INTERVIEWS EN SERIE. CONGO : LE VOlontariat au coeur du microprojet

L’appel à projet Printemps 2024 est officiellement ouvert depuis le 1er février 2024 ! La nouveauté principale de cette session réside dans l’élargissement du champ d’application au dispositif de Volontariat de Solidarité Internationale (VSI). Cette extension vise à mettre davantage en avant le VSI en finançant certains frais associés. Pour rappel, le VSI représente une mission d’intérêt général réalisée en dehors de l’Union Européenne, axée sur les domaines de la coopération au développement et de l’action humanitaire.

Pour commencer cette série d’échanges, nous nous dirigeons sur le fleuve Congo et plus précisément sur l’Île M’Bamou d’environ 180 m² nichée en amont des deux capitales congolaises Brazzaville et Kinshasa. Située sur le territoire de la République du Congo, elle accueille aujourd’hui un des microprojets financés par La Guilde, mené par l’association française Pot@maï en partenariat avec l’association d’Aide à l’Enfance localisée à Brazzaville.

Maguelonne C., porteuse de projet de l’association française, nous présente cette initiative et son expérience avec un VSI accueilli 1 an sur place :

« Pot@maï est une association créée en 2015 en France pour porter un projet d’accès à l’énergie en vue du développement rural. […] Compte tenu de la vitesse du fleuve Congo à cet endroit, on a décidé d’une solution d’hydrolienne flottante […]. L’unité de service essentiel (USE) est un espace multifonction permettant de fournir ce dont les habitants des villages voisins ont besoin. Au niveau de l’île Mbamou, l’électricité produite est dédiée à la production d’’eau potable et la chaîne du froid,  des équipements de transformation agroalimentaire, de boulangerie, des moulins, de quoi communiquer, charger des lampes, … Chaque USE est destinée à être un centre de formation pour les jeunes du village […] A terme, nous souhaitons que chaque atelier de l’USE soit géré par les habitants des villages voisins. C’est ce qui a été fait par le soutien de La Guilde: nous avons  pu former des couturières, des agents de  transformation agro-alimentaire, et un boulanger, donc ces activités sont désormais gérées par des habitant.e.s de l’île Mbamou. ».

« L’USE de l’île M’bamou a été mise en service en 2021 […]. Après la mise en service, les formations se sont déroulées de février 2022 jusqu’à novembre 2023 […]. On a pu diplômer la 1ère promotion en novembre 2023 et c’est donc maintenant que les 3 ateliers de l’USE sont gérés par des personnes du village. Cela a été positif car ça a été un travail sur le transfert de compétence et l’autonomisation. Ce qui est important, c’est qu’avec le financement de La Guilde, nous avons désormais une USE qui fonctionne grâce aux gens du village et qui continue encore à tourner, malgré une suspension des activités pendant un mois à cause d’inondations dramatiques cette année sur l’île Mbamou.  Une campagne de sensibilisation est en cours pour lancer une nouvelle promotion de formations professionnelles. L’USE est  faite pour durer au long terme ».

Pour appuyer cette initiative, Pot@maï a décidé de recourir à un Volontaire de Solidarité Internationale. L’association est passée par France Volontaire pour les démarches : « Les démarches ont été assez simples parce que France Volontaire a des bureaux au Congo donc nous avons pu avoir  des discussions de vive voix. Il y avait un formulaire à remplir, ce n’était pas très compliqué. J’ai réalisé  3 entretiens avec des candidats qui avaient été présélectionnés par France Volontaire à distance. Ils ont fait un gros travail de sélection car j’ai eu à parler avec seulement 3 personnes, et pas à consulter 45 candidatures. ».

Pour ce projet, les missions du VSI ont revêtis deux versants : « Il a été beaucoup dans l’opérationnel. Il a participé au lancement de l’USE, au choix du matériel, des devis avec l’équipe locale. Une grosse partie de sa mission était aussi sur la mise en place des mécanismes de suivi, le format des rapports ».

Il a également représenté un avantage certain pour la mise en œuvre du projet et les différentes activités liées au lancement de l’activité : « Il a aussi participé à l’installation des panneaux solaires, il s’est impliqué pour comprendre. Personne, dans l’équipe sur place, n’avait compris le mécanisme de suivi à distance sur les données de production d’énergie. C’est un petit équipement qui fonctionne avec un ordinateur et Internet et c’était le seul à avoir compris. Il a donc rédigé des petites fiches pour qu’une personne qui arrive derrière puisse comprendre et remettre les choses en marche. Par exemple, une fois que je suis revenue sur place, j’ai pu reprendre la main facilement: j’avais les outils […]. Maintenant, les personnes de l’équipe ont compris mais au départ, tout est arrivé d’un coup et nous n’avions pas le temps de former le personnel en informatique.  […] Pour moi, c’était très utile qu’il soit sur place pendant une année, puisqu’il a travaillé de septembre à avril, puis en avril, je suis retournée en France, et sa présence sur le terrain me permettait de savoir ce qu’il se passait sur place […] Il a été très dynamique au niveau de l’installation des équipements, au niveau de la communication […]. Il transmettait l’information, il cherchait une solution, il réparait pour que les jeunes qui viennent apprendre à l’USEr puissent avoir les équipements et l’énergie électrique nécessaires pour travailler. Sur la partie transformation agroalimentaire, il a fait quelques expérimentations avec des produits locaux et ça c’était très intéressant […]. Ce sont des activités qui n’avaient jamais eu lieu sur l’Île M’bamou donc il fallait réfléchir sur l’organisation, faire du sur-mesure ».

Maguelonne est cependant aussi mesurée quant au dispositif VSI. Elle souhaiterait le placer dans une démarche de développement plus pérenne au niveau des structures d’accueil : « Il faut que la personne puisse m’apporter un truc que je suis sûre de ne pas pouvoir trouver sur place, et au moins 50 % du travail sur place doit être dans la transmission. Je suis claire avec les gens qui postulent pour nous rejoindre. Certains veulent faire des missions parce que le Congo c’est beau et qu’ils veulent voir des singes, mais ce n’est pas possible avec nous […]. C’est vraiment très important que la personne qui vient, sache ce qu’elle doit faire, et quel livrable elle doit laisser pour que ça continue à fonctionner derrière elle. […] Une organisation qui reçoit un VSI doit avoir une réflexion stratégique sur “pourquoi il/elle est là?” et surtout sur pourquoi il/elle ne sera plus là à l’avenir. Il doit apporter quelque chose qu’on ne peut pas trouver sur place. Sinon ça n’a pas de sens […] ».

Ce projet étant essentiellement basé sur la production d’énergie propre, Maguelonne réfléchit également à d’autres perspectives n’incluant pas nécessairement de déplacement à l’international : « Pot@maï est une association qui travaille sur les énergies renouvelables : l’hydrolienne produit 10 kW l’électricité décarbonée. Si à chaque fois qu’on installe une USE alimentée par hydrolienne on prend 10 fois l’avion, ça n’a pas trop de sens en terme de bilan carbone[…]. C’est pourquoi il faut bien réfléchir avant de recruter en dehors du pays. Je sais que France Volontaire développe un programme de volontariat local au Congo. Je trouve ça très intéressant, car les VSI internationaux peuvent être mélangés avec les volontaires nationaux pour les activités. C’est quelque chose qui apparaît plus durable. Pour les associations locales, ça offre également la possibilité de recruter plus facilement à la suite d’une mission de volontariat ».

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