Rencontre avec Laure Jehanno, volontaire de La Chorba au service des enfants des rues de Cotonou


Un témoignage de Laure Jehanno
VSI avec l'ONG La Chorba


Lors de sa mission au Bénin en avril 2018, La Guilde a rencontré Laure Jehanno, volontaire partie avec La Chorba depuis 5 mois. L’occasion également de découvrir les activités de cette nouvelle association partenaire du pôle VSI.

Peux-tu nous présenter ton parcours avant La Chorba ? 

J’ai réalisé mon stage de fin d’études au sein de La Chorba à Paris. Au vu de l’étendue possible de notre collaboration et de la confiance mutuelle, j’ai poursuivi avec eux en Service Civique pendant 8 mois après l’obtention de mon diplôme. Mes missions étaient essentiellement en lien avec la mise en place de bonnes pratiques d’hygiène dans la cuisine, et le lancement d’un dispositif de « repas bio » une fois par semaine. C’était une expérience très enrichissante, qui m’a permis de confirmer mon souhait de travailler auprès de personnes vulnérables. J’ai poursuivi mes études avec une spécialisation de prise en charge de malnutrition et dénutrition au Mali. De retour en France, j’ai travaillé quelques mois à l’hôpital en tant que diététicienne avant d’avoir l’opportunité de retourner en Afrique avec La Chorba Internationale.

Tu as commencé avec une mission de service civique à La Chorba et continué à t’engager en VSI, pourquoi ?

J’ai souhaité poursuivre mon engagement auprès de La Chorba car j’adhère à leurs valeurs : partage, tolérance, solidarité et humaniste. Les activités sont menées avec professionnalisme mais avec le cœur et dans le respect des bénéficiaires. Ils ont également choisi de me faire confiance pour développer la phase pilote de façon quasi autonome ce qui est très enrichissant pour moi.

Forte de ses succès à Paris, l’association La Chorba a souhaité dupliquer ses actions au Bénin, peux-tu nous en dire plus ?

Les activités de La Chorba visent à proposer une aide alimentaire aux plus démunis à travers un système de lutte antigaspillage. La problématique des surplus et des invendus alimentaires se posent pour un grand nombre de supermarchés, et ce même dans des pays en développement. En parallèle, l’association travaille depuis de nombreuses années avec le partenaire Citoyen des Rues International et donc le partenaire local au Bénin. Ainsi est née l’idée de lancer le projet Cantine ; c’est-à-dire implanter un circuit de lutte antigaspillage qui permettrait de couvrir les besoins alimentaires des enfants des rues accueillis par l’association locale. Ce projet pilote a démarré fin 2016.

Quelles sont tes missions au sein du projet Cantine ?

Crédit: La Chorba

Le lancement de la phase pilote du projet s’est articulé autour de 3 volets. La partie « collecte alimentaire » comprend l’identification de structures alimentaires auprès de qui nous avons présenté le projet dans l’idée de récupérer leurs denrées invendues. Un volet « nutrition » a été intégré par la conception de menus adaptés aux enfants accueillis, des formations auprès de la cuisinière (tant au niveau des pratiques d’hygiène que des notions nutritionnelles) ainsi que des activités de dépistage et de prévention de la malnutrition envers ces enfants des rues. Enfin, il a fallu équiper la cantine du foyer : réfrigérateur, congélateur, ustensiles de cuisine…

A ce jour, mes missions comprennent aussi la recherche de financements, le suivi administratif et financier vis-à-vis des bailleurs et la communication afin de diffuser le plus possible nos activités.

Comment se passe ton intégration sur place ? Quels sont les aspects interculturels à prendre en compte ? 

L’équipe avec laquelle je travaille est habituée à recevoir des volontaires français. Ceci étant, j’ai quand même du faire mes preuves afin d’être intégrée et respectée en tant que professionnelle.

Au niveau de l’interculturalité, je continue d’apprendre. Il y a un rapport au temps différent : autant certaines choses peuvent prendre des jours, voire des semaines, autant des situations d’urgence sont gérées rapidement et efficacement. J’ai aussi constaté que c’est généralement mal vu de couper la parole à son interlocuteur, que les formules de salutations sont très importantes avant d’entamer toute conversation ou encore que tout se négocie… 😉

Crédit: La Chorba

Quelle est ta vision de la problématique des enfants des rues au Bénin ?

Le Bénin est un pays qui a des potentialités notamment vis à vis de sa situation géographique. Il constitue une véritable porte d’entrée vers les pays de la sous-région : Niger, Burkina Faso, Togo… malheureusement, son retard en terme de développement se traduit notamment par de grandes inégalités sociales, un système scolaire faible et disparate selon les régions et des infrastructures routières de mauvaise qualité…

Il faut aussi dire que le pays traverse une grosse crise depuis plusieurs années, ce qui fragilise davantage l’économie et impacte forcément la croissance et le développement du pays.

La question des enfants des rues est une problématique qui n’est pas considérée par les institutions étatiques. Il n’y a pas de réelle volonté politique, et les organisations (ONG et associations locales) n’arrivent pas à endiguer le problème. C’est vraiment dommage, car de fait les droits de l’enfant ne sont pas entendus, et le manque de prise en charge institutionnelle ne permet pas la réinsertion de ces jeunes qui pourraient profiter à l’évolution du pays.

Un premier bilan personnel et professionnel ?

L’expatriation est une expérience riche en tout point : interculturalité, éloignement des proches, changement de climat… c’est l’occasion d’apprendre à se connaître davantage. Professionnellement, cette mission m’a offert une opportunité que je n’aurais pas trouvée en France. Il faut être multitâche, proactif et ouvrir le champ des possibles. J’ai connu des moments difficiles, mais globalement je tire un bilan très positif.

Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui vont partir ?

Le dispositif du VSI est valorisant et sécurisant pour les volontaires, surtout que La Guilde est toujours disponible en cas de soucis (personnel, administratif…). Mon conseil serait de foncer, mais aussi de veiller à ne pas s’enfermer dans la mission. C’est très important de bien s’entourer, localement et surtout de garder le contact avec les proches. C’est grâce à eux qu’on peut surmonter plus rapidement les moments difficiles.