Le VSI pour redonner du sens à son métier et transmettre ses compétences

Témoignage de Sabine Tourtellier, Coordinatrice d'anglais en VSI pour APLC au Cambodge

Préparation d'une session de "morning pres-checking understading"

Un article de Lucille Caron, Chargée de mission VSI


Anciennement comédienne et formatrice en anglais, Sabine a décidé de mettre son expérience et ses méthodes d’enseignement ludique au service de l’association Agir pour le Cambodge. Aujourd’hui, elle coordonne l’enseignement de l’anglais auprès de jeunes Khmers issus de milieux défavorisés, dans le cadre de formations professionnalisantes.

Coup de projecteur sur le parcours de Sabine.


Tu as eu plusieurs vies avant ton VSI, et c’est petit à petit que la mission à Sala Baï s’est imposée, au cours d’une recherche de plus de sens. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, j’ai vécu dans différents pays depuis très jeune, surtout entre la France et l’Angleterre mais aussi en Australie. Petite j’ai été bercée par l’Asie dans les boutiques d’artisanat d’Indonésie qu’avait ma mère. Comédienne pendant 15 ans, j’ai ensuite été formatrice d’anglais et de français pendant 8 années auprès d’adolescents et adultes. J’ai également animé de nombreux séjours « Sport et anglais » avec l’UCPA. J’aime beaucoup travailler avec de jeunes adultes, et apporter un côté ludique à l’apprentissage des langues de par mon passé de comédienne.

Opération Clean-up sur les chapeaux de roues, c’est aussi ça les cours ! © S.Tourtellier

Toutefois, en France le public auprès duquel j’enseignais était un public de « privilégiés » ; le manque d’entrain et d’envie de ces adolescents me fatiguait et j’avais besoin de redonner du sens à mon enseignement. L’appel d’un ailleurs et d ‘une autre culture se faisait sentir, et tout naturellement c’est l’Asie qui s’est imposée.

Comment en es-tu venue à t’engager avec le programme de Agir Pour le Cambodge en particulier ?

Agir Pour Le Cambodge (APLC) est une ONG qui travaille au Cambodge depuis 1985. Elle a créé le programme Sala Baï en 2002 pour lutter contre la pauvreté et le trafic d’êtres humains au Cambodge, par la formation et l’insertion professionnelle de jeunes défavorisés. Cette formation d’un an entièrement gratuite leur permet de trouver un premier travail correctement rémunéré, et pour certains de continuer leurs études. J’ai choisi APLC car cela me paraît essentiel de passer par l’éducation et d’apporter des connaissances et des compétences aux jeunes défavorisés afin de leur permettre de sortir de la pauvreté.

Effectivement, c’est la richesse d’un VSI, tes missions dépassent le simple enseignement d’une langue. Peux-tu nous présenter un peu tes activités ?

Mon poste est celui de Coordonnatrice d’anglais, et mes missions sont d’apporter de nouvelles méthodes d’enseignement aux professeurs d’anglais et d’aider les élèves et les enseignants à obtenir un meilleur niveau d’anglais. Ma priorité est d’orienter la méthode d’apprentissage vers une méthode directe et active. Je mets l’accent sur le rôle de l’oral dans l’apprentissage : immersion, répétition, intuition.

Et la bonne humeur ! Photo d’une morning presentation des élèves. © S.Tourtellier

Cela se concrétise par un travail quotidien avec les professeurs de Sala Baï : J’ai mis en place des ateliers collaboratifs pendant lesquels nous définissons un programme que nous déclinons en fonction des groupes de niveaux. En plus de l’évaluation écrite, nous avons introduit une évaluation orale de chaque élève pour répondre aux exigences de leur futur métier.

Dans ce travail collaboratif avec les professeurs, je peux également suggérer l’utilisation de nouveaux supports plus ludiques : livres, vidéo…

Avec les élèves, je dispose de liberté pour mettre en place des activités nouvelles en anglais . J’ai ainsi développé des activités culturelles (cycle de films en anglais sous-titrés anglais, visites d’expositions comme lors du Angkor Photo Festival, avec une visite guidée de la World Press Exhibition avec la curatrice Yi Wen, séance de cinéma engagé cambodgien, cycle de conférences courtes en anglais sur des thèmes artistiques, English Day le vendredi avec découverte de musiques, séances de conversation avec des bénévoles natifs anglais,…)

Sortie ciné pour le film Boyancy de Rodd Rathjen. © Rod Andrewartha

Tu avais beaucoup d’attente sur cette nouvelle étape de ta vie. Y a-t-il un gros décalage entre l’idée que tu te faisais de ton expatriation, et la réalité ?

J’avoue que je ne trouve pas de décalages. Ayant fait un voyage à Siem Reap il y a 6 ans, pendant lequel j’étais tombée amoureuse de cette ville et des temples d’Angkor, j’ai retrouvé le même enchantement à vivre ici, à être proche des gens et de la nature environnante. L’accueil des Cambodgiens n’a pas changé et me touche toujours autant. Leurs sourires, et surtout ceux des élèves, sont toujours aussi sincères et émouvants. Il est bien entendu différent de venir en tant que touriste et de vivre ici, mais l’adaptation s’est fait assez rapidement et  facilement.

Comment appréhendes-tu les différences ou les incompréhensions de part et d’autre liées à l’interculturalité ?

Finalement, là aussi j’ai l’impression que ces différences ont pu rapidement être discutées, et que mon intégration se passe très bien au niveau personnel et professionnel après quelques ajustements de ma part. Les rythmes ne sont pas les mêmes en Europe et en Asie, et il faut donc s’adapter et laisser le temps à l’équipe d’intégrer les nouveautés, de les faire sienne et de les mettre en place. Ici les enseignants n’ont pas de formation diplômante et deviennent professeurs par expérience uniquement, la pédagogie n’est donc pas très développée. Il faut prendre en compte le parcours de ces enseignants, et ne pas demander le même niveau d’exigence qu’en France, en tout cas pas au début.

Il faut être très à l’écoute, se remettre en question presque quotidiennement et surtout ne pas vouloir aller trop vite. J’ai fait des erreurs et j’ai appris de ces erreurs, et en montrant que j’adaptais mes comportements et mes exigences, je pense pouvoir plus facilement intégrer de nouvelles méthodes d’enseignement.

Première semaine de cours : présentation de l’équipe pédagogique. © S.Tourtellier

Cela fait six mois que tu es sur place, peux-tu déjà en tirer un bilan personnel ?

Pour l’instant, ce n’est qu’une ébauche de bilan. Mais cela me redonne foi en la transmission des savoirs, en l’échange entre cultures et en l’enrichissement que cela procure. Professionnellement, j’ai un poste avec plus de responsabilités que précédemment, et aussi beaucoup plus de libertés. Et cela me convient parfaitement, car je n’aime pas la rigueur parfois trop étriquée que l’on m’imposait en France.

Je pense que au début, cela bouscule nos certitudes de travailler avec des gens dont la culture est si éloignée de la nôtre, mais cela permet de se poser les bonnes questions et de redéfinir ses priorités et ses objectifs.

Je le vois pour moi, l’enrichissement est énorme et me permet de grandir encore, de me questionner sincèrement et de remettre en perspectives mes valeurs pour revenir aux valeurs fondamentales pour moi, que sont l’échange et l’importance de l’humain par-dessus tout, avant la productivité, la consommation et la superficialité de nos sociétés d’hyperconsommation. Cela me permet de relativiser les obstacles que nous nous créons nous-mêmes et qui nous empêchent souvent d’avancer.

Il semble que tu te plaises beaucoup sur ta mission et dans le pays. Envisages-tu déjà de rester ?

Session de conversation. © Rod Andrewartha

Oui je pense vraiment rester sur place si je réussis à créer ma propre activité. Pour l’instant je souhaite déjà prolonger ma mission afin de prendre le temps de mettre en place les changements de façon pérenne pour le staff local, en espérant qu’à l’issue de celle-ci, ils puissent eux-mêmes continuer ce travail de modernisation des méthodes d’apprentissage. C’est tout l’enjeu des missions de VSI !

Ensuite, j’ai plusieurs idées d’entreprise sociale à créer ici. Je me laisse le temps de continuer à découvrir et à apprendre afin de choisir quelle sera la meilleure. Pourquoi rester ici ? Car j’ai le sentiment que les choses sont plus faciles à envisager ici et que le champ des possibles est plus important qu’en Europe.

Un mot de la fin, des conseils pour les futurs volontaires ?

Un conseil surtout : suivez vos envies et foncez, il n’y a qu’en se jetant à l’eau qu’on ne regrette jamais. Et pour ceux qui hésitent, posez-vous une seule question : l’envie de partir est-elle plus forte que l’envie de ne pas partir ?

Une recommandation : N’ayez pas peur de vous lancer et surtout ne vous sentez jamais coincés. Si cela ne fonctionne pas pour vous, rentrez et ne le prenez pas comme un échec mais comme un essai, ce n’était surement pas le bon moment pour vous et il n’y a aucune honte à l’admettre, ce n’est pas une faiblesse que d’être sincère avec soi-même. Et je pense qu’il est mieux pour l’organisme avec lequel vous partez d’être totalement honnête plutôt que de vous forcer à rester et d’être mal dans votre mission. Ainsi, je pense que vous resterez car le fait de savoir que l’on n’est pas coincé suffit souvent à apaiser  les angoisses.

Le Cœur de Sala Baï réalisé par les élèves lors de leur visite à Angkor Wat. © S.Tourtellier

Envie d’en savoir plus sur APLC ?

Rendez-vous sur https://www.agirpourlecambodge.org, et sur le site de Rod Andrewartha, auteur de « Cambodian journeys », un livre sur des parcours d’élèves de Sala Bai.

S’engager avec La Guilde ? Contrairement au statut de Service Civique ou de VIE, le VSI n’impose pas de limite d’âge. Les VSI de La Guilde ont 32 ans en moyenne, et 30% d’entre eux sont plus âgés que cette moyenne !