Pérou : l’huile d’aguaje, une prodigieuse alternative à la déforestation


Un témoignage de Jean-Patrick Costa
Président d'Arutam


En Amazonie péruvienne, une petite communauté amérindienne protège sa forêt en produisant une huile rare à partir d’un palmier sauvage : huile d'aguaje.

La réserve nationale Pacaya-Samiria est le plus grand parc national du Nord-Pérou avec ses 2 millions d’hectares, soit 3 % de l’Amazonie péruvienne. Bordée par les deux fleuves Marañon et Ucayali qui, de leur union, donnent naissance au mythique fleuve Amazone, cette réserve abrite la plus importante biodiversité tant floristique que faunistique d’Haute-Amazonie.

Plus de 100 000 métis et Indiens cocama ou shipibo vivent le long des rives de ces deux fleuves limitrophes, larges et facilement navigables, uniques voies d’accès aux Andes pour la ville d’Iquitos (400 000 habitants) tout proche. La tentation est grande pour tous les riverains d’exploiter la réserve (bois précieux, charbon de bois, pêche, chasse, palmiers et fruits divers) par ailleurs difficile à gérer, vu sa facile accessibilité et sa grande extension. De plus, certains villages comme celui de Veinte de Enero sont installés à l’intérieur de la réserve et luttent pour garder une autonomie de gestion sur ces territoires ethniques ancestraux. Le risque est grand face à l’augmentation démographique de voir grandir une paupérisation aux abords de la réserve et même à l’intérieur de celle-ci.

Un projet alimentaire et environnemental

Arutam et son partenaire local Latitud Sur œuvrent pour le développement des communautés du Loreto dans le strict respect des équilibres locaux (sociaux, économiques et environnementaux), notamment en valorisant les ressources naturelles et les savoir-faire. L’objectif est de mettre en place des filières productives pour parvenir à l’autosuffisance des populations locales afin de les détourner d’une exploitation abusive de la forêt. L’amélioration des conditions de vie de ces populations marginalisées doit aller de pair avec la préservation de la biodiversité.
La filière de production d’huile d’aguaje sur site, c’est-à-dire dans la réserve nationale même, est un réel exemple d’empowerment des populations locales incluant le transfert de technologie et l’apprentissage de la gestion environnementale. Grâce au projet Arutam-Latitud Sur, elles ont appris à ne plus couper les palmiers (récolte sur pied en montant à la cime des arbres), à gérer la forêt marécageuse qui renferme cette ressource naturelle et même à multiplier les pieds (pépinière et reforestation), puis ensuite à presser la pulpe de fruit pour en extraire la précieuse huile (riche en vitamine E et bêta-carotène) à la fois alimentaire et intéressant la cosmétologie.

Un projet économiquement rentable

Grâce au soutien de l’Agence des Micro Projets,  une association de récolteurs d’aguaje et de producteurs d’huile a été créée dans le village de Veinte de Enero afin de gérer la presse artisanale. Ce modèle productif communautaire est devenu aujourd’hui économiquement rentable, si bien qu’il a été largement médiatisé au Pérou car ce projet a démontré concrètement que, dans le cadre d’un village de la réserve, la protection environnementale peut générer des revenus alternatifs à la déforestation en produisant une huile à forte valeur ajoutée. À ce jour, plus de 1 000 litres d’huile et plus de 2 000 savons ont été produits et commercialisés par le village…