Madagascar : mieux protéger les personnes mineures incarcérées


Un témoignage de Hélène Muller
Directrice de Grandir dignement


À Madagascar, la population des moins de quinze ans représente 40,7 % de la population totale. Poussés par la pauvreté, certains de ces jeunes passent à l'acte et se retrouvent incarcérés dans des prisons.

Outre ses interventions au sein même des établissements pénitentiaires, Grandir Dignement a souhaité mieux connaître la réalité de cette détention d’un point de vue national.

Grandir Dignement lutte pour le respect des droits des personnes mineures en conflit avec la loi. Au quotidien, nous sommes présents auprès d’environ 300 jeunes incarcérées. Nous travaillons également en partenariat avec le ministère de la Justice afin de soutenir l’amélioration législative et les bonnes pratiques judiciaires. L’association a  obtenu, en décembre 2013, le Prix des Droits de l’Homme de la République Française. Cependant, au fil de ses interventions, l’association a constaté que le thème des mineurs en détention à Madagascar était marqué par un manque d’information. Or, il semble que c’est en connaissant une situation en profondeur qu’il est ensuite envisageable d’agir sur celle-ci. Au regard de cette logique, une étude exhaustive devait être entreprise.

Afin de mener cet état des lieux, des visites successives d’établissements pénitentiaires ont été organisées. Le but était de comprendre la situation actuelle de la détention des mineurs à Madagascar, les principales problématiques à solutionner et les bonnes pratiques à promouvoir. Chaque visite était composée des étapes suivantes :
•    Visite de la Maison centrale afin d’observer de visu  les conditions de détention et de mener des entretiens avec les mineurs garçons et filles.
•    Rencontre avec le juge local afin qu’il puisse expliquer le contexte judiciaire du territoire ainsi que ses difficultés dans sa mission.
•    Rencontre avec les organisations de la société civile locales intervenant intra muros afin de promouvoir la collaboration entre associations et administration pénitentiaire et favoriser la réflexion quant à l’accompagnement spécifique des mineurs.
À chaque retour de mission, nous rencontrions le Directeur de l’Humanisation de la Détention et de la Préparation à la Réinsertion Sociale, afin de lui restituer une synthèse de nos observations et signaler les situations alarmantes.

Quelques chiffres…
•    692 mineurs en détention au total sur le territoire de Madagascar soit entre 3 et 4 % de la population carcérale
•    3 mineurs en détention sur 4 sont en détention préventive
•    1 mineur en détention sur 20 est une personne de sexe féminin
•    1 mineur en détention sur 3 n’est pas séparé des adultes durant la journée
•    1 mineur en détention sur 5 n’est pas séparé des adultes durant la journée et durant la nuit.

Création d’une mise en réseau
La seconde partie du projet visait à initier la création d’une mise en réseau, l’objectif étant de pouvoir apporter à terme des réponses au niveau juridique, éducatif et administratif. Cette mise en réseau est également un moyen de développer et promouvoir le lien entre les associations et l’administration pénitentiaire.

Grâce à l’Agence des Micro Projets, il y a une meilleure connaissance de la thématique de la justice des mineurs. Par ailleurs, ce projet a permis de développer d’autres partenariats, notamment avec l’Ambassade de France: nouvelles visites d’établissements pénitentiaires, remises de préconisations officielles au ministère de la Justice de la République de Madagascar, propositions de modification législative, publication de l’étude La détention des mineurs à Madagascar en 2014… Enfin, la collaboration avec l’administration pénitentiaire se poursuit, notamment en vue d’atteindre une séparation effective des mineurs et des majeurs et de renforcer les compétences des agents pénitentiaires.