Moustiques et lucioles au Togo


Un témoignage de Théo DILLERIN
Engagé de Service Civique


Théo est engagé de Service Civique au Togo, il nous partage ses premières impressions entre éveil des sens et découverte de la faune et de la flore environnantes...

« 2:56. Je défie le royaume de l’obscurité la plus complète, pour écrire ces mots ; forme un îlot lumineux émanant de mon téléphone là où la nuit noire refuse qu’on la perce. Dans deux heures il fera jour et le concert extérieur, parfaitement perceptible depuis mon lit, s’épuisera, comme éreinté d’une longue nuit de représentation dont une multitude d’insectes sont les interprètes. Nous voilà bien loin du chant des infatigables cigales et grillons du sud de la France ; celui-ci est moins uniforme, surgit ici et là le solo mélodieux d’un insecte certainement plus hardi que les autres. S’agit-il de la sérénade d’un mâle bien décidé à séduire une femelle ou du cri de détresse d’une proie parmi des milliers d’autres ? Impossible à déterminer mais le tout est incroyablement émouvant.

Si j’écris ces mots c’est pour combler l’insomnie décrétée par un moustique bien courageux de s’être aventurée dans ma moustiquaire. Il rode autour de moi, me nargue et participe à me couvrir de davantage de boutons. Sous mes ongles s’accumulent de petits tas noirs résultant du mélange de sang, de sueur et de l’inefficace répulsif. Je repousse mes jambes pour me concentrer sur une chose davantage agréable : le spectacle. En effet, la riche végétation au sein de laquelle s’établit notre maison ne cesse d’éveiller deux de nos sens. Le jour la vue est sollicitée. Il ne s’agit d’ailleurs pas de voir mais bien de regarder, d’observer la racine de tel arbre, de décortiquer le nuancier de verts s’étalant sur la même feuille, de discerner les mélanges d’ocre, d’orange et de rouge qui constituent le sol sableux sur lequel nous nous tenons. À la tombée du jour l’ouïe prend le relai. Il ne faut alors pas seulement entendre mais véritablement écouter ce que les différents insectes ont non pas à nous dire mais à nous offrir.

Sans résumer, ranger dans des cases -d’autant qu’il est bien trop tôt pour tirer des conclusions hâtives de mes quelques observations-, le Togo semble être un mélange entre moustique et luciole. C’est-à-dire la nécessité d’un côté, celle de repousser le jour présent pour aller au suivant, quitte à prendre le risque d’entrer dans une moustiquaire et d’assumer le poids d’un quotidien loin d’être insignifiant. Face au moustique besogneux arrive la luciole. D’apparence banale, on pourrait la ranger dans la catégorie des insectes sans grand intérêt. Là est toute la subtilité de cette bête qui, trop humble pour être perpétuellement en représentation, préfère se donner des airs plus communs. Mais à qui saura la regarder, la luciole révélera son secret : l’incroyable lumière de son abdomen. Elle viendra elle aussi défier la nuit en irradiant un petit monde qui est sien. Chancelante lorsqu’elle s’envole, la luciole traduit bien ce qui est sa nature : elle est dépassée par sa majesté.

3:32. Le jour n’est pas encore levé et déjà un coq commence à s’égosiller, prenant le relai du moustique qui a certainement fini par trouver une échappatoire à la moustiquaire, il vient à son tour me narguer, me dire que le temps du sommeil est terminé.

Chante vieux coq. Apporte ta participation au concert extérieur qui n’a pas cessé, mon sommeil n’est pas indispensable face à tant de beauté, je dormirai plus tard. »