, des formations auprès de la cuisinière (tant au niveau des pratiques d’hygiène que des notions nutritionnelles) ainsi que des activités de dépistage et de prévention de la malnutrition envers ces enfants des rues. Enfin, il a fallu équiper la cantine du foyer : réfrigérateur, congélateur, ustensiles de cuisine…

 

A ce jour, mes missions comprennent aussi la recherche de financements, le suivi administratif et financier vis-à-vis des bailleurs et la communication afin de diffuser le plus possible nos activités.

Comment se passe ton intégration sur place ? Quels sont les aspects interculturels à prendre en compte ? 

L’équipe avec laquelle je travaille est habituée à recevoir des volontaires français. Ceci étant, j’ai quand même du faire mes preuves afin d’être intégrée et respectée en tant que professionnelle.

Au niveau de l’interculturalité, je continue d’apprendre. Il y a un rapport au temps différent : autant certaines choses peuvent prendre des jours, voire des semaines, autant des situations d’urgence sont gérées rapidement et efficacement. J’ai aussi constaté que c’est généralement mal vu de couper la parole à son interlocuteur, que les formules de salutations sont très importantes avant d’entamer toute conversation ou encore que tout se négocie… 😉

Crédit: La Chorba

 

Quelle est ta vision de la problématique des enfants des rues au Bénin ?

Le Bénin est un pays qui a des potentialités notamment vis à vis de sa situation géographique. Il constitue une véritable porte d’entrée vers les pays de la sous-région : Niger, Burkina Faso, Togo… malheureusement, son retard en terme de développement se traduit notamment par de grandes inégalités sociales, un système scolaire faible et disparate selon les régions et des infrastructures routières de mauvaise qualité…

Il faut aussi dire que le pays traverse une grosse crise depuis plusieurs années, ce qui fragilise davantage l’économie et impacte forcément la croissance et le développement du pays.

La question des enfants des rues est une problématique qui n’est pas considérée par les institutions étatiques. Il n’y a pas de réelle volonté politique, et les organisations (ONG et associations locales) n’arrivent pas à endiguer le problème. C’est vraiment dommage, car de fait les droits de l’enfant ne sont pas entendus, et le manque de prise en charge institutionnelle ne permet pas la réinsertion de ces jeunes qui pourraient profiter à l’évolution du pays.

Un premier bilan personnel et professionnel ?

L’expatriation est une expérience riche en tout point : interculturalité, éloignement des proches, changement de climat… c’est l’occasion d’apprendre à se connaître davantage. Professionnellement, cette mission m’a offert une opportunité que je n’aurais pas trouvée en France. Il faut être multitâche, proactif et ouvrir le champ des possibles. J’ai connu des moments difficiles, mais globalement je tire un bilan très positif.

Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui vont partir ?

Le dispositif du VSI est valorisant et sécurisant pour les volontaires, surtout que La Guilde est toujours disponible en cas de soucis (personnel, administratif…). Mon conseil serait de foncer, mais aussi de veiller à ne pas s’enfermer dans la mission. C’est très important de bien s’entourer localement et surtout de garder le contact avec les proches. C’est grâce à eux qu’on peut surmonter plus rapidement les moments difficiles.

Marie-Cécile Matteoni Bosom, infirmière auprès de personnes âgées à Jérusalem

VSI avec l’Œuvre d’Orient

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


Marie-Cécile a 21 ans. Jeune infirmière, elle est volontaire de solidarité internationale avec la Guilde et l’œuvre d’Orient. Elle travaille à Jérusalem-Est au sein du Home Notre Dame des Douleurs, un établissement qui accueille des personnes âgées pour la plupart démunies, chrétiennes et musulmanes.

Une maison de retraite pas comme les autres

Voilà 5 mois que Marie-Cécile travaille dans cette maison de retraite pas tout à fait comme les autres. A peine son diplôme d’infirmière en poche, elle a décidé de s’engager auprès des plus pauvres.

Dirigé par les Sœurs de Saint Frai, le lieu est arboré, paisible et agréable. Mais ici, l’environnement illustre parfaitement la complexité du conflit israélo-palestinien : le Home est longé par le mur de séparation, un mur de béton de 8 mètres de haut surplombé de fils barbelés, construit en 2002 et qui coupe la ville en deux.

Depuis, tous les déplacements des familles voisines du Home en ont été compliqués. Chaque jour, les collègues de Marie-Cécile qui vivent de l’autre côté du mur, doivent faire un immense détour pour traverser la frontière et ses check-points. Marie-Cécile, qui loge sur place, dans ce véritable havre de paix, n’en perd pas moins de vue la réalité de la situation : la fenêtre de sa chambre donne tout droit sur le mur ! « Bien sûr, il faut savoir rester prudent, surtout lors des manifestations, mais globalement c’est plutôt calme ici, et je ne me sens pas spécialement en danger » précise Marie-Cécile.

Les liens du cœur

Chaque jour, Marie-Cécile prodigue soins et marques d’attention aux 43 résidents de l’établissement. Elle communique en français, en anglais, et a appris quelques mots d’arabe mais la langue n’est pas un frein pour les liens qu’elle a créés avec ces personnes isolées. Jean-François KLOS, le directeur français de l’établissement explique : « dans la culture palestinienne, il est rare que des personnes âgées se retrouvent placées, les familles ayant toujours à cœur de les garder chez elles. Les résidents du Home sont la plupart du temps des personnes célibataires sans enfant, ou des personnes dont les enfants ont émigré à l’étranger. » Et il ne tarit pas d’éloges sur l’implication de Marie-Cécile au sein de la maison !

« J’adore travailler avec les personnes âgées. Je ne me verrais pas travailler dans un hôpital ». Première mission de volontaire, première expérience professionnelle en dehors des stages étudiants, Marie-Cécile est épanouie ! La seule frustration pour une infirmière dans cet établissement est liée à la disponibilité des médicaments. En effet, ce sont les familles qui doivent apporter les médicaments des résidents ; malheureusement elles ne sont pas toujours en mesure de le faire, et, faute de moyens, les traitements doivent parfois être interrompus.

Un accueil généreux

Marie-Cécile est également très bien intégrée dans l’équipe locale qui attendait son arrivée avec impatience. Et les temps de service sont riches d’échanges interculturels. « Ici, les gens mangent tout le temps » s’étonne Marie-Cécile, « à toute heure de la journée, on me propose toujours des tas de choses à manger, et je ne peux pas refuser sans les vexer ! ». Elle a également bénéficié d’un renouvellement total de sa garde-robe…pas toujours à son goût !

En dehors de son travail qu’elle accomplit avec passion, Marie-Cécile a noué des liens avec les autres jeunes volontaires français de la région. Elle participe régulièrement à des sorties avec eux, à Jérusalem ou ailleurs dans le pays. Le Home accueille également de jeunes retraités français pour des missions bénévoles d’un mois. « Je leur suis très reconnaissante de leur aide pour mon intégration à mon arrivée, mais il y a quand même un décalage générationnel entre eux et moi » raconte Marie-Cécile, qui se réjouit de l’arrivée imminente d’une seconde (jeune) VSI en renfort de l’équipe administrative.

Mission terrain de La Guilde – février 2018

Tiana, VSI en Inde avec l’association Kynarou : « donner un sens à mon engagement »

Un témoignage de Malala-Tiana RANOVONA

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


Tiana Ranovona est volontaire de solidarité internationale en Inde depuis novembre 2017. Elle nous livre un témoignage touchant sur son expérience avec l’association Kynarou.

Peux-tu nous présenter ton parcours ? 

Je suis originaire de Madagascar, et j’ai été sensibilisée très jeune par les actions solidaires. Quand est venu le temps de choisir des études supérieures, j’ai décidé d’intégrer une école d’arts appliqués. Pour étudier et devenir artiste, j’ai donc quitté mon île natale. J’y revenais régulièrement et je donnais souvent un coup de main à mon père dans ses différents engagements.

Au moment de choisir une activité professionnelle, je me suis engagée pour des causes : la culture, la lutte contre le sida, le droit à l’éducation, la parité. J’ai eu l’opportunité de travailler dans des structures de différentes ampleurs : internationales, continentales, nationales et communautaires. Et depuis 6 ans j’ai fait le choix de travailler avec des structures travaillant avec et pour les communautés. Pour donner un sens à mon engagement.

Peux-tu présenter Kynarou et son action en Inde ?

Kynarou est une association française, fondée en 2004 et qui fait partie de ces structures agissant au cœur des communautés pour lesquelles elle travaille. C’est pour cela que j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec Kynarou. Tous les projets menés en Inde depuis 14 ans sont le fruit d’observation et de partage du quotidien des villageois.

Au tout début, il s’agissait de faciliter l’accès à l’eau dans une des zones les plus démunies en infrastructure hydraulique : le district de Theni dans le Sud de l’Inde. En travaillant pour la distribution de l’eau, nous avons constaté que cette eau était de mauvaise qualité. Avec les villageois, nous avons opté pour la mise en place de systèmes simples de filtration de l’eau dans les écoles. Puis nous nous sommes rendu compte que l’eau était infectée à cause de l’insalubrité des sous-sols, eux-mêmes contaminés par la défécation en plein air, responsable de nombreuses maladies. Un travail a alors été mené avec des mères des villages pour sensibiliser à de nouvelles pratiques d’hygiène. A suivi la construction de toilettes communautaires. La qualité de l’eau demeurant de mauvaise qualité, nous sommes passés à des systèmes communautaires de traitement de l’eau.

Les intervenantes sociales travaillent à Theni avec les villageoises

Tous ces projets sont menés avec les villageoises présentes au quotidien pour faire le suivi des infrastructures et nous faire part de leurs difficultés. Elles offrent de leur temps pour le bien de la communauté. Depuis 2017, nous réfléchissons à des moyens durables de remercier ces femmes engagées dans nos actions, d’où l’extension de nos projets vers la création de jardins gérés par des femmes ainsi que le montage d’unités modèles d’activités génératrices de revenus.

Pourquoi as-tu choisi de t’engager en tant que VSI ?

S’engager en tant que VSI, c’est travailler avec une structure à l’écoute de la réalité des communautés avec qui elle agit tous les jours, une structure comme Kynarou dont je partage les valeurs.

Je suis en charge du montage d’un projet pour la création d’activités génératrices de revenus pour les femmes des villages avec lesquels nous travaillons. Ainsi, avec l’équipe sur place, j’identifie les partenaires pour ce nouveau projet, j’explore les possibilités de formation pour les femmes en adéquation avec leurs envies.

Comment se passe ton intégration sur place ?

Je suis arrivée sans attente particulière, j’ai pris beaucoup de temps à observer, ce que je continue à faire.

Je suis venue en famille, ce qui, pour mon intégration sur place, a facilité beaucoup de choses dans le contact avec les gens. C’est vrai que ce n’est pas notre première installation en Inde, mais la seconde. Mais je reste convaincue que le fait de faire des missions en famille, que ce soit en Inde ou ailleurs, rompt toute distance culturelle. Mes collègues, mes voisins, les villageois, comprennent d’emblée que je suis venue vivre avec eux, pour que nous partagions nos expériences, et même un peu de moi à travers ma famille. Que je ne suis pas là par accident.

Rencontre dans le village de Marikundu dans le district de Theni

Ta vision de l’Inde…

Je précise que l’Inde dont je parle, là où je vis, est l’Inde du Sud, le Tamil Nadu.

Malgré sa taille, cet Etat a su préserver ses identités. Il a quelque chose d’unique, par rapport aux autres pays où j’ai vécu : toutes les fêtes de toutes les religions y sont célébrées avec la même ferveur par tous ceux qui le souhaitent. Et face à cette ferveur, cet enthousiasme dans la pratique religieuse et spirituelle, on peut difficilement passer son chemin. Surtout de nos jours où la foi n’est pas à la mode, quand on l’accuse et l’utilise pour diviser nos sociétés. Ici, chacun pratique au-delà du regard de l’autre.

Chaque année, sur les routes que nous empruntons, passent des pèlerins qui marchent vers des lieux sacrés de la région. Dans la procession, ils sont issus de toutes les religions, mais arborent les mêmes couleurs.

Si la démonstration est de rigueur dans la communication avec Dieu, pour ce qui est de la communication interpersonnelle il en est autrement. Toute la bienveillance que nous sommes amenés à échanger tous les jours se fait dans la pudeur bien qu’elle soit sans condition. Dans le train Pondichéry-Dehli, on ne se salue pas, bien que l’on s’embarque tous ensemble pour 36 heures de voyage. Mais à chaque arrêt, nos enfants gagnent des tontons et taties improvisés qui les gâtent de douceurs et de fruits locaux sans un mot. Et au moment de se quitter, tout naturellement on échange nos contacts en espérant nous revoir.

Cette Inde peut aussi être difficile pour ceux qui se posent la question: pourquoi les choses sont telles qu’elles sont ?

Ton bilan personnel et professionnel après 4 mois sur place ?

Je suis ravie d’être de retour à Pondichéry, où j’ai déjà vécu 3 ans. Et j’apprécie d’y voir mes enfants retrouver avec plaisir et curiosité des sentiers familiers : la langue, la nourriture, les copains…ces choses qui leur ont manqué depuis que nous avons quitté l’Inde il y a deux ans. Cela fait certainement cliché d’être mère et de voir son bilan personnel à travers le bien-être de ses enfants, mais je l’assume parce que j’ai choisi ce mode de vie pour eux.

Professionnellement, j’ai le privilège d’intégrer une équipe que je connais en partie. La mission qui m’a été confiée est un défi très intéressant pour nous tous car il s’agit d’un thème tout neuf pour Kynarou. C’est agréable de pouvoir prendre le temps de partager avec d’autres organisations et individus pour monter notre projet. Ce temps qui souvent nous manque quand on est « embarqué » dans un projet en cours de mise en œuvre, parce qu’on a moins de temps pour partager avec les autres acteurs et d’explorer tous les possibles.

Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui hésitent à partir ?

Pour ceux qui hésitent à partir je vais emprunter un credo de ma petite tribu avant chaque nouvelle aventure qui se présente à nous cinq : pourquoi pas ?

 

Deux volontaires de solidarité internationale témoignent de leurs expériences à Madagascar !

Charlotte Gaignard et Olga Bautista Cosa, VSI pour ManaoDE et Ecpat France

Un article de Laure Machon, chargée de mission VSI


Charlotte et Olga ont effectué une mission de volontariat de solidarité internationale à Madagascar. Elles se sont retrouvées en session d’accompagnement au retour à La Guilde en novembre dernier. L’occasion de revenir sur leurs missions et de croiser les expériences.

Quel est votre premier bilan à chaud et pourquoi avoir choisi Madagascar ?  

CHARLOTTE : « Ma mission était superbe, j’ai eu une chance inespérée de vivre cette aventure. A 22 ans, j’ai eu un poste de coordinatrice de projet. Cette mission m’a permis d’évoluer tant humainement que professionnellement. J’ai développé des compétences professionnelles sur le terrain, telles que les procédures de certification agricole et leurs mises en place, le montage de projet et de dossiers de demande de financement ou encore la coordination de la mise en œuvre de projets (communication, ressources humaines, financier, management, administratif, formation, mission terrain…). D’un point de vue personnel, j’ai retrouvé à Madagascar la chaleur humaine et la solidarité qui me manquaient depuis que j’ai quitté ma terre natale : la Côte d’Ivoire.

J’ai choisi l’association ManaoDE, avant de choisir Madagascar. Mon compagnon avait effectué son stage de fin d’étude avec l’association, l’année suivante, un poste d’envoi sur le terrain lui est proposé. Il a refusé au vu de nos deux situations d’embauches en CDI. Deux ans plus tard, ManaoDE nous a recontacté pour deux postes de coordination sur place, cette fois nous avons pris l’avion avec notre chien en soute.»

OLGA : «Ma mission a eu des aspects positifs et négatifs. D´un côté cette expérience m´a permis d´assumer des responsabilités de gestion et direction d´une ONG ainsi que de concevoir des projets qui ont obtenu une double reconnaissance (obtention d´un financement de l’AFD et d´ONU Femmes). D´un autre côté, il s´agit d´une mission où la solitude a été très présente pendant mes deux années.

Madagascar m´a choisie avant même que je puisse le choisir. En 2014, en recherche d´emploi en Espagne, j´ai eu l´opportunité de partir travailler pour l´ONG Agua de Coco à Tuléar. Cela m´a permis d´obtenir le poste de Directrice d´ECPAT en 2015. »

ManaoDE et Ecpat France, les associations avec lesquelles vous avez effectuées vos missions sont partenaires sur certains projets, quels sont leurs objets et actions respectives ?

CHARLOTTE : «  ManaoDE a deux pôles d’intervention sur Madagascar. Le premier, depuis 1998, sur la capitale, est un centre d’accueil de jour et de nuit pour les enfants des rues, où l’équipe locale sur place assure l’éducation, la sécurité, la scolarisation, la santé et l’épanouissement des enfants. Ce premier pôle a pour objet la promotion et l’aide à l’application de la Convention Internationale des Droits de l’Enfants. Au regard du succès de l’action, la Région Rhône Alpes (RRA) a sollicité ManaoDE en 2006 pour participer au programme de coopération décentralisé entre la RRA et la Région Antsiranana pour la création et le développement de marchés solidaires. C’est sur ce second pôle d’action, sur Tamatave, que je suis intervenue. C’est donc le centre d’accueil qui est partenaire avec Ecpat notamment sur des évènements communs, de la prévention et des échanges. »

OLGA : « ECPAT France Madagascar est une ONG de droit français qui a ouvert ses bureaux à Antananarivo en 2012. Acteur spécialiste dans la lutte contre l´exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC), ECPAT développe des projets de prévention, de prise en charge et de répression des cas d´ESE, financés par des bailleurs comme l’AFD, l’Ambassade d´Australie ou Onu Femmes, dans les villes de Antananarivo, Fianarantsoa, Tuléar, Nosy Be et Diégo Suarez. Dans le cadre des actions de prise en charge des filles et garçons victimes, ECPAT a mis en place un partenariat avec le centre d´accueil de l´association ManaoDE. »

Quel était l’objet de vos missions respectives? Vous étiez vous rencontrées sur place ?

CHARLOTTE : « Je ne connaissais pas du tout Olga avant la session de retour sur Paris, pourtant nous avons constaté avoir des connaissances communes. Au cours de ma mission j’ai accompagné les producteurs en demande, à développer leurs activités agricoles pour qu’elles deviennent des activités génératrices de revenus durables. L’objectif étant d’assurer un meilleur niveau de vie aux producteurs et leur famille, améliorer leurs conditions de vie, assurer la scolarisation et l’éducation des enfants. L’économie est utilisée comme moyen de développement social. »

OLGA : « Tout au long de ma mission, je n´ai pas eu l´opportunité de rencontrer Charlotte. Effectivement, ma mission été basée à Antananarivo et je n´ai jamais travaillé à Tamatave. Ma mission d´une durée de deux ans avait pour principal objectif de diriger des bureaux d´ECPAT France à Madagascar. Cela impliquait des actions de représentation, coordination, gestion, management, suivi des actions et des employés.ées de l´association. »

Avez-vous identifié des satisfactions et difficultés communes dans vos deux missions à l’occasion de cette session retour ?  

 CHARLOTTE : « La solidarité, la chaleur humaine, les sourires, le partage ont été autant de satisfactions qui ont rendu ma mission très agréable au quotidien. L’inter-culturalité est très compliquée à appréhender, et ce malgré mon expérience de vie en Côte d’Ivoire. Beaucoup de non-dits, de quiproquos, de mauvaises interprétations ou d’erreurs culturelles créent parfois des situations compliquées à dénouer. »

OLGA : «  Concernant les actions réalisées de façon conjointe entre ECPAT et ManaoDE, étant donné que nous n´avons pas eu l´occasion de travailler de façon conjointe, nous n´avons pas eu des points communs à ce sujet avec Charlotte. Nous avons vécu dans le même pays mais les expériences de chacune ont été différentes, selon nos missions et nos vécus personnels. Les satisfactions sont en lien avec certains succès de ma mission et la possibilité de connaitre ce pays majestueux. Du côté des difficultés, je rejoins Charlotte en ce qui concerne l´interculturalité. Le manque de codes pour pouvoir rentrer en relation et la distance culturelle entre Madagascar et l´Espagne ont rendu difficile une compréhension profonde de la réalité malgache. Cela a parfois mis en avant un sentiment d´isolement, de vivre entourés d’expatriés, ce qui est assez éloigné de ma vision du vivre ensemble et de mon envie de m´investir dans la communauté. »

Depuis combien de temps êtes-vous rentrées ? Comment s’est passé votre retour sur le plan professionnel et personnel ?

OLGA : «  Je suis rentrée en octobre 2017. J’avais planifié mon retour, il est donc simple et agréable. Cela me permet de me poser et réfléchir calmement sur mon expérience pour me projeter sur les prochains mois. »

CHARLOTTE : « Je suis rentrée le 23 novembre 2017. Je n’ai pas eu le temps de me poser comme je le souhaitais car dès la première semaine j’ai commencé les démarches administratives de retour (sécu, pôle emploi, session de retour…) et un ami m’a appelé rapidement pour me proposer un poste dans sa société. J’ai d’abord refusé pour me reposer et j’ai finalement accepté ce poste pour 3 mois. Après cet emploi je prendrai le temps de réfléchir à mon projet professionnel. Concernant le plan personnel, je suis très contente d’être rentrée, il s’agissait d’un choix de ne pas renouveler encore 3 ans comme le souhaitait ManaoDE. J’avais besoin de rentrer auprès de mes proches, de faire le point avant de poursuivre une expérience à l’international. En effet, travailler et vivre dans un pays étranger, d’une culture très différente peut être compliqué au quotidien. Loin de la famille et des amis, certaines périodes sont plus difficiles à gérer émotionnellement (fête, anniversaire, naissance, mariage ou décès). Aujourd’hui néanmoins, j’ai encore des points d’attache très importants à Madagascar et je me pose encore la question : est-ce que j’y retourne ?»

Des conseils pour les volontaires qui se préparent à partir ?

CHARLOTTE : « Rester humble, ne partez pas en conquérant, adaptez-vous, soyez à l’écoute de la population et de leurs besoins réels. Ne portez pas de jugements, ils ont beaucoup à vous apprendre, connaissent leurs activités, leurs ressources et leurs savoir-faire. Vous devez être un support pour les aider et les accompagner à réaliser leurs projets.»

OLGA : « C´est fondamental de se renseigner à l´avance sur le pays, la structure et la mission dans laquelle vous allez vous engager. Cela vous permettra de vous projeter et de planifier votre mission. Néanmoins, une fois sur le terrain il faut adopter la posture du caméléon, apprendre à connaitre l´environnement où nous allons rester pendant les prochains mois, connaitre nos limites, nos préjugés et laisser l´expérience nous transformer. Avoir deux oreilles pour bien écouter et une seule bouche pour parler. »

Nouveau partenariat VSI : Fraternité en Irak, de l’aide d’urgence à la reconstruction

Entretien avec Margaux Besson, Secrétaire générale

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


Grâce à un tout nouveau partenariat conclu avec la Guilde, Fraternité en Irak a pu envoyer sa première volontaire de solidarité internationale (VSI) en Irak. Marie-Liesse est en charge d’un grand programme de relance économique de la plaine de Ninive.

Comment est née Fraternité en Irak ?

L’idée de la création de Fraternité en Irak a germé en 2009 au sein d’un groupe d’amis étudiants très marqués par la situation des réfugiés irakiens en Syrie dont les journaux se faisaient alors l’écho. À l’époque, ils cherchent un moyen de venir en aide à ces personnes chassées de chez elles par l’horreur de la guerre, le terrorisme et la précarité. Mais concours et examens ont raison de leur détermination.

À la fin de l’année 2010, le terrible attentat contre la cathédrale de Bagdad qui a causé la mort de 58 personnes et en a blessé 72 autres leur rappelle ce projet inachevé et les pousse à l’action. Le hasard des rencontres leur permet d’entrer en contact avec monseigneur Louis Raphaël Sako, alors archevêque de Kirkouk et aujourd’hui patriarche des chaldéens. Celui-ci valide leur intuition et les invite dans son diocèse. Fraternité en Irak est née.

Quel est le but de Fraternité en Irak?

Son but est d’aider les minorités religieuses d’Irak (chrétiens, yézidis, shabaks, mandéens, kakaïs,…) à rester dans leur pays et à y vivre dignement. L’action de l’association s’articule autour de deux axes :

  • Aider les minorités déplacées à l’intérieur de l’Irak, qui font face à des situations d’urgence
  • Renforcer l’intégration des minorités grâce à des projets profitant à la majorité des habitants, dans les domaines de la santé et de l’éducation notamment

Les membres de Fraternité en Irak se sont rendus dans le Kurdistan irakien pendant les étés 2011, 2012 et 2013 et ont déployé leurs projets dans les villes de Kirkuk et Qaraqosh. Des amitiés se nouent rapidement entre jeunes Français et Irakiens, amitiés renforcées au fil des séjours en Irak et entretenues tout au long de l’année.

Le choc est fort pour les membres de Fraternité en Irak lorsqu’en juin 2014, l’organisation “Etat islamique” s’empare de Mossoul où certains d’entre eux se sont rendus à plusieurs reprises, puis de Qaraqosh, où l’association a passé plusieurs semaines. Des amis appellent en pleine nuit, sur la route de l’exode : des lieux connus et chers se retrouvent aux mains de djihadistes.

Grâce à la grande générosité de ses donateurs et à sa connaissance des acteurs, Fraternité en Irak réagit immédiatement. Dès juin 2014 ses membres sont auprès des déplacés à Erbil pour apporter un soutien moral puis, en août, pendant deux semaines, ils vivent dans le camp de déplacés de Mart Schmouni (Ankawa, Erbil) et apportent une aide d’urgence aux dizaines de milliers de personnes qui ont fui la plaine de Ninive.

Et aujourd’hui, quelles sont les actions menées par Fraternité en Irak ?

Les membres de Fraternité en Irak poursuivent aujourd’hui cette aide d’urgence tout en continuant à suivre leurs projets de long terme : éducation, santé, culture, retour à l’emploi et développement. Ainsi, deux écoles multiconfessionnelles ont ouvert leurs portes à Kirkouk et à Bassorah, deux autres dans le nord du pays sont consacrées aux enfants yézidis. Dans les camps et villes accueillant les déplacés comme Suleymania, trois boulangeries ont redonné travail et espoir aux déplacés, de mêmes que les deux usines de crème de sésame, et un atelier d’artisanat pour les femmes habitant le camp d’Ashti à Erbil. Des formations sont aussi dispensées depuis 2016 à Erbil (kurde, couture, soudure et coiffure) afin de donner un savoir-faire et des perspectives d’avenir aux chrétiens chassés de chez eux par Daech, et dans la perspective d’un retour dans leurs villes et villages de la plaine de Ninive.

Depuis 2016, l’association déploie également un grand dispositif de déminage sur plusieurs villes et villages de minorités de la plaine de Ninive, afin de permettre la reconstruction de ces lieux et le retour des populations qui en sont originaires.

Enfin, depuis la libération progressive de la plaine de Ninive, Fraternité en Irak a lancé début 2017 un vaste programme de reconstruction (cadastre des villes, reconstruction d’un sanctuaire du IVè siècle, rénovation d’un quartier pauvre de Qaraqosh,…) et de relance économique de cette zone ravagée.

Clovis, volontaire de Fraternité en Irak, étudie le projet de Raad, un boulanger de Bashiqa relancé grâce au programme

Pourquoi avez-vous décidé de faire appel à des VSI ? De quelle manière vont-ils contribuer à vos projets ?

Marie-Liesse, notre première VSI, est en charge de ce programme de relance économique de la plaine de Ninive qui consiste à financer par un système mixte de prêt à taux zéro (80%) et de don (20%) la reprise de l’activité des artisans et commerçants des villes comme Qaraqosh, Bartalla et Bashiqa.

Marie-Liesse en plein travail avec un artisan de Qaraqosh (Crédit: Fraternité en Irak)

En les aidant à rachetant leurs machines et outils de travail, l’association leur permet de reprendre le travail dans de bonnes conditions et de regagner confiance en eux. Les populations aidées sont chrétiennes et yézidies.

Marie-Liesse est donc chef de projet à part entière et l’interlocuteur privilégié de ces entrepreneurs. Elle est l’une des représentants de l’association sur le terrain. Elle est pleinement impliqué dans le projet très concret d’aide à toutes ces familles qui reviennent après 3 ans d’exode, suit toutes les avancées du programme et participe à son développement en promouvant les actions de l’association.

Quel est le profil des volontaires que vous recherchez ?

Des jeunes gens dynamiques, capables d’initiatives, très rigoureux, engagés auprès des minorités religieuses, parlant anglais, curieux, extrêmement souples et positifs ! Les valeurs de l’association sont : fidélité, discrétion, prudence, humilité, vérité, fraternité et dignité des personnes aidées.

Quelles sont vos perspectives pour l’avenir ?

Nous nous adaptons aux besoins des populations de ce pays éprouvé, qui aura besoin de plusieurs années pour se remettre de l’invasion et des destructions commises par l’organisation « Etat islamique ».

 

Plus d’informations sur: http://fraternite-en-irak.org/