Le Service Civique, un dispositif essentiel à la société d’aujourd’hui


Un témoignage de Juliette, engagée de Service Civique.
Juliette, 25 ans, s'est engagée auprès de l'association Enfants d'Asie qui promeut l'éducation pour les enfants des bidonvilles de Cebu. Elle témoigne sur l'importance, selon elle, du maintien d'un dispositif d'engagement pour les jeunes.


Après les attentats qui ont meurtri le peuple français, les va-t’en-guerre ont proposé le retour du service militaire, pourtant enterré justement par leur prédécesseurs. Ce modèle est dépassé, il faut aujourd’hui se tourner vers de nouvelles alternatives pour créer un nouveau modèle de société, dans laquelle chacun se sente à sa place.

Le « vivre ensemble » est devenu une expression à la mode dans la bouche des politiques mais elle n’a pas, en réalité, de substance propre. Pourtant nous avons ici la clef pour renforcer la compréhension et le respect de cet autre, pour mettre fin à la montée progressive de la haine, pour proposer des alternatives à une société qui ne fonctionne plus.

Je me suis engagée en service civique au sein d’une ONG qui promeut l’éducation des enfants issus des bidonvilles aux Philippines. Et pour être honnête, je ne savais pas à quoi m’attendre, j’avais juste envie d’être utile en ces temps troublés. Ce que j’y ai vu m’a secouée. Ici, il ne s’agit même pas de vivre mais de survivre, et dans la dignité. Le contact quotidien avec ces communautés m’a inculqué des valeurs humanistes, là où l’école en France a pourtant échoué. Cette expérience a ouvert les vannes du questionnement. Pourquoi sommes-nous englués dans l’immobilisme, le nombrilisme, la crise perpétuelle ?

Cet engagement citoyen, a provoqué en moi une foule d’émotions. Et l’émotion, c’est ce qui met fin à l’indifférence, c’est ce qui pousse chacun d’entre nous à comprendre et à agir.

Je suis maintenant persuadée que le vivre ensemble passe par la compréhension. Et quoi de mieux pour comprendre que d’expérimenter par soi-même ? Un service civique obligatoire offrirait une opportunité unique aux nouvelles générations, par le moyen d’une expérience personnelle, de comprendre et donc de respecter l’autre. Il n’est même pas nécessaire de partir loin comme je l’ai fait. Il s’agit de rassembler les nouvelles générations autour d’une valeur clef : la citoyenneté. Il s’agit de se mettre au service de l’autre, de briser le cercle des individualismes. Il ne s’agit plus de pointer du doigt des coupables ou des victimes. Il s’agit d’agir.

Bien entendu, le service civique obligatoire n’est pas la finalité en soi, mais l’outil indispensable pour parvenir au vivre ensemble.

Quelle que soit la voie professionnelle choisie par la suite, le service civique obligatoire remobiliserait les nouvelles générations. Les révoltes et indignations face aux inégalités mises à nu au cours de ces expériences citoyennes constitueraient le socle d’une société où il fait bon vivre ensemble. Car c’est sur, on sort changé d’un service civique, quel qu’il soit, où qu’il soit, et souvent pour le mieux. Stéphane Hessel nous dit : « Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. » Voilà le sens du service civique obligatoire : permette à chacun de trouver sa propre indignation en se mettant au service de l’autre. C’est uniquement par ce moyen que nous pourrons construire une société tolérante et harmonieuse.

Parce que l’enfer, ce n’est pas les autres, l’enfer c’est la société telle qu’elle est pensée aujourd’hui.