Quatre ans de VSI et une vie dédiée à la protection du massif du Makay

Témoignage de Bernard Forgeau, VSI pour Naturevolution à Madagascar

©B.Forgeau

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI et communication


Cette année, la jeune militante écologiste Greta Thunberg a été désignée comme la personnalité de l’année par le magazine américain « Time ». L’occasion de mettre en avant les VSI dont les missions œuvrent à la préservation des écosystèmes et à la réduction des impacts négatifs de l’Homme sur son environnement.

C’est le cas de la mission VSI de Bernard.

Il ne s’en cache pas, Bernard est un amoureux du Makay, ce massif situé au Sud-Ouest de Madagascar et qui constitue une des 11 priorités mondiales en matière de préservation de la biodiversité. Tout au long de sa vie et via quatre ans et demi de VSI avec l’association Naturevolution, il s’est fait l’ambassadeur de cette surface unique, et s’est engagé corps et âme à la protéger.

Leur ambition ? Créer la Nouvelle Aire Protégée du Makay en association avec l’État de Madagascar.

La fin de son VSI est l’occasion pour Bernard de revenir sur le chemin parcouru, et de faire le point sur les nouveaux défis entourant la protection du massif.

Prises de vues du Makay ©B.Forgeau

Genèse du projet : la rencontre du Makay

J’ai passé ma jeunesse dans l’ouest de la France entre une scolarité durant laquelle je m’orientais vers les métiers de la vigne et du vin, puis une formation de sauveteur en mer.

Après quelques participations bénévoles dans les milieux associatifs, c’est à 27 ans que je me suis engagé dans ma première vraie mission de solidarité internationale à caractère médical, dans l’Océan indien en général et à Madagascar majoritairement. Je me suis rapidement passionné pour ce pays et pour sa population. Ma curiosité m’a conduit à sillonner la brousse, j’y ai fait mes découvertes qui alimentaient toujours plus ma passion. En 1992, dans le sud-ouest de Madagascar alors que je descendais en pirogue le fleuve Mangoky, j’ai aperçu pour la première fois le massif du Makay. Des milliers de kilomètres de canyons, un véritable labyrinthe d’une superficie de 4 000 km2 qui était totalement inhabité, un eden constitué d’une nature luxuriante et très abondante. Deux ans plus tard, j’y emmenais quelques amis avec lesquels nous avons trouvé nos premières peintures rupestres dans une grotte et dans un abri sous roche.

©B.Forgeau

En 1996 alors que je guidais un présentateur de documentaires télévisés à la rencontre d’un groupe de nomades dans la forêt Mikea, j’ai eu l’occasion de lui parler de ce massif et de ses communautés installées dans les villages du pourtour. Six ans plus tard, j’acceptais d’encadrer le tournage d’un autre documentaire dans le massif et ce fut la première occasion d’évoquer ensemble notre souhait de solliciter l’Etat malgache pour créer une aire protégée du Makay.

Organisation en France et à Madagascar du groupe de protection : naissance de Naturevolution 

…cinq ans après la diffusion de cette émission, je fus contacté par un jeune vidéaste amateur qui souhaitait se rendre dans le Makay et refaire un nouveau documentaire traitant d’une expédition scientifique dans le massif. En 2011, il réalisa son film et il créa en France l’association Naturevolution qui se déclarait vouloir « sauver les mondes perdus ».

L’association affichait la volonté de reprendre l’idée de créer l’aire protégée du Makay. Mais le manque de connaissance du contexte, de la culture et des populations locales pénalisait le démarrage du projet. En 2013, le président de Naturevolution me sollicita pour créer une structure de droit malgache ayant la capacité de faire les démarches de mise en protection des 400 000 ha du Makay auprès du gouvernement et des populations locales.

©B.Forgeau

Durant ma mission à Madagascar, Naturevolution France a organisé des campagnes médiatiques afin de récolter des fonds pour aider au fonctionnement de l’association malgache, principalement à travers la mise en place d’un programme de missions d’écovolontariats.

Tout le monde relève ses manches : être VSI pour faire bouger les lignes

Ma première mission, en décembre 2014, a été de créer une association de droit malgache, d’obtenir la reconnaissance et l’agrément du ministère de l’environnement (malgache) et la nomination de promoteur du projet de création de la Nouvelle Aire Protégée du Makay.

J’ai présidé cette association jusqu’au mois de février 2019.

Sur le terrain auprès des communautés locales, j’ai dû mettre en place les consultations publiques et les réunions de sensibilisation, initier des Activités Génératrices de Revenus, organiser le développement des activités touristiques, encadrer les missions écovolontaires et les expéditions scientifiques… et ainsi mettre en place un programme de gestion de la Nouvelle Aire Protégée.

J’encadrais également des étudiants, des stagiaires, des volontaires ou des chercheurs qui m’assistaient sur le terrain.

©B.Forgeau

Une connaissance indispensable du terrain : comment la mission grandit en soi 

Pour initier et porter un projet aussi ambitieux dans une des zones les plus reculées de Madagascar, il faut préalablement bien connaitre les populations avec lesquelles nous allons travailler et il faut obligatoirement parler leur dialecte pour éviter toutes incompréhensions. Il faut bien entendu être militant et passionné pour la protection de l’environnement mais surtout pour le développement social et économique des communautés locales, savoir les écouter et préserver leurs savoirs et leur culture.

La mise en protection d’une superficie aussi importante ne peut se concevoir depuis l’étranger ou même depuis les capitales ou zones urbaines, il faut vivre, connaitre et comprendre le quotidien de ces communautés locales pour prétendre apporter ses compétences à un projet aussi enclavé.

Et maintenant ? Bilan personnel de Bernard à l’issue de sa mission

Je ne peux plus être objectif avec Madagascar car j’avoue une véritable passion pour ce pays et sa population.

©B.Forgeau

Madagascar est avant tout une île, donc exempt de frontière à défendre. Le temps a permis à la culture traditionnelle de codifier les potentiels rivalités et les conflits à l’intérieur du pays, l’isolement de chaque ethnie, de chaque groupe ou région en fait un véritable archipel d’isolas à l’intérieur du même pays, la Grande Ile. Il est évidemment regrettable que les élites qui établissent les alliances bradent les richesses malgaches à des étrangers peu scrupuleux…Madagascar est tristement parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Le statut de VSI m’a permis de me consacrer pleinement au projet, mon plus gros regret est de partir trop tôt car entre l’initiative de création, les démarches administratives, les consultations publiques, l’accréditation et la confiance des communautés, le maillage du réseau de partenariats… pour arriver à la mise en place du programme d’aménagement et de gestion de l’aire protégée il m’aurait fallu je pense encore plusieurs années.

Cet engagement de quatre ans et demi en VSI restera une très belle période de ma vie, elle m’aura permis de concrétiser et de me consacrer à temps complet pour un projet très ambitieux qui me tenait très à cœur, pour lequel je me suis passionné et j’ai tout donné. J’aurais souhaité continuer et accompagner ce projet pour avoir le temps de constituer des équipes compétentes et motivées auxquelles j’aurais pu transmettre la gestion de l’aire protégée.

©B.Forgeau

L’environnement est un enjeu prioritaire dans notre société si certains l’ont intégré et militent pour améliorer la protection de la biodiversité, la conservation ou la sensibilisation, d’autres ont trop bien compris le pouvoir économique et politique qu’on peut acquérir en gérant de telle grande superficie au nom de la préservation de la planète.

 

 

Aujourd’hui et demain : engagé pour la vie avec le Makay ?

Je vais avoir besoin d’une période de transition, on ne quitte une implication entière et un attachement aussi fort à la réussite d’un projet sans mélancolie. Cette longue mission et les rencontres qu’elle a engendrée n’ont fait que conforter mon envie d’apprendre et de me perfectionner, j’ai conforté mon envie de solidarité aussi.

Le mot de la fin est un appel à l’action et à l’aventure :

Quand vous sentez une légère brise souffler dans le sens de la vie, un vent de curiosité qui vous emmènerait vers d’autres cultures, une envie de comprendre les autres et d’apporter un peu de son savoir et de son expérience… hissez la voile car c’est « l’appel du large ». Ce vent ne souffle pas tous les jours, profitez-en !

©B.Forgeau

 

Découvrez le Teaser du documentaire « Madagascar, expédition en terre Makay » de Naturévolution

 

Grand concours photo pour l’anniversaire du REG

La Guilde a organisé un concours photo réservé aux membres du Réseau des Engagés de La Guilde, à l'occasion des 1 an de sa création !

Un article de L'équipe du REG


Pour répondre à un besoin émanant de ses volontaires VSI et Service Civique, La Guilde Européenne du Raid a lancé le Réseau des Engagés de La Guilde (REG) en novembre 2018.

Le REG apporte un espace de valorisation de l’engagement et de partage d’informations pour échanger avant, pendant ou après leurs expériences de volontariat, aux près de 700 volontaires de longue durée déployés chaque année par La Guilde et ses partenaires.

A l’occasion de son premier anniversaire, le REG a organisé un grand concours photo sur le thème « Mon volontariat avec La Guilde ».

Seuls les membres du REG étaient invités à participer et soumettre une photo prise dans le cadre de leur mission et illustrant le thème…. Mais tout le monde a été invité à participer au vote !

Bravo au 3 lauréats de cet évènements :

1er prix – Axel Jumelin, ancien Service Civique et désormais VSI de La Guilde

Axel a choisi d’illustrer sa mission de service Civique pour l’association Eau et Vie avec ce cliché.

« En Côte d’Ivoire, l’ONG Eau et Vie œuvre sur la thématique de l’accès à l’eau et aux autres services de première nécessité. L’arrivée de l’eau dans les quartiers les plus démunis est toujours un événement marquant qui change le quotidien des familles, et restera à jamais dans les mémoires, même des plus jeunes. »

Axel avait également partagé un témoignage sur sa mission de VSI au Comores, à lire ici.

2ème prix – Jeanne Triol, ancienne Service Civique et désormais VSI de La Guilde

Jeanne met à l’honneur les enfants du centre vietnamien de l’association Enfants d’Asie dans lequel elle travaille dans le cadre de son VSI.

3ème prix – Juliette Cesvet, VSI de La Guilde

Juliette témoigne de son engagement en Inde avec Life Project for Youth.

Notre incroyable équipe de jeunes femmes Indiennes que nous accueillons tous les jours dans notre centre à Bangalore pour des cours d’anglais, d’informatique et de communication professionnelle avec l’ONG Life Project for Youth.

Découvrez le témoignage de Juliette sur son expérience haute en couleur en Inde.

Merci à tous les participants !

Retrouvez les légendes derrières les photos et commentez sur notre communauté

Envie de découvrir les missions VSI et Service Civique ? Lisez les témoignages des volontaires !

Axel, VSI en appui pour la gestion et le traitement des déchets sur la petite île de Mohéli

Le défi ? 400t de déchets déversés chaque jour sur une île de la taille de Marseille

Collecte des déchets à Nioumachoua © A.Jumelin

Un article de Lucille Caron, chargée de mission communication et VSI


Chaque année du 16 au 24 novembre a lieu la semaine européenne de la réduction des déchets. La France s’y est engagée en mettant en place près de 7000 actions sur le territoire.

Dans les pays d’intervention des VSI, la problématique de la gestion des déchets est de plus en plus importante, et elle devient même cruciale dans le cas de l’île de Mohéli, située dans les Comores et d’une taille presque 30 fois plus petite que la Corse !

Depuis 2006 l’association 2 Mains travaille pour la réduction des déchets et leur revalorisation sur les îles des Comores, entre Madagascar et le continent africain.

Axel est VSI, engagé en mission VSI depuis plus d’un an avec La Guilde et 2 Mains. A l’occasion de cette semaine spéciale, il nous parle de son travail en faveur de l’environnement et de l’autonomisation des villages insulaires pour la gestion des déchets, mais également de la particularité de sa mission, souvent méconnue des volontaires à partir en VSI : la spécificité de l’insularité pour s’expatrier.

Axel au milieu de la faune des Comores © A.Jumelin

2 Mains tire son nom de sa manière de travailler : l’association est en collaboration avec les acteurs locaux pour mettre en place et pérenniser ses actions. C’est cela qui t’a attiré auprès de cette organisation ?

Oui, la méthodologie participative est au cœur même de la spécificité des actions de 2 Mains : les projets sont définis suite à une demande locale puis développés en partenariat, en mettant l’accent sur la mise en place et le renforcement des synergies locales. Les activités visent à rendre les communautés actrices de leur développement et s’inscrivent donc dans la durée. En promouvant une démarche de développement durable et solidaire dans les domaines de l’eau, des déchets et de l’agriculture, 2 Mains contribue à la protection de l’environnement et à l’amélioration durable des conditions de vie des populations.

C’est convaincu par cette méthodologie que je rejoins l’ONG courant 2018, alors âgé de 25ans et diplômé d’une Licence en Géographie et Aménagement du Territoire, ainsi que d’un Master en Gestion de Projets de Développement en Afrique.
Cet engagement dans une mission de VSI s’inscrit comme une suite logique à mes précédentes expériences professionnelles en Côte d’Ivoire, à Madagascar, au Mali ou encore en Tanzanie.

Initié aux enjeux environnementaux mais aussi aux problématiques des services essentiels, cette aventure m’ouvrait les portes d’un contexte culturel nouveau, et me permettait d’acquérir une expérience de la gestion des déchets et de diversifier mes compétences professionnelles, tant en termes de thématique que de méthodologie de travail.

Cérémonie lancement projet Wanani. © A.Jumelin

Ayant déjà pris goût au travail de terrain, à l’Afrique et au monde des ONG, cette opportunité répondait à mes attentes en termes de montée en compétence dans le domaine des déchets, tout en pouvant apporter une plus-value sur un outil tel que la cartographie. Le tout, au sein d’une association dont je partage les valeurs.

En quoi ta mission participe-t-elle directement à l’assainissement et à la réduction des déchets sur l’île ?

L’Union des Comores est un petit état insulaire en développement (PIED), composé de 3 îles principales, situées dans le Canal du Mozambique, entre l’Afrique de l’Est et Madagascar.
Le projet pour lequel je suis actuellement en VSI se propose d’intervenir sur l’ensemble de l’île de Mohéli, plus petite île du pays avec 290km2 (à titre de comparaison, à peine plus que la commune de Marseille) et 50 000 habitants, le tout divisé en 24 villes et villages.
À défaut d’une gestion publique, les déchets solides sont soit abandonnés dans l’espace public (routes, trottoirs, caniveaux, rivières, plages) soit incinérés à ciel ouvert par les ménages. Les préjudices de cette carence de gestion causés à la santé et à l’environnement sont méconnus ou largement sous-estimés par la population. L’île étant en passe de devenir une Réserve de Biosphère de l’UNESCO (fin 2019-début 2020), la problématique des déchets apparait donc comme l’une des priorités sur le territoire.

En tant que Chargé de Mission, et s’agissant d’une ouverture de poste, mon rôle est de mettre en place l’ensemble de ce projet et de ses activités, ainsi que de le suivre et l’évaluer avec l’appui de mes responsables au siège de l’ONG. Ledit projet s’appuie sur trois piliers :

  • La mise en place d’une collecte régulière et efficiente des déchets ménagers ;
  • Le traitement de ces déchets, et quand cela s’avère possible, leur valorisation ;
  • La mise en place d’une « éco-taxe » afin de rendre le projet autonome et pérenne.

Collecte des déchets Nioumachoua © A.Jumelin

Les tâches afin de mener à bien ce projet peuvent s’avérer être très variées et me permettent de faire énormément d’opérationnel : prospections, identification des acteurs locaux, rencontres officielles, créations de plans d’actions ainsi que d’outils de suivi et de gestion, rédaction d’études d’impacts environnementaux et de campagnes de sensibilisation, appui technique (plans de chantiers, choix des équipements, caractérisation), cartographie, logistique du projet, suivi-comptable et business plans des villes et villages, communication, suivi des ressources humaines, … j’occupe un poste couteau-suisse !

 

Comment s’organise 2 Mains pour mettre en place ce projet ambitieux ?

A ce jour, le projet est déjà fonctionnel dans 8 villes et villages de l’île de Mohéli. En effet 3 Centres de Traitements des Déchets Villageois (CTV) ont pu être construits, des poubelles publiques installées, et des véhicules mis à disposition par l’ONG circulent selon des plannings adaptés aux besoins de chacun des villages.

Au niveau des CTV les déchets sont ensuite triés. La majorité peut être compostée et seule une infime partie est incinérée via des équipements adaptés. L’aluminium et autres déchets non incinérables sont stockés sur des sites sécurisés.
Le tout fonctionne aujourd’hui notamment grâce à une prise de conscience née des sensibilisations, ainsi qu’à la mise en place d’une « éco-taxe » villageoise permettant de couvrir les frais de fonctionnement que sont les salaires, le carburant, la maintenance des véhicules…

À titre d’exemple, le village de Nioumachoua, au Sud de l’île, peuplé de 500 foyers (soit environ 2500 habitants), s’est vu remettre 48 poubelles publiques, 2 moto-bennes (adaptées aux faibles largueurs des ruelles) qui circulent 5 jours par semaine, et dispose d’un CTV qu’il pourra par la suite partager avec deux villages voisins. L’emploi de 5 personnes au village a d’ores et déjà permis de collecter et traiter entre 25 et 30 tonnes mensuellement.

Expérimentation système levage et vidage poubelles Nioumachoua © A.Jumelin

Et d’un point de vue plus personnel, comment vis-tu ton expatriation aux Comores, et sur une île de la taille de celle de Mohéli ?

Ce VSI n’est pas ma première expérience de l’expatriation, mais c’est la première fois que je partais en ayant pris si peu de temps pour m’informer sur mon pays d’accueil. Je partais donc sans attente ni apriori, laissant place à la découverte.

Sensibilisation Nioumachoua © A.Jumelin

L’île de Mohéli compte seulement une dizaine d’expatriés, et mon équipe de 2 Mains est composée de 3 mohéliens. De ce fait, la rencontre interculturelle est donc évidente et indispensable !

Au quotidien, cette rencontre s’accompagne de beaucoup de d’inconnus, de surprises, et de codes à déchiffrer. D’autant plus qu’à mes yeux la culture comorienne parait plus proche du Moyen-Orient que de l’Afrique, car le pays est à 100% musulman, ce que je n’avais jamais expérimenté.  La culture mohélienne s’avère jusque-là relativement difficile à appréhender, à cheval entre traditions et modernité : les boubous se mélangent aux maillots de clubs de foot anglais, les orchestres locaux partagent les tracklists avec des rappeurs francophones. Toutefois, la population comorienne ayant l’opportunité de voyager, que ce soit pour le commerce ou les études, l’ouverture d’esprit et la connaissance de l’extérieur surpassent l’entre soi insulaire, et je tente pour ma part de m’intégrer et respecter la culture locale, même si j’ai du mal à obtenir beaucoup d’explications sur les pratiques et coutumes. Par exemple, cette année j’ai pratiqué mon premier ramadan ! Pas moyen de passer à côté dans une si petite communauté.

 

J’ai la chance de vivre dans un village de taille modeste, ce qui facilite les rencontres. Ayant à travailler pour le compte de l’ONG dans ce village (bénéficiaire du projet pilote), je sens également que le regard des habitants et leur volonté à m’intégrer ont évolués positivement à mesure que les activités du projet se mettaient en place et se renforçaient. On est passé du simple « Assalamu alaykum » à l’invitation à déjeuner.
Ces rencontres avec les habitants du village ont donc été plus longues et difficiles à se faire, mais je dois avouer que je les trouve également moins superficielles que ce à quoi j’ai pu être confronté auparavant.

Point de vue sur l’île © A.Jumelin

Chaque expatriation est une nouvelle aventure, il est important de repartir de « zéro » et ne pas s’envoler en pensant qu’on « sait » comment se passe une telle expérience. Mais chacune de ces rencontres, qu’elle soit plus ou moins facile, plus ou moins réussie, reste une belle opportunité et vous changera. Je ne peux que vous conseiller de vous lancer dans l’aventure à votre tour !

Axel JUMELIN – Chargé de Mission Gestion Durable des Déchets, 2 Mains, Île de Mohéli, Comores

Plus d’informations sur l’association 2 Mains
Découvrez ici le programme de la semaine européenne de la réduction des déchets : SERD 2019 en France

« World Toilet Day » : Quelle réponse du VSI ?

Témoignage de Morgane Licata, VSI pour Eau & Vie au Bangladesh

Morgane lors de la journée Water & Life Bangladesh © Eau et Vie

Un article de Lucille Caron, chargée de mission communication et VSI


A l’occasion du « World Toilet Day » ce 19 novembre, nous revenons sur l’action de notre partenaire Eau & Vie grâce au témoignage de Morgane, VSI au Bangladesh.

 

L’importance d’avoir un accès à un système de toilettes et d’assainissement fonctionnel est reconnu par l’ONU depuis 2013 comme un enjeu international, alors que 2,4 milliards de personnes (environ 1 personne sur 3) n’ont pas accès à un assainissement amélioré, et qu’un peu moins de 1 milliard continue à déféquer en plein air (note de l’UNICEF de 2015).

Le « World Toilet Day », c’est l’occasion de revenir sur l’importance de l’enjeu de l’assainissement, et sur le travail des ONG et autorités locales en la matière.

Morgane et les équipes motivées de E&V lors du World Clean Up Day 2019 ! © Eau et Vie

Eau & Vie est partenaire avec La Guilde pour le déploiement de 19 VSI dans 3 pays.

Eau & Vie est majoritairement impliquée dans des bidonvilles et quartiers urbains précaires. Son travail repose sur le constat que la construction d’infrastructures telles que les réseaux d’eau, latrines, et égouts, a un impact positif et durable à condition d’être couplée à un accompagnement sur le changement de comportements (séances de sensibilisation), et à la création d’une structure locale pour assurer la mobilisation de la communauté dans la mise en œuvre des projets.

Une approche innovante en la matière, et qui permet d’assurer la pérennité des projets !

Comment ça fonctionne ?

Le travail d’Eau & Vie repose sur l’entrepreneuriat social : après avoir construit les réseaux d’eau et mis en place les services associés avec le soutien de la communauté et des autorités locales, une entreprise locale met en place la facturation, la collecte des paiements et maintenance des infrastructures avec le soutien d’Eau & Vie.

Eau & Vie crée également des associations locales chargées des formations à l’hygiène, du renforcement des communautés, de la mise en place d’un dispositif d’assainissement et de gestion des déchets. L’association est un incubateur de projets pour l’entreprise sociale.

Implication de la communauté lors de la conception du bloc sanitaire réhabilité. © Eau et Vie

Les activités d’Eau & Vie s’appuient sur les besoins de la population et contribuent :

  • À la diminution des maladies et des dépenses liées à l’eau et à la santé,
  • À l’augmentation des ressources économiques par le gain de temps et la création d’emplois,
  • À l’amélioration de l’environnement et de l’estime de soi des personnes vivants dans les quartiers urbains précaires,
  • À la diminution des tensions et des violences inhérentes à un habitat insalubre,
  • À l’accès à l’éducation et aux droits.

 

Morgane à 27 ans et est de nationalité belge. Elle est en mission au Bangladesh pour l’association Eau & Vie et La Guilde depuis mars 2019.

Morgane, quel est ton parcours, et pourquoi as-tu décidé de rejoindre Eau & Vie ?

J’ai étudié la coopération internationale à la Haute école de Namur en Belgique. Mon pays d’expatriation est le Bangladesh où je vis avec mon mari depuis 1 an. J’attendais avec impatience de pouvoir m’impliquer dans la vie locale à travers une expérience professionnelle pleine de sens. Choisir un VSI était pour moi la meilleure des options car je débute dans ma carrière et que j’avais besoin d’un cadre professionnel dans lequel je puisse développer mes compétences. De plus, je savais que j’allais pouvoir communiquer dans ma langue maternelle. Cela me manquait car je suis tous les jours impliquée dans ma vie familiale bangladaise où je pratique l’anglais ou le bengali.

J’ai travaillé auparavant dans le secteur de la migration pour l’insertion des demandeurs d’asile. Par la suite, j’ai acquis de l’expérience dans la recherche de fond pour une association défendant le droit des migrants en Malaisie ainsi que pour un projet d’insertion socio-économique d’enfants orphelins au Togo.

 

Actuellement avec Eau & Vie, nous travaillons pour améliorer les conditions de vie des habitants des bidonvilles en fournissant un accès individuel à l’eau à travers l’installation de compteurs, de citernes, de robinets et en mobilisant une équipe de plombiers, techniciens, … Cela est couplé avec d’autres activités telles que l’installation d’un système d’évacuation des eaux usées, de latrines écologiques mais aussi l’organisation du service de ramassage de déchets, d’entrainement des équipes de pompier pour la lutte anti-incendie ainsi que des campagnes de sensibilisation sur l’environnement, l’hygiène…

Collecte d’eau de pluie et espaces de lavage des mains. © Eau et Vie

Eau & Vie travaille depuis 2010 au Bangladesh et offre ses services à plus de 20,000 bénéficiaires. Nous sommes également implantés aux Philippines, en Côte d’Ivoire et en Bulgarie (hors VSI).

Pourrais-tu préciser quelles sont en particulier tes missions dans ce cadre ?

Mon poste de chargée de partenariat et financement consiste à (1) maintenir les contacts avec les bailleurs de fonds, (2) les accueillir au Bangladesh, (3) récolter et rapporter les nouvelles du terrain aux partenaires, (4) présenter l’organisation à différents acteurs, (5) chercher de nouveaux partenaires afin de pouvoir couvrir le budget de l’organisation.

Ce poste demande d’excellentes capacités rédactionnelles en anglais, relationnelles pour être tenu au courant des avancées sur les projets, organisationnelles car il arrive régulièrement de devoir gérer plusieurs priorités en même temps, décisionnelles afin d’organiser des évènement ou ajuster un budget pour un bailleur, de négociation pour pouvoir expliquer les différentes avancées du projet ainsi que les difficultés rencontrées, d’écoute pour toujours obtenir des informations précises, de résistance au stress face aux multitudes demandes des bailleurs.

Avant- Bloc sanitaire avant réhabilitation. © Eau et Vie

Après- Bloc sanitaire rénové . © Eau et Vie

Certaines tâches sont une découverte pour moi et sont l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences tous les jours. Je prends beaucoup de plaisir à remplir mes responsabilités.

 

Comment s’est passé ta prise de poste et ton intégration ?

Chez Eau & Vie, les responsabilités vont de pair avec l’accompagnement et la coopération. Les équipes locale et française sont sans arrêt à la disposition de mes questionnements. D’une part, de nombreuses missions sont à prendre en main, d’autre part l’équipe est omniprésente pour me soutenir en cas de tâches plus compliquées à gérer. Grâce à cet environnement favorable, je me construis, prend confiance et m’améliore tous les jours. Ces nouvelles responsabilités m’encouragent à évoluer et à devenir plus mature.

De plus, être au service des autres ajoute du sens à ma vie. J’aime énormément travailler avec mes collègues bangladais. Il m’arrive également de passer du temps sur le terrain afin de pouvoir comprendre l’avancée des projets et l’impact que l’organisation apporte aux bénéficiaires.

Signature du contrat par une usagère du bloc de latrines. © Eau et Vie

En quoi le VSI facilite-t-il la vie sur place ?

Ma vie d’expatriée en tant que femme mariée ainsi que femme active est une expérience exceptionnelle où je peux m’accomplir professionnellement mais également personnellement. Il n’est pas rare de se sentir différente ou dans le besoin de se reconnecter à ses racines. C’est pourquoi il est nécessaire de pouvoir s’octroyer des moments pour se retrouver avec les personnes qui nous font sentir nous-même. De cette manière, je suis très heureuse de pouvoir travailler à distance avec une équipe française ainsi qu’avoir la possibilité de prendre une semaine de congé tous les 3 mois pour aller visiter ma famille et mes amis.

 

Découvrez toutes les actions de Eau & Vie !

 

PS : Le VSI n’est pas réservé aux citoyens français, vous le saviez ?

Citoyens européens comme Morgane, coopération entre pays africain, solidarité transatlantique, le statut de Volontaire de solidarité internationale est ouvert à tous. Seule restriction : ne pas être VSI dans son propre pays de nationalité !

En savoir plus ici

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