Un partenaire pour la protection de la biodiversité et la santé des hommes : HUMY

Focus sur l'association HUMY : quand protection de la nature rime avec amélioration des conditions de vie

Vincent Romera - VSI avec La Guilde et HUMY (2019) © V.Romera

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI et communication


HUMY est l’un des 10 nouveaux partenaires de La Guilde en cette année 2019. L’occasion de mettre en lumière cette association, qui mène des actions de long terme pour la préservation de la vie terrestre dans des « hotspots de biodiversité » au Bénin, Madagascar, Nicaragua et Indonésie.

Vincent est photographe et écologue spécialisé en ornithologie, il est le premier VSI de HUMY (Human & Biodiversity) et La Guilde, et nous présente sa passion, son engagement en faveur de l’environnement et l’aventure qu’il vit avec HUMY.

HUMY utilise une approche très intéressante pour mener son action, en liant des partenariats locaux et travaillant en tant que soutien sur une longue période de temps pour permettre à ces structures de se développer. Peux-tu nous en dire plus sur vos actions et sur les « hotspots de biodiversité »?

HUMY est une Organisation de Solidarité Internationale (OSI). Cette association a été créée en 2006 et souhaite allier préservation de l’environnement et développement local des communautés.

HUMY a pour objectif de soutenir techniquement et financièrement des associations et partenaires qui sont acteurs sur les territoires locaux et principalement dans des zones de très forte biodiversité appelées « hotspots de biodiversité ». Ces régions sont pour la plupart situées dans la bande inter-tropicale et sont sujettes à d’importantes pressions anthropiques.

Lieux d’intervention de HUMY, 2019

Ainsi, HUMY travaille avec des partenaires dans différents pays : au Bénin depuis la création de l’association (partenaires : Ecodec Bénin et association Andia), à Madagascar depuis 2007 (partenaires : L’Homme et l’Environnement et Naturevolution / Naturevolution Madagascar), au Nicaragua (Paso Pacifico) et plus récemment, en Indonésie (Naturevolution).

Ndlr : Naturevolution est également partenaire de La Guilde pour l’envoi de VSI.
Observations d’espèces de Indri (lémurien en danger d’extinction) et Henst (première observation de l’espèce dans cette région de Madagascar). Réserve de Vohimana et Massif du Makay pris en photo par Vincent, acrobate ! © V.Romera et J. Cheveau

Peux-tu nous parler de ton engagement pour HUMY ? Tu as commencé cette aventure à Madagascar, un pays que tu apprécies beaucoup et où la biodiversité est en danger..

C’est à l’occasion de ma participation en tant qu’ornithologue à l’Expédition Makay 2017 organisée par Naturevolution que j’ai fait la connaissance de HUMY. En effet, HUMY est un partenaire historique de l’association Naturevolution qui œuvre à la conservation du massif du Makay, l’un des derniers sanctuaires pour la faune et la flore malgaches. Cette expédition fût une expérience humaine et scientifique très marquante. Nous avons pu augmenter considérablement les connaissances sur la faune et la flore de cette région et de nouvelles espèces animales ont même été découvertes ! Pour ce qui est de ma spécialité, l’ornithologie, nous avons apporté des compléments sur la répartition de plusieurs espèces présentes dans le pays. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette mission d’exploration scientifique il existe un documentaire qui a été diffusé sur les chaînes Arte et Ushuaïa TV : « Expédition en terre Makay » (un film de Gil Kebaïli et Evrard Wendenbaum, Les Gens Biens Production).

 

Je fais ici une parenthèse sur la situation à Madagascar qui est malheureusement de plus en plus préoccupante. Il faut savoir que Madagascar est en proie à une déforestation effrénée depuis une trentaine d’années et qu’aujourd’hui il doit rester environ 5% du couvert végétal originel, un désastre pour l’environnement mais pas seulement. Une véritable forme de désertification est en marche apportant avec elle son lot de malheurs pour les populations comme érosion massive des sols, diminution des ressources en eau et par conséquent appauvrissement des communautés et problèmes de malnutrition…

Les causes de cette tragédie environnementale et humaine sont multiples : pillages des ressources par les entreprises occidentales (extraction minière en première position, pêche industrielle…), exportation illégale de bois dit « précieux » et plus récemment plantations de cacahuètes et élevage de zébus à échelles industrielles. Mais les surfaces de forêts consumées les plus importantes le sont pour créer de nouveaux pâturages pour l’élevage de zébus, c’est donc l’agriculture locale qui est en grande partie responsable. Le « Tavy » ou culture sur brûlis est une pratique encore très largement répandue dans le pays.

« Tavy » lors d’une sortie du massif du Makay après les 6 semaines d’expédition, l’équipe assiste impuissante à ce triste spectacle – Madagascar. ©V. Romera

Un jour à Madagascar, un responsable de programme d’une très grande ONG internationale bien connue m’a dit ceci en parlant de la famine chronique dans l’extrême sud malgache: « nous ne faisons que mettre des pansements sur des plaies béantes, distribuer de la nourriture en urgence c’est bien, mais des projets agricoles de type permaculture seraient tellement plus efficaces ! Parfois, j’ai l’impression que l’on entretien la misère… ». No comment…

Via la protection de l’environnement et le soutien aux populations, HUMY et ses partenaires s’attaquent donc à leur échelle aux racines de la pauvreté à Madagascar ?

Opération de reboisement dans la Réserve expérimentale de Vohimana – Madagascar. ©V. Romera

HUMY au travers de son partenaire L’Homme et l’Environnement intervient dans différentes zones à Madagascar. Ainsi, l’association participe au financement de projets variés comme la gestion de la Réserve expérimentale de Vohimana située dans les collines pluvieuses de l’est malgache, sur la commune de Ambavaniasy. Cette zone présente la particularité d’abriter l’une des plus importantes concentrations de grenouilles endémiques de la planète (plus de 80 espèces sur une surface de 800ha de forêt préservée !).

Entre autre, dans cette communauté, HUMY finance un centre de soin et le poste d’une sage-femme, des campagnes de reboisement ou encore la translocation d’un couple de Indri indri suite à la destruction de leur habitat (lémurien endémique considéré comme « En danger d’extinction » par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature – UICN).

Mantella cowanii la rarissime, dans son habitat naturel sur les pentes du site de la montagne de Fohisokina. Statut UICN : « En danger critique d’extinction » – Madagascar. ©V. Romera

Toujours avec ce même partenaire, cette fois sur le site de Fohisokina dans le centre du pays, HUMY participe à la conservation d’une population de Mantella cowanii. Cette petite grenouille endémique de la Grande Ile est tout simplement l’un des amphibiens les plus rares et les plus menacés au monde. La population totale n’est pas bien connue mais les bastions témoignent d’une baisse d’effectifs importante et d’une grande vulnérabilité aux feux, son statut UICN oscille entre « En danger » et « En danger critique d’extinction » dans les années 2000. Au sein de la communauté de Fohisokina, HUMY a financé la création d’un bassin afin de pratiquer la pisciculture et la construction d’une école.

Cela s’intègre dans une vision plus globale de HUMY de l’action de solidarité internationale, non pas comme une action d’urgence, mais comme une co-constrution de long terme. J’imagine que c’est cela qui a dirigé ton engagement ? Et en dehors de Madagascar, peux-tu nous en dire plus sur vos autres projets ?

Oui, si j’ai rejoint les rangs de HUMY c’est parce que je suis convaincu qu’à l’heure actuelle il est indispensable d’allier protection de l’environnement et « humanitaire », voire même que l’un ne va pas sans l’autre. Quand, dans un contexte de dégradation importante de la nature tel que celui de Madagascar, des associations mettent en place des programmes de conservation environnementale avec les communautés locales, cela a un effet positif sur la qualité de vie des personnes de la région. Et cela est encore plus vrai s’il y a une volonté d’initier une approche différente de l’agriculture comme l’agroforesterie et/ou la permaculture.

Site de surveillance des rapaces, massif du Makay – Madagascar. © V. Romera

Dans cet optique, cette année, nos collaborateurs béninois ont commencé une formation en permaculture tropicale. Le but est de lancer un projet agricole novateur et de tester différentes formes de pratiques culturales sur la ferme pédagogique de Ecodec et HUMY (commune de Tanguiéta, nord Bénin). Le nord Bénin est caractérisé par une forme de désertification, comme à Madagascar, la culture sur brûlis est reine et induit de lourdes pertes sur la biodiversité, la diminution des précipitations et la qualité des sols. Idéalement, nous aimerions travailler de concert avec le Parc National de la Pendjari voisin afin de limiter l’érosion de la biodiversité dans la région périphérique du parc, un vaste projet !

Initialement j’aurais dû faire partie du personnel formé à ces pratiques culturales mais suite aux tensions et à la prise d’otage dans cette région du pays en 2019, le Comité Administratif n’a pas validé cette mission au Bénin. Ce qui, nous l’espérons, n’est que partie remise !

En parallèle de ce projet prometteur au Bénin, HUMY m’a envoyé en mission pour venir en appui technique à l’équipe de Paso Pacifico. Cette association œuvre à la conservation de l’environnement au Nicaragua et plus précisément à la protection de la région de Paso del Istmo dans l’extrême sud-ouest du pays. Cette région est comme son nom l’indique un isthme, elle est « coincée » entre l’Océan Pacifique à l’ouest et le lac Cocibolca (ou lac Nicaragua) à l’est formant ainsi une langue de terre globalement orientée nord-sud. Les habitats présents sont majoritairement des forêts tropicales sèches et des forêts de transition d’affinité plus humide.

Intervention de Paso Pacifico dans une école en lien avec la sensibilisation à l’environnement et les problèmes de braconnage d’espèces protégées. Ecole publique de Sapoa – Nicaragua. © V. Romera

Dans cette zone d’intervention plusieurs projets existent. Grâce aux « turtles rangers », Paso Pacifico veille à la protection de plusieurs plages de jour comme de nuit où viennent pondre 4 des 7 espèces de tortues marines (Tortue verte, Tortue olivâtre, Tortue caouanne et Tortue luth, toutes sont très menacées). En effet, les nids de tortues sont pillés par les trafiquants qui les vendent pour la consommation locale.

Pour rappel, les tortues marines sont considérées comme des espèces « clés de voute », c’est-à-dire qu’elles jouent des rôles primordiaux dans les écosystèmes marins et leur stabilité. Par exemple, les Tortues vertes, largement herbivores, sont de véritables « jardiniers des mers et océans », elles entretiennent les zones d’herbiers marins et permettent la dissémination des espèces. Or ces herbiers sont les pouponnières des mers et océans…

Tortue olivâtre et remontée des nasses à huîtres avec Jairu et Yorlin au large de El Ostional. ©Yorlin Collado et V.Romera

D’autres programmes existent comme les nettoyages de plage (nous en avons fait 2 en septembre), un projet ostréicole avec les femmes de la communauté de El Ostional pour éviter le ramassage sauvage des coquillages qui ne permet pas le renouvellement des stocks et surtout de nombreuses interventions en milieu scolaire avec des actions et cours dans plusieurs écoles de la région. Car si la protection directe des écosystèmes est importante, elle devient inutile sans un travail de sensibilisation de fond auprès des communautés et miser sur la jeune génération apparait comme le plus pertinent.

 

D’autres projets sont portés par Paso Pacifico à Paso del Istmo, mais cela sera probablement l’objet d’un prochain article…

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En savoir plus sur les partenariats de La Guilde

En bonus : Découvrez le travail de photographe de Vincent

Observations réalisées au Paso del Ismto – Nicaragua © V. Romera
Bivouac improvisé pour une partie des scientifiques qui vont rejoindre une des zones les plus reculées du Makay – Madagascar. © V. Romera