Les microprojets peuvent donner naissance à des programmes de plus grande envergure

Interview réalisée par l'Agence Française de Développement

Interview AMP

Un article de Cécile Vilnet


La construction et l’équipement d’une école, le forage d’un puits, la formation d’agriculteurs aux techniques d’agro-écologie, le développement d’un centre de santé… autant d’exemples qui reflètent la multiplicité des microprojets. Ces projets constituent des solutions simples et parfois innovantes pour améliorer la qualité de vie des populations les plus démunies de la planète. Entretien avec Cécile VILNET, coordinatrice de l’Agence des Micro Projets.

Qu’est-ce qu’un microprojet de solidarité internationale ?

Un microprojet peut être défini comme une action pérenne de développement initiée localement en réponse aux besoins exprimés par les bénéficiaires, acteurs de leur propre développement. Il se caractérise par : une coopération de proximité, un coût global faible (leur budget moyen avoisine les 50 000 € sur une période de 18 mois), un impact géographique à petite échelle, un éventuel caractère innovant et réplicable.

Un de ses principaux atouts est d’être au plus proche des bénéficiaires des pays du Sud et de leurs besoins quotidiens. Il existe dans cette démarche une réelle dimension humaine de proximité. Des relations de confiance et de longue durée se tissent lors de la mise en oeuvre de ces projets souples et évolutifs dans des contextes en perpétuelle mutation.

Microprojet, micro-impact ?

Pas nécessairement,  car parmi les microprojets déployés à travers le monde, on détecte des projets pilotes qui donnent naissance à des programmes de plus grande envergure (à plus grande échelle et/ou dans d’autres zones géographiques du globe) qui pourront être repris par des acteurs majeurs de l’aide au développement. Leur impact est alors démultiplié lorsqu’ils sont reproduits.

Par exemple,  le concept de bûchettes de résidus biodégradables qui permettent de chauffer les aliments,  initialement développé au Mali, s’est répandu dans différents pays, voire différents continents, en adaptant seulement la « recette » aux réalités locales.

De plus, je pense que leur impact sur le terrain se trouve parfois plus fort que celui de projets à plusieurs millions d’euros. En effet, les fonds injectés dans le projet, bien que moindres, permettent d’avoir un impact direct et rapide sur les populations bénéficiaires avec un nombre d’intermédiaires restreint. La durée de mise en œuvre d’un microprojet étant en moyenne de 18 mois, les effets sur les bénéficiaires sont visibles à court terme.

Qui sont les porteurs de ces microprojets ?

La plupart des microprojets sont portés par des associations de bénévoles plus ou moins jeunes et pleinement investis dans des causes qui leur sont chères. Engagés de manière personnelle, tant au niveau du temps consacré au projet (soirs, week ends, vacances scolaires) que des moyens financiers déployés (déplacement sur le terrain et frais de vie sur place à leur charge), ces bénévoles n’en sont pas moins professionnels. Parfois experts dans un domaine précis ou une zone géographique déterminée, ils souhaitent mettre leurs compétences au service de l’aide au développement, suite à un voyage ou une rencontre qui ont bouleversé leur vie. Leur engagement est en ce sens admirable.

Les bénévoles travaillent dans un souci permanent d’amélioration de la qualité de leur projet et sont sensibles à l’accompagnement proposé par certaines structures : entretiens individuels, formations, accès à des fiches pratiques, guides méthodologiques, rencontres entre acteurs du secteur…

Ces citoyens engagés jouent un rôle prépondérant dans la sensibilisation de leurs concitoyens aux réalités des pays du Sud à travers leurs expériences de terrain. Ces démarches favorisent la solidarité entre les territoires, les générations, les groupes sociaux…

A quelles difficultés se heurtent les porteurs de microprojets ?

Les microprojets sont portés par une multitude de petits acteurs de nature hétérogène qui ne sont généralement pas connus du grand public, ce qui peut engendrer un manque de lisibilité et dans certainscas une suspicion.

Leur impact sur le terrain peut s’avérer pour certains difficilement mesurable en raison d’un manque de moyens humains et financiers des porteurs de projets qui n’ont pas les ressources nécessaires pour mener à bien des évaluations. Ces porteurs de projets manquent par ailleurs de communication et valorisation de leurs actions de terrain, petites mais néanmoins remarquables. Ceci s’explique à nouveau par des ressources humaines et financières plus faibles que celles des associations de taille plus importante qui ont pignon sur rue et qui bénéficient d’une notoriété nationale voire internationale.

On constate également qu’une partie des porteurs de projets manque de méthodologie dans la conception de leur projet et la recherche de financements. L’affectif, moteur de leur action, tient une place prépondérante dans leur envie d’agir. Certains ne considèrent pas l’accompagnement comme nécessaire car ils pensent avoir les compétences et capacités requises, d’autres au contraire, vont suivre des formations, rencontrer des professionnels et acteurs spécialisés sur des thématiques ou zones géographiques pour avoir accès à l’information et ainsi se positionner sur des appels à projets en ayant déjà un dossier bien ficelé.

Les difficultés sont fortes pour les porteurs de projets dans les zones classées rouges par le Ministère des Affaires Étrangères, car les bailleurs de fonds étant devenus de plus en plus frileux pour financer les projets dans ces zones. Parmi ces bailleurs, certains continuent néanmoins à soutenir ces initiatives qui se déroulent dans les zones les plus difficiles du globe, en faisant réaliser des missions d’évaluation par des prestataires locaux.

La recherche de financements est-elle difficile ?

Oui, les porteurs de projet consacrent plus de temps à la recherche de financements qu’ à la conception et au montage de leur initiative. C’est pourquoi Coordination Sud et l’Agence des Micro Projets ont mis en place sur leur site des aides à la recherche de financements, cependant cela reste une phase très chronophage.

De plus, les critères d’éligibilité, montant des sommes allouées, délais d’instruction, versement des fonds en plusieurs tranches des bailleurs de fonds retardent le lancement des projets. Il faut généralement s’y prendre plus d’un an à l’avance avant de pouvoir espérer démarrer un microprojet !

Qu’est ce qu’une plateforme comme l’Agence des Micro Projets leur apporte ?

Elle apporte accompagnement individualisé, formations et financement aux porteurs de projets dans toute la France, en lien avec les réseaux régionaux.

Elle regroupe par ailleurs sur sa cartographie tous ces petits acteurs et leurs initiatives de terrain, triés par thématique et pays d’intervention. Ce répertoire permet la mutualisation des expériences et ainsi la prise de contacts directs entre porteurs de projets. Elle leur met à disposition en accès libre différentes publications (fiches pratiques, guides méthodologiques, études, revue, comptes-rendu…) afin qu’ils se nourrissent de l’expérience des autres.

Enfin, elle offre aux associations la possibilité de solliciter plusieurs bailleurs de fonds sur un même dossier. Cela représente un gain de temps considérable pour les porteurs de projets qui n’ont désormais plus qu’une seule demande de financement à rédiger pour obtenir des subventions de la part de plusieurs bailleurs de fonds.

Quelles recommandations souhaitez-vous adresser aux porteurs de microprojets ?

La réalisation d’un microprojet entraîne le changement de réalités sur le terrain : le but étant bien entendu d’avoir un impact positif. Pour ce faire, la définition des besoins des bénéficiaires est essentielle, en coordination avec le partenaire local. Les autorités compétentes doivent également être mises au courant de l’objectif du projet. Le temps alloué à la préparation d’un projet et à sa durée de réalisation conditionnent sa réussite. Améliorer les conditions de vie de dizaines, centaines, voire milliers de bénéficiaires ne se fait pas du jour au lendemain et le dialogue entre les acteurs du Nord et du Sud doit être permanent. Ainsi, les phases de suivi et d’évaluation ne doivent surtout pas être négligées.

Les différentes parties prenantes ne doivent pas hésiter à se faire accompagner en fonction de leurs lacunes afin de les combler et ainsi mettre toutes les chances de leur côté pour assurer le succès de leur projet. Suivre des formations, rencontrer des acteurs spécialisés, échanger avec d’autres porteurs de projets qui travaillent sur les mêmes thématiques ou zones géographiques, faire partie d’un réseau, participer à des salons, forums, conférences sont autant de moyens qui permettent la mutualisation et capitalisation des expériences, gages d’amélioration de l’impact des projets sur le terrain.

Enfin, rapprocher le secteur associatif du secteur privé s’avère être une piste intéressante à creuser pour agir ensemble, techniquement et financièrement, dans l’optique d’améliorer la qualité de l’aide au développement. Ainsi, l’Agence des Micro Projets lance des appels à projets thématiques en lien avec des entreprises du secteur privé telles que celles des énergies renouvelables (Syndicat des énergies renouvelables). Coupler des financements publics avec des financements privés permet premièrement, d’augmenter la part du financement des associations et deuxièmement, de bénéficier d’avis techniques de professionnels qui participent à la sélection des projets et à leur suivi sur le terrain. Tous ensemble, les acteurs de la solidarité agissent pour le développement d’un monde meilleur.