Ma plus belle année

Vers 20 ans j'ai su que je voulais m'engager à l'étranger en qualité de volontaire, mais je savais aussi qu'il fallait attendre d'être prête.

Un article de Solenn MAZON, Service Civique avec l'association EBENE, Togo, 2019


Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai attendu. Je suis restée en France où j’ai travaillé pour diverses associations et cela m’a alors permis de découvrir et de mieux connaître le milieu du volontariat. Aussi, petit à petit, j’ai su ce que je voulais défendre et comment je voulais le faire. 

Trois années plus tard et mon projet en tête, je me suis renseignée sur la façon dont je pouvais venir en aide dans un pays en voie de développement. J’avais compris, à travers les associations avec lesquelles je travaillais, qu’il était préférable de s’engager sur du long terme afin de pérenniser des projets, mes recherches ne furent donc pas longues puisque je prévoyais déjà partir pour un minimum d’un an. J’ai donc opté pour le Service Civique !

Une fois sur le site, j’entrais dans la barre de recherche « éducation / animation », je ne cherchais pas de pays en particulier mais c’est aux cotés de l’association Ebène au Togo que j’ai décidé de travailler, ses valeurs et les missions qu’elle proposait me semblaient totalement en adéquation avec ce que j’attendais.

 C’était parti ! Lettre de motivation et CV envoyés, je rencontrais dans le mois qui suivait, les responsables de cette association. Ils me détaillèrent alors la mission qui consistait à donner des cours d’alphabétisation aux adultes d’un petit village, fonder un club de théâtre pour adolescents, intervenir dans les écoles primaires pour un soutien scolaire et créer une bibliothèque. J’entendais parler pour la première fois du Togo et ses coutumes, et j’apprenais les conditions de vie dans lesquelles j’allais vivre. Ce rendez-vous m’avait définitivement conforté dans mon choix. Signature et billet d’avion en main, il me restait trois mois pour préparer mon départ ! 

Alors, ai-je réellement vécu cette mission comme elle se présentait ? 

Afin de mieux nous préparer au départ, notre organisme La Guilde Européenne du Raid nous a convié à 3 jours de formation qui furent très intéressants et dont je garde de très bons souvenirs. Je rencontrais 15 autres volontaires, tous envoyés pour de belles missions à travers le monde. Puis, en août 2019, je m’envolais pour un nouveau continent. 

Le directeur de l’association, présent à l’arrivée, me conduisait dans ma nouvelle maison, elle se situait au milieu d’une jungle. C’est donc en plein milieu de la nature, sans eau courante ni électricité que j’allais vivre. Cette maison je ne l’avais jamais vue avant mon arrivée. Je l’avais donc tant imaginée, avec parfois beaucoup d’appréhension, mais sans aucune peur car je savais La Guilde serait présente en cas de besoin et j’avais confiance en mon association. Notre voiture s’approchait petit à petit et je découvrais alors deux jolies maisons dans un endroit qui me semblait le plus paisible au monde. La maison en face de la mienne était habitée par une famille, qui allait devenir la mienne. Et cet environnement qui me paraissait si paisible, se confirmait de jour en jour. Je m’acclimatais une petite semaine à tout ce changement avant de commencer concrètement le travail. A trois kilomètres se trouvait le petit village d’Assomé, je rencontrais son chef, ses habitants, ses coutumes mais surtout trois garçons du village qui allaient devenir mes collègues et mes meilleurs amis.

J’avais longtemps idéalisé cette mission, mais à aucun moment je ne pouvais imaginer qu’elle puisse surpasser mes pensées. Et pourtant, sans le savoir, j’allais vivre ma plus belle année, j’allais découvrir une mission remplie de merveilleuses rencontres et surtout de travail passionnant. Ce qui m’a permis cela, ce sont les responsabilités et la confiance qu’Ebène me donnait.

Mon quotidien fut fort agréable, je me réveillais au milieu des palmiers, des cocos, des oiseaux, et je rejoignais chaque midi le village ou je retrouvais mes amis. Nous partagions le fufu le midi et le sodabi le soir. Je rendais visite à chacun et me liais d’amitié avec les familles et les commerçants : les vendeurs de pagne, les couturières, les professeurs. Leur joie de vivre me remplissait de bonheur, un soleil planait au-dessus de nous, même les jours de pluie.

Le début de semaine était consacré aux cours d’alphabétisation qui auront définitivement été mes plus beaux souvenirs. J’enseignais le français à 18 femmes du village qui n’avaient jamais fréquenté l’école et qui étaient âgées de 27 à 63 ans. Il m’a alors fallu adapter un programme de CP1 en langue française et ewe. Je n’aurais jamais pu y parvenir sans le précieux soutien de mes collègues du village. Nous avons travaillé ensemble tous les jours, afin de permettre aux élèves de pouvoir comprendre chaque cours. Ces femmes ont été mes plus belles rencontres, j’ai tant appris en leur apprenant et tant reçu en leur donnant.

La fin de semaine je la passais aux cotés des adolescents et des enfants. Nous avions créé ensemble un club de théâtre. J’apprenais à revoir tous mes cours habituels pour ainsi les adapter au mieux au quotidien togolais, avec la contrainte de parfois travailler avec une centaine d’élèves, mais comme ce fut passionnant, et comme nous avons pu rire ! 

Lomé, la capitale du pays, se situe à 1h en voiture, et je la rejoignais chaque week-end. Au début de l’année, lors d’un événement, je rencontrais un petit groupe de togolais et de volontaires en Service Civique. M’étant liée d’amitié avec eux, nous avions loué ensemble une petite maison où nous passions presque tous nos week-ends. Mes semaines étaient douces et pleines d’émotions, et mes weekends eux, festifs. La vie à Lomé était animée, nous sortions le soir et nous nous reposions à la plage la journée. Et puis la semaine reprenait, je regagnais ce doux village que j’ai tant aimé, je retrouvais les visages, les voix, les rires, qui font la vie à Assomé. 

A travers ce quotidien et ce travail, j’en apprenais un peu plus chaque jour sur moi, sur mes capacités, sur ma sociabilité. Cette mission m’a beaucoup apporté sur mon développement personnel, d’autant plus qu’il m’a fallu vivre dans des conditions bien différentes de celles auxquelles j’étais habituée. Puiser l’eau le matin, se protéger chaque jour du paludisme, manquer d’électricité, ne pas perdre une goutte d’eau des poches potables, travailler sous 40 degrés et devoir gérer la saison des pluies. Mais à aucun moment je n’ai perçu ces « obstacles » de manière négative. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié vivre ainsi, du premier au dernier jour, et à aucun moment je ne me suis sentie en insécurité.

Mes jours étaient beaux, des matins calmes et des nuits douces. Je savais qu’il me fallait rentrer un jour mais n’y pensais jamais. Je tentais au maximum de profiter de chaque instant avec mes élèves, mes amis, ma famille togolaise et la nature. 

Mars 2020

Nous entendions parfois parler du coronavirus mais cela nous semblait loin. Nous étions tous conscients du danger que cela pourrait être, mais au Togo, les habitants ont cette belle faculté à positiver.  Alors nous nous sommes confinés en nous disant que plus vite on se protégera, plus vite nous pourrons retravailler. J’ai donc plutôt bien vécu le confinement bien que la fermeture de l’accès à Lomé me contraignait à ne plus voir mes amis. Mes élèves me manquaient, mais je leur écrivais depuis le village d’à coté. A cet instant, je pensais que c’était l’affaire de 2/3 semaines de confinement. Il n’en fut rien.

Un peu plus de 7 mois après le début de cette mission, lors d’un matin aussi reposant que chacun, je me fis réveiller vers 6h par un message, les yeux à peine ouverts, je pouvais lire « Le secrétaire d’Etat aux Transports demande le rapatriement de tous les français ».Je me souviens avoir pleuré avant de me rendormir, me persuadant qu’à mon second réveil ce message n’aurait jamais existé. Mais à 9h, il existait toujours. Mes amis volontaires et moi-même avons tous été rapatriés au cours du mois d’avril. Je me souviens de la route, des militaires à l’entrée des villes ne laissant passer que les personnes se rendant à l’aéroport. Je me souviens de mes yeux mouillés, cherchant le soleil du matin pour le regarder une dernière fois et ne jamais l’oublier. 

5 juillet 2020. Je suis rentrée en France il y a trois mois, où je continue ma mission à distance. J’ai été aidée par La Guilde et Ebène durant deux mois, pour digérer ce retour prématuré, me ramenant à un pays et à un quotidien que je n’avais pas imaginé retrouver si vite. Aujourd’hui, je suis toujours en contact avec mes amis du village, je retrouve ma famille togolaise par Skype toutes les semaines. Je prépare le programme pour la nouvelle année scolaire et j’ai mes billets en main pour y passer Noël et nouvel an !

Je tenais à remercier chaleureusement La Guilde, et tout particulièrement Ebène, cette association aux belles valeurs dont je suis fière d’être membre. 

Je conseille à chacun de s’engager en mission de Service Civique, que ce soit en France ou à l’étranger, car on aura beau donner tout ce qu’on a, on recevra toujours plus, tant dans l’aspect professionnel que pour le développement personnel.