De chef de produit informatique à coordinateur pays pour Enfants d’Asie : reconversion professionnelle pour l’éducation de jeunes


Un témoignage de Jérémy Péréon
VSI Coordinateur pays Enfants d'Asie Vietnam


En 2019, près de 30% des missions de VSI effectuées dans le monde ont porté sur des projets d’éducation et de formation.

Le partenariat entre l’association Enfants d’Asie et La Guilde est bien représentatif de cette tendance. En effet, les deux structures sont partenaires depuis 2008 et Enfants d’Asie déploie aujourd’hui une dizaine de VSI dans quatre pays différents pour appuyer ses actions.

Jérémy est un de ces VSI. Il s’est engagé comme Coordinateur Pays pour développer et encadrer les actions de l’association au Vietnam, il est le seul VSI dans ce pays pour Enfants d’Asie.

Jérémy, tu as commencé ce VSI à l’issue d’une reconversion professionnelle, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ? 

Jérémy devant ses bureaux, rencontré par Laure en mission terrain pour La Guilde en déc.2019

J’ai 34 ans. Après une école de commerce et des expériences professionnelles variées, j’occupais un poste de chef de produit dans l’informatique. Le poste était intéressant et l’entreprise très humaine ; mais il me manquait quelque chose malgré tout.

J’ai donc décidé de changer et j’ai passé 1 an en 2017 en Équateur puis au Népal en tant que professeur d’anglais bénévole, puis suis revenu en France en 2018.

J’ai décidé de me diriger vers des postes de coordination de programmes de développement et ai fait une formation dans ce domaine à l’IFAID, Pessac. L’année dernière, j’ai étudié la théorie ; cette année, je passe à la pratique au travers de ma mission en VSI pour Enfants d’Asie. À l’issue de cette mission, j’aurais un mémoire professionnel à rédiger pour être diplômé.

Quelles sont les actions menées par EA en Asie ?

Enfants d’Asie est présente au Cambodge, Laos, Philippines et Vietnam. Elle accompagne plus de 10 500 enfants issus de familles très pauvres. L’association subvient à leurs besoins de base et assure leur scolarisation et formation jusqu’à leur insertion professionnelle.

Au Vietnam, nous sommes présents depuis 1995 et nous soutenons avec nos partenaires locaux plus de 2 200 enfants à Ho Chi Minh ville, dans le Delta du Mékong et dans les hauts plateaux ; principalement au travers de programme de distribution de bourses scolaires et de suivi social des familles. Enfants d’Asie envoie des VSI sur place depuis seulement quelques années. Il y a donc différentes de choses à mettre en place ce qui rend la mission très intéressante. Je travaille sur place avec Thuy, qui s’occupe à la fois du suivi social de ce certains bénéficiaires et qui m’assiste beaucoup, notamment sur toutes les démarches administratives.

Le centre d’accueil de La Maison d’Amour à Thu Duc a pour but d’offrir un espace de proximité accueillant et divertissant aux enfants vulnérables. Enfants d’Asie soutient leurs besoins essentiels et assure leur éducation jusqu’à leur insertion professionnelle. Le centre d’accueil accueille 70 enfants d’âges différents. © Young Wild Travelers. Oct.2018

Pourquoi as-tu choisi ce poste ?

Le poste de coordinateur pays pour Enfants d’Asie était pour moi la suite logique de ce parcours. De par mes précédentes missions à l’étranger, j’étais très attiré par le thème de l’éducation. J’avais également eu de très bons échos desactions d’Enfants d’Asie dans le cadre de ma formation et j’avais à cœur pour mon premier poste dans ce domaine d’intégrer une structure à la fois professionnelle et avec des valeurs humaines fortes. Enfin, le poste m’a paru passionnant ; très riche et avec beaucoup de défis à relever.

Quelles sont tes missions ?

Étant le seul VSI sur place, mes missions sont très variées et je touche un petit peu à tout. Les 3 grands axes de mon poste sont :

  • Le suivi des partenaires et programmes existants : cela va du suivi financier à la rencontre des bénéficiaires. Les programmes ont pour objectif de s’assurer que les enfants aient toutes les cartes en mai pour se construire un avenir meilleur.
  • Le développement de nouveaux programmes : actuellement, nous travaillons à développer 3 nouveaux programmes qui visent à distribuer des bourses scolaires à des familles défavorisées dans différents districts d’Ho Chi Minh ville. Nous discutons avec différents partenaires locaux et espérons pouvoir démarrer ces programmes dès la prochaine rentrée scolaire.
  • La recherche de fonds auprès d’entreprises implantées au Vietnam.
Enfants du centre d’accueil à la Maison d’Amour de Thu Duc.
© Young Wild Travelers. Oct.2018

Tu n’avais pas d’expérience précédente en Asie. D’un point de vue personnel, comment se passe ton intégration sur place ? Quels sont les aspects interculturels à prendre en compte ? 

Je n’avais pas d’expérience en Asie du sud-est effectivement. J’avais vécu 3 mois au Népal mais la situation est assez différente ici. Mon intégration se passe très bien. Les gens sont très disposés à aider. De plus, Ho Chi Minh ville est une très grande ville avec tout à disposition. Là-dessus, il y a finalement peu de décalage par rapport à la France.

C’est surtout les différences culturelles que j’observe, et je dirais que la plus notable est le fait que les gens ne veulent pas perdre la face. La plupart des gens avec qui je travaille préféreront ne pas répondre que de dire une chose dont ils pensent qu’elle les mettra en porte-à-faux

Y a-t-il un décalage entre la réalité de la vie sur place et tes attentes vis-à-vis de l’expatriation ?

Assez peu. D’une part je n’avais pas énormément d’attentes, probablement car ce n’est pas la première fois que je vis à l’étranger. D’autre part, la vie sur place et la mission m’avaient été très bien décrites avant mon départ, notamment au travers des 2 jours de préparation que j’avais eu au siège d’Enfants d’Asie.

Ton bilan personnel et professionnel ?

Cette expérience est très enrichissante. Les programmes soutenus et menés par Enfants d’Asie apportent une aide précieuse à beaucoup de familles. C’est un engagement sur le long-terme que l’on peut mesurer en rencontrant de nouveaux diplômés soutenus dans l’accès à l’éducation depuis leur plus jeune âge. Récemment, nous avons aussi eu la chance d’avoir le témoignage de plusieurs anciens bénéficiaires de notre programme de Fondation Étudiante. L’une d’entre elles avait, après son diplôme, créé sa propre entreprise, projet qui lui tenait à cœur depuis des années et malgré une pression familiale forte en sa défaveur.

Enfants d’Asie soutient plusieurs pensionnats dans la région des Hauts Plateaux, qui accueillent des jeunes filles, principalement issues de minorités ethniques et de villages éloignés, notamment dans les alentours de Pleiku. Au mois d’août, nous avons rendu visite à tous les pensionnats et avons visité un village d’une des minorités ethniques dont sont issus plusieurs étudiants.
© Jérémy Péréon. Août.2019

Et puis, les missions sont variées et intéressantes et c’est passionnant de découvrir un pays comme le Vietnam.

Mon seul regret pour le moment est de ne pas être parvenu à développer autant que je l’aurais souhaité de nouveaux programmes ; les complexités administratives ici étant un frein non négligeable. Il me reste malgré tout plusieurs mois pour y parvenir !

Sais-tu déjà ce que tu souhaites faire à ton retour en France ? Le VSI a-t-il aidé en cela ?

1 mois de randonnée ! Je n’ai rien de prévu à plus long terme, peut-être une autre mission à l’étranger mais rien n’est décidé.

Dans le cadre de ma formation à l’IFAID, j’aurais un mémoire professionnel lié à ma mission à rédiger puis soutenir entre septembre et décembre.

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Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui hésitent à partir ? Des recommandations ?

C’est une expérience que je conseillerais à tout le monde au moins une fois. Allier découverte d’une autre culture et d’un autre pays avec une mission très professionnalisante et un objectif louable, et c’est une très bonne opportunité !

Je pense qu’il ne faut pas en revanche idéaliser complètement la mission ; comme dans toute expérience, il y a des points positifs et négatifs et il faut y être préparé. Mais globalement, ça restera toujours une belle expérience.