Maroc : l’agroécologie solidaire dans un douar


Un témoignage de Noël Nel
Président de France et Maroc au Coeur


L’association France et Maroc au Cœur (Afemac) agit dans le douar d’El Hamri (région de Marrakech) sur l'agroécologie.

L’association France et Maroc au Cœur (Afemac) a suscité au douar d’El Hamri (région de Marrakech) une association de droit marocain (Afemac Maroc) créée en 2012, avec laquelle elle mène un programme de développement humain fondé sur 7 projets interdépendants.

Le droit à l’autoalimentation de base y est essentiel pour espérer réduire la situation de grande pauvreté en cette zone désormais aride.
Les deux entités ont commencé par installer un centre de formation et un jardinet d’application (700 m2). Elles commencent à mettre en œuvre leur jardin pilote agroécologique de 1,5 ha, spécialisé dans les produits de terroir.

Le droit de se nourrir
Le projet d’Afemac, s’adressant à des habitants pauvres et analphabètes, évite de prôner les activités génératrices de revenus fondées sur la commercialisation de produits car il faudrait aux acteurs savoir lire, écrire, compter, gérer. Il vise donc d’abord la volonté de se nourrir par ses propres moyens, individuellement puis collectivement. Il engage aussi les ateliers d’alphabétisation nécessaires et prépare pas à pas l’expérience collective solidaire.

Un changement radical d’agriculture
L’agriculture du secteur est une monoculture céréalière victime d’une sécheresse persistante. L’Afemac veut montrer le chemin d’une alternative facilement accessible, apprise en réunions et stages, concrétisée dans le jardinet d’application et le jardin pilote, puis pratiquée par les particuliers sur leurs parcelles. L’obstacle majeur y est l’argument systématique du manque d’eau pour commencer tout changement.
Le passage à l’acte de toute femme et de tout agriculteur est suivi de près, il est évalué et soutenu par des apports de paille, de semences, de plants, de petit matériel et des retours en formation.

Une stratégie d’autonomisation des acteurs
La stratégie privilégie dans un premier temps l’autonomie des femmes axée sur la création de jardins familiaux et la production de semences bioreproductibles. Ces femmes sont d’abord sensibilisées en réunions, puis formées en stages (70 femmes venues de 5 douars), engagées dans des opérations de consolidation et approfondissement, appelées à prendre des responsabilités du genre entretien du jardinet (équipe de 10 femmes), gestion de l’équipe de femmes semencières (équipe de 10 femmes), animation de l’atelier scolaire sur l’environnement (4 animatrices).
La formation des hommes a commencé à la fin de 2014 sur les mêmes bases. Une lettre d’engagement sert aux 26 agriculteurs concernés de charte de référence. L’agroforesterie doit y inspirer la pratique agricole nouvelle.

Une recherche scientifique originale
Dans son projet, l’Afemac a engagé aussi une étude sur l’intérêt comparé de l’agroécologie et des bois raméaux fragmentés (BRF) pour fertiliser le sol et économiser l’eau. Prôner les BRF entraîne aussi une promotion importante de l’arbre.

Un projet global
Pour Afemac, l’expérience menée est toujours reliée aux autres projets proposés pour l’éducation (formations adaptées à des analphabètes et alphabétisation parallèle),  la santé (ateliers d’hygiène), la cuisine (atelier diététique),  l’eau (récupération des eaux de pluies).

Le respect de l’environnement
Fondé sur le respect de l’environnement, le projet de l’Afemac considère le sol comme organisme vivant dont  on entretient en permanence la fertilité, rejette les pesticides et insecticides, apprend le recours aux bonnes associations de plantes, multiplie les moyens d’économiser l’eau (goutte à goutte, gaines Irrigasc, procédé ancien de la jarre), insiste sur la présence vitale de l’arbre.