Les parcours professionnels après un volontariat de solidarité internationale

Des extraits d’un article de Céline Leroux, chercheure associée au laboratoire Cerlis, publié dans La Cartographie 2017 des engagements volontaires et solidaires à l’international.

Un article de #La Guilde


L’expérience de volontariat à l’international intervient à différents moments de la vie, mais elle concerne principalement de jeunes adultes. Alors que les parcours se complexifient, le retour d’expatriation et la suite des trajectoires professionnelles s’envisagent selon différentes modalités.

La problématique de l’après-volontariat est une préoccupation pour les volontaires eux-mêmes comme pour les associations de volontariat. Du côté des pouvoirs publics, elle a tout d’abord été prise en compte par le ministère des Affaires étrangères qui, avec la loi de 2005 sur le volontariat de solidarité internationale, institutionnalise une session de formation au retour d’expatriation.Aujourd’hui, la conversion de cette expérience, que ce soit dans un parcours professionnel ou en matière d’engagement citoyen, est un sujet pour toutes les institutions. […]
Si l’on s’intéresse plus spécifiquement aux retombées dans les parcours professionnels, dans quelle mesure le volontariat influe-t-il sur les parcours, que ce soit en termes d’orientations dans tel ou tel secteu r d’activité ou dans le rapport au travail ? L’étude des parcours professionnels en France d’anciens volontaires permet de répondre à ces questions. Des enquêtes rétrospectives ont été menées en 2011 et 2012 avec d’anciens volontaires âgés de moins de 35 ans au moment de la recherche et dont la mission de long terme (au minimum neuf mois jusqu’à quatre ans) s’était achevée depuis plus d’un an et moins de cinq ans. Les résultats présentés se basent sur une enquête quantitative auprès de 446 anciens volontaires de France Volontaires, du Service de coopération au développement (SCD) et de la Délégation catholique pour la coopération (DCC), ainsi que sur une enquête qualitative menée auprès de trentre-trois jeunes adultes partis en volontariat avec cinq associations différentes.

Facteurs d’influence
Les orientations scolaires et l’expérience professionnelle préalable

L’expérience professionnelle avant un volontariat à l’international influence d’une part la temporalité du départ et, d’autre part, les trajectoires a posteriori.
Les moins diplômés de notre échantillon (la licence étant le diplôme le plus élevé de ce groupe) ont plutôt tendance à réaliser cette expérience alors qu’ils ont déjà une certaine stabilité professionnelle. Les plus diplômés l’envisagent davantage à la sortie de leurs études. Cela n’est pas sans conséquence lors du retour en France car c’est moins l’âge en tant que tel qui doit être considéré comme déterminant dans l’accès à l’emploi que l’expérience de l’emploi. Or, une expatriation de deux ans ou plus positionne les volontaires en dehors du marché de l’emploi en
France. Dans les premiers mois de recherche d’emploi, les trajectoires des anciens volontaires s’apparentent à celles de jeunes et de débutants avec une mobilité professionnelle importante et de premiers emplois occupés sous-qualifiés.

Il ressort également que le rapport positif ou négatif à l’orientation scolaire ou professionnelle antérieure a une influence certaine sur les motivations des futurs volontaires et sur la manière dont, au retour, ils peuvent et veulent mobiliser cette expérience. Une proportion non négligeable de jeunes adultes envisage le volontariat dans une logique de placement professionnel dans les champs de la coopération et de la solidarité internationale. Cette logique est plutôt mise en avant par des jeunes adultes avec des orientations choisies. Les relations créées pendant leur mission peuvent alors être mobilisées pour l’obtention d’un emploi.

Pour d’autres, et ce peu importe le niveau d’études, les motivations mises en avant sont de l’ordre du moratoire (prendre le temps de réfléchir sur le futur). On retrouve parmi ces derniers, de nombreux jeunes adultes avec des orientations scolaires subies et par conséquent avec de premières expériences professionnelles mal vécues. Ce sont ces jeunes adultes en majorité qui se réorientent professionnellement lors du retour en France.

L’expérience de volontariat correspond alors à une ouverture des champs des possibles. Ouverture des possibles qui mérite d’être nuancée au regard de l’adéquation entre le profil du jeune et ses ambitions.Il sera par exemple bien plus aisé à un jeune peu oupas diplômé de se réorienter dans les métiers du travail social (éducateur spécialisé, animateur, assistant social, etc.) que dans le champ de la coopération internationale, marché de l’emploi concurrentiel, avec en majorité des diplômés de niveau master. […]

Engagement et lien social
Le sentiment d’engagement à travers le travail

Avant la réalisation d’un volontariat solidaire à l’international, les jeunes adultes sont en grande proportion engagés comme bénévoles dans des associations ou dans des groupements religieux. Après le volontariat, les jeunes adultes sont moins nombreux à considérer n’avoir aucun engagement (le pourcentage baisse de 3,8 %), ils sont également moins nombreux à être engagés à travers des groupements religieux (baisse de 3,3 %) et en tant que bénévoles dans des associations (baisse de 9,2 %). En revanche, ils sont plus nombreux à être engagés comme militants politiques ou syndicaux (hausse de 2 %) et à travers leurs pratiques quotidiennes (hausse de 1,8 %). Mais l’augmentation la plus importante concerne le sentiment d’engagement à travers le travail : le taux de réponse augmente de 12,5 %. Cette évolution témoigne de la tendance chez les anciens volontaires à souhaiter concilier activité professionnelle et dimension éthique à travers le travail. Les anciens volontaires restent donc fortement investis au service des autres, mais les supports d’engagement diffèrent.

Le lien social comme valeur du travail

Le lien social, en tant que finalité du travail, s’observe dans les secteurs d’activité dans lesquels les anciens volontaires s’engagent majoritairement. Pour près de la moitié (48,1 %), ils travaillent dans les secteurs de l’éducation et de la formation, du sanitaire et social et de la solidarité internationale. À titre de comparaison, en 2011, l’INSEE recense 26,6 % de la population active travaillant dans les secteurs de l’administration publique, de l’enseignement, de la santé et de l’action sociale.

Louis, 33 ans, après un master dans le domaine de la finance puis une mission de volontariat en microfinance, travaille aujourd’hui comme chargé de mission dans le même domaine au sein d’une association : « J’aime bien donner du sens à ce que je fais et le sens, je l’ai par rapport à la satisfaction des gens avec qui je travaille et la reconnaissance que tu peux avoir parce que ça les fait avancer ».

L’expérience de volontariat contribue donc à créer un ethos du travail basé sur des valeurs altruistes et en lien avec l’intérêt général. Le lien social apparaît à la fois comme une dimension du travail recherchée par les individus dans leur activité professionnelle, et à la fois comme une finalité de leur travail, à l’issue de l’expérience de volontariat.

>>>Des extraits, en avant-première, d’un article de Céline Leroux, chercheure associée au laboratoire Cerlis (UMR 8070), publié dans La Cartographie 2017 des engagements volontaires et solidaires à l’international, à consulter sur le site de l’Observatoire de France Volontaires, la plateforme française du volontariat international d’échange et de solidarité.