L’art-thérapie au service de patients malgaches

Témoignage de Sylvain Bridet-Lamoureux, VSI pour l’Ordre Hospitalier Saint Jean De Dieu

Un article de Laure Machon, chargée de mission VSI


Sylvain Bridet-Lamoureux est art-thérapeute. Il allie art et solidarité internationale depuis plus de 25 ans, en Afrique dans différents pays (Bénin, Sénégal, Guinée, Madagascar). De Paris à Madagascar, Sylvain a accompagné de nombreux publics : des patients en psychiatrie, des enfants en temps périscolaire à la Mairie de Paris et des primo délinquants dans le cadre de séjours de rupture au Sénégal. C’est au Sénégal qu’il a découvert l’art-thérapie, s’y est initié et par la suite formé.

L’art thérapie semble favoriser l’interculturalité et la solidarité, c’est une vision originale de l’engagement que tu nous proposes avec cette mission de volontariat de solidarité internationale. Comment en es-tu arrivé à être éducateur/art-thérapeute pour l’Ordre Hospitalier Saint Jean De Dieu (OHSJD)? 

« Il faut savoir que l’univers psychiatrique est très vide et froid, en France, comme ailleurs. Très peu d’activités sont organisées pour occuper les patients et les accompagner au quotidien pour les aider à se reconstruire. Ayant eu une expérience personnelle dans ce type de centre, la réalisation d’activités et d’expression personnelle que permet l’art-thérapie m’a semblé naturellement une solution riche de possible pour les patients en souffrance psychologique. Je me suis formé pour compléter mon parcours et essayer d’apporter un peu de joie dans ces hôpitaux tristes et parfois violents. J’ai donc monté mon projet et je l’ai proposé à différents centres et hôpitaux. »

C’est donc l’OHSJD qui a répondu à l’appel ? 

« Oui, la rencontre avec l’ordre hospitalier a été décisive, leur directeur frère Paul-Marie a un master dans l’éthique de la santé et une vision holistique des soins et de l’accompagnement des patients en univers psychiatrique.

Il a tout de suite compris que l’art-thérapie répondait aux besoins des patients du centre de Madagascar. Je revenais de deux années passées au Bénin également dans un centre psychiatrique que connaissaient certains frères de l’O.H.S.J.D, nous nous sommes mis d’accord sur la mission et le responsable des missions, Dominique, m’a proposé de signer un contrat de volontariat de solidarité internationale.

Neuf mois plus tard après avoir collecté des fonds pour l’achat des matériels, je partais pour Madagascar. L’art-thérapie est une thérapie douce et humaniste qui correspond complètement aux valeurs de l’OHSJD. »

Que penses-tu du statut de VSI qui t’a été proposé? 

« Pour moi qui n’ai pas toujours eu de statut, à l’occasion de mes missions bénévoles à l’étranger, le statut de VSI est valorisant. Le volontaire est sélectionné pour ses compétences et son expérience. Et puis, ce statut est sécurisant, je cotise pour la retraite… A mon âge, cela signifie qu’il me manquera un peu moins de points ».

Depuis que tu es arrivé, as-tu vu une différence dans le comportement des patients ? 

« Oui, quand je suis arrivé, 8 patients participaient à mes ateliers, aujourd’hui ils sont 30 ! L’art-thérapie permet un accompagnement des patients dans un processus interactif de prise en charge, cela les motive pour participer. Nous avons mis en place, avec l’équipe du centre, des chambres de trois et de deux personnes nous permettant d’accueillir des patients issus de milieux défavorisés, en plus des chambres individuelles déjà existantes. Bientôt, des chambres supplémentaires pourront accueillir les patients sur liste d’attente en demande de séjour thérapeutique. De nombreux patients des alentours viennent au centre pour participer aux ateliers d’art-thérapie dans le cadre de l’hôpital de jour. Je forme également une assistante malgache qui reprendra la suite de ma mission et quatre stagiaires viennent se former sur le projet cette année. Des partenariats se sont ouverts, nous allons par exemple organiser des ateliers avec des primo délinquants d’un centre voisin. »

L’art-thérapie semble avoir trouvé pleinement sa place dans la prise en charge des patients de l’OHSJD alors que cela ne fait que quelques mois que ta mission a commencé, envisages-tu une suite ?

« J’envisage de prolonger ma mission mais je ne suis plus tout jeune ; il y a également le problème du financement du matériel d’art plastique à résoudre. Le frère Paul-Marie a déjà des pistes. D’ici quelques mois je verrai si je prolonge cette aventure, pour l’instant c’est bien parti ! »

Cette interview a été réalisée par Skype, Sylvain nous a présenté le lien entre solidarité internationale et art-thérapie, en direct de la salle où il organise les ateliers. Cette salle, au centre de l’hôpital, est un lieu vivant, des tableaux réalisés par les patients sont accrochés aux murs et de nombreux patients sont passés le saluer pendant l’interview.