Alessandro GIACCI, Chef de projet en Palestine, pour l’Institut Européen de Coopération et de Développement


Un témoignage de Alessandro GIACCI
VSI en tant que Chef de projet


Une journée en Palestine.

Chaque journée de travail à Jerusalem, de dimanche à jeudi, commence avec le réveil des muezzins à 5h du matin, suivis par les cloches de St François à 6h, et par mon réveil à 7h. Une petite heure de préparation avant de traverser mon courtil fleuri d’arbre de citron et de cages d’oiseaux ; un « sabah al kheer » à chaque voisin déjà debout avant de descendre les marches de la Vielle Ville qui me porte vers la frénésie de la Porte de Damas.

Si Al-Azarieh se trouve juste derrière la colline des Monts des Oliviers, que je voie depuis chez moi, à 25 minutes à pied, le mur de Séparation nous impose un grand détour via un checkpoint, et le trajet en voiture met une heure selon la journée. Si je n’ai pas la possibilité de partir avec mes collègues, le trajet se fait en bus depuis l’arrêt derrière la Porte de Damas. En général, je suis le seul étranger entre les jeunes mamans et leurs bébés, les hommes et femmes et leurs enfants, leurs téléphones, leurs sacs en plastiques remplis de fruits ; une fois que le bus est rempli nous partons. Le chaos des périmètres de la Vielle Ville cède à des artères lisses, portant certains vers les colonies israéliennes, nous vers notre checkpoint, et après quelques kilomètres le paysage devient désert.

L’entrée d’Al Azarieh, en général en chaos total, annonce une ville posée entre les dunes de sable et le mur, avec un foisonnement de boutiques de matériel de jardin ou de bureau, de bouchers, de mode ; légumes et fruits sont dérobés depuis les coffres des voitures au long de la montée vers mon bureau, couverts de la poussière des travaux omniprésents et des dunes qui nous entourent. Le chauffeur de bus laisse tourner le moteur et descend acheter son pain, le bus attend, et nous repartons.

Une journée normale est un jonglage de suivis des projets, de gestion du staff, d’écriture de projets et meetings avec mes collègues. Si le plus gros du travail se passe au bureau, les meetings avec nos partenaires me portent à des rendez-vous entre Jerusalem, Ramallah, l’université d’Al Quds et le Ministre de l’éducation, et les visites des activités sont toujours une expérience très forte. Ici en Palestine, les choses les plus simples portent une complexité de logistique qui demande une patience importante. Par exemple, pour pouvoir emmener une classe d’étudiants à la Vielle Ville de Jerusalem lors de notre camp d’été, j’ai dû négocier leurs passages au checkpoint. Je suis allé au checkpoint tous les jours, pendant deux semaines pour parler avec les soldats avant d’y parvenir !

L’IECD recrute trois français en Palestine : une collègue en gestion du projet partner, mon chef de région et moi, et nous sommes accompagnés par 10 palestiniens qui travaillent à temps plein dans notre siège. Pour la plupart des locaux, l’ambiance est amicale et vire entre le sérieux et le bruyant, et les liens sont forts. Il n’est pas rare de rester dîner à Al Azarieh, chez les parents d’un collègue, ou pour fêter l’arrivée d’un nouveau né. Nous avons la chance d’être bien intégré dans la fabrique locale, et les hommes réputés du village rentrent souvent discuter avec nous, le temps d’un café.

Temps de rentrer, même opération pour le retour, mais avec le côté imprévisible et souvent ralenti du checkpoint. Si le retour se fait avec mes collègues (et leurs passeports) français en voiture, c’est rare d’y être arrêter. En revanche, le trajet en bus peut être très long. Un soldat armé monte sur le bus et vérifie les sièges. Nous descendons et devons présenter nos documents pour inspection. Parfois un petit commentaire sur mon équipe de foot lorsqu’ils voient ma nationalité, souvent un regard méfiant, mais je n’aurais jamais le problème de certains des passagers palestiniens. Bloqués, ou renvoyés chez eux ; nous attendons que le bus se remplisse et nous retrouvons la Porte de Damas. Le soir est partagé entre les cours d’arabe, le sport, les sorties avec les internationaux qui travaillent pour les ONG et les consulats à Jerusalem et la découverte de la culture locale, avant de sombrer, en attendant le muezzin du lendemain.