Un VSI pour recycler les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques dans toute l’Afrique

Olivier est VSI du projet WEEECAM lancé au Cameroun en 2011, son ambition ? Révolutionner la façon dont le pays traite ses D3E, et transposer le modèle sur tout le continent !

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI


En 2011, La Guilde a commencé à s’impliquer au Cameroun auprès de l’association Solidarité Technologique (ST), une association française agissant dans le domaine de la formation professionnelle des jeunes démunis et le recyclage des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (D3E).

Ensemble, La Guilde et ST lancent le projet WEEECAM, dont la finalité est de démontrer la faisabilité d’un recyclage écologique des D3E dans un pays en développement. Le projet a commencé par le montage au Cameroun d’un projet pilote qui doit être à la fois soutenable et reproductible dans toute l’Afrique.

Olivier est l’un des 4 VSI présents au Cameroun pour appuyer le développement du projet WEEECAM. Il a accepté de nous parler du projet et de sa mission.

« J’ai rejoint le projet WEEECAM en janvier de cette année, pour participer à son déploiement à grande échelle, après une phase pilote de 5 ans. Ce projet ambitionne de révolutionner la façon dont sont traités les D3E au Cameroun, et passer d’un traitement de 5 t/an de déchets électroniques en 2017 à 5000 t/an en 2022.

Vue intérieure du centre de formation © Solidarité Technologique

En effet, dans ce pays et de nombreux autres du continent africain, la croissance économique et démographique entraîne une explosion des D3E. Ils sont récupérés par un secteur informel précaire et exposent fortement l’environnement et la santé des travailleurs. Solidarité Technologique a commencé à s’intéresser à ce problème pour tenter de recycler les D3E.

Le projet WEEECAM s’est alors lancé en 2017 avec seulement 2 VSI sur place et 15 salariés locaux. Aujourd’hui, il prévoit de créer 157 emplois locaux. Avec le recrutement récent de Malena et Baptiste, nous sommes 4 VSI  pour accompagner ce changement d’échelle, mais également pour préparer le transfert de compétence afin de reproduire le projet dans environ 100 autres pays.

Photo des employés de Solidarité Technologique, dont Malena et Olivier, 2 des VSI © Solidarité Technologique

Pour l’instant à l’échelle du Cameroun, les objectifs du programme sont déjà très ambitieux. Le but est de créer un dispositif efficace de collecte et de traitement des D3E, de limiter la dispersion des déchets dangereux dans la nature et dans les nappes phréatiques, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de créer une dynamique économique et sociale vertueuse, notamment en contribuant à formaliser et en améliorant l’activité du secteur informel, et à contribuer ainsi à l’émergence d’un secteur formel professionnel.

Poignée de main entre le Ministre de l’Environnement Camerounais et Vincent Rattez, Président de La Guilde, lors d’une inauguration en mars 2019.
© Solidarité Technologique

C’est un projet très excitant qui pourrait amener à traiter et recycler 5000t de D3E par an rien qu’au Cameroun. Avec un impact que nous souhaitons étendre à tout le continent, les bénéfices environnementaux et sociaux sont très importants. WEEECAM illustre bien en quoi le VSI peut aider un projet de développement durable en lui donnant de nouvelles perspectives et en multipliant sa force de frappe !  »

Olivier Thapon, VSI La Guilde et Solidarité Technologique à Yaoundé.

 

Le programme d’activité de WEEECAM s’inscrit dans la logique du développement durable : les aspects économiques et financiers, sociaux et culturels et la préservation de l’environnement sont pris en compte simultanément. A La fin du projet, La Guilde et Solidarité Technologique réfléchiront à deux scénarios de rétrocession pour garantir la pérennité et l’indépendance financière du projet: la transformation en une structure locale de type ESS (Economie Sociale et Solidaire) ou la création d’une entreprise conventionnelle avec des prises de participations partagées entre des investisseurs privés et des institutions publiques locales.

Le projet WEEECAM est un des deux projets directs de La Guilde, avec celui de la Radio Al-Salam en Irak (radio de la Paix dans les camps de réfugiés du Kurdistan).

Les interventions directes représentent 6 VSI sur les 470 de La Guilde. En effet, la majeure partie des VSI de La Guilde sont envoyés en mission via l’intermédiation : La Guilde s’associe avec des organisations de droit français et leur fait bénéficier de son agrément du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères pour envoyer des VSI (condition et informations ici).

Une centaine d’organisations dans plus de 50 pays sont ainsi partenaires de La Guilde pour le VSI !

En savoir plus sur l’association Solidarité Technologique : https://bit.ly/2YOLT2Y

Un VSI au Burkina, la 1ère expérience d’expatriation longue qui a tout changé

Se former, travailler et aller à la rencontre de la culture Burkinabé, c’est le rêve qui a motivé Hélène

Un article de Lucille Caron, chargée de mission communication et VSI


Pour ou contre la polygamie ? C’est le genre de débat qui s’invite dans les discussions quand on vit, comme Hélène, à Ouagadougou.

Hélène est VSI depuis près d’un an avec l’association Terre & Humanisme et La Guilde. Elle est tombée amoureuse de sa vie d’expatriée au Burkina Faso, où elle souhaite s’installer pendant quelques années (malgré l’insécurité actuelle du pays) !
Et pourtant, les différences culturelles sont nombreuses…

Elle nous raconte sa mission et le Burkina Faso. 

Trouver une mission de VSI, ce n’est pas évident. Malgré sa motivation, Hélène était sur le point d’abandonner… Jusqu’à ce qu’elle postule auprès de Terre & Humanisme !

J’ai toujours voulu expérimenter une expatriation longue en Afrique de l’Ouest, un mélange entre héritage familial et envie de challenge. Après mes études universitaires en économie internationale, gestion de projet de développement, quelques mois de stage à l’étranger, j’ai fait une année de service civique dans le développement agricole et rural puis un an en tant que coordinatrice agricole inter-associative. Cette expérience a confirmé mon goût et le sens que je trouvais dans le développement local des territoires. Je n’étais pas agronome mais souhaitais travailler dans le développement agricole durable, un beau mélange entre l’environnement, la santé et l’économie territoriale.

J’ai postulé pendant 1 an à toutes les offres de VSI correspondantes à mon profil sur Ouagadougou, ville où mes stages m’avaient déjà amenée. Le nombre de candidatures avait dépassé la dizaine et je me demandais où se trouvait la limite entre acharnement et motivation…  Presque prête à me résigner à me reprojeter en France, j’ai été finalement recrutée comme VSI par Terre & Humanisme, le poste dont je rêvais depuis longtemps !

Direction Ouaga !

Rencontre incongrue.
© Hélène Beaulieu

Là bas, Terre & Humanisme (TH) accompagne trois associations dans le renforcement de leurs capacités : appui financier, technique et méthodologique pour la mise en œuvre de leurs actions de diffusion de l’agroécologie en milieu paysan (formations, appuis matériels, suivi-conseil, sensibilisation, …).

Pour ma part, je suis chargée de projet au sein d’une petite équipe opérationnelle  à Ouagadougou (nous sommes 3) mais nous sommes en lien étroit avec les collègues du Pôle de Solidarité Internationale de TH basé en France. Je sers donc de relais d’information entre le siège français de TH et l’antenne de Ouaga, et je suis toutes les activités des 3 partenaires sur les 3 ans du projet (co-construction des plans d’action et budgets annuels des projets, planification des virements des fonds, renforcement de compétences, …). C’est beaucoup de temps derrière l’ordinateur (gestion de projet oblige) mais suffisamment de temps sur les fermes des partenaires pour apprendre les techniques agroécologiques. Par contre, mes déplacements en milieu paysan se raréfient étant donné le contexte sécuritaire du Burkina Faso.

 

Mais un VSI, c’est n’est pas seulement trouver un nouveau travail challengeant, c’est trouver un nouveau travail challengeant dans un contexte culturel totalement nouveau !

Mon intégration s’est bien passée dès les premiers mois. Je savais un peu à quoi m’attendre car j’avais passé 2 mois au Burkina auparavant et connaissais bien la culture guinéenne, pays relativement proche, et le fait d’arriver dans une colocation facilite grandement les rencontres et le repérage des lieux de la ville pour être rapidement autonome. Je me suis rapidement fait un cercle d’amis, mais plutôt des expatriés dans mon cas.

J’ai peu d’occasion de tisser de vrais liens d’amitié avec des burkinabè. Il me semble également difficile pour un.e burkinabè de tenter de s’intégrer dans un groupe d’expatriés. Je regrette un peu mais je n’ai pas encore trouvé la solution.

 

En plein travail dans la parcelle d’un partenaire © Hélène Beaulieu

Par contre je suis chaque jour baignée dans la gentillesse et la chaleur des personnes avec lesquelles je travaille, ou les habitants de mon quartier. Il suffit d’aller à la boutique du coin pour avoir des sourires et des salutations sincères. Il suffit de traverser la rue pour qu’on m’appelle « chérie » sans connotation péjorative ou qu’on veuille se marier avec moi ( !! ). On me demande si j’ai un mari et si j’ai des enfants. Tous me disent de me dépêcher : « Pourquoi ? qu’est-ce que tu attends ? ». Ce sont ces taquineries, bien différentes de la façon dont elles seraient perçues et faites en France, et qui enjolivent le quotidien.

Je sens bien intégrée dans mon quartier et je m’entends très bien avec mes collègues au bureau et mes partenaires paysans qui sont très ouverts. On discute beaucoup des différences multiculturelles et notamment de la place des femmes dans la société burkinabè. Vaste sujet !

Petite fille avec son vélo
© Hélène Beaulieu

Je me sais parfois un peu brutale ou trop spontanée avec mes réactions, notamment lorsque l’on aborde la question de la polygamie, mais c’est ça aussi l’interculturalité : les cultures s’entrechoquent gentiment parfois.

J’apprends progressivement des mots de mooré, je pars manger au kiosque le midi avec mes collègues, partage parfois un verre avec eux le soir autour d’une Brakina, la bière nationale (bien que les brasseries soient détenues par une multinationale !) …

Il y a aussi les ride en moto, le foot du lundi soir et le rugby du samedi matin qui animent aussi ma semaine.

 

Et après ?

Je ne sais pas ce que je ferai en France à mon retour… Mais je suis sûre de rentrer un jour car bien trop de projets m’y attendent ! Pour l’instant, je suis bien dans ma vie burkinabè et je prévois de rester au Burkina encore plusieurs années avant de rentrer en France.

Si je le peux, je resterais sûrement dans la gestion de projet/développement agricole et rural, car c’est ce qui fait sens pour moi.

© Hélène Beaulieu

Je finirais en disant que je suis partie plusieurs fois sur des courtes périodes avant de partir pour mon VSI, et à chaque fois la séparation a été traumatisante (plus ou moins). Je pensais ne pas être faite pour les départs mais j’avais quand même cet instinct qui me faisait penser que si je ne partais pas pour une longue expérience en Afrique de l’Ouest, je le regretterais.

Du coup je me suis entêtée. Et c’est 3 mois avant mon départ en VSI que le cordon ombilical s’est rompu et que je suis sereine, sans avoir l’impression d’abandonner les gens. Juste prête pour l’expérience qui allait commencer.

Il ne faut donc pas hésiter à se lancer, pour ne rien regretter !

Découvrez Terre et Humanisme : https://terre-humanisme.org

© Hélène Beaulieu