Se dire que rien n’est impossible

Les rebondissements d'une mission consacrée au développement de vergers/potagers dans des orphelinats du Viet Nam au temps du COVID-19.

Un article de Alban MONTAZEL, Service Civique avec l'association Enfance Partenariat VIET NAM


Nous sommes le mercredi 19 février 2020, et c’est le cœur serré que je monte à bord de ce vol Vietnam Airlines à destination de Hanoï. Nous y voilà, enfin. L’aboutissement d’un travail préparatoire de plus d’un an et demi. De mon hublot, je vois la France s’éloigner, puis disparaître dans les nuages. Je me sens prêt, déterminé à aller au bout de ce projet imaginé avec Florence Cavalier, présidente de l’association Enfance Partenariat Vietnam. Je le sais déjà : il y aura des imprévus, des contraintes et des obstacles à contourner. Mais je suis convaincu de pouvoir tous les surmonter. A cet instant, dans l’avion, j’ai beaucoup d’attentes concernant mon Service Civique de 6 mois avec La Guilde. Ce que j’ignorais, c’est que la situation m’empêchera de toutes les exaucer.

Ce projet de développement agricole, c’est avant tout un développement humain. L’idée est d’optimiser les potagers et vergers de 30 familles défavorisées et 2 orphelinats au Vietnam du Nord (région de Sapa) et du Centre (région de Kontum). Le principal objectif est d’apporter aux familles et orphelins un meilleur équilibre alimentaire, en leur proposant de nouvelles espèces de légumes et arbres fruitiers riches en vitamines (et particulièrement la vitamine A). Certains membres des familles souffrant de maladies liées à des carences en vitamines, la nutrition est en effet la priorité du projet. Le second objectif est la diversification de leurs revenus par la vente des surplus. Les espèces d’arbres fruitiers sélectionnées sont d’une part riches en différentes vitamines, mais également à forte valeur ajoutée. Le prix au kilo de leurs fruits ainsi que les rendements sont élevés, ce qui permettra aux familles de dégager un revenu par leur vente. Le troisième objectif vient compléter les deux autres. Il s’agit de la formation en agronomie et en nutrition. L’idée est d’apporter aux familles et orphelinats les moyens de réaliser ce type de projet par eux même à l’avenir. En effet, il serait illogique de créer une dépendance de ces familles à nos connaissances et compétences. Une grande partie du projet sera donc dédiée à la formation en agronomie pour apprendre aux locaux les pratiques, et en nutrition pour que ceux-ci comprennent les enjeux qui résultent de ce projet. 

Le projet est donc cohérent, mais est-il réalisable ? La réponse est bien évidemment oui. Grâce à l’aide financière des mécénats, nous avons eu les fonds nécessaires pour acheter le matériel, les outils agricoles, les semences et repiquages, financer les frais de transports, et payer le salaire de ma guide interprète Bdao. Bdao a été essentielle dans la réalisation du projet, car ne parlant pas Vietnamien, et encore moins les langages ethniques, il aurait été compliqué pour moi de communiquer avec les locaux. En plus de me servir de traductrice, Bdao m’a accompagné dans mes choix et m’a conseillé grâce à sa connaissance des cultures ethniques (elle vient elle-même d’un village de l’ethnie Jaraï). Outre le travail, nous avons créé une véritable relation d’amitié. 

Vous l’avez compris, le projet est bien ficelé. Mais comment assurer sa bonne réalisation avec la pandémie du Covid19 ?

Vous le savez déjà, le contexte mondial du Covid19 a pris une toute autre tournure en mars, et comme tous, je n’y ai pas échappé. Le 29 mars, j’ai été contraint par l’ambassade de rentrer en France, laissant ainsi le projet aux mains de Bdao. Je savais que des imprévus allaient impacter le projet d’une manière ou d’une autre. Je n’imaginais évidemment pas qu’une pandémie allait menacer sa bonne réalisation. Ceci étant, je considère mon rapatriement comme une contrainte supplémentaire qu’il faudra surmonter. Le projet continue et ne sera pas abandonné. 

Pendant ce mois passé au Vietnam, j’ai eu le temps de tout mettre en place. J’ai rencontré chaque famille, j’ai diagnostiqué chaque terrain et chaque potager, j’ai créé des relations de confiance avec des locaux et j’ai sélectionné les variétés de légumes et arbres qui seront plantés. Je me suis également formé auprès d’une Sœur agronome sur l’agro-écologie en milieu tropical et j’ai pu commencer avec les locaux à creuser les trous qui accueilleront les futurs arbres et à poser le fumier. Plus concrètement, j’ai estimé les chiffres relatifs au projet et préparé un planning des tâches à réaliser. 

  • Dans la région de Sapa, 2 villages et 9 familles sont concernés par le projet. Parmi ces 9 familles, 4 possèdent des enfants atteints de xérophtalmie (maladie provoquant la cécité et due à des carences en vitamine A). L’urgence est donc d’implanter de nouveaux légumes riches en vitamine A pour pallier à ces carences. Les légumes et arbres sélectionnés sont la carotte, le potiron, la coriandre, le piment et le pêcher. Nous avons sélectionné des variétés présentant un taux élevé en vitamine A et adapté au climat froid et humide de la région. 
  • Dans la région de Kontum, 2 villages et 2 orphelinats sont concernés par le projet. Dans ces deux villages, nous accompagnons 21 familles. Au total, ce sont près de 300 personnes, dont 220 enfants qui bénéficieront du projet. Dans cette région, l’enjeu est triple : diversifier les apports nutritionnels des locaux, leur assurer un revenu avec les surplus et leur permettre de gagner en autonomie. Nous planterons sur les terrains des familles et orphelinats près de 300 arbres fruitiers de différentes espèces d’intérêt nutritionnel et économique : durian, ramboutan, jacquier, manguier et avocatier. La plantation des arbres est prévue pour fin-avril.

Aujourd’hui, 10 juin 2020, alors que j’écris ces quelques lignes depuis mon appartement à Paris, je continue de suivre ma mission de loin. Malgré la difficulté de travailler à distance, je trouve la force de continuer. Car, à mes yeux, la réalisation du projet est ce qu’il y a de plus important à l’heure actuelle, qu’importe ma déception. Voilà plus de 2 mois que je suis de retour au pays du fromage et du vin, et je commence à prendre du recul sur ma situation. Je réalise que malgré ma désillusion face à ce que j’attendais de cette expérience, il faut être humble et reconnaissant. Reconnaissant de voir la mission continuer ; reconnaissant d’avoir pu vivre ce projet à 100% pendant plus d’un mois ; reconnaissant de toutes les rencontres que j’ai pu faire et qui m’ont fait grandir. Ces rencontres, je ne les oublierai jamais. Ces relations d’amitié dépassant les cultures et les langages, se fondant simplement sur la bienveillance et l’ouverture, c’est ce qui me porte et me motive aujourd’hui à continuer la mission, coûte que coûte. 

Comment parler de mon expérience sans évoquer la culture vietnamienne et ses pratiques culinaires… Au Vietnam, et particulièrement dans la région de Kontum, le café est une boisson très consommée. Le Vietnam est le deuxième producteur de café mondial, après le Brésil, et le premier producteur de café Robusta. Et la majorité de sa production se trouve dans le centre du Vietnam. Autant dire qu’ici, on ne rigole pas avec le café! Cette boisson amère est totalement ancrée dans la tradition et la culture vietnamienne. Et ils le mélangent avec toutes sortes de choses : coco, miel, lait concentré, … Bref, étant grand amateur de café, je n’ai pu que me réjouir. Outre le café, le Vietnam regorge de plein de spécialités! Et certaines sont assez douteuses, il faut l’admettre… Entre les nouilles aux escargots, les piments crus, ou encore les œufs contenant un poussin, j’ai connu un choc culinaire assez fort! Parmi toutes ces étonnantes façons de se nourrir, une seule m’a réellement brisé le cœur : la mangue verte (non mûre). Etant un grand fan de mangues, il a été particulièrement difficile d’accepter de manger une mangue qui n’a pas encore atteint sa maturité. Une texture croquante et un goût particulièrement acide : on est bien loin de la subtilité de la saveur que je connais. Et pourtant, les vietnamiens en raffolent…

Si je devais retenir une chose de cette expérience, c’est que rien n’est impossible. Une contrainte impensable vient menacer mon projet après à peine un mois de travail, et pourtant, grâce à la motivation à toute épreuve des locaux, la mission continue!

Si vous souhaitez en savoir plus sur mon projet, je vous invite à consulter mon blog créé pour l’occasion : https://missionsolidairevietnam-epvn.blogspot.com

A l’heure actuelle, il est difficile de savoir si je pourrai retourner au Vietnam pour terminer ma mission, j’ai cependant l’espoir de pouvoir revenir en mi-juillet pour un mois, afin de clôturer mon Service Civique. 

Affaire à suivre …