Témoignage de Solenn au Togo

Association EBENE - Animation cours de français et club de théâtre

Un article de Solenn MAZON


« Trois mois sont passés – Je ne me vois plus quitter Assomé. Pourtant, le 24 août 2020, il le faudra, alors je mesure chaque jour la chance qui m’est donnée de travailler dans ce village pour une année.

Jeudi 28 novembre 2019 – Réveillée comme tous les matins à 4h32 par le coq, je m’octroie une heure de sommeil encore. Je ne me lève jamais bien tard, tant il m’est agréable de profiter de mes journées. 32 degrés, Theo est partit en vacance visiter le nord du pays, moi, allongée dans le hamac je révise mon ewe (langue locale). Résidant au milieu de la jungle, seuls les sifflements des oiseaux sont perceptibles, les rayons du soleil caressent ma joue, je somnole à moitié tant il est reposant d’être ici. Ma maison se situe à 2 kilomètres du petit village d’Assomé, il faut traverser un long chemin perdu au milieu des palmiers pour y accéder. Un sentiment de sécurité permanent, comme si rien ne pouvait m’arriver, comme si les arbres, habités par les esprits, me protégeaient. Il est bientôt 9h , je prépare le cours que je donnerai cet après-midi. Theo et moi-même nous partageons une classe de 35 élèves, âgés de 27 à 65 ans. Lui, s’occupe des 17 ayant déjà fréquenté l’école. Moi, des 18 autres ne parlant pas (ou très peu) français. Leur volonté si intense se fait ressentir chaque semaine, en trois mois nous avons déjà fait un gros travail, ce qui est très encourageant pour la suite. Aujourd’hui, il s’agira de travailler la lettre « C », et je concentrerai la deuxième partie de la séance sur les salutations/présentations. Mon cours est traduit par Philippe, notre ami togolais, membre de notre association partenaire. En écrivant ces lignes il me tarde déjà de retrouver ces visages, celui d’Holali, d’Abla, Akosiwa, Adjo et tous mes autres élèves animés par cette envie d’apprendre le français. Chacun a ses raisons d’être ici, pour Akou il s’agit de pouvoir traduire les versets bibliques, Kodjo, lui, souhaite pouvoir se défendre en cas d’injustice, Albla, elle, désire simplement savoir écrire son prénom, et tous ressentent le besoin de comprendre les devoirs de leurs enfants, afin de pouvoir venir en aide.

Ce soir, éclairée par le groupe électrogène, je travaillerai les premières lignes de la pièce de théâtre que nous allons écrire (les enfants et moi-même) pour le club d’art dramatique que j’ai créé au village. Hier, nous avons procédé à une liste de thèmes suggérés par les enfants membres. L’idée était de proposer à chacun d’eux de soumettre des sujets afin de répondre aux besoins d’expression de tous. La pièce portera donc sur la place de la femme dans la société togolaise, la grossesse précoce et la valeur de l’école.

10h, il me faut aller puiser l’eau et la bouillir afin de préparer mon déjeuner.

À bientôt, Solenn »