Un VSI au Burkina, la 1ère expérience d’expatriation longue qui a tout changé

Se former, travailler et aller à la rencontre de la culture Burkinabé, c’est le rêve qui a motivé Hélène

Un article de Lucille Caron, chargée de mission communication et VSI


Pour ou contre la polygamie ? C’est le genre de débat qui s’invite dans les discussions quand on vit, comme Hélène, à Ouagadougou.

Hélène est VSI depuis près d’un an avec l’association Terre & Humanisme et La Guilde. Elle est tombée amoureuse de sa vie d’expatriée au Burkina Faso, où elle souhaite s’installer pendant quelques années (malgré l’insécurité actuelle du pays) !
Et pourtant, les différences culturelles sont nombreuses…

Elle nous raconte sa mission et le Burkina Faso. 

Trouver une mission de VSI, ce n’est pas évident. Malgré sa motivation, Hélène était sur le point d’abandonner… Jusqu’à ce qu’elle postule auprès de Terre & Humanisme !

J’ai toujours voulu expérimenter une expatriation longue en Afrique de l’Ouest, un mélange entre héritage familial et envie de challenge. Après mes études universitaires en économie internationale, gestion de projet de développement, quelques mois de stage à l’étranger, j’ai fait une année de service civique dans le développement agricole et rural puis un an en tant que coordinatrice agricole inter-associative. Cette expérience a confirmé mon goût et le sens que je trouvais dans le développement local des territoires. Je n’étais pas agronome mais souhaitais travailler dans le développement agricole durable, un beau mélange entre l’environnement, la santé et l’économie territoriale.

J’ai postulé pendant 1 an à toutes les offres de VSI correspondantes à mon profil sur Ouagadougou, ville où mes stages m’avaient déjà amenée. Le nombre de candidatures avait dépassé la dizaine et je me demandais où se trouvait la limite entre acharnement et motivation…  Presque prête à me résigner à me reprojeter en France, j’ai été finalement recrutée comme VSI par Terre & Humanisme, le poste dont je rêvais depuis longtemps !

Direction Ouaga !

Rencontre incongrue.
© Hélène Beaulieu

Là bas, Terre & Humanisme (TH) accompagne trois associations dans le renforcement de leurs capacités : appui financier, technique et méthodologique pour la mise en œuvre de leurs actions de diffusion de l’agroécologie en milieu paysan (formations, appuis matériels, suivi-conseil, sensibilisation, …).

Pour ma part, je suis chargée de projet au sein d’une petite équipe opérationnelle  à Ouagadougou (nous sommes 3) mais nous sommes en lien étroit avec les collègues du Pôle de Solidarité Internationale de TH basé en France. Je sers donc de relais d’information entre le siège français de TH et l’antenne de Ouaga, et je suis toutes les activités des 3 partenaires sur les 3 ans du projet (co-construction des plans d’action et budgets annuels des projets, planification des virements des fonds, renforcement de compétences, …). C’est beaucoup de temps derrière l’ordinateur (gestion de projet oblige) mais suffisamment de temps sur les fermes des partenaires pour apprendre les techniques agroécologiques. Par contre, mes déplacements en milieu paysan se raréfient étant donné le contexte sécuritaire du Burkina Faso.

 

Mais un VSI, c’est n’est pas seulement trouver un nouveau travail challengeant, c’est trouver un nouveau travail challengeant dans un contexte culturel totalement nouveau !

Mon intégration s’est bien passée dès les premiers mois. Je savais un peu à quoi m’attendre car j’avais passé 2 mois au Burkina auparavant et connaissais bien la culture guinéenne, pays relativement proche, et le fait d’arriver dans une colocation facilite grandement les rencontres et le repérage des lieux de la ville pour être rapidement autonome. Je me suis rapidement fait un cercle d’amis, mais plutôt des expatriés dans mon cas.

J’ai peu d’occasion de tisser de vrais liens d’amitié avec des burkinabè. Il me semble également difficile pour un.e burkinabè de tenter de s’intégrer dans un groupe d’expatriés. Je regrette un peu mais je n’ai pas encore trouvé la solution.

 

En plein travail dans la parcelle d’un partenaire © Hélène Beaulieu

Par contre je suis chaque jour baignée dans la gentillesse et la chaleur des personnes avec lesquelles je travaille, ou les habitants de mon quartier. Il suffit d’aller à la boutique du coin pour avoir des sourires et des salutations sincères. Il suffit de traverser la rue pour qu’on m’appelle « chérie » sans connotation péjorative ou qu’on veuille se marier avec moi ( !! ). On me demande si j’ai un mari et si j’ai des enfants. Tous me disent de me dépêcher : « Pourquoi ? qu’est-ce que tu attends ? ». Ce sont ces taquineries, bien différentes de la façon dont elles seraient perçues et faites en France, et qui enjolivent le quotidien.

Je sens bien intégrée dans mon quartier et je m’entends très bien avec mes collègues au bureau et mes partenaires paysans qui sont très ouverts. On discute beaucoup des différences multiculturelles et notamment de la place des femmes dans la société burkinabè. Vaste sujet !

Petite fille avec son vélo
© Hélène Beaulieu

Je me sais parfois un peu brutale ou trop spontanée avec mes réactions, notamment lorsque l’on aborde la question de la polygamie, mais c’est ça aussi l’interculturalité : les cultures s’entrechoquent gentiment parfois.

J’apprends progressivement des mots de mooré, je pars manger au kiosque le midi avec mes collègues, partage parfois un verre avec eux le soir autour d’une Brakina, la bière nationale (bien que les brasseries soient détenues par une multinationale !) …

Il y a aussi les ride en moto, le foot du lundi soir et le rugby du samedi matin qui animent aussi ma semaine.

 

Et après ?

Je ne sais pas ce que je ferai en France à mon retour… Mais je suis sûre de rentrer un jour car bien trop de projets m’y attendent ! Pour l’instant, je suis bien dans ma vie burkinabè et je prévois de rester au Burkina encore plusieurs années avant de rentrer en France.

Si je le peux, je resterais sûrement dans la gestion de projet/développement agricole et rural, car c’est ce qui fait sens pour moi.

© Hélène Beaulieu

Je finirais en disant que je suis partie plusieurs fois sur des courtes périodes avant de partir pour mon VSI, et à chaque fois la séparation a été traumatisante (plus ou moins). Je pensais ne pas être faite pour les départs mais j’avais quand même cet instinct qui me faisait penser que si je ne partais pas pour une longue expérience en Afrique de l’Ouest, je le regretterais.

Du coup je me suis entêtée. Et c’est 3 mois avant mon départ en VSI que le cordon ombilical s’est rompu et que je suis sereine, sans avoir l’impression d’abandonner les gens. Juste prête pour l’expérience qui allait commencer.

Il ne faut donc pas hésiter à se lancer, pour ne rien regretter !

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© Hélène Beaulieu