L’amour des étoiles

Au Kirghizistan, une poignée de jeunes se bat pour faire revivre le planétarium de Bichkek, la capitale. Un combat qui a marqué Stephen Rater, lauréat des Bourses de l'aventure 2021, à rencontrer mardi 5 avril aux Cafés de l'aventure.

Un article de Aventure


« C’est hyper puissant. C’est la première fois que j’entends parler de manifestation pour l’astronomie ! » Six mois plus tard, Stephen Rater est encore emporté par l’élan rencontré en septembre 2021. Il est alors à Bichkek, au retour d’une « marche à l’étoile » à travers les steppes du Kirghizistan. « Marche à l’étoile », c’est le nom de son projet, lauréat des Bourses de l’aventure 2021 : voyager un télescope sous le bras, le déplier le soir venu, et proposer aux compagnons du moment de disserter sur l’infiniment grand. Un vagabondage scientifique, philosophique et poétique, partagé avec toutes celles et ceux qui auront, bagage nécessaire et suffisant, une curiosité pour les choses du ciel et notre condition de poussière d’étoile. À Bichkek, la marche à l’étoile kirghize touche à sa fin. Et prend alors tout son sens.

Car en rencontrant des manifestants célestes ce jour de septembre 2021, un lien est tissé avec… Dignes-les-Bains. C’est là, dans la ville de l’aventurière Alexandra David-Néel, que Stephen avait trouvé le nom de son projet alors en gestation. Dans la devise de la femme aux semelles de vent : « marche à l’étoile même si elle est trop haute ! » Suis tes rêves les plus fous, enjoignait la fiancée de Lhassa – et décroche la lune ! Celle des manifestants célestes s’appelle Bichkek Planetarium. À l’abandon depuis la chute de l’URSS, ils sont une poignée à s’activer pour le faire revivre. Ils ont 25 ans, ils battent le pavé, organisent des évènements de soutien, lancent des actions en justice. Pour qu’à nouveau leur pays s’ouvre au firmament.

Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

« Ce sont des idéalistes, mais hyper ancrés dans la réalité, analyse Stephen, qui appuie la démarche à distance. Ils comprennent le manque d’outils dans leur pays, alors même que les moyens scientifiques étaient hyper présents pendant l’URSS ». Ils, ce sont surtout elles : quatre femmes et un homme, pas encore entrés dans la trentaine, qui n’ont pas accepté de voir le planétarium de leur capitale tomber en décrépitude. Entre 1974 et 1995, le planétarium est une institution, qui a accueilli plus de 600 000 visiteurs avant d’être vendue. Illégalement, selon Zhyldyzai Turdubekova, une avocate de 28 ans qui a porté la lutte sur le terrain judiciaire. C’est qu’en 1995, alors que le jeune pays fait l’apprentissage de l’indépendance, la libéralisation est sauvage et les intérêts privés, carnassiers. Convaincue qu’ils ont agi hors la loi, Zhyldyzai Turdubekova cherche à annuler la vente pour faire revenir le lieu dans le domaine public.

Le planétarium de Bichkek, rue Togolok Moldo

Las, en novembre 2021, c’est « la claque » : après quatre ans de procédure, la Cour suprême kirghize refuse d’annuler la vente – de rendre le planétarium aux citoyens, déplorent les défenseurs d’un lieu vivant pour tous. « Ils ont bien compris l’intérêt de l’astronomie dans la vie des gens, valide Stephen. On a besoin de science pour comprendre l’univers dans lequel on vit. Sans l’astronomie, on perd un angle de vue ». Lors de leur rencontre à Bichkek, deux mois avant le jugement de la Cour suprême, le groupe s’exprimait ainsi face à la caméra de Boris Wilmart, le coéquipier de Stephen Rater dans cette marche à l’étoile : « il faut rendre le planétarium aux citoyens, pour que chaque personne puisse le visiter, étudier l’espace, les étoiles, pour que les gens discutent davantage du ciel que de politique ».

Greta Thunberg et Youri Gagarine, même vaisseau

Désormais, les manifestants tentent de se remobiliser, d’imaginer de nouveaux moyens d’action. Et font appel aux figures d’hier et d’aujourd’hui, sous toutes les longitudes. Car si une Greta Thunberg apparait désormais comme la figure de proue d’une jeunesse concernée par les enjeux environnementaux, cette sensibilité collective a été forgée par d’illustres anciens. Ainsi Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol spatial : « quand j’ai tourné autour de la Terre dans ma fusée (Vostock 1, ndlr), j’ai vu à quelle point notre planète est belle. Préservons et augmentons cette beauté ! » Et le cosmonaute russe d’ajouter : « en regardant la Terre de loin, vous réalisez qu’elle est trop petite pour un conflit, et juste assez grande pour une coopération ». Voilà une étoile à suivre.

Propos de SR recueillis par Eric Carpentier.


Pour aller plus loin


Actions ! La lettre de La Guilde

Merci de valider votre inscription via le mail de confirmation envoyé.
Nous gardons vos données privées.