Quatre ans de VSI et une vie dédiée à la protection du massif du Makay


Un témoignage de Bernard Forgeau
Ancien VSI pour Naturévolution à Madagascar


Cette année, la jeune militante écologiste Greta Thunberg a été désignée comme la personnalité de l'année par le magasine américain "Time". L'occasion de mettre en avant les VSI dont les missions œuvrent à la préservation des écosystèmes et à la réduction des impacts négatifs de l'Homme sur son environnement.

C’est le cas de la mission VSI de Bernard.

Il ne s’en cache pas, Bernard est un amoureux du Makay, ce massif situé au Sud-Ouest de Madagascar et qui constitue une des 11 priorités mondiales en matière de préservation de la biodiversité. Tout au long de sa vie et via quatre ans et demi de VSI avec l’association Naturevolution, il s’est fait l’ambassadeur de cette surface unique, et s’est engagé corps et âme à la protéger.

Leur ambition ? Créer la Nouvelle Aire Protégée du Makay en association avec l’État de Madagascar.

La fin de son VSI est l’occasion pour Bernard de revenir sur le chemin parcouru, et de faire le point sur les nouveaux défis entourant la protection du massif.

Prises de vues du Makay ©B.Forgeau

Genèse du projet : la rencontre du Makay

J’ai passé ma jeunesse dans l’ouest de la France entre une scolarité durant laquelle je m’orientais vers les métiers de la vigne et du vin, puis une formation de sauveteur en mer.

Après quelques participations bénévoles dans les milieux associatifs, c’est à 27ans que je me suis engagé dans ma première vraie mission de solidarité internationale à caractère médicale, dans l’Océan Indien en général et à Madagascar majoritairement. Je me suis rapidement passionné pour ce pays et pour sa population. Ma curiosité m’a conduit à sillonner la brousse, j’y ai fait mes découvertes qui alimentaient toujours plus ma passion. En 1992, dans le sud-ouest de Madagascar alors que je descendais en pirogue le fleuve Mangoky, j’ai aperçu pour la première fois le massif du Makay. Des milliers de kilomètres de canyons, un véritable labyrinthe d’une superficie de 4 000 km2 qui était totalement inhabité, un éden constitué d’une nature luxuriante et très abondante. Deux ans plus tard, j’y emmenais quelques amis avec lesquels nous avons trouvé nos premières peintures rupestres dans une grotte et dans un abri sous roche.

©B.Forgeau

En 1996 alors que je guidais un présentateur de documentaires télévisés à la rencontre d’un groupe de nomades dans la forêt Mikea, j’ai eu l’occasion de lui parler de ce massif et de ses communautés installées dans les villages du pourtour. Six ans plus tard, j’acceptais d’encadrer le tournage d’un autre documentaire dans le massif et ce fut la première occasion d’évoquer ensemble notre souhait de solliciter l’état malgache pour créer une aire protégée du Makay.

Organisation en France et à Madagascar du groupe de protection : naissance de Naturevolution 

…cinq ans après la diffusion de cette émission, je fus contacté par un jeune vidéaste amateur qui souhaitait se rendre dans le Makay et refaire un nouveau documentaire traitant d’une expédition scientifique dans le massif. En 2011, il réalisa son film et il créa en France l’association Naturevolution qui se déclarait vouloir « sauver les mondes perdus ».

L’association affichait la volonté de reprendre l’idée de créer l’aire protégée du Makay. Mais le manque de connaissance du contexte, de la culture et des populations locales pénalisait le démarrage du projet. En 2013, le président de Naturevolution me sollicita pour créer une structure de droit malgache ayant la capacité de faire les démarches de mise en protection des 400 000 ha du Makay auprès du gouvernement et des populations locales.

©B.Forgeau

Durant ma mission à Madagascar, Naturevolution France a organisé des campagnes médiatiques afin de récolter des fonds pour aider au fonctionnement de l’association malgache, principalement à travers la mise en place d’un programme de missions d’écovolontariats.

Tout le monde relève ses manches : être VSI pour faire bouger les lignes

Ma première mission, en décembre 2014, a été de créer une association de droit malgache, d’obtenir la reconnaissance et l’agrément du ministère de l’environnement (malgache) et la nomination de promoteur du projet de création de la Nouvelle Aire Protégée du Makay.

J’ai présidé cette association jusqu’au mois de février 2019.

Sur le terrain auprès des communautés locales, j’ai dû mettre en place les consultations publiques et les réunions de sensibilisation, initier des Activités Génératrices de Revenus, organiser le développement des activités touristiques, encadrer les missions écovolontaires et les expéditions scientifiques… et ainsi mettre en place un programme de gestion de la Nouvelle Aire Protégée.

J’encadrais également des étudiants, des stagiaires, des volontaires ou des chercheurs qui m’assistaient sur le terrain.

©B.Forgeau

Une connaissance indispensable du terrain : comment la mission grandit en soi 

Pour initier et porter un projet aussi ambitieux dans une des zones les plus reculées de Madagascar, il faut préalablement bien connaitre les populations avec lesquelles nous allons travailler et il faut obligatoirement parler leur dialecte pour éviter toutes incompréhensions. Il faut bien entendu être militant et passionné pour la protection de l’environnement mais surtout pour le développement social et économique des communautés locales, savoir les écouter et préserver leurs savoirs et leur culture.

La mise en protection d’une superficie aussi importante ne peut se concevoir depuis l’étranger ou même depuis les capitales ou zones urbaines, il faut vivre, connaitre et comprendre le quotidien de ces communautés locales pour prétendre apporter ses compétences à un projet aussi enclavé.

Et maintenant ? Bilan personnel de Bernard à l’issu de sa mission

Je ne peux plus être objectif avec Madagascar car j’avoue une véritable passion pour ce pays et sa population.

©B.Forgeau

Madagascar est avant tout une île, donc exempt de frontière à défendre. Le temps a permis à la culture traditionnelle de codifier les potentiels rivalités et les conflits à l’intérieur du pays, l’isolement de chaque ethnie, de chaque groupe ou région en fait un véritable archipel d’isolas à l’intérieur du même pays, la Grande Ile. Il est évidemment regrettable que les élites qui établissent les alliances bradent les richesses malgaches à des étrangers peu scrupuleux…Madagascar est tristement parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Le statut de VSI m’a permis de me consacrer pleinement au projet, mon plus gros regret est de partir trop tôt car entre l’initiative de création, les démarches administratives, les consultations publiques, l’accréditation et la confiance des communautés, le maillage du réseau de partenariats… pour arriver à la mise en place du programme d’aménagement et de gestion de l’aire protégée il m’aurait fallu je pense encore plusieurs années.

Cet engagement de quatre ans et demi en VSI restera une très belle période de ma vie, elle m’aura permis de concrétiser et de me consacrer à temps complet pour un projet très ambitieux qui me tenait très à cœur, pour lequel je me suis passionné et j’ai tout donné. J’aurais souhaité continuer et accompagner ce projet pour avoir le temps de constituer des équipes compétentes et motivées auxquelles j’aurais pu transmettre la gestion de l’aire protégée.

©B.Forgeau

L’environnement est un enjeu prioritaire dans notre société si certains l’ont intégré et militent pour améliorer la protection de la biodiversité, la conservation ou la sensibilisation, d’autres ont trop bien compris le pouvoir économique et politique qu’on peut acquérir en gérant de telle grande superficie au nom de la préservation de la planète.

 

 

Aujourd’hui et demain : engagé pour la vie avec le Makay ?

Je vais avoir besoin d’une période de transition, on ne quitte une implication entière et un attachement aussi fort à la réussite d’un projet sans mélancolie. Cette longue mission et les rencontres qu’elle a engendrée n’ont fait que conforter mon envie d’apprendre et de me perfectionner, j’ai conforté mon envie de solidarité aussi.

Le mot de la fin est un appel à l’action et à l’aventure :

Quand vous sentez une légère brise souffler dans le sens de la vie, un vent de curiosité qui vous emmènerait vers d’autres cultures, une envie de comprendre les autres et d’apporter un peu de son savoir et de son expérience… hissez la voile car c’est « l’appel du large ». Ce vent ne souffle pas tous les jours, profitez-en !

©B.Forgeau

 

Découvrez le Teaser du documentaire « Madagascar, expédition en terre Makay » de Naturévolution