Coralie GRIELL, partie en Mongolie, pour l’association L’Eau-tarit.


Un témoignage de Coralie GRIELL
Volontaire de Solidarité Internationale


L’aventure débute en fait il y a une dizaine d’années… Curieuse et désireuse de découvrir de nouvelles cultures, à dix-huit ans je m’envole pour mon premier voyage ; expérience rapidement renouvelée.

Bien que mes premiers séjours en Afrique et en Asie me marquent profondément, ils me laissent également un sentiment de frustration : l’impression de courir le monde en revenant aussi insatisfaite que je n’étais partie, l’envie d’apporter ma pierre à l’édifice…. A vingt-trois ans, notre diplôme d’ingénieur « Eau et environnement » en poche, nous décidons donc de fonder, avec cinq camarades de ma promotion, l’association « L’eau-tarit ». Très vite, l’activité minière en Mongolie suscite notre intérêt. Plusieurs études et travaux sur le terrain (menés pendant quatre années, en vue d’identifier les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux des mines) nous conduisent finalement à la décision de développer un programme de trois ans centré spécifiquement sur la mine artisanale.

Me voilà donc dans l’avion, le 1er mars 2012, en direction d’Oulan-Bator. L’objectif de ma mission, qui correspond à la première moitié du programme : identifier un groupe pilote de chercheurs d’or, puis l’appuyer dans sa structuration et le soutenir dans la mise en place d’une gestion environnementale du site d’orpaillage ; et en parallèle, étudier la faisabilité de développer une filière d’or équitable en Mongolie. Un programme ambitieux, des moyens humains et financiers modestes, des conditions de vie rudes… j’appréhende réellement le défi à relever. Toutefois, le fait d’intervenir enfin concrètement sur un sujet qui me tient autant à cœur renforce ma motivation ; c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je me lance dans cette mission !

S’en suivent 18 mois d’une grande intensité, tant sur les aspects personnel que professionnel. J’habite dans une yourte, sur un site d’orpaillage isolé, à 750 km de la capitale. Je vis et travaille avec une centaine de chercheurs d’or, sur des sujets variés : l’organisation du groupe, le soutènement des puits et des galeries, la gestion des déchets ménagers, l’amélioration des procédés d’extraction, la réhabilitation du site, la filière commerciale de l’or…

La petite taille de notre association apporte bien sûr son lot d’avantages et d’inconvénients. Mon poste associe beaucoup de responsabilités, d’autonomie et de polyvalence ; j’ai parfois l’impression de devoir agir sur tous les fronts en parallèle et le sentiment que mon quotidien est une suite de problèmes auxquels je dois fournir des solutions, mais cela m’oblige à innover. Aussi, en un mot : mon poste est extrêmement formateur ! De plus, notre équipe terrain étant composée uniquement de deux personnes, j’assure en fait à la fois la gestion du projet et sa réalisation. Cela complique ma tâche, mais permet en contrepartie à notre action de coller au plus près aux besoins des orpailleurs : je peux me permettre d’ajuster rapidement le projet quand cela s’avère pertinent.

D’un point de vue personnel, l’adaptabilité est également le mot d’ordre de cette mission : je dois apprendre à vivre avec des personnes d’une culture très différente ; trouver ma place dans un groupe en marge de la société ; supporter l’isolement, les conditions de vie rustiques et le froid glacial pendant l’hiver… Mais le pendant est fort : l’observation des améliorations concrètes pour les orpailleurs, ainsi que les liens humains qui se tissent au fil des mois, justifient à eux seuls tous ces efforts ; c’est également une très bonne manière d’apprendre à se connaitre soi-même, de découvrir ses limites, ses forces et ses faiblesses.

Finalement, un an et demi sur une mission, ça laisse le temps de vivre beaucoup et de passer par tous les états psychologiques ; du « Je suis complètement folle, qu’est-ce qu’il m’a pris de me lancer sur ce projet et de venir ici ?! », en certaines occasions… à l’intime conviction d’être exactement au bon endroit au bon moment, à d’autres. Certaines certitudes s’écroulent, des normes sont remises en question, des valeurs sont bouleversées, une autre réalité apparait… Cette expérience a probablement été la plus difficile de ma vie, mais également, de loin, la plus enrichissante et fascinante !