République du Congo : conservation des tortues marines


Un témoignage de Nathalie Breheret
Directrice de Renatura Congo


Les captures accidentelles de tortues marines dans les filets de pêche représentent une sérieuse menace pour cette espèce.

Rénatura a développé, en partenariat avec les acteurs locaux de la pêche artisanale, un compromis qui permet non seulement de sauver des centaines de tortues marines mais aussi d’améliorer les connaissances sur ces espèces menacées.

Une réponse concrète face à une menace réelle

Au Congo, la pêche artisanale est une activité génératrice de revenus qui est exercée dans tous les villages situés en bord de mer. Elle assure la subsistance de centaines de personnes et apporte une partie de l’autosuffisance alimentaire du pays.
Parallèlement, les eaux du pays accueillent tout au long de l’année des populations de tortues marines.
Les captures dans les filets de pêche artisanale sont courantes mais toujours accidentelles. La présence illégale des chalutiers sur les zones réservées aux pêcheurs artisanaux accentue ce phénomène en contraignant ces derniers à poser leurs filets très près des côtes, barrant ainsi la voie aux femelles venant pondre sur les plages.
Rénatura a développé depuis 2005 un partenariat innovant avec les acteurs de la pêche artisanale : en échange de la libération de l’animal, l’association s’engage à fournir le matériel de pêche nécessaire à la réparation de l’accroc engendré par la libération de l’animal.
En 2009, Rénatura a enfin développé un microprojet touristique autour de cette activité dont une partie des bénéfices est destinée aux communautés locales.

Soutien de la Guilde : quel bilan ?

L’Agence des Micro Projets a permis d’assurer la continuité de ce volet, à travers notamment le retour à la mer de près de 2 000 captures accidentelles de tortues marines.
Parallèlement à l’intérêt écologique direct que représentent ces libérations, elles ont également un impact social et économique pour les villages côtiers où elles se déroulent. En effet, l’accord passé avec les communautés de pêcheurs de chaque village côtier, principalement autour de la baie de Loango où la bande rocheuse sous-marine favorise la présence de ressources halieutiques très importantes, permet concrètement aux pêcheurs artisanaux de respecter la loi protégeant les tortues marines, sans avoir à supporter le poids des réparations de leur filet liées à la libération de l’animal. L’activité touristique organisée autour de ce projet bénéficie, de plus, directement aux habitants d’un des principaux villages de la baie de Loango : la Pointe-Indienne. Ce village regroupe la plus grande communauté de pêcheurs artisans mais renferme également une large population de tortues vertes juvéniles. Neuf tortues marines sur dix libérées dans le cadre de ce projet ont été capturées par les pêcheurs de ce village.

Et maintenant ?

Un partenariat en faveur des tortues marines a été signé en 2014 entre le gouvernement congolais et Rénatura.
Le programme de libération des captures accidentelles est une des activités phares de la stratégie souhaité par l’État congolais pour une conservation durable de ces espèces.
Les données scientifiques recueillies au cours des années grâce à ce travail ont en outre permis de mettre en évidence une zone d’intérêt exceptionnel pour les tortues marines dans la baie de Loango.
La création d’une aire marine protégée assurant la mise en valeur du potentiel biologique, mais aussi historique et géologique du site, sera à l’étude dès 2016. L’association Rénatura Congo est d’ores et déjà  associée à ce projet porté par le ministère de l’Économie Forestière et du Développement durable du Congo.