Olympe Langelot, VSI aux Philippines: «Les expériences à l’étranger permettent une meilleure connaissance de soi»


Un témoignage de Olympe LANGELOT
VSI avec l'ONG Passerelles Numériques


Olympe Langelot est VSI aux Philippines depuis mars 2016. Après une première expérience de volontariat en Inde, elle a décidé de s’engager dans un nouveau projet éducatif avec Passerelles Numériques, en tant qu’Education Manager.

Peux-tu présenter Passerelles numériques et son action aux Philippines?

Passerelles numériques (PN) offre une formation en informatique à des jeunes de milieux pauvres et défavorisés. En plus d’une formation technique, le jeune est pris en charge complètement, accompagné et guidé dans son développement personnel, son apprentissage en vue de devenir un jeune professionnel responsable, équilibré, respectueux, engagé.

En activité à Cebu depuis 2009, Passerelles numériques Philippines (PNP) propose un programme de formation en informatique basé sur une approche éducative holistique et comprenant l’apprentissage de compétences techniques et interpersonnelles (« soft skills ») ainsi qu’un programme de développement individuel. Les objectifs sont que, non seulement les jeunes enrôlés dans le programme aient les capacités de trouver un premier emploi stable, mais aussi de développer à plus long terme leur employabilité pour qu’ils se maintiennent en dehors du cercle vicieux de la pauvreté.

Les jeunes diplômés de PN trouvent un emploi à 99% et beaucoup avant même la remise des diplômes. Grâce à leur bon salaire, ils sont capables d’aider leur famille entière. L’étude d’impact le confirme : les conditions de vie des familles s’améliorent, les plus jeunes frères et sœurs peuvent étudier, etc.

Quelles sont tes missions ?

Je suis responsable de l’équipe Education dont l’objectif est d’assurer aux jeunes toutes les chances de réussir le Training : assurer les moyens matériels (fournitures scolaires, cadre de vie sain et agréable), le soutien psychologique, l’accompagnement quotidien dans leur développement personnel, leurs choix, leurs problèmes familiaux, offrir des activités extra-scolaires pour les faire s’épanouir, se détendre, découvrir et apprendre.

Quels sont les enjeux de ton poste ?

Au-delà des aspects de ressources humaines et de refonte de l’équipe, l’enjeu du poste a été de remettre en place un certain nombre d’activités qui avaient été mises de côté par manque d’encadrement et de motivation.

L’enjeu de mes deux années de mission a aussi été de repenser les activités menées par l’équipe pour s’adapter à un public cible plus âgé. Les Philippines ont en effet connu une réforme importante du système éducatif faisant passer le nombre d’années d’enseignement secondaire de 10 à 12 ans. Ainsi, les jeunes diplômes du lycée ont désormais 18 ans, et non plus 16. L’âge moyen de nos étudiants s’en est donc vu affecté (plus âgé) et il a fallu revoir certaines de nos activités et manières de travailler.

Dirais-tu que ta mission a permis une évolution du projet ?

Non, pas vraiment, mais ce n’était pas forcement le but recherché. Au contraire, PN est attaché à des valeurs, des manières de faire avec les jeunes, qui font sa marque de fabrique, sa spécificité et qu’il est fondamental de faire perdurer. Ma mission a plutôt permis d’enclencher à nouveau certains fondamentaux et de raviver l’esprit éducatif de PN.

Comment s’est passée ton arrivée ?

Cebu est une ville facile avec de bonnes infrastructures et de nombreux services disponibles. S’y loger est un peu compliqué (et coûteux !) en revanche. J’ai été logée au tout début dans le Centre PN, comme tous les volontaires VSI. Ceci permet de prendre le temps d’atterrir et de pouvoir aussi s’imprégner du contexte, de comprendre la vie des jeunes dont nous avons la charge, etc. Après un an, j’ai ressenti le besoin de déménager pour m’éloigner et équilibrer davantage vie professionnelle et personnelle. J’ai donc emménagé en colocation, dans un autre quartier.

As-tu réussi à t’intégrer facilement sur place ?

Je travaille au quotidien avec des Philippins et gère une équipe de Philippins uniquement. Ceci aide à comprendre les codes du pays et à s’intégrer. Les jeunes dont j’ai la charge m’ont aussi appris quelques mots de Cebuano (langue locale). Je prends les transports locaux, mange dans les cantines, etc.

Parmi les autres expatriés j’ai mis du temps à rencontrer des gens avec qui j’avais des affinités. Mais après plusieurs mois j’ai réussi à me faire un bon cercle d’amis occidentaux, notamment grâce à mes colocataires.

As-tu le temps pour des activités de loisirs pendant ta mission ?

Je fais du sport une fois par semaine. J’ai notamment passé mon certificat de plongée. J’ai aussi profité des weekends et jours fériés pour visiter le pays. Je ne suis pas rentrée lors de mon premier Noël sur place pour pouvoir voyager dans le nord des Philippines.

Que penses-tu du développement local des Philippines et de ta zone d’intervention ?

Les Philippines sont un pays en plein développement avec des écarts de richesse très marqués entre ville et campagne, mais aussi au sein de la population. Les écarts de développement et de richesses entre régions et entre les îles sont criants.

Le pays offre dans l’ensemble de bonnes infrastructures (routes, électricité) et un réseau de transport très satisfaisant. Cebu city étant la 2ème ville du pays, il s’agit d’une ville fortement peuplée. Là encore, les écarts sont massifs et les quartiers préservés et très chics côtoient les bidonvilles et zones insalubres.

PN est basé dans le quartier de Talamban qui est un quartier plutôt d’étudiants du fait du campus de l’université de San Carlos, et de ce fait, plutôt aisé (à l’échelle du pays).

PN sélectionne ses étudiants dans l’ensemble de la région des Visayas (région centrale du pays) et à Mindanao.

As-tu été confrontée à des problèmes d’insécurité ?

J’étais aux Philippines lors de l’élection de R. Duterte et ai donc assisté à l’évolution du contexte. Basée à Cebu et vivant dans un quartier très sûr, je n’y ai pas été confrontée directement. En revanche, je connais beaucoup de gens qui ont été touchés par la guerre anti-drogue (collègues et bénéficiaires de PN). La circulation des armes à feux est un réel enjeu mais je ne me suis jamais sentie en insécurité.

Après presque deux ans de mission, quel bilan fais-tu de cette expérience ?

Au niveau professionnel, le niveau de responsabilité et les difficultés rencontrées m’ont beaucoup appris et m’ont permis de grandir professionnellement.

Cette mission a aussi renforcé ma passion pour l’éducation et les projets éducatifs innovants et alternatifs. Elle a également conforté mon choix de travailler dans le secteur non-profit.

En termes de compétences, j’ai désormais une meilleure vision de mes forces et faiblesses.

Et au niveau personnel ?

En cette fin de mission, j’entame ma 5ème année à l’étranger et j’ai pris la décision de rentrer en France. Mes priorités ont évolué et elles m’apparaissent clairement.

Je pense que les expériences à l’étranger permettent une meilleure connaissance de soi, et d’être capable d’une vraie introspection. Je termine donc cette mission avec une compréhension plus précise de mes réactions, émotions, choix, etc.

Enfin, sur le plan personnel, cette mission m’a fait réaliser un certain nombre de valeurs auxquelles je suis attachée et qui guident mes comportements.