La FEMED – Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées : un réseau d’associations en faveur du droit à la vérité, à la justice et à la dignité


Un témoignage de Maya AIT HAMOU
Volontaire de Solidarité Internationale


De plus en plus souvent dans les discours sur l’action humanitaire se retrouve une affirmation des plus étonnantes.

Selon certaines opinions, nous partons faire le bien dans un but « égoïste d’épanouissement personnel », allant même jusqu’à promettre une expérience exotique afin d’obtenir « des étoiles dans les yeux ». Ce discours est erroné, bien loin de la réalité difficile, contraignante et cruelle à laquelle sont confrontés les acteurs sur le terrain. L’altruisme est l’élément majeur, voire principal, d’un engagement humain, à l’image de celui que le Centre Libanais des Droits Humains (« CLDH »), partenaire local libanais et membre de la FEMED, accomplit chaque jour corps et âmes avec abnégation, pour venir en aide aux plus vulnérables et aux plus démunis.

Le CLDH, tout en garantissant l’épanouissement individuel de son équipe, lutte sans relâche pour que le respect des Droits de l’homme soit effectif sur le sol libanais, pays autrefois appelé la Suisse du Moyen-Orient.

Le combat de l’association, fondée en 1998 par le mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement), ne se limite pas à un prisme particulier en ce qui concerne les Droits de l’Homme.

En conscience de l’interconnexion de diverses problématiques et de la nécessité de rester constamment en « eau vive », le Centre traite des questions relatives tant à la torture qu’à la détention arbitraire, en passant par l’aide aux réfugiés indépendamment de leurs appartenances ethniques, de leur orientation sexuelle, religieuse, culturelle ou d’opinion, sans oublier l’aide aux travailleurs migrants et aux familles libanaises vivant dans la précarité.

Loin des strass et des paillettes, loin de l’aspect « business » de certaines organisations ne se risquant à entreprendre des projets de terrain qu’une fois les fonds sécurisés, le CLDH n’hésite pas à mettre la main à la pâte et à la poche, avec le cœur en prime.

Le projet guide la recherche de fonds, non le contraire.

Cette philosophie est bien ancrée dans la pratique de chacun au sein de l’organisme, et se ressent dans tous les efforts accomplis pour venir en aide aux plus vulnérables et sauver des vies. Le CLDH agit ainsi par le biais de conférences, de workshops, la rédaction de rapports assidus sur les différentes violations perpétrées mais fournit aussi, à côté du plaidoyer, un environnement pluridisciplinaire pour la prise en charge complète de ses bénéficiaires.

Avocats, médecins, psychologues, travailleurs sociaux sont ainsi tous réunis pour la même cause au service de l’Autre.

Les plus nécessiteux reçoivent de la nourriture et des vêtements généreusement offerts par la société civile. Les dons que nous distribuons sont là pour rappeler que nous ne sommes pas isolés et pouvons compter sur la solide loyauté d’individus soucieux d’œuvrer pour une société plus juste et plus équitable. Le Centre Nassim pour la réhabilitation des victimes de torture, mis en place récemment, joue par ailleurs un rôle crucial au sein même du CLDH.

Dans le cadre de ma mission de responsable des programmes, apportant un soutien et un accompagnement continu à l’équipe sur diverses questions telles que par exemple la gestion des projets, la supervision et le planning des activités, les relations avec les bailleurs de fonds, le plaidoyer auprès des autorités, j’ai également été amenée à découvrir un tout autre univers, l’envers du décor, ce qui se cache loin des projecteurs, derrière les rideaux de la scène, dissimulé aux yeux du public.

Mes attributions m’ont amenée à visiter les prisons, où j’ai pu constater les conditions déplorables et inhumaines de détention, ainsi que l’irrespect des droits fondamentaux à l’assistance juridique.

Certaines nuits ont été passées sans sommeil à veiller auprès de réfugiés nécessitant des soins de toute urgence à l’hôpital, parfois suite à des blessures infligées par la torture, pratique encore monnaie courante au Liban bien que les autorités s’en défendent régulièrement.

Depuis mon arrivée en juillet 2016, j’ai donc cerné l’ampleur de la tâche à accomplir et l’importance de l’existence de structures telle que le CLDH, véritable porte-parole pour beaucoup de personnes dont la voix s’est perdue en chemin, réduite au silence par l’inhumanité.

Nous souhaitons faire entendre notre message loin et fort, pour que résonne partout dans le monde l’écho de la liberté et de la tolérance.

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