Tiana, VSI en Inde avec l’association Kynarou : « donner un sens à mon engagement »


Un témoignage de Malala-Tiana RANOVONA


Tiana Ranovona est volontaire de solidarité internationale en Inde depuis novembre 2017. Elle nous livre un témoignage touchant sur son expérience avec l’association Kynarou.

Peux-tu nous présenter ton parcours ? 

Je suis originaire de Madagascar, et j’ai été sensibilisée très jeune par les actions solidaires. Quand est venu le temps de choisir des études supérieures, j’ai décidé d’intégrer une école d’arts appliqués. Pour étudier et devenir artiste, j’ai donc quitté mon île natale. J’y revenais régulièrement et je donnais souvent un coup de main à mon père dans ses différents engagements.

Au moment de choisir une activité professionnelle, je me suis engagée pour des causes : la culture, la lutte contre le sida, le droit à l’éducation, la parité. J’ai eu l’opportunité de travailler dans des structures de différentes ampleurs : internationales, continentales, nationales et communautaires. Et depuis 6 ans j’ai fait le choix de travailler avec des structures travaillant avec et pour les communautés. Pour donner un sens à mon engagement.

Peux-tu présenter Kynarou et son action en Inde ?

Kynarou est une association française, fondée en 2004 et qui fait partie de ces structures agissant au cœur des communautés pour lesquelles elle travaille. C’est pour cela que j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec Kynarou. Tous les projets menés en Inde depuis 14 ans sont le fruit d’observation et de partage du quotidien des villageois.

Au tout début, il s’agissait de faciliter l’accès à l’eau dans une des zones les plus démunies en infrastructure hydraulique : le district de Theni dans le Sud de l’Inde. En travaillant pour la distribution de l’eau, nous avons constaté que cette eau était de mauvaise qualité. Avec les villageois, nous avons opté pour la mise en place de systèmes simples de filtration de l’eau dans les écoles. Puis nous nous sommes rendu compte que l’eau était infectée à cause de l’insalubrité des sous-sols, eux-mêmes contaminés par la défécation en plein air, responsable de nombreuses maladies. Un travail a alors été mené avec des mères des villages pour sensibiliser à de nouvelles pratiques d’hygiène. A suivi la construction de toilettes communautaires. La qualité de l’eau demeurant de mauvaise qualité, nous sommes passés à des systèmes communautaires de traitement de l’eau.

Les intervenantes sociales travaillent à Theni avec les villageoises

Tous ces projets sont menés avec les villageoises présentes au quotidien pour faire le suivi des infrastructures et nous faire part de leurs difficultés. Elles offrent de leur temps pour le bien de la communauté. Depuis 2017, nous réfléchissons à des moyens durables de remercier ces femmes engagées dans nos actions, d’où l’extension de nos projets vers la création de jardins gérés par des femmes ainsi que le montage d’unités modèles d’activités génératrices de revenus.

Pourquoi as-tu choisi de t’engager en tant que VSI ?

S’engager en tant que VSI, c’est travailler avec une structure à l’écoute de la réalité des communautés avec qui elle agit tous les jours, une structure comme Kynarou dont je partage les valeurs.

Je suis en charge du montage d’un projet pour la création d’activités génératrices de revenus pour les femmes des villages avec lesquels nous travaillons. Ainsi, avec l’équipe sur place, j’identifie les partenaires pour ce nouveau projet, j’explore les possibilités de formation pour les femmes en adéquation avec leurs envies.

Comment se passe ton intégration sur place ?

Je suis arrivée sans attente particulière, j’ai pris beaucoup de temps à observer, ce que je continue à faire.

Je suis venue en famille, ce qui, pour mon intégration sur place, a facilité beaucoup de choses dans le contact avec les gens. C’est vrai que ce n’est pas notre première installation en Inde, mais la seconde. Mais je reste convaincue que le fait de faire des missions en famille, que ce soit en Inde ou ailleurs, rompt toute distance culturelle. Mes collègues, mes voisins, les villageois, comprennent d’emblée que je suis venue vivre avec eux, pour que nous partagions nos expériences, et même un peu de moi à travers ma famille. Que je ne suis pas là par accident.

Rencontre dans le village de Marikundu dans le district de Theni

Ta vision de l’Inde…

Je précise que l’Inde dont je parle, là où je vis, est l’Inde du Sud, le Tamil Nadu.

Malgré sa taille, cet Etat a su préserver ses identités. Il a quelque chose d’unique, par rapport aux autres pays où j’ai vécu : toutes les fêtes de toutes les religions y sont célébrées avec la même ferveur par tous ceux qui le souhaitent. Et face à cette ferveur, cet enthousiasme dans la pratique religieuse et spirituelle, on peut difficilement passer son chemin. Surtout de nos jours où la foi n’est pas à la mode, quand on l’accuse et l’utilise pour diviser nos sociétés. Ici, chacun pratique au-delà du regard de l’autre.

Chaque année, sur les routes que nous empruntons, passent des pèlerins qui marchent vers des lieux sacrés de la région. Dans la procession, ils sont issus de toutes les religions, mais arborent les mêmes couleurs.

Si la démonstration est de rigueur dans la communication avec Dieu, pour ce qui est de la communication interpersonnelle il en est autrement. Toute la bienveillance que nous sommes amenés à échanger tous les jours se fait dans la pudeur bien qu’elle soit sans condition. Dans le train Pondichéry-Dehli, on ne se salue pas, bien que l’on s’embarque tous ensemble pour 36 heures de voyage. Mais à chaque arrêt, nos enfants gagnent des tontons et taties improvisés qui les gâtent de douceurs et de fruits locaux sans un mot. Et au moment de se quitter, tout naturellement on échange nos contacts en espérant nous revoir.

Cette Inde peut aussi être difficile pour ceux qui se posent la question: pourquoi les choses sont telles qu’elles sont ?

Ton bilan personnel et professionnel après 4 mois sur place ?

Je suis ravie d’être de retour à Pondichéry, où j’ai déjà vécu 3 ans. Et j’apprécie d’y voir mes enfants retrouver avec plaisir et curiosité des sentiers familiers : la langue, la nourriture, les copains…ces choses qui leur ont manqué depuis que nous avons quitté l’Inde il y a deux ans. Cela fait certainement cliché d’être mère et de voir son bilan personnel à travers le bien-être de ses enfants, mais je l’assume parce que j’ai choisi ce mode de vie pour eux.

Professionnellement, j’ai le privilège d’intégrer une équipe que je connais en partie. La mission qui m’a été confiée est un défi très intéressant pour nous tous car il s’agit d’un thème tout neuf pour Kynarou. C’est agréable de pouvoir prendre le temps de partager avec d’autres organisations et individus pour monter notre projet. Ce temps qui souvent nous manque quand on est « embarqué » dans un projet en cours de mise en œuvre, parce qu’on a moins de temps pour partager avec les autres acteurs et d’explorer tous les possibles.

Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui hésitent à partir ?

Pour ceux qui hésitent à partir je vais emprunter un credo de ma petite tribu avant chaque nouvelle aventure qui se présente à nous cinq : pourquoi pas ?