Nicolas et le Théâtre Nomade, un plaidoyer en faveur des arts de la rue au Maroc

Nicolas Gervot, VSI avec Ars Nomadis

© Théâtre Nomade

Un article de Aurélie Colladon, coordinatrice VSI


En mission au Maroc, La Guilde est allée à la rencontre de ses volontaires de solidarité internationale. Retour sur la mission de Nicolas Gervot, VSI de La Guilde avec Ars Nomadis, mis à disposition du Théâtre Nomade à Casablanca, depuis un an.

Quelles sont tes missions au sein du Théâtre Nomade ?

Je suis l’administrateur de la compagnie. Mes missions consistent à travailler sur l’organisation des actions, sur la recherche de fonds et de partenaires, et sur le suivi des dépenses et de la trésorerie. Je travaille en étroite collaboration avec le directeur pour développer l’activité de l’association mais dans le cadre de la mise en œuvre des projets, je travaille également beaucoup avec le médiateur social et avec le chargé de communication.

L’enjeu essentiel aujourd’hui est de permettre au Théâtre Nomade de développer ses activités génératrices de revenus et d’augmenter ses capacités d’auto-financement. Pour se faire nous nous efforçons de travailler sur la vente de prestations, de spectacles, etc. qui financent en partie les frais de fonctionnement de la structure (nous sommes encore très dépendants des aides des tutelles marocaines et des fondations étrangères).

Comment est né le Théâtre Nomade? Dans quel but?

© Théâtre Nomade

Après avoir parcouru le monde avec le théâtre ambulant allemand «Ton und Kirschen», Mohammed EL HASSOUNI et Soufia EL BOUKHARI de retour au Maroc, se sont donnés pour mission d’aider les populations les plus défavorisées à ouvrir leurs champs des possibles, par la pratique des Arts de la Rue, mais également de faire revivre les traditions orales et ancestrales marocaines dans un théâtre de rue contemporain.

De cette volonté est né le Théâtre Nomade, une association marocaine à but non lucratif qui depuis sa création en 2006, milite pour un accès démocratique et équitable à la culture et à l’art, outils d’intégration sociale et d’éducation populaire. 

Peux-tu nous présenter le Théâtre Nomade et son action au Maroc ?

Le bibliobus acquis grâce au soutien d’Ars Nomadis possède un fonds de plus de 2000 livres. © Théâtre Nomade

Le Théâtre Nomade est une compagnie de théâtre de rue marocaine dont le mode d’action particulier (basé sur l’itinérance et la résidence sur des territoires souvent très démunis) lui a permis d’accéder à des quartiers n’ayant pas ou peu d’infrastructures culturelles.

Cette itinérance a fait connaitre l’association et ses parades urbaines spectaculaires aux quatre coins du Maroc. Aujourd’hui, l’association et son chapiteau sont implantés au sein de la friche culturelle des Anciens Abattoirs de Casablanca, un lieu magique et immense au cœur du quartier Hay Mohammadi.

Avec son mode d’action, la compagnie contribue à redonner du sens à l’espace public, à le repenser mais également à (re)créer des moments de partage et de parole collective à travers une démarche artistique composite, nourrie de plusieurs influences : le théâtre forain, les arts populaires marocains, la richesse orale des souks et enfin l’énergie des quartiers et de leurs habitants.

© Théâtre Nomade

Par ailleurs, le domaine artistique des Arts de la Rue étant en plein essor depuis quelques années au Maroc, l’association travaille et milite pour que les arts de la rue soient reconnus et accompagnés par les pouvoirs publics marocains. Mohammed El Hassouni est d’ailleurs le président de la première Fédération des Arts de la Rue au Maroc (créée au printemps 2018).

Le projet de l’association, à moyen terme, serait de créer et de développer le premier Centre National des Arts de la Rue au Maroc, inspiré des CNAREP français. Nous avons en effet constaté que ce type de structure manque cruellement dans le paysage culturel Marocain. La création d’un CNAR permettrait de disposer d’un outil « multifonction » pour produire et diffuser des spectacles, accueillir des artistes en résidence et surtout former des artistes et des techniciens du spectacle marocains.

Le Théâtre Nomade a été appelé à participer à l’inauguration de la seconde ligne de tramway de Casablanca, peux-tu nous en expliquer les enjeux ?

L’inauguration de la seconde ligne du tramway de Casablanca est l’un des projets les plus importants de l’histoire de la compagnie. Il a mobilisé toute l’équipe du Théâtre Nomade pendant plusieurs mois. Nous avons en effet dû construire 5 marionnettes géantes d’éléphants dont le plus grande mesure presque 4m de haut. Ce projet est important sur le plan financier mais également sur le plan communicationnel pour la visibilité médiatique qu’il offre. Nous avons le sentiment que nos actions et notre travail commencent à être reconnus par les pouvoirs publics et c’est très encourageant pour nous.

Fabrication des éléphants qui participeront à la parade d’inauguration du tram de Casablanca courant décembre. © Théâtre Nomade

Plus globalement, quel est ton bilan personnel et professionnel ?

Cette année passée au Théâtre Nomade aura été une expérience enrichissante à bien des égards. Professionnellement d’abord, je pense que j’ai développé des compétences et que j’ai acquis un certain « savoir-être » (la patience notamment…). De manière plus personnelle, cette expérience m’aura permis de me confronter à la vie « de compagnie » avec ses cotés positifs et négatifs, et de prendre du recul par rapport au système culturel français. Humainement, j’ai rencontré beaucoup de gens, le site des Anciens Abattoirs attire beaucoup de monde. En une année, j’ai rencontré des Tchèques, des Américains, des Anglais, des Hollandais, des Espagnols, des Italiens, beaucoup de Français, des Suisses, des Australiens, des Turques, des Allemands, des Camerounais… et beaucoup de Marocains passionnés par leur pays et leur culture (…et par l’envie de la partager). Bref, une expérience que je ne regrette pas d’avoir vécue et qui pourrait être utile pour la suite de mon parcours professionnel.

Plus d’infos : https://www.theatrenomade.com/